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ISBN : 2864323257
Éditeur : Verdier (25/08/2000)
Résumé :

Dans un bistro désert d'une petite ville, deux personnages dialoguent : la serveuse, venue de la campagne, et un client de passage, qui semble être ce qu'on appelle un " intellectuel ". Ils parlent " pour rien ", ou plutôt : pour échapper à la monotonie, à l'ennui, à la tyrannie du stéréotype ; calamités qu'ils éprouvent tous deux, mais évidemment pas de la même façon. Ce dialogue n... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
lanard
  16 décembre 2016
Mal placé, déplacé, voilà la situation de l'écrivain ; un être sans lieu ; perpétuel étranger au lieu commun. "Le premier ennemi de la littérature se nomme, et ceci dans beaucoup de langues, de celles en tout cas dont j'ai quelque connaissance, lieu commun, commonplace, lugar comùn, luogo comune, obchtchié mista : expressions dans lesquelles je vous invite à une façon qu'ont les langues de dire que la littérature est essentiellement sans feu ni lieu, qu'elle répugne à ce qui prétend l'enclore dans la prison d'une place. Songeons d'ailleurs aux connotations serviles du mot " place " : de qui disait-on, autrefois, qu'il était " placé ", sinon d'un domestique ? Veut-on de la littérature domestique ? " (p. 78).
Cette citation est tirée du bref essai qui suit « La langue », un récit constitué d'un dialogue entre une serveuse et un client dans un bar. Il est de passage et ils échangent des paroles par lesquelles ils essayent d'échapper " à la monotonie, à la répétition à la tyrannie du stéréotype ". Bref, ils disent un peu n'importe quoi. Mais pas pour ne rien dire.
Car c'est politique. Olivier Rolin confesse avoir conçu son livre comme "un programme, [il ose] presque le dire, politique… ". En effet les deux personnages dialoguent sur un fond sonore principalement occupé par la télévision dont le bavardage mécanique (transcrit de manière comique par Olivier Rolin) se présente comme une sorte de prosopopée du lieu commun, justement. L'insignifiance comme faire valoir de l'écrivain. On sent bien que Rolin n'aime pas la télé ou la radio, en connaissance de cause car il a l'air de la regarder et l'écouter car ce qu'il en tire est bien vu.
A la fin du dialogue survient un dénommé Grumeau dont on avait entendu le nom dans la voix de la télévision. le Grumeau, c'est le conglomérat de tous les stéréotypes langagiers de la télévision ; quelque chose entre Homais et Bidochon. Grumeau se présente à ses interlocuteurs comme étant inspecteur à la brigade de la langue ; son boulot reformater la langue, " la remettre à plat pour la restructurer autour d'images porteuses ". " En deux mot la gérer, quoi ". Bien sûr on pense à Orwell ; Big Brother grammairien à TF1 inventant la Novlangue. Et nos deux révolutionnaires de la langue, l'écrivain du bar et sa serveuse n'ont plus qu'à fuir dans un joyeux délire verbal où leurs voix se mêlent dans une sorte de copulation métaphorique qui, je l'avoue, ne m'a pas beaucoup excité. Un livre de plus pour justifier l'existence des écrivains en manque de raison d'exister? Ce texte est une commande de France Culture pour le Festival d'Avignon (juillet 2000).
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NMTB
  10 septembre 2015
Le même principe que « le Square » de Margueritte Duras : Un long dialogue entre deux personnes. C'eût pu s'appeler « le Bistro », car toute l'action se passe dans un bar d'une ville indéterminée, où seuls se trouvent une serveuse et un client, avec pour fond sonore la télé ou la radio. Mais ça s'appelle « La Langue », car c'est l'endroit où ils sont vraiment.
Le client est un « intellectuel », en tout cas c'est ainsi que la serveuse le perçoit. Il a lu des livres, il en a même sûrement écrit. On s'aperçoit vite qu'il aime bien raconter des histoires, qu'il manie parfaitement les métaphores, qu'il aime les mots, toutes les possibilités de la langue et qu'il ne supporte pas les discours tout faits, les lieux communs qui passent à la radio. La serveuse est une ancienne campagnarde, sans trop d'instruction. Elle n'a pas la même vénération de la langue. La seule chose qu'elle sait, c'est qu'elle s'ennuie. Mais, on va se rendre compte qu'elle fait elle aussi de la prose sans le savoir.
J'aime bien le style d'Olivier Rolin, surréaliste, fantastique, on voit tout de suite d'où il vient. Peu à peu les deux protagonistes vont s'apprivoiser, s'entendre, et la fin est un beau poème moderne. « La Langue » est une oeuvre de commande pour le festival d'Avignon, une oeuvre commandée par une radio.
A la suite, on trouve la retranscription d'une intervention d'Olivier Rolin lors d'un colloque sur « le français et le cosmopolitisme ». Rien d'extraordinaire, il dit : « Au fond de l'espace du français, il y a l'anglais, l'allemand, les langues latines, le grec, l'arabe, etc. », « l'ennemi de la langue littéraire – comme de la populaire, d'ailleurs (c'est pour simplifier qu'on emploie des singuliers) - , c'est la langue appauvrie, stéréotypée, que tendent à imposer certains usages contemporains dominants, le déclin, commercialement programmé, de la culture écrite et l'ascension concomitante de la « communication » audiovisuelle. »
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
PetitebijouPetitebijou   29 avril 2011
- Une phrase, à mon avis, c'est beau quand ça bouge, quand ça tressaille comme la peau. Il y a des phrases, presque toutes, qui sont des phrases-trottoirs : tu marches dessus sans t'en rendre compte, tu ne fais pas attention au trottoir, n'est-ce pas ? Ca te sert à avancer, c'est pratique et puis c'est tout. Et puis tout d'un coup, tu ne t'y attends pas, et, nom de Dieu ! là, sous tes pieds, ça s'anime, ça remue, ça s'échappe, c'est un peu comme si tu marchais soudain sur de la chair, tu ne sais plus très bien où tu es, où tu vas, c'est comme une petite ivresse, tu as un peu peur, ça a l'air un peu dangereux et c'est excitant aussi. Ou encore, c'est comme dans les fantasmagories des rêves, où tout est à la fois très précis et complètement extravagant, où toutes les formes passent l'une dans l'autre sans cesser d'être très nettes, tu vois ? C'est notre monde, mais beaucoup plus loufoque, libéré des habitudes qui le rendent prévisible et ennuyeux.
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lanardlanard   13 mai 2011
Le premier ennemi de la littérature se nomme, et ceci dans beaucoup de langues, de celles en tout cas dont j’ai quelque connaissance, lieu commun, commonplace, lugar comùn, luogo comune, obchtchié mista : expressions dans lesquelles je vous invite à une façon qu’ont les langues de dire que la littérature est essentiellement sans feu ni lieu, qu’elle répugne à ce qui prétend l’enclore dans la prison d’une place. Songeons d’ailleurs aux connotations serviles du mot " place " : de qui disait-on, autrefois, qu’il était " placé ", sinon d’un domestique ? Veut-on de la littérature domestique ? (p. 78).
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