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ISBN : 2221114000
Éditeur : Robert Laffont (25/08/2011)

Note moyenne : 3.52/5 (sur 206 notes)
Résumé :
9 juin 1865. Charles Dickens, alors au faîte de sa gloire, regagne secrètement Londres en train, accompagné de sa maîtresse. Soudain, à Staplehurst, sur un pont, l'express déraille. Seul le wagon où a pris place "l'écrivain le plus célèbre du monde" échappe par miracle à la catastrophe. Au fond du gouffre, alors que Dickens tente de porter secours aux survivants, sa route croise celle d'un personnage à l'allure spectrale qui va désormais l'obséder : Drood.
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Critiques, Analyses et Avis (51) Voir plus Ajouter une critique
boudicca
  05 octobre 2015
Tout le monde connaît évidemment Charles Dickens, célèbre auteur anglais du XIXe siècle jouissant aujourd'hui encore d'une grande popularité partout dans le monde. le nom de Wilkie Collins vous est, en revanche, sans doute moins familier. Il aura pourtant lui aussi connu un certain succès à la même époque grâce à ses romans à sensation ainsi qu'à sa proximité avec « le Maître » puisqu'il eut la chance de compter jusqu'à sa mort parmi les plus proches compagnons de Dickens. Mais s'agit-il véritablement d'une chance ? Difficile en effet, lorsque l'on est soi-même un écrivain doté d'une certaine ambition, de vivre constamment dans l'ombre de ce géant de la littérature, adulé dans le monde entier et considéré par toute l'Angleterre comme le plus grand auteur que le siècle ait connu. C'est amer et totalement désabusé que Wilkie Collins se décide à prendre la plume à l'aube de sa vie pour s'adresser directement à nous, lecteurs du XXIe siècle, et relater la période la plus marquante de sa vie : celle mettant en scène Charles Dickens ainsi qu'un personnage énigmatique du nom de Drood. Dan Simmons adopte pour point de départ de son roman mi-fantastique, mi-policier un épisode célèbre de la biographie du grand écrivain, celui de l'accident de Staplehurst au cours duquel Dickens réchappa miraculeusement au déraillement du train dans lequel il avait pris place. Il avouera quelques jours plus tard à son compagnon avoir fait à cette occasion la rencontre d'un personnage à l'allure dérangeante et au comportement étrange qui lui aurait dit s'appeler Drood. C'est le début pour les deux amis d'une quête repoussant les limites du réel qui va les entraîner dans les bas-fonds de la ville de Londres et va mettre en péril leur longue amitié.
Dan Simmons brosse avec ce roman un portrait extrêmement documenté et tout en nuance de l'auteur anglais le plus populaire du XIXe siècle qui nous est dépeint ici par le biais du regard très subjectif du narrateur. Malgré cet angle de vue volontairement biaisé, le lecteur parvient sans mal à dégager au fil des anecdotes relatées par Wilkie Collins les traits marquants de la personnalité du grand personnage que fut Charles Dickens : un homme un tantinet mégalomane, têtu au delà du raisonnable, rancunier et volontiers donneur de leçons, mais aussi enthousiaste, toujours prompt à plaisanter, doté d'une imagination débordante, d'un style inimitable et surtout d'une endurance et d'une volonté à toute épreuve. Ce n'est pas pour rien que l'homme, de son vivant, était déjà surnommé par tous (ses proches inclus) l'Inimitable ! le narrateur se fait pour sa part plus pathétique qu'attachant, en raison notamment de l'arrogance dont il fait preuve dès qu'il est question de juger de la qualité de ses propres écrits Ses nombreuses réflexions misogynes et volontiers condescendantes envers la gente féminine ont également de quoi rebuter même si, évidemment, elles sont à replacer dans le contexte propre à l'Angleterre victorienne. Ce manque de sympathie éprouvée pour le narrateur n'empêche toutefois pas le lecteur de dévorer avec un intérêt sans cesse grandissant le récit de plus en plus obscure et emmêlé que l'écrivain se fait un devoir de laisser à la postérité.
