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ISBN : 2070427641
Éditeur : Gallimard (23/01/2003)

Note moyenne : 4.17/5 (sur 150 notes)
Résumé :
Que fait-on quand on regarde une peinture ? A quoi pense-t-on ? Qu'imagine-t-on ? Comment dire, comment se dire à soi-même ce que l'on voit ou devine ? Et comment l'historien d'art peut-il interpréter sérieusement ce qu'il voit un peu, beaucoup, passionnément ou pas du tout ? En six courtes fictions narratives qui se présentent comme autant d'enquêtes sur des évidences du visible, de Velázquez à Titien de Bruegel à Tintoret, Daniel Arasse propose des aventures du re... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
Zebra
  07 octobre 2015
Paru aux Éditions Denoël dans la collection Folio Essais, « On n'y voit rien - Descriptions » est un petit ouvrage (216 pages) consacré à l'analyse de tableaux souvent connus du public.
Que voit-on quand on se présente innocemment devant un tableau ? Exceptée l'évidence du visible, saisit-on exactement le sens de tous les détails de la peinture qu'on a devant soi ? A-t-on la certitude de pénétrer suffisamment dans l'oeuvre jusqu'à en percevoir les intentions cachées, les géométries secrètes mises le cas échéant en place par l'artiste ? Si oui, quelle est -dans cette certitude- la part de l'imaginaire, de l'auto-conviction et de la déduction ? A-t-on besoin pour conforter cette certitude de se référer à des écrits ou à des analyses savantes, voire ennuyeuses ? Est-ce qu'un tableau ne se suffit pas à lui-même ? Faut-il absolument chercher à interpréter nos émotions lorsque nous sommes en présence d'un tableau ? Si oui, il y aura pléthore d'interprétations pour un même tableau ; alors que faire de l'interprétation officielle -ou de référence- de ce même tableau ? Voici quelques questions qui sous-tendent l'ouvrage de Daniel Arasse, normalien, ancien membre de l'École française de Rome, ancien directeur d'études au Centre d'Histoire et de Théorie des Arts, auteur de « On n'y voit rien - Descriptions » et auteur de plusieurs livres consacrés à la peinture, sa passion. A ces questions, Daniel Arasse apporte une réponse lapidaire : on n'y voit rien, et comme on n'y voit rien, un brin d'aide devient nécessaire, sinon le spectateur passerait à côté de l'essentiel ...
Six tableaux de maître et, par conséquent, six analyses servent de toile de fond à ce débat. le ton de Daniel Arasse est vif, libre, ironique, familier et drôle, voire cocasse. L'humour et l'intelligence artistique sont présents partout. La forme est variée : dialogue passionné entre des protagonistes (dans La Femme Dans le Coffre), interpellation directe du lecteur (dans le Regard de L'escargot), recours à une correspondance épistolaire (dans Cara Giulia), exposé magistral (dans Un Oeil Noir), auto-analyse de conscience (dans L'oeil du Maître). Globalement, l'ouvrage n'est ni barbant, ni inutilement compliqué, le « professeur » sachant s'effacer derrière le conteur ou le candide. Notre plaisir se maintient donc tout au long de l'ouvrage et, au fur et à mesure, nous percevons l'importance de détails qui nous avaient échappé, des détails essentiels à la compréhension du sens du tableau. le « professeur » distille son savoir avec efficacité : nous pouvons donc comprendre l'importance du choix des formats, des dispositions, des couleurs, des éclairages, des relations entre les éléments du tableau, de la composition et de la structure du tableau, des symboles attachés à certains éléments incorporés dans le tableau .... le lecteur, débutant ou connaisseur, qui voit ainsi les oeuvres revivre sous ses yeux, en sort ragaillardi et puis, grâce à ce patient et méticuleux travail de pédagogue, tout lui parait lumineux, simple et accessible : dans un musée ou lors d'une exposition, il ne regardera plus un tableau comme il le faisait jusqu'alors. Bref, nous avons ici un livre passionnant en forme d'enquête.
Mais il y a un mais. Cet ouvrage présente quelques faiblesses : des phrases parfois très longues (plus d'une page), une langue inutilement complexe (avec des mots rares, des expressions latines et italiennes), une base d'analyse des tableaux supposant une solide culture (arts, histoire et philosophie), un discours déstabilisant de la part de l'auteur (pour lui, le sens d'un objet ne serait jamais clair, univoque, incontestable), une part de sur-interprétation de sa part qui frise la devinette avec, en filigrane, le risque qu'il aille jusqu'à interpréter ce qui n'est même pas peint, pour céder au démon de la déduction, faisant ainsi preuve de haute voltige, voire de masturbation intellectuelle (ce que lui reproche d'ailleurs un des protagonistes). Compte tenu de tout cela, je ne mets que quatre étoiles.
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Mimimelie
  12 avril 2014
Vous aurez sans doute remarqué, le contraire me surprendrait, l'atmosphère quasi religieuse qui règne dans les musées (de ce point de vue les cimetières sont parfois plus gais)…. Certes, