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Note moyenne 3.8 /5 (sur 114 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Fougères (Ille-et-Vilaine) , le 31/07/1948
Biographie :

Pascal Ory, né en 1948, est un historien français, élève de Jean Delumeau, spécialiste d'histoire culturelle et d'histoire politique. Il s'est intéressé au fascisme dès sa maîtrise, consacrée aux Chemises vertes d'Henri Dorgères. Il est l'un de ceux qui ont, dès les années 1970, contribué à mieux définir l'histoire culturelle.

Agrégé d'histoire, après avoir enseigné à l'Université de Versailles-Saint Quentin en Yvelines et à l'Institut d'études politiques de Paris, il est aujourd'hui professeur à l'Université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne. Ancien membre de la Fondation Thiers, il préside aujourd'hui l'Association pour le développement de l'histoire culturelle (ADHC) et il est régent du Collège de 'Pataphysique.

Engagé en politique, il est conseiller municipal, ancien adjoint au maire Georges Lemoine, et tête de liste socialiste aux élections municipales de mars 2001, dans la ville de Chartres.

En janvier 2012, il est nommé commandeur de l'Ordre des Arts et des Lettres.

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Source : Wikipedia
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Entretien avec Pascal Ory à propos du Dictionnaire des étrangers qui ont fait la France


Pascal Ory, vous avez publié il y a quelques mois le Dictionnaire des étrangers qui ont fait la France. Comment est né ce projet ?


Au fond, c`est la découverte, il y a un quart de siècle, du musée américain de l`immigration, à Ellis Island, qui est à l`origine de ce livre. J`avais été séduit par sa muséographie, très novatrice à l`époque, qui impliquait fortement les visiteurs. Mais la conclusion que j`en tirais était au second degré : la France était elle aussi, comme les États-Unis ou le Canada -et au contraire de quasiment toutes les autres nations européennes-, un pays d`immigration, à cette réserve près qu`elle ne l`affichait pas, qu`elle ne construisait pas son mythe national autour de l`immigration, alors que les pays d`immigration neufs, eux, s`en glorifiaient. De retour en France, je fis une note en ce sens à Jack Lang, alors ministre de la Culture. Dans l`immédiat cela n`a rien donné, malgré la mobilisation de plusieurs historiens comme Pierre Milza. Jacques Chirac a repris le dossier, ce qui a donné la Cité nationale de l`histoire de l`immigration. Restait, à mes yeux, que la France devait disposer d`un second lieu de mémoire, cette fois d`initiative privée, plus modeste mais néanmoins capital, un dictionnaire des étrangers qui ont, aux côtés des autochtones, contribué à « faire la France » (je tenais à la formule), un panthéon de papier, moins sélectif que l`autre. Quand Jean-Luc Barré, que je connaissais de longue date, est devenu directeur de la collection Bouquins, je lui ai parlé de ce projet, et il a tout de suite accepté. Je savais que je mettais le doigt dans un engrenage : ce fut un travail écrasant -soixante contributeurs, plus de mille notices, toutes à relire, évidemment, et dont j`ai, au final, écrit plus d`une centaine. Écrasant, mais énergisant.


Qui est l`étranger, selon vous ? Comment s`est effectuée la sélection des personnes présentes dans le dictionnaire ?


Le premier principe était de partir des notions juridiques : dans ce dictionnaire est étranger celui qui est né de statut étranger, en France ou hors de nos frontières, qu`il ait été ensuite naturalisé ou pas. René Goscinny n`est donc pas dedans car il est, de justesse, né Français, mais Albert Uderzo y est car il est né Italien. –notons, au passage, que les deux auteurs d`Asterix, petit chef-d`œuvre de francité, parfois rabaissé par certains à la « franchouillardise », sont deux enfants de l`immigration… le second principe était de commencer en 1789, date de l`auto-proclamation de la nation française, posée comme principe de souveraineté politique (19 juin : « Assemblée nationale »), et d`aller jusqu`à nos contemporains (Manuel Valls ou Pierre Cardin sont dans le Dictionnaire).
Pour ce qu`il en est de « faire la France », je suis parti de l`idée que la formule devait se comprendre comme la reconnaissance d`une contribution remarquée dans un domaine spécifique, quel qu`il soit, sport ou philosophie, arts ou industrie. Je précise à ce stade que l`ouvrage ne se limite pas à des notices individuelles –même si ce sont celles qui, prévisiblement, ont suscité le plus de commentaires- mais qu`il est lesté d`une cinquantaine de notices de communautés, dont j`ai confié la supervision à Marie-Claude Blanc-Chaléard, et d`une vingtaine de notices de groupes (École de Paris, Légion étrangère, etc.).