Outre ces précisions concernant le caractère de Dickens et de l'un de ses plus proches acolytes, Dan Simmons est parvenu à réunir une documentation tout bonnement impressionnante sur le personnage et son oeuvre, ponctuant ainsi son roman de petites anecdotes soulignant tour à tour le goût immodéré du grand écrivain pour la marche, son habitude de s'inspirer de personnages de son entourage pour ses romans, ses actions en faveur des pauvres, ou encore ses déboires domestiques (sa relation passionnée avec la jeune actrice Ellen Ternan, le scandale de la répudiation de son épouse, mère de ses dix enfants...) Les références à l'oeuvre de Dickens sont également nombreuses, même si mon ignorance en la matière m'aura empêché de toutes les identifier et surtout de les apprécier à leur juste valeur. L'ouvrage constitue également une mine de renseignements en ce qui concerne le monde de l'édition de la fin du XIXe siècle, l'auteur nous abreuvant de détails passionnants concernant les différents modes de publication de l'époque, les fréquentes adaptations théâtrales des romans populaires ayant remporté un franc succès, les projets de collaboration entre écrivains renommés... Au-delà du cercle restreint de la littérature, Dan Simmons brosse également un portrait sans fard de la ville de Londres de l'époque et nous dépeint avec autant de détails et de réalisme les belles demeures victoriennes et les dîners mondains que les quartiers les plus sordides de la capitale et l'état des pauvres hères forcés d'y résider dans le dénuement le plus complet.
Rien à redire, donc, pour se qui est de la qualité de la reconstitution historique ou de la profondeur des personnages, mais qu'en est-il de l'intrigue ? Dan Simmons prend de toute évidence beaucoup de plaisir à jouer avec son lecteur et mène son récit d'une main de maître, alternant de longs chapitres consacrés exclusivement au quotidien du narrateur (ses écrits, ses succès, ses relations tumultueuses avec Dickens...) et de brèves scènes relevant davantage du fantastique et qui viennent chaque fois ébranler nos certitudes en même temps que celles du protagoniste. Tout juste pourrait-on reprocher à l'auteur sa trop grande propension à multiplier les digressions ainsi que quelques longueurs qui, malgré tout, font à mon sens pleinement partie du charme du livre et participent à immerger complètement le lecteur dans l'époque et l'histoire qui lui est narrée. Et quand vient l'heure des révélations, l'auteur parvient là encore à se montrer à la hauteur. Après avoir brouillé les pistes tout au long de ces quelques 1200 pages, Dan Simmons offre à ses lecteurs une fin absolument inattendue mais parfaitement appropriée et qui témoigne, là encore, de l'immense talent de l'écrivain. Impossible une fois la révélation finale connue de ne pas être tenté de reprendre sa lecture du début afin de redécouvrir la totalité du récit sous un angle entièrement différent mais tout aussi passionnant.
J'avais déjà beaucoup apprécié d'autres ouvrages du même auteur tels que « Le grand amant » ou encore « Collines noires », mais ce roman-ci est incontestablement la preuve de la maîtrise et de l'immense talent de Dan Simmons qui signe avec « Drood » un hommage tout en nuance à l'un des géants de la littérature anglaise placé ici au coeur d'une intrigue brillamment élaborée et empruntant volontiers à divers genres littéraires Une lecture envoûtante et inoubliable.
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Arakasi
  08 avril 2013
Nous somme en juin 1865, à l'apogée de la carrière du plus fameux des auteurs victoriens, "L'Inimitable" Charles Dickens. Alors que celui-ci revient d'une semaine de vacances en France, le train qui le ramène à Londres subit un terrible accident, entraînant la destruction de tous le wagons de première classe, à l'exception miraculeuse d'un seul : celui qui contenait l'écrivain et sa jeune actrice de maitresse. Tandis qu'il cherche à porter secours aux rares survivants, Dickens va croiser un étrange individu nommé Drood, à l'allure aussi terrifiante qu'extravagante. Loin de secourir les blessés, celui-ci semble leur apporter la mort, chaque homme qu'il aborde ne tardant pas à expirer mystérieusement. Pourtant, une fois les victimes évacuées et les wagons déblayés, nulle trace sur les lieux du drame du mystérieux Drood et encore moins sur la liste des passagers – de quoi exciter, on s'en doute, l'intérêt d'un des auteurs les plus imaginatifs de son temps…
Dès son retour à Londres, Dickens va donc se lancer sur les traces de son "spectre", entraînant avec lui son meilleur ami et collaborateur, Wilkie Collins, prolifique auteur lui-aussi et très peu enthousiaste à l'idée d'apporter sa contribution dans cette aventureuse affaire. A la poursuite de l'insaisissable Drood, les deux écrivains vont s'enfoncer dans les bas-fonds londoniens les plus sordides, une plongée dans un enfer de crasse, de boue et de vice… Mais Drood existe-il réellement ? Ne serait-il pas une invention morbide de l'esprit surchauffé de "L'Inimitable" ? Collins en doute, mais – curiosité ou fascination perverse – il ne peut s'empêcher d'emboiter le pas à Dickens, et c'est par sa plume acide et mordante que nous découvrirons la suite de cette ténébreuse enquête.
