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Commissaire Maigret - Romans et ... tome 81 sur 103
EAN : 9782253158417
192 pages
Le Livre de Poche (16/02/2011)
3.7/5   51 notes
Résumé :

Léonard Lachaume, directeur d'une biscuiterie vétuste, est retrouvé assassiné sur son lit, d'une balle en plein cœur. La famille veut faire croire à une affaire de cambriolage qui aurait mal tourné, mais Maigret n'y croit guère. Son enquête s'avère difficile devant le mutisme de l'entourage de Léonard, d'autant plus que le commissaire se retrouve flanqué d'un jeune juge d'instruction plutôt encombrant. Maigret apprend tout de même que la biscuiterie est au b... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
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Lire un roman de Simenon, c'est souvent comme être derrière une vitre et regarder tomber la pluie sur la grisaille de la ville…

Si cette impression est particulièrement forte avec certains des "romans durs" de l'auteur, elle est aussi vraie avec beaucoup de "Maigret".

Maigret et les témoins récalcitrants illustre bien ce sentiment.

Un crime a eu lieu chez les Lachaume une famille d'industriels sur le déclin. de prime abord, il s'agit d'un cambriolage qui a mal tourné, mais des indices contredisent cette version, et surtout la famille de la victime met une mauvaise volonté évidente à coopérer.

Comme rarement, cette enquête laisse une impression de décrépitude et de tristesse. La famille Lauchaume rumine son passé glorieux dans une grande maison qui pue littéralement la déchéance, les Lachaume ont quelque chose de malsain, on peut presque se les figurer comme des êtres pourrissant dans une maison/sépulture, où tout s'étiole et meurt.

J'ai vu les deux téléfilms français (il existe des versions japonaise, britannique et tchèque !) et ils font partie de mes favoris. A noter que si la version avec Jean Richard permet de retrouver le formidable Jean Topart dans un rôle où il excelle, c'est l'adaptation avec Bruno Cremer qui se rapproche le plus du roman, en présentant une version plus "brutale" du récit.
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Glaçant. Comme quoi on peut créer une banquise dans un roman policier sans y faire intervenir aucun psychopathe . Simenon, nous le savons, excellait en ce domaine mais ici, il prend son temps, paresse même, semble s'amuser à accumuler les détails les plus noirs et nous laisse encore frissonnants et un peu "sonnés" alors qu'on vient de tourner la dernière page.

A l'origine, la mort de Léonard Lachaume, fils aîné de la famille Lachaume dont la Biscuiterie fut fondée en 1817, ainsi que le rappelle l'inscription sur la cheminée de l'usine, derrière la maison sise quai de la Gare, à Ivry. Il est mort d'une balle de calibre .6,35, on l'a retrouvé effondré sur son lit et sa famille est en deuil ... Enfin, ce qui est curieux, c'est que, justement, lorsque Maigret arrive sur les lieux du drame, la famille est disséminée un peu partout dans la vaste maison. Il y a d'abord le père et la mère du mort, lui encore assez alerte, elle nettement plus handicapée, qui se soutiennent le moral (que feraient-ils d'autre ? ) dans une pièce. Puis le frère, Armand, une santé fragile, qui guide Maigret comme le ferait le responsable (très pincé) d'un musée et réclame d'office l'assistance d'un avocat. On aperçoit aussi Paulette, l'épouse d'Armand, une jolie femme à la mine un peu embarrassée. le fils du mort, Jean-Paul, un collégien de douze ans à peu près, est ... au collège, cela va de soi. D'ailleurs, pour qu'il ne soit pas trop choqué, on va l'y installer comme interne dès la fin de la journée. Ah ! oui, il y a aussi l'antique servante à demi-bossue, Catherine, qui rôde au milieu de tout ça avec des airs de sorcière agacée de voir tout le monde marcher sur plates-bandes d'herbes spéciales.