Comment la France a-t-elle accueilli ses immigrés ?


Je pense qu`aucune communauté humaine, en tant que communauté, n`accueille « bien » l`étranger. Celui-ci est toujours regardé avec condescendance, voire suspicion, voire haine ; mais, dans le cas de la France, sur deux ou trois générations, tous comptes faits, l`intégration a fini par opérer. Et elle opère toujours. Sur Itélé, Eric Zemmour a été titillé à propos de ce livre par son alter-ego Nicolas Domenach. Zemmour a répondu qu`il n`avait pas (encore ?) lu le livre mais qu`il n`en aimait déjà pas le titre : pour lui c`est la France qui a « fait les étrangers ». Il a ajouté que la machine à intégrer était désormais en panne. Dans l`histoire c`est la position constante des déclinistes et des xénophobes, souvent associés : avant oui, aujourd`hui, non, avec ceux-ci, oui, avec ceux-là, non. Les démographes comme les économistes s`accordent pourtant pour faire remarquer que l`Occident a plus que jamais besoin de l`apport immigré. La France, au reste, est démographiquement dans une situation moins déficitaire que l`Allemagne, par exemple, qui ne peut faire l`économie (c`est le mot) de l`intégration, au final, d`une proportion considérable d`immigrés, principalement balkaniques ou turcs, ce qui n`est pas mal en termes de distance culturelle. Par ailleurs, les désordres écologiques, qui seront la grande affaire du XXIème siècle, accélèrent la remontée des populations de tous les « Suds » vers tous les « Nords ». Pour de bonnes ou de mauvaises raisons nous demeurerons confrontés, à grande échelle, à la question de l`immigration. Sur la durée, l`intégration a été la loi, et le rejet de greffe l`exception. Au reste, l`intégration a tellement bien marché qu`elle permet à certains descendants d`immigrés, fermant la porte derrière eux, d`être xénophobes à leur tour…
Dans le cas de la France, je trouve au fond assez beau, en m`engageant un peu, qu`en 1870 le premier ministre de l`Intérieur (une fonction capitale pour notre sujet) de la République, Léon Gambetta, fût né étranger, Italien naturalisé français à 21 ans, tout comme le ministre de l`Intérieur au moment de la sortie du livre, Manuel Valls, Espagnol naturalisé à 21 ans.


L`immigration est un sujet qui fait régulièrement l`objet de longs débats politiques et médiatiques. Les médias ont-ils bien accueilli votre livre ?


L`accueil critique a été positif, l`intérêt a été soutenu, à la mesure des enjeux et des polémiques récurrentes sur le sujet dans ce pays depuis, au bas mot, trente ans. le livre est sorti, par exemple, au moment précis où M. Jean-François Copé relançait l`idée d`une restriction du « droit du sol » -dont ses ancêtres avaient pourtant bénéficié…-. le Dictionnaire porte cependant à l`optimisme. On ne peut pas ne pas être impressionné par l`ampleur de la contribution des étrangers au destin collectif de ce pays. Pour le lecteur non prévenu –et même pour les autres- ce livre est visiblement une source de découvertes, de surprises, voire d`effarements. Moi-même, en relisant à la suite toutes ces notices, je ne vous cache pas que j`étais ému jusqu`aux larmes.


Certains de vos livres n`ont eux-mêmes pas été épargnés par quelques polémiques. Récemment, une inspectrice pédagogique a ainsi demandé aux centres de documentation et d`information des collèges de retirer de leurs établissements "L`art de la Bande dessinée" publié aux éditions Citadelles & Mazenod. Que représente selon vous cette note destinée aux CDI ?