Voici un bien curieux et troublant roman… Très ambitieux aussi, car ce n'est pas une mince tâche pour un romancier, aussi habile soit-il, que de ressusciter deux auteurs aussi illustres que Dickens et Collins et de raconter à sa sauce les cinq dernières années de la vie de l'auteur d'"Oliver Twist", au risque de faire brailler d'indignation des générations de lecteurs. Un pari risqué donc, mais un pari également fort réussi ! Certes "Drood" n'est pas dénué de défauts : on pourrait notamment reprocher à Simmons quelques longueurs et une certaine tendance à noyer le fil de son intrigue principale sous une pluie de détails et d'anecdotes (toujours très intéressants et plaisamment racontés, ceci dit), mais le roman n'en reste pas moins captivant à lire. Tenant à la fois du roman historique et du récit fantastico-horrifique, il oscille sans cesse entre les deux genres, nous entraînant à la frontière trouble qui sépare le monde des fantasmes et celui de la réalité.
Cette ambiguïté est renforcée par la narration d'un Wilkie Collins névrosé jusqu'aux os et drogué vingt-quatre heures sur vingt-quatre au laudanum, ce qui rend son témoignage des moins fiables. Les admirateurs de Collins trouveront peut-être le portrait de l'écrivain victorien trop grinçant, voire carrément négatif (idem pour Dickens qui en prend méchamment pour son grade par moment, sans perdre pour autant une miette de charisme), mais Simmons parvient néanmoins à en faire un personnage fascinant et un narrateur passionnant. La relation ambiguë qui le lie à Dickens – relation presque passionnelle où se mêlent réelle affection, admiration et jalousie maladive – est au centre du roman et en fait en grande partie l'intérêt.
En conclusion, un roman à l'intrigue noire, dense, complexe (parfois même trop alambiquée), mais tout à fait digne d'intérêt ! Mon seul regret est de ne pas avoir lu la plupart des oeuvres de Dickens et de Collins évoquées dans "Drood", ce qui m'a probablement fait manquer un certain nombre de références, mais je compte bien remédier à cela, un de ces jours !
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Horizon_du_plomb
  21 août 2017
« L'haleine des cochers emmitouflés s'accumulait au-dessus de leurs sièges rehaussés, se mêlant aux nuages plus épais qu'exhalaient les naseaux des chevaux pour s'élever comme de la vapeur dans la lueur froide des becs de gaz. »
« Cette nuit-là, comme tous les jours et toutes les nuits qui se sont écoulés depuis, la brèche que laissait le dos d'un livre retiré de sa place habituelle sur mes étagères me rappelait la pierre que j'aurais dû sortir du mur de la crypte de Dradles. Combien d'os, de crânes et de squelettes sont jetés dans la béance de ces livres manquants ou jamais écrits ? »
« Au mois de juillet, on savait à six rues de distance qu'on approchait d'un cimetière – ses miasmes méphitiques chassaient les habitants des logements avoisinants – et il y avait toujours un cimetière à proximité. Les morts étaient continuellement sous nos pieds et dans nos narines. »
« Il s'agit en quelque sorte, par l'emploi judicieux du langage, d'expressions, de descriptions et de dialogue, de plonger le lecteur dans un état d'esprit très proche de celui d'un patient sous Influence Magnétique. »
Voici un sommet de la littérature droodienne, cette littérature qui s'est attachée à expliquer le dernier livre de Dickens, voire d'en finir l'intrigue interrompue par la mort de l'auteur. Nous voici plongés en 1865, en pleine époque victorienne. Nous suivons le récit de Wilkie Collins, un écrivain de romans à sensations à la fois ami et rival de Charles Dickens qui, lui, est au sommet de sa gloire mais va pourtant être confronté aux démons qui hantent notre existence à tous. Les deux complices vont rentrer dans le monde de l'inintelligible et nous faire plonger dans la confusion des profondeurs glacées et putrides de Londres, un monde où se mêle la racaille, l'occulte et l'opium.