A l'extérieur, si l'on peut dire, outre Maigret, le médecin-légiste, le sémillant Dr Paul, et un tout jeune juge d'instruction dénommé Angelot - ça ne s'invente pas - lequel fait comprendre, poliment mais clairement, au commissaire qu'il est prêt à prendre, question spécialité de la mise de bâtons dans les roues, la succession du juge Coméliau, désormais en retraite.

Et tout ça dans une maison effrayante, énorme, vaste, une espèce de croisement entre celle des "Héritiers du Majorat" d'Achim von Arnim et la "Malpertuis" de Jean Ray. Une maison triste, glacée, avec de tous petits poêles au milieu de pièces trop grandes, des tentures moisies mais qui furent belles dans leur jeune temps, d'assez beaux meubles Empire qu'on a malheureusement recouverts de tissus plus modernes mais qui ne leur conviennent pas et une ambiance mortifère, une torpeur qui sommeille partout mais qui donne, parfois, l'impression bizarre d'écouter ou de se déplacer. Une maison morte et pourtant vivante. Une maison incroyable sur laquelle on ne se pose qu'une question : comment se fait-il qu'il n'y ait pas eu plus de morts depuis plus d'un siècle-et-demi qu'elle existe ? ...

Simenon, précisons-le, s'en tiendra, en tous cas dans la maison-même, à un seul mort, ce fameux Léonard dont on finit par apprendre qu'il a été marié, puis veuf et qui, pour terminer, compte tenu de la "maladie" de son frère, Armand, a fait des avances à sa belle-soeur, Paulette. Paulette, née Zuber, fille et héritière d'un marchand de peausseries qui lui a légué plus de trois-cents millions de l'époque (la fin des années cinquante). Paulette qui, depuis son mariage, qu'elle a accepté pour accéder à la haute bourgeoisie - tout moisi et verdi qu'il est devenu, le nom des Lachaume fait toujours son petit effet dans une certaine société - tire sur sa fortune pour faire vivre la maison, la belle-famille et la biscuiterie.

Gêné par la volonté du juge Angelot de voir les interrogatoires menés dans son bureau à lui, exaspéré par les interventions d'un avocat dont il apprend tout de même qu'il est avant tout celui de Paulette et non de sa belle-famille, Maigret tourne en rond dans sa tête et cherche des moyens, peut-être limites mais toujours légaux, pour mener son enquête à bien, malgré tous les obstacles que dressent devant lui non seulement les Lachaume, soudés en un bloc résolu bien qu'un peu vacillant, mais aussi un juge d'instruction qui s'imagine tout savoir parce qu'il connaît sa théorie par coeur.

"Maigret & les Témoins Récalcitrants" est une histoire simple et prévisible. L'astuce de Simenon est d'emprunter ici des chemins qui ne permettent pas au lecteur de la saisir aussi facilement que d'habitude. Mention spéciale pour le personnage, très sympathique (et extérieur lui aussi à la maison qui l'a vu naître), de Véronique Lachaume, laquelle rayonne littéralement même si, sur le plan amoureux, elle ne peut se targuer d'avoir la chance qu'elle mériterait. Un personnage qui réchauffe un peu cette intrigue noire et comme recouverte d'une suie grasse et dont on a bien du mal à se débarrasser - une suie qui ne vient pas de la maison Lachaume, si impressionnante qu'elle soit, mais bel et bien de la nature de ceux qui ont choisi d'y vivre à jamais. Finalement, la maison, cette pauvre maison où spectres et créatures de l'ombre se sentiraient si bien, est à l'image de certains protagonistes de ce récit : une victime de l'"esprit" Lachaume. ;o)
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Une fois de plus les aventures du commissaires Maigret nous entraîne dans une famille héritière d'une biscuiterie en ruine alors le seul moyen de ne pas sombrer dans le chaos, c'est de viser de bons mariages pour des hommes de cette famille, ce qui fut fait. Mais quand va mourir l'aîné, tous les témoins de la famille s'avèrent être vraiment des récalcitrants...
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Maigret est à deux ans de la retraite (ce n'est pas la première fois, il a déjà été mis fin à sa carrière dans des romans précédents et il lui reste une bonne quinzaine d'enquêtes jusqu'à Maigret et Monsieur Charles) et c'est un commissaire bougon et rempli d'amertume qui doit découvrir qui a assassiné Léonard Lachaume, héritier d'une biscuiterie naguère florissante mais frôlant aujourd'hui le dépôt de bilan. Tâche complexe car la famille semble avoir conclu un pacte autour du silence et du non-dit et que l'ambiance étouffante d'une maison qui fut belle ne fait rien pour arranger son humeur. Si l'on ajoute à cela un jeune juge d'instruction qui tient à diriger les choses selon ses propres principes, la coupe est presque pleine.