L`inspectrice en charge des CDI de l`académie de Limoges leur a adressé une circulaire leur demandant instamment de ne pas acheter ce livre, dont j`ai assuré la direction avec trois autres collègues. Elle ajoutait, circonstance aggravante, qu`il leur fallait, plus généralement, « feuilleter avec la plus grande attention » tout ce qui relevait de la bande dessinée et du manga. C`est un bel oxymore : « feuilleter » parce que l`on méprise, « avec la plus grande attention » parce que l`on craint…
Nous avons envoyé à l`intéressée une lettre collective pour lui demander des éclaircissements. Elle est restée sans réponse mais nous avons là dessus notre petite idée : sur plus de cinq cents images reproduites, il y en a, disons, une dizaine de nature explicitement érotique… C`est un débat vieux comme la censure, c`est à dire comme le monde. Tout puritain qui se respecte est un obsédé sexuel. Je pense que les églises de tout style (religieuses ou laïques) perçoivent bien la nature subversive de l`éros, qui leur fait une peur bleue. Mais, pour en revenir à cette affaire des CDI de Limoges, je dois avouer qu`à titre personnel j`en ai ressenti un certain plaisir. Les deux médailles d`honneur de l`écrivain sont d`être plagié et d`être censuré. J`avais déjà été plagié (cent cinquante pages environ, par un collègue de la Sorbonne, François-Georges Dreyfus… ; il avait été condamné par un tribunal, à l`époque). Maintenant, je suis censuré. Je peux mourir satisfait.


Outre cette anthologie, vous avez publié une biographie de Goscinny en 2007 et êtes en charge de la rubrique Bandes dessinées du magazine Lire. D`où vous vient votre intérêt pour la Bande dessinée ?


Comme toujours, les explications peuvent se situer à plusieurs niveaux. D`un point de vue intellectuel, je dois rappeler que je suis de ceux qui ont contribué à définir, dès les années 70, le projet de l` « l`histoire culturelle ». Dans ce cadre, l`étude de formes d`expression en déficit de légitimité comme l`est encore la BD -on en a eu un exemple avec l`Art de la bande dessinée- me paraît particulièrement intéressante. Mais je dois bien avouer deux autres explications, strictement autobiographiques. La première, au reste, a sans doute déterminé la précédente, cette curiosité spontanée pour les objets culturels faiblement légitimées : mon père, qui fut en 1950 le premier « grand reporter » d`Ouest-France, avait, par ses origines et dans sa pratique quotidienne –j`essayais de le suivre dans ses reportages, les jours de congé…-, une complète absence de snobisme culturel qui le mettait de plain-pied avec la culture sous toutes ses formes –la vie, quoi-, sans hiérarchie a priori. Il parlait latin avec les curés et composait des chansons d`actualité pour les cabarets ou la radio. La seconde ligne d`interprétation me concerne plus directement encore : il se trouve que, comme baby-boomer et donc pur produit des Trente Glorieuses, j`ai vécu la dernière floraison de la presse de bandes dessinées pour la jeunesse, aujourd`hui à peu près disparue. J`ai grandi en lisant les illustrés de l`école belge -plutôt Tintin que Spirou, d`ailleurs : Armagnacs contre Bourguignons...-. Puis j`ai découvert Pilote, dès son premier numéro, en 1959. J`ai donc été associé à l`entrée insensible de la bd dans l`âge adulte – plus tard, j`ai payé ma dette à René Goscinny en lui consacrant cette biographie ; au vrai, plusieurs de mes livres sont des tributs de gratitude à mes « maîtres », mon père, Jean Delumeau, René Rémond,… En travaillant dans les années 70 –pour des raisons non pas académiques mais éthiques, indépendamment de toute bibliographie universitaire-, sur la Collaboration, je suis tombé un jour, à la BN, sur un journal destiné à la jeunesse, foncièrement français et totalement nazi, intitulé le Téméraire ; je lui ai consacré une étude (Le petit Nazi illustré). Et j`ai, à la même époque, écrit le premier article consacré au Tintin de l`Occupation (L`Étoile mystérieuse, en particulier). J`ai fait, sur ces entrefaites, la connaissance de Pierre Assouline, grand tintinologue devant l`Éternel, et, quelques années plus tard, alors qu`il était rédacteur-en-chef du magazine Lire, c`est lui qui m`a demandé, à la mort brutale de Philippe Koechlin, de Rock&Folk, titulaire à Lire de la rubrique BD, d`en assurer la relève pour un ou deux numéros : j`y suis depuis dix-sept ans. J`ai ensuite proposé au magazine L`histoire d`ouvrir chez eux une rubrique BD qui, significativement, manquait. J`étais historien parce que mon père était journaliste, mais, d`une certaine façon, j`ai retrouvé le chemin de la presse écrite, pour une participation régulière, grâce à la bande dessinée.