Souvent la façon qu'a Wilkie d'apostropher le lecteur du futur fait qu'on se demande s'il ne désire par nous enrôler dans sa danse, dans son mesmérisme (hypnotisme). Grâce à son récit, Simmons réhabilite un auteur (Collins) relativement inconnu en analysant aussi son parcours littéraire, à la fois avec tendresse et esprit critique caustique.
« Les critiques et les chroniqueurs bourgeois n'étaient tout simplement pas prêts à accepter l'héroïne d'Armadale, Lydia Gwilt, ma femme fatale. Non contente de dominer l'ouvrage comme aucun personnage littéraire féminin ne l'avait encore fait de mon temps, elle se détachait des pages avec une présence dont on ne pouvait trouver, et dont on ne trouverait jamais, l'équivalent dans aucun roman de Dickens »
Si Dickens aimait se mettre en scène, dans ce livre Simmons en fait son acteur principal, on a cette étrange impression de lire une biographie romancée de Dickens par le prisme d'une époque tourmentée de son existence, celle où commence le déclin du corps (le fait que Dickens ait brûlé une grande partie de ses correspondances privées augmentent la part possible de fiction spéculative sur l'homme, même ses pièces de théâtre ou ses lectures n'ont jamais été enregistrées).
« Mes romans ont pour moi une telle réalité que je ne me les remémore pas, ils se rejouent sous mes propres yeux, car tout se passe devant moi. Et c'est cette réalité que contemple le public. »

Ce n'est pas un roman mainstream, destiné à flatter les masses comme les conférences de Dickens le furent bien souvent. C'est un roman pointu, au fond réfléchi mais à la fiction accessible. On peut le voir comme un vaste jeu de pistes dans lequel Simmons s'amuse à mélanger les références et les genres. Le livre est rempli d'éléments (lieux, personnages voire situations) d'autres livres de Dickens mais aussi littéraires de l'époque. Même l'auteur se perd dans le jeu du fantôme de son narrateur. Le livre partage bien des clins d'oeils explicites et on détecte clairement des références croisées à Dracula, Holmes, Jack l'éventreur, Edgar Allan Poe, Lovercraft, Thomas de Quincey (Les confessions d'un mangeur d'opium) voire même Frankenstein.
Le début du livre va nous mettre en place toutes sortes d'éléments qui vont être développés par après (le livre L'ami commun, la relation entre Charles le frère de Wilkie et Katie une fille de Dickens, le doppelgänger de Collins, …). Il ne faut pas avoir peur d'être pris un peu au dépourvu au départ par ces divers éléments.
Pour moi, outre un roman sur la littérature, c'est avant tout un grand roman psychologique. Il y a aussi un aspect saga familiale qui se joint inévitablement à l'aspect psychologique. On a souvent l'impression au cours du récit que les éléments de pure fiction s'inscrivent dans un roman historique, une seconde fiction mais qui se délimite aux faits réels. Cette intrication est clairement la seconde force du récit, avec son étude psychologique (l'aspect littéraire étant le troisième élément fort, notamment les discussions professionnelles entre les deux auteurs).
« Le coeur, l'âme et le cerveau de cet échantillon de nature en ruine, à tous les stades de cette ruine, nous ont été exposés dans leur pleine nudité... La tendresse, la rage, la folie, le remords et le chagrin sont tous issus les uns des autres, et liés en une chaîne unique. »
« les catacombes de Paris ne seraient pas assez vastes pour abriter le repos des âmes véritablement perdues de Londres, si nous étions tous contraints de descendre, de quitter la lumière, de nous enfoncer dans les ténèbres moisies auxquelles nous appartenons lorsque nous oublions comment vivre correctement parmi les hommes de bien. »
« N'imaginez pas que je ne sois pas capable de trouver et d'épouser un autre homme, Wilkie Collins. N'imaginez pas cela une seconde !