Maigret et les témoins récalcitrants pourrait être d'une banalité totale - histoires de familles, querelles d'intérêts, adultère… - mais c'est le portrait de ces témoins décidés farouchement à en dire le moins possible qui en fait l'intérêt. Car c'est un très grand Maigret. Tout d'abord par la qualité des dialogues entre le commissaire et les différentes personnes impliquées dans l'affaire. Ensuite par les conditions de travail de Maigret qui doit agir sous le regard des autres (le juge mais aussi l'avocat de la famille), attentifs à la « méthode Maigret ». Enfin par l'effet sur Maigret du lieu du crime, cette grande maison bourgeoise, aujourd'hui aussi décrépie que les finances de la famille et où règne une atmosphère, étouffante, « ahurissante » (adjectif utilisé deux fois par Simenon).

« C'était l'intimité des autres, en somme, que Maigret reniflait et maintenant, par exemple, dans la rue, les mains dans les poches de son pardessus, de la pluie sur le visage, il restait plongé dans l'ahurissante atmosphère du quai de la Gare. »

Roman, crépusculaire, sinistre (la pluie n'arrange rien), histoire du long et lent déclin d'un entreprise et d'une famille devenue fantomatique, Maigret et les témoins récalcitrants est un témoignage sur la fin d'une époque (celle des petites affaires familiales qui ne peuvent lutter face aux grandes entreprises) et sur les changements que connait la police (le remplacement progressif des policiers issus du rang, dont Maigret est l'exemple, par des commissaires diplômés sortant rarement de leur bureau) et la justice (jeunes juges surs d'eux empiétant sur les prérogatives de la police et prétendant diriger les enquêtes de bout en bout).

Maigret ira tout au bout de l'enquête mais sa victoire finale - « Maigret regarda la jeune femme qui ne bougeait pas, l'avocat un peu pâle, le magistrat qui ne s'était pas encore composé une attitude. » - » et un retour vers le monde des vivants ne changera rien à son humeur maussade.
Lien : http://www.polarsurbains.com..
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Ecrit en 1958
En perspective .À deux ans de la retraite, Maigret se sent se décatir et est souvent rempli de chagrin et de tristesse, d'autant plus qu'il est contrarié dans son travail par un jeune juge de la nouvelle école qui tient à gérer lui-même l'enquête et à imposer ses principes au commissaire. En outre son enquête s'avère difficile devant le mutisme de la famille Lachaume L'ambiance étouffante dans laquelle vit la famille Lachaume n'est pas faite pour rasséréner Maigret qui demeure insatisfait malgré son avantage remporté dans cette enquête.
Arcanes, labyrinthe, cachotterie et rebondissement omniprésents le long de récit.
Comme toujours encore un polar compatible a' la renommée de George Simenon
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Citations et extraits (38) Voir plus Ajouter une citation
[...] ... - "En conclusion ? ...

- Je n'ai pas tiré de conclusion, monsieur le juge.

- S'il s'agit, comme vous semblez l'affirmer, de quelqu'un de la famille ...

- De la famille ou de la maison.

- Parce que vous incluez la vieille servante bossue parmi les suspects ?