Peut-on parler d`une passion ?


Je ne voudrais pas galvauder le terme de « passion », que je réserve, en ce qui me concerne, à l`amour des femmes. Disons que c`est la forme d`art que je connais le moins mal.


Vos deux premières fictions, "Grande encyclopédie du presque rien" et "Vie de Damoclès" ont été publiées aux Editions du Busclats dont le principe est de demander à des auteur de faire « un pas de côté ». Avez-vous tout de suite accepté la proposition de l`éditeur ?


Le passage à ce que j`appelle dans ma bibliographie les « contes » -pour les distinguer des « histoires » et des « fables »-, s`est fait grâce à Marie-Claude Char. Je la connaissais depuis longtemps, depuis l`époque où elle n`était pas encore l`épouse de René Char et travaillait aux éditions Gallimard. Elle a créé, en association avec Michèle Gazier, les Editions des Busclats (du nom de la propriété de René) et m`a demandé, comme à d`autres auteurs, si je pouvais faire en leur compagnie « un pas de côté » par rapport à ma production habituelle. Il se trouve que je fais partie de ces écrivants qui gardent une nostalgie de l`écriture littéraire, jamais chez eux poussée jusqu`au bout dès lors que l`écriture scientifique leur a été propice. Cette facilité à écrire des histoires et des fables avait renvoyé mes projets de contes aux calendes grecques. Je m`étais aventuré jadis dans la littérature dramatique en écrivant une pièce de théâtre (Mélancolies du 29 mai) qui a été montée sur France-culture, avec Guy Tréjan dans le rôle principal –qui, pour tout dire, ressemblait beaucoup à Charles de Gaulle-. Mais je n`ai pas persévéré dans cette voie. Si j`ai accepté de faire ce pas de côté avec l`encyclopédie du presque rien, c`est parce que Marie-Claude Char est venue vers moi et que j`avais un texte écrit, disons, aux trois quarts. Grâce à Marie-Claude, j`ai eu la force d`ajouter le quatrième quart.
Comme cette première expérience lui a plu, elle m`a demandé un second texte. J`en avais, en effet, un autre, écrit lui aussi aux trois-quarts. Ce fut Vie de Damoclès, fragments, qui est, pour l`instant, mon équipée la plus aventureuse sur les terres de la littérature littéraire.


"Grande encyclopédie du presque rien" et "Vie de Damoclès"sont des fictions sans être des romans. Dans quels genres pourrait-on classer ces deux livres ?


"L`encyclopédie du presque rien" est un texte de demi-genre. Au fond, je ne me suis jamais remis de la découverte, à l`adolescence, de Borges, aggravée plus tard par celle de Marcel Schwob. La poésie de l`érudition. Ce métissage convenait à ma situation. Quant à l`objet du livre il est celui qui m`a toujours fasciné : le minuscule, l`oublié, le fait-néant, vain. Vie de Damoclès, fragments est, faute d`une meilleure formule, ce qu`on appelle un conte philosophique. J`y expose, façon Diogène Laërce (qui connaît Diogène Laërce ? Encore un oublié), je ne dirai pas ma conception du monde, ce serait bien prétentieux, disons ma « manière de voir ».


Comptez-vous publier un véritable roman ?


En tous les cas, je suis en train d`écrire un texte qui pourrait s`intituler ainsi. Et, cette fois, ex nihilo. Je ne peux pas encore vous en dire grand-chose, si ce n`est le point de départ : Dieu commence à ne plus croire en lui, et ce qui s`en suit. L`histoire est vue à travers les yeux de son plus proche camarade.



Pascal Ory et ses lectures


Quel est le livre qui vous a donné envie d`écrire ?