— Je ne l'imagine pas une seconde, ma petite saucisse », dis- je en me replongeant dans mon journal. »
Par contre, il y a parfois des sauts de temps, d'époques qui sont un peu perturbants. On a de temps en temps l'impression que le roman est un peu surfait: il est bien construit mais le roman s'attache peut-être trop à une vie routinière parfois au point qu'on en oublie sa capacité à l'évasion. Souvent, on est perdu dans des lenteurs mais je m'y suis plu car elles touchaient soit à l'ambiance (Londres crasseuse et Drood), soit à des sujets qui m'intéressaient: les arts, l'hypnotisme, la bonne société (mondaine) tournant autour de Dickens. (Je précise que je n'ai lu aucun Dickens, que j'ai juste vu le film « The invisible woman » parlant de sa relation avec l'actrice Ellen Ternan. En anecdote, je ne connaissais pas le « Christianisme musculaire» découvert dans ces lignes) Alors que certains livres utilisent la longueur pour prendre une autre ampleur, je n'ai pas ressenti ce phénomène ici, on a déjà acquis le style et l'effet rapidement. L'intrigue s'éparpille en plein d'éléments parallèles pas nécessairement essentiels à hue et à dia telle une catacombe labyrinthique. Cela marche si on prend de multiples sujets/intérêts au livre, cela décontenance et affaiblit si on recherche juste une histoire monolithique. On pourrait dire que la mort de la fiction rode dans ces pages, on n'est pas loin du jeu littéraire. Le problème de ce livre est le même qu'une bonne (auto-)suggestion, si on y amène pas du sien, son propre imaginaire, on ratera tout le spectacle et on trouvera qu'il n'y a pas suffisamment d'éléments pour étayer son plaisir. Selon moi, le roman parle de la voie, du cheminement éclairé si possible, cet itinéraire qu'on mène vers une création originale, vers une vie authentique. Outre le thème de la pauvreté, difficile à l'heure actuelle de ne pas voir dans le roman, une métaphore parlant aussi des sans papiers face au « monde du papier ».

« Ses lettres antérieures n'avaient-elles pas condamné mon texte final comme « beaucoup trop long », et, accusation plus irritante encore, ne lui avaient-elles pas reproché de « franchir peut-être la limite du mélodrame pur » ? »
Voici des exemples du mélange des genres…
Horreur:
« De son ventre béant s'élevaient les guirlandes grises étirées et brillantes, qui n'étaient pas des guirlandes. »
Drood n'est pas sans évoquer Voldemort par sa physionomie.
Comédie:
« Ils m'ont drogué (…) je ne sais qui a mis de la drogue dans ma pipe d'opium. »
« Si c'est quelqu'un qui nous fait une farce et si ce quelqu'un a une tête, je la lui ferai sauter. » Ils entendirent effectivement un gémissement lugubre, « un bruit terrifiant – un bruit humain – et en même temps inhumain ».
C'était un mouton asthmatique. Dickens renonça à lui faire sauter la tête. »
Clin d'oeil littéraire:
« Aimeriez-vous entendre la “Description d'une averse en ville” de Swift? poursuivit-il. J'imagine qu'étant écrivain, Monsieur Wilkie Collins, vous savez que Swift ne songeait pas à une averse de pluie. »
Cela va jusqu'à la philosophie, étude sociologique:
« Plutôt au contraste entre la souffrance et le luxe. Nous ne conservons qu'un souvenir très général (terrible cependant) de la souffrance, mais nous sommes incapables de nous la remémorer avec précision ; en revanche, nous nous souvenons du luxe jusque dans le moindre détail. »
Un roman gothique:
« J'arrivais à respirer à travers le canon du pistolet. »
« C'était comme si la réalité et la fiction, la vie et la mort, la lumière et son absence absolue tournoyaient dans une danse macabre frénétique. » (À l'image de ce scarabée, cancer qui s'immisce dans vos chairs)
Il ne faut pas s'en cacher un thème prépondérant du livre est la mort voire même la déchéance.
Ce livre est aussi un exemple de plus qui prouve que c'est libérateur de parler de souffrances que l'on porte en soi, que c'est créateur de parler du mal qu'on porte en soi.
L'étude de la société victorienne est assez bien décrite.