- Je n'élimine personne. Je ne vais pas vous citer à nouveau des statistiques. Il y a trois mois, un homme a tué son voisin, justement avec un automatique 6.35, parce que ce voisin s'obstinait à faire fonctionner sa radio à pleine force.

- Je ne vois pas le rapport.

- A première vue, c'est un crime idiot, inexplicable. Or, le meurtrier est un grand invalide de guerre, deux fois trépané, qui passe ses journées à souffrir dans un fauteuil. Il n'a que sa pension pour vivre. Le voisin était un tailleur en chambre d'origine étrangère qui a eu des ennuis après la Libération et qui s'en est tiré ...

- Je ne vois toujours pas ...

- Je veux arriver à ceci ... Ce qui, à première vue, semble être un motif ridicule - un peu plus ou un peu moins de musique ! - devient, si on y réfléchit, pour l'invalide de guerre, une question vitale ... Autrement dit, étant donné les circonstances, le crime est explicable, presque fatal ...

- Je ne vois aucune situation similaire quai de la Gare.

- Pourtant il doit en exister une, tout au moins dans l'esprit de celui qui a tué Léonard Lachaume. A part d'assez rares cas pathologiques, l'homme ne tue que pour des raisons précises, impérieuses.

- Vous avez trouvé cette raison-là, dans le cas qui nous occupe ?

- J'en ai trouvé plusieurs." ... [...]
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[...] ... Il connaissait vaguement le commissaire d'Ivry, qui n'était pas de sa génération et qui lui serra la main avec un respect exagéré.

- "Je suis venu dès que j'ai reçu le coup de téléphone ...

- Le médecin est parti ?

- Il avait une urgence. Je n'ai pas cru devoir le retenir puisque, de toute façon, le médecin-légiste ne tardera pas ..."

Le mort était sur le lit et, en dehors du commissaire de police, il n'y avait personne dans la pièce.

- "La famille ?

- Je les ai envoyés dans leur chambre ou au salon. J'ai pensé que vous préféreriez ..."

Maigret tira sa montre de sa poche. Il était neuf heures quarante-cinq.

- "Quand avez-vous été alerté ?

- Il y a environ une heure. Je venais d'arriver au bureau. Quelqu'un a téléphoné à mon secrétaire pour me demander de passer ici.

- Vous savez qui ?

- Oui. Le frère, Armand Lachaume.

- Vous le connaissez ?

- Je ne le connais que de nom. Il a dû venir quelquefois au commissariat pour une légalisation de signature ou pour quelque formalité. Ce sont des gens dont on ne s'occupe pas beaucoup ..."

La phrase frappa Maigret. Des gens dont on ne s'occupe pas beaucoup ... Il comprenait car la maison, comme la marque de biscuits Lachaume, semblait hors du temps, hors de la vie contemporaine. ... [...]
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Maigret ouvrit le placard pour y accrocher son manteau et son chapeau humides, entrevit son visage dans le miroir fixé au-dessus de la fontaine et faillit se tirer la langue tant il se trouva une sale gueule. Certes, le miroir déformait quelque peu les images. Le commissaire n’en avait pas moins l’impression d’avoir ramené du quai de la Gare une tête dans le genre de celle des gens qui habitaient l’ahurissante maison.
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Elle a trente-six ans et elle n’essaie pas de les cacher. Elle est grasse, avec à peu près deux fois plus de poitrine que moi. Elle porte les cheveux coupés courts, comme un homme, et est toujours, pour sortir, vêtue de tailleurs. Elle a les traits assez épais, et pourtant on a plaisir à la regarder, peut-être parce qu’elle est perpétuellement de bonne humeur et qu’elle a l’air de se ficher de tout.
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regardant la pluie qui tombait toujours, oblique, presque horizontale, et les passants qui marchaient penchés en avant et tenaient leur parapluie comme des boucliers.
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« La neige était sale », de Georges Simenon, c'est à lire au Livre de poche.
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