Vous posez une question très intéressante car il y a des livres qui vous donnent envie de lire et d`autres qui, à un nombre plus restreint de lecteurs, donnent envie d`écrire. de la seconde catégorie j`en vois deux, qui sont associés parce qu`ils vont dans le même sens ; au reste, je les ai déjà cité : ceux de Jorge Luis Borges et les Vies imaginaires de Marcel Schwob. Deux autorisations à devenir « écrivain », quand je n`étais qu`un « écrivant ». Et puis Voltaire, Marivaux, Lewis Carroll, Ambrose Bierce, Jules Laforgue, Italo Calvino, Joseph Delteil,… J`aime tout particulièrement ceux que leurs contemporains s`entendaient à classer parmi les dilettantes, comme Diderot ou Stendhal, dont la reconnaissance est toute posthume – à celle de Stendhal a contribué mon vieux copain Léon Blum.


/Quel est l`auteur qui vous a donné envie d`arrêter d`écrire (par ses qualités exceptionnelles...)?


C`est vrai, il y a aussi cette troisième catégorie, celle de ceux qui ne vous donnent plus du tout envie d`écrire, car ils vous écrasent sous leur excellence : eh bien, je n`en ai jamais rencontré de cette espèce… Pour moi, tout est bon à prendre. Je préfère une autre taxinomie, exclusivement positive : il y a ceux qui sont des « frères » -qui écrivent, qui parlent, qui pensent comme vous-, ceux qui sont des « maîtres » -qui vous ouvrent des perspectives que vous n`aviez pas envisagées, même si, sans doute, elles étaient enfouies en vous, qui vous inventent, quoi -, et enfin ceux qui des « grands autres » -qui sont tellement différents de vous, à l`opposé en tout, mais qui ont une telle force que vous ne pouvez pas ne pas les prendre en considération. Je suis aux antipodes de la représentation du monde d`un Céline, par exemple, et tout ce que nous en apprennent ses biographes le rend de plus en plus antipathique, mais son écriture est tellement raccord de ce qu`il est que ç`en est fascinant.


Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?


Les Vies imaginaires de Marcel Schwob, cité plus haut. Mais aussi Alice de Lewis Carroll ou le Jules et Jim de Henri-Pierre Roché. Et je ne me lasse pas de relire le Journal de Jules Renard. Il y a également un écrivain sous le charme duquel je suis tombé, c`est Jean Giono. le type achevé du conteur, qui vous emmène là où il veut, et on en redemande.


Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?


Je n`ai pas encore lu toute La Recherche du temps perdu de Marcel Proust. Mais je ne sais pas si j`en ai honte. Je ne lis pas assez les romans de mes contemporains, même si j`ai la chance de faire quelques incursions dans l`actualité littéraire grâce à la « Fabrique de l`Histoire » sur France Culture, puisque nous sommes conduits à lire un à deux romans par mois, ou encore grâce aux comités de rédaction de Lire, quand j`ai la chance de pouvoir y assister. On m`y apporte sur un plateau des dizaines de livres qui viennent de sortir, et les commentaires que mes camarades en font me donnent envie de tout lire.


Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?


Les fruits du Congo d`Alexandre Vialatte, auteur méconnu de son vivant et qui, depuis, a surtout été lu pour ses merveilleuses Chroniques. Les fruits du Congo sont du genre que je préfère : un conte de fées noir –comme tous les grands contes de fées : La Nuit du chasseur…-. Vialatte a toujours écrit le même roman. Les fruits du Congo, c`en est, pour moi, la version la plus achevée. Mais je suis, comme toujours, double. J`aime beaucoup aussi Paul Nizan, auquel j`ai consacré un livre, et je mettrais en avant son roman le moins connu, qui est d`une radicalité impressionnante, le Cheval de Troie. le seul roman communiste réussi de toute l`histoire de la littérature française. le seul roman sartrien réussi, aussi. Bref, du grand Nizan. Il se croyait d`extrême-gauche et Vialatte d`extrême-droite. Ils étaient surtout extrêmes dans l`écriture. Ça me va.


Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?


Je suis plutôt bon public, et d`abord, vous l`avez vu, un militant de la réhabilitation, plutôt qu`un régicide. Il y a un petit nombre de « classiques » qui me tombent des mains, mais ce serait assez prétentieux de ma part de dire qu`ils sont « surfaits ». Tout ce que je peux dire, c`est que je ne suis jamais (ou pas encore) entré dans l`œuvre d`un Albert Cohen, par exemple.


Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ? Ou un titre de roman ?