« La quintessence de la podsnapperie. Qui pourrait bien être la quintessence de notre temps. » (Podsnap: individu pompeux selon Dickens)
« Mrs Ternan arborait sa distinction de fraîche date comme un sloop vieillissant à la coque couverte de bernaches. »
Je dois dire que dans les personnages annexes, celui de Dradles le maçon fait son effet et je m'y suis attaché dans son style. C'est clairement un personnage bien torché.
« Bisque bisque rage ! Je-t'ai-pris-de-hors-e- a-près-le-thé-e ! »
Dradles soupira : » Y a des jours où Dradles, il donne au gamin un penny pour qu'il lui balance des cailloux et le ramène chez lui, des fois que Dradles, il oublie de rentrer à la maison pour le thé ou après dix heures. C'est l'heure de mon thé, et on dirait que j'ai oublié d'arrêter la machine qui me le rappelle. »
« Oh, ma foi, les noms, c'est important pour les morts, mais c'est pas pour eux, c'est pour nous, les vivants, pas vrai ? répondit Dradles. Y a qu'à l'appeler Yorick. »
Au final, je comprends que le lectorat soit partagé sur un tel livre mais pour moi, ce pavé en vaut vraiment la peine. Il a su me toucher de multiples façons.

« Il m'arrive de penser, mon cher Wilkie, que toute ma carrière d'écrivain n'a été que le prolongement de ces minutes passées à fourrer des cerises dans la bouche de ce petit garçon à grosse tête juché sur les épaules de son père. Comprenez-vous ce que je veux dire ? »
« J'étais parfaitement indifférent à ce genre d'attaques. Je savais que le livre se vendrait bien. Et peut-être t'ai-je déjà dit, Cher Lecteur, que l'éditeur m'avait versé cinq mille livres – un record à l'époque et pour de longues années à venir – et qu'il me les avait payées avant même que je n'écrive le premier mot de cette histoire. »
« Les méchants de L'Ami commun (…) peuvent faire semblant d'être quelqu'un ou quelque chose d'autre, sans cesser pour autant d'être, dans le fond, ce qu'ils sont réellement. Seuls les personnages positifs de ce roman sont dotés d'identités doubles ou multiples qui plongent leur moi intime dans une authentique confusion. Et cette tragique confusion est inévitablement provoquée par une unique forme d'énergie – l'amour. »
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tousleslivres
  15 janvier 2013
Ce livre a été une épreuve... Je l'ai trouvé d'une longueur affreuse et j'ai attendu des choses qui ne sont pas venues...
Tout commence quand Charles Dickens rencontre Drood lors d'un accident de train. Dickens rentre à Londres avec sa maîtresse et la mère de cette dernière. Lors de cet accident Charles Dickens participe au sauvetage des blessés et à identifier les morts. Lors de ce travail peu ragoutant, il va rencontrer un homme très étrange qui semblait plutôt aider les blessés à mourir qu'à les aider à survivre. Cette individu avait une longue cape noir qui volait au vent, une tenue peu choisie par les hommes de cette époque...
C'est en rentrant chez lui et après avoir accusé le coup de cet épreuve que Charles Dickens confie une étrange mission à son ami Williams Collins : il doit se rentre au chevet d'un passager que Charles Dickens a fait porter à l'hôpital à ses frais, M Edmond Dickenson. Mais en parlant au blessé, ce dernier n'a pas vu, ni entendu parler d'un certain M Drood...
Charles Dickens va partir en chasse de ce Drood dans les bas fonds de Londres en compagnie de Williams Collins et accompagné d'un ancien policier qui est devenu enquêteur privé. On découvre que dans le train en provenance de France, personne n'avait pris place sous le nom de Drood, mais par contre il y avait bien un cercueil avec une adresse de livraison chez M Drood...
J'ai trouvé toute cette première partie assez intéressante, j'avais envie d'en savoir plus à chaque page, l'accident du train et la visite dans les bas fonds de Londres étaient très passionnants. Les descriptions étaient judicieusement bien faites, mais toujours entre coupées d'autres narrations très longues qui m'a plombé le récit. J'ai vraiment aimé la visite des catacombes et la recherche de la ville du dessous et de ses habitants. Je me suis passionnée pour le récit que fait Dickens à Williams Collins sur son entretient avec Drood...
Après c'est devenu assez long et j'ai eu l'impression qu'on tournait tout le temps en rond et que cette lecture n'allait arriver à rien...
Ce récit nous présente Charles Dickens comme nous ne l'avions jamais imaginé. Quant à Williams Collins, il est complètement drogué au laudanum qu'il prend par verres entiers pour soigner soit disant une maladie qu'on pense imaginaire...
J'ai été déçue par cette lecture qui est trop longue, trop "ampoulée" et qui mériterait d'être beaucoup plus courte. L'auteur Dan Simmons a poussé trop loin ses explications et descriptions, on s'y perd, trop de détail tue de texte !!!
Je me suis lancée dans cette lecture parce que le sujet était Charles Dickens, j'en ressort déçue.
La seule chose positive que je peux extraire de cette lecture, c'est de m'être plongée dans Londres des années 1865-1870...
Si vous aimez Charles Dickens, lisez ce livre, mais armez-vous de patience !!!
Lien : http://tousleslivres.canalbl..
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Bobby_The_Rasta_Lama
  11 septembre 2017
Si vous avez déjà lu Drood, je pense que vous ne pouvez qu'être d'accord qu'il s'agit d'un roman le plus "droodien" de cet auteur protéiforme qui est Dan Simmons. le fantastique shakespearien, la guerre de Sécession, le mal rodant en Amérique rurale, et cette fois l'Angleterre victorienne - mais toujours des livres prenants, érudits et extrêmement bien documentés !
La meilleure façon de décrire ce roman à l'excellente couverture intrigante est peut-être d'utiliser les mots de Wilkie Collins, le narrateur -"Cet histoire vraie aura pour sujet les cinq dernières années de la vie de Charles Dickens et l'obsession grandissante que lui inspirèrent durant cette période un homme - si on peut l'appeler ainsi - du nom de Drood, ainsi que l'assassinat, la mort, les cadavres, les cryptes, le mesmérisme, l'opium, les fantômes, sans oublier les rues et ruelles de ces entrailles atrabilaires de Londres que l'écrivain appelait toujours "ma Babylone" ou "Le grand Four".
"Drood" est tout ça, et bien plus. En parlant de la "histoire vraie", nous avons les dernières années de la vie de Dickens, auteur alors au sommet de sa popularité, et pas seulement en Angleterre, un "génie" adulé de tous. Et nous avons Wilkie Collins, notre narrateur, qui s'adresse directement au lecteur de notre siècle, pour s'assurer qu'on se souvienne encore de lui - un écrivain vivant toujours à l'ombre de grand Dickens, toujours relégué au second rang; un ami mais aussi le pire ennemi de "L'inimitable", qui cherche désespérément de se hisser au niveau du maître. Wilkie l'opiomane, l'écrivain paranoïaque versant dans le mystérieux et l'étrange, loin de mener la vie sans faute, mais cherchant toujours les failles dans la vie et les écrits de Dickens.
Mais où se cache la vérité dans cette histoire ? Collins et Dickens sont à la recherche d'un mystérieux personnage nommé Drood, au faciès ressemblant étrangement au lord Voldemort. Qui est cette personnification du mal aux origines étranges et qu'est-ce qu'il veut ? La vérité se cache t'elle dans les catacombes, les fumeries d'opium, dans les romans de Dickens, dans les transes mesmériques où dans la tête de ce pauvre Wilkie, usé jusqu'à la trame ? Finissez le livre et vous comprendrez !
Cette épopée "droodienne" était pour moi un plaisir de lecture; sur la base d'une enquête mystérieuse prend vie le monde artistique et littéraire londonien du dix-neuvième siècle; on se laisse porter tout en apprenant - je ne demande pas plus. Et je trouve la couverture sublime !
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critiques presse (5)
LePoint   25 octobre 2011
Restitution gothique de l'Angleterre victorienne, thriller labyrinthique, Drood frappe par son évocation intime de l'herculéen Charles Dickens. Le romancier y apparaît en promeneur infatigable, en féru d'hypnose, en amoureux clandestin d'une jeune actrice ou en rock star avant l'heure avec ses électriques lectures publiques.