On a oublié que « Il n`y a pas d`amour ; il n`y a que des preuves d`amour », passé en proverbe, est signé d`un grand poète, Pierre Reverdy –qui fut aussi le grand amour de Gabrielle Chanel. Un titre de roman ? Matisse, roman, qui n`est pas un roman, Aden, Arabie, qui n`en est pas un non plus. Alors, disons, L`insoutenable légèreté de l`être ? Ou mon cher Jules et Jim, qui a d`abord séduit Truffaut par la sonorité de son titre…


Et en ce moment, que lisez-vous ?


Je lis les romans que je dois lire pour la Fabrique de l`Histoire, comme Théorie de la vilaine petite fille d`Hubert Haddad. Récemment, j`ai été très ébranlé par un livre inclassable : La fin de l’homme rouge d`une auteure biélorusse du nom de Svetlana Alexievitch. Un livre de journaliste qui se lit comme du Dostoïevski. Une sorte de contre-épopée. J`en demeure encore saisi.



Découvrez le "Dictionnaire des étrangers qui ont fait la France" publié sous la direction de Pascal Ory aux éditions Robert Laffont :


"L`art de la Bande dessinée" aux éditions Citadelles et Mazenod :



"Vie de Damoclès : Fragments " publié sous la direction de Pascal Ory aux Editions des Busclats :




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Peut-on parler d?une crise du modèle républicain français ? La crise culturelle d?où nous venons touche-t-elle à son terme ? Retour sur les bouleversements intervenus depuis les années 60 en France : entre « révolutions » et « libérations »... MODÉRATEUR : Christian MAKARIAN, directeur délégué de la rédaction de l?Express. INTERVENANTS : François HOLLANDE, ancien président de la République, Pascal ORY, professeur émérite à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, auteur de L?Entre-deux- mai. La crise d?où nous venons. 1968-1981 (Alma), Jean- François SIRINELLI, professeur émérite à Sciences Po, auteur de Vie et survie de la Ve République. Essai de physiologie politique (Odile Jacob)
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Bibalice   05 février 2017
Jouir comme une sainte de Pascal Ory
La religion de l'art est ce qui reste quand on a tout oublié des autres. "Créateur" : au temps du Bernin, on écrivait ce mot avec une majuscule, et il était bien certain qu'il n'y en avait qu'un. Aujourd'hui, il peut s'appeler aussi bien Samuel Beckett que Karl Lagarfeld ; au reste pourquoi pas ? Il n'y a pas de religion de l'Art, il n'y en a que des preuves, et elles sont maintenant partout, de Rome à Kyoto, d'Ispahan à Machu Picchu, du Louvre au Madison Square Garden. L'art est une religion moderne en ce qu'elle a pour centre moins le dieu que l'artiste. La religion moderne est polythéiste. Elle reconnait en chaque oeuvre une part de divinité [...]. Devant cette pyramide d'Egypte, ce tableau du Caravage, ce poème de Rimbaud, ce film d'Orson Welles, ce solo de Janis Joplin, les fidèles se recueillent, ils entrent en oraison.
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moravia   18 février 2020
Les collaborateurs, 1940-1945 de Pascal Ory
En 1942, symbole suprême, la rédaction [de Je suis partout] émigre du quartier d'Alésia à la rue de Rivoli. Malgré l'abandon de Pierre Gaxotte, l'équipe est, il est vrai, plus dynamique que jamais. Elle perd Claude Roy, passé insensiblement à la Résistance et au communisme, mais elle gagnera d'autres jeunes, Claude Maubourguet, F.-C. Bauer, Michel Mohrt, Lucien Combelle surtout, ancien secrétaire de Gide. Elle s'assure plus que jamais les signatures d'Anouilh (leocadia) et de Marcel Aymé (Travelingue), de Drieu et de La Varende.
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Blackbooks   18 mai 2020
Les noms d'époque : De ''Restauration'' à ''Années de plomb'' de Pascal Ory
Des critiques vives, suivies de propositions neuves, ont ainsi permis à l’historiographie de se débarrasser des carcans périodiques et de leurs pétrifications pour repenser à nouveaux frais les usages et les catégories du temps. Des approches plus déliées en ont résulté, qui insistèrent sur les articulations, les chevauchements, la pluralité des temps, ou sur le caractère construit de cadres ou catégories temporels comme le siècle. En faisant de la sémantique historique un prérequis indispensable, l’œuvre de Reinhart Koselleck invitait à prendre en compte toute « la structure linguistique des expériences temporelles ». Non pas seulement la saisie de la variabilité des mots, indicateurs privilégiés du changement social, ni les écarts entre usages contemporains et usages du passé, mais aussi les conditions et les enjeux sociaux, politiques, économiques dont ils sont le produit. À compter des années 1980, la réflexion s’est également étendue au champ de la mémoire et aux usages sédimentés du passé, interrogeant, entre autres, le destin mémoriel des camisards, de la Révolution française, de la Vendée ou de Vichy, puis à celui des « régimes d’historicité ». Ni les époques, qui constituent de longue date une des catégories-maîtresses de la raison historique, ni ce qu’Henri Moniot avait naguère nommé " l’imaginaire périodisateur " ne sont donc, tant s’en faut, des points aveugles de la recherche. »