Lire la critique sur le site : LePoint
Lexpress   17 octobre 2011
[Dan Simmons] quitte son registre favori - le fantastique et la science-fiction - pour signer une fresque nettement plus réussie, Drood, où se mêlent la biographie, le roman historique et le polar victorien. Avec, en prime, une remarquable reconstitution du Londres ténébreux de Dickens.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LeFigaro   06 octobre 2011
Suspense et érudition dans Drood de Dan Simmons, ce face-à-face entre l'auteur d'Oliver Twist et un tueur en série.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LeMonde   23 septembre 2011
Et Drood, sous ses dehors de best-seller extrêmement maîtrisé, apparaît aussi, en définitive, comme un acte d'admiration, à la fois humble et enthousiaste, à l'attention de Dickens et de tous ceux qui ont embrassé ce curieux métier qui consiste à rassembler des mots et à en faire des histoires.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LaLibreBelgique   13 septembre 2011
Dan Simmons ressuscite l’écrivain victorien dans “Drood”. Un roman à tiroirs moins haletant que ses précédents, mais envoûtant.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
OrchydOrchyd   02 juillet 2012
Et quand la Mort arrive, ne serions-nous pas prêts, pour la plupart d'entre nous, à céder toutes ces pages, toute cette vie gaspillée en pattes de mouche et en gribouillis, contre une seule journée de plus, une seule journée pleinement vécue et ressentie ? Quel prix serions-nous prêts à payer, nous autres écrivains, pour cette unique journée supplémentaire passée en compagnie de ceux que nous avons ignorés tandis que nous étions enfermés à grattouiller et à griffonner au cours de nos arrogantes années d'isolement solipsiste ?
Échangerions-nous toutes ces pages contre une heure, une seule heure ? Tous nos livres en échange d'une minute réelle ?
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Bobby_The_Rasta_LamaBobby_The_Rasta_Lama   11 septembre 2017
Dickens hocha la tête, comme si tout cela était on ne peut plus sensé. "Sommes-nous, ici, dans la Ville-du-Dessous ?" demanda t-il.
Ce fut au tour du Roi Lazaree de s'esclaffer. Contrairement au crépitement rauque de la Vieille Sal, le rire du Chinois était aisé, fluide et sonore. "Monsieur Dickens, vous vous trouvez dans une simple fumerie d'opium au fond d'une simple catacombe. Nos clients venaient jadis du monde de la surface - et y retournaient - mais, à présent, la plupart préfèrent rester ici et y passer des années, voire des décennies entières. Mais la Ville-du-Dessous ? Non, nous ne sommes pas ici dans la Ville-du-Dessous. On pourrait dire qu'il s'agit de l'entrée de l'antichambre du porche du vestibule de la Ville-du-Dessous.
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boudiccaboudicca   29 août 2015
Il faut une extraordinaire association de qualités intellectuelles et morales pour que le monde consente à introniser un homme et à en faire son favori inexpugnable et durable. Telle est pourtant la position que Mr Dickens a occupé auprès du public anglais et américain pendant un tiers de siècle.
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boudiccaboudicca   20 août 2015
En cet instant je sus que jamais – au grand jamais, dussé-je vivre cent ans et conserver mes facultés jusqu'à l'instant ultime de cette vie et de cette carrière – je ne serais capable de penser et d'écrire ainsi. Le livre était le style, et le style était l'homme. Et l'homme était Charles Dickens.
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domibdomib   28 mars 2012
Il vit soudain surgir à ses côtés un homme mince et de haute taille, vêtu d'une épaisse cape noire qui aurait mieux convenu à une soirée à l'opéra qu'à un voyage à Londres par le train de marée de l'après-midi. Ils avaient tous les deux leurs hauts-de-forme à la main, se retenant au talus pour éviter de tomber. Ce personnage [...] était d'une maigreur cadavérique, d'une pâleur affreuse et regardait fixement l'écrivain de ses yeux cernés de noir, enfoncés sous un front haut et blême qui s'élevait vers un crâne chauve et blafard. Quelques mèches de cheveux grisonnants jaillissaient de part et d'autre de cette espèce de tête de mort. Cette impression était encore renforcée, déclara Dickens plus tard, par le nez tronqué de l'homme - "de simples fentes noires, bien plus qu'un véritable appendice nasal, qui s'ouvraient dans cette face blanche comme un ver", toujours d'après Dickens - et par ses petites dents pointues, irrégulières, exagérément espacées, enfoncées dans des gencives si livides qu'elles étaient plus pâles que les dents elles-mêmes.
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