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moravia   28 septembre 2019
Les collaborateurs, 1940-1945 de Pascal Ory
Le personnage de Marc Augier, le futur Saint-Loup, résume un peu tous ces destins, dans la mesure où il s'est trouvé là pour en chanter les premiers jours comme les derniers. En 1936, c'est encore l'une des voix les plus caractéristiques du Front populaire puisqu'il est le rédacteur en chef de la revue du CLAJ (Centre Laïc des Auberges de la Jeunesse), le Cri des auberges, où il célèbre la santé du corps, l'excellence du plein air, l'internationale de la jeunesse.
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moravia   05 août 2019
Les collaborateurs, 1940-1945 de Pascal Ory
Lorsque, quatre ans plus tard, le 10 mai 1939, Marcel Roy, de la Fédération des métaux CGT , énonce encore le vieil adage : " Mieux vaut la négociation que la guerre", Hitler a, entre-temps, annexé et Nazifié sans coup férir l'Autriche, les Sudètes, la Bohême-Moravie et parle maintenant de Dantzig.
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Sauveterre   16 novembre 2019
L'entre-deux-mai de Pascal Ory
Si certains soixante-huitards se sont perdus, globalement ils n'ont pas perdu.
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moravia   11 novembre 2019
Les collaborateurs, 1940-1945 de Pascal Ory
Pour un Lafont (Henri Chamberlain), gérant à la veille de la débâcle du mess de l'Amicale de la préfecture de police, c'est le moment de compenser une enfance sans pitié et un casier judiciaire chargé. L'astuce qu'il a dû affiner pour survivre, les bonnes relations qu'il a pu lier avec les malfrats, il va désormais les utiliser au service d'une force triomphante et de sa propre gloire. A son zénith, "Monsieur Henri" roulera en Bentley, s'entourera d'orchidées et de comtesses, et ses derniers mois seront hantés de rêves mégalomaniaques caractérisés.
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Ecureuil   14 novembre 2013
Nouvelle histoire des idées politiques de Pascal Ory
Sommaire



1. Fondements de la pensée politique moderne (Les Temps modernes)

1.1. XVIIe siècle : apogée et crise des absolutismes ("Etat")

1.1.1. De Hobbes à Locke

1.1.2. Critiques théoriques et pratique de l'absolutisme

1.1.3. La politique rêvée

1.2. Politique des Lumières ("Bonheur")

1.2.1. Despotisme éclairé ?

1.2.2. Montesquieu

1.2.3. Rousseau, rousseauismes

1.3. Le choc révolutionnaire ("Nation")

1.3.1. La Révolution "modérée"

1.3.2. Le radicalisme révolutionnaire

1.3.3. La Contre-Révolution

2. Trois voies qui s'ouvrent (La révolution industrielle)

2.1. Le libéralisme ("Liberté")

2.1.1. Le Royaume-Uni, conservatoire du libéralisme

2.1.2. Le libéralisme français à l'épreuve du pouvoir

2.1.3. Tocqueville

2.2. Le socialisme sans Marx ("Egalité")

2.2.1. La théorie politique face à la société industrielle

2.2.2. Les premiers socialistes

2.2.3. Proudhon et son héritage

2.3. L'hégélianisme ("Histoire")

2.3.1. La pensée du politique chez Hegel

2.3.2. La gauche hégélienne

2.3.3. Formation de la pensée de Marx

3. Solutions du XIXe siècle (L'apogée de l'Europe)

3.1. La révolution sociale ("Prolétariat")

3.1.1. Marxisme de Marx, marxisme d'Engels

3.1.2. Le débat marxiste au tournant du siècle

3.1.3. Anarchisme et syndicalisme révolutionnaire

3.2. Le progrès ("Progrès")

3.2.1. D'Auguste Comte au positivisme républicain

3.2.2. Un démocratisme libéral

3.2.3. Théories socio-politiques de la lutte pour la vie

3.3. Trois réflexions en marge ("Communauté")

3.3.1. L'individualisme radical : Stirner et Nietzsche

3.3.2. Essai d'une politique chrétienne en Europe jusqu'en 1914

3.3.3. La nouvelle droite de la fin de siècle

4. Les nouvelles synthèses du XXe siècle (Les guerres du XXe siècle)

4.1. Sous le signe de la révolution russe ("Internationalisme")

4.1.1. Lénine et le léninisme

4.1.2. Le stalinisme, avant, pendant et après Staline

4.1.3. Le débat marxiste à la lumière russe

4.2. La solution fasciste ("Autorité")

4.2.1. Le fascisme italien

4.2.2. L'hitlérisme et ses antécédents allemands

4.2.3. Les convergences fascistes

4.3. La remise en question du modèle libéral ("Démocratie")

4.3.1. "Troisièmes voies" à la française

4.3.2. Théorie et pratique de la social-démocratie

4.3.3. Le keynésianisme, avec et sans Keynes

5. L'éclatement (La décolonisation)

5.1. Tiers monde et tiers mondisme ("Indépendance")

5.1.1. Nationalisme et socialisme. Fanon

5.1.2. Mao et alentours

5.1.3. Théories politiques de l'Islam contemporain

5.2. Nouvelles questions au politique ("Autonomie")

5.2.1. Psychanalyse et politique

5.2.2. Politique des libérations sexuelles

5.2.3. Une "pensée 68" ?

5.3. Interrogations occidentales ("Individu")

5.3.1. Critiques du "totalitarisme"

5.3.2. Libéralismes classique et renouvelé

5.3.3. Situation idéologique de cette fin de siècle
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EffeLou   01 novembre 2014
L'histoire culturelle de Pascal Ory
En jugeant, dès 1974 (dans 'Faire de l'histoire') que l'histoire des mentalités "semble déjà passée de mode", le médiéviste Jacques Le Goff rend sans doute compte d'un désintérêt, dont ne témoigne aucunement la bibliographie, qui continue, au contraire, à faire ample moisson de travaux sur de tels objets - comme en témoigne, à titre d'exemple, l'oeuvre de Robert Muchembeld [Muchembeld, 1988]-, que d'une insatisfaction épistémologique devant une démarche qui a pu chercher, par exemple, à établir un lien au sein du baroque européen entre 'mentalité pathétique' et 'révolution sociale' (Mandrou). La démonstration par un Alain Corbin à partir du 'Miasme et le jonquille' [Corbin, 1982] ou un Robert Darnton à partir du 'Grand massacre des chats' [Darnton, 1984] qu'une enquête novatrice sur les sensibilités pouvait faire peu de cas de l'oubli quantitatif comme de la perspective sociologique accéléra le déclin de la formule, sans invalider le questionnement.
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moravia   27 septembre 2019
Les collaborateurs, 1940-1945 de Pascal Ory
Dans les colonnes d'une presse zélée où, à côté des classiques et romanesques Film complet (125000 exemplaires au printemps 1941) ou Vedettes, s'illustre le corporatif le Film, sans oublier les chroniques cinématographiques des organes d'information, Zarah Leander remplace Marlène Dietrich, les comédies viennoises tâchent de faire oublier les musicals américains et de "charmantes idylles berlinoises" la guimauve judéo-ploutocratique. La mise au service de la propagande est sans ambiguïté quand, dans le flot des titres à louanger, figurent soudain l'anglophobe Président Krüger, de Hans Steinhoff, présenté en septembre 1941 à Paris, le jeune Hitlérien (Quex) en 1933, "chef-d'œuvre du cinéma politique" pour le critique italien fasciste Lo Duca, ou l'antisémite Juif Süss (1940) de Veit Harlan, présenté en février 1941. Toutes versions diffusées évidemment en langue française, doublées par des comédiens connus.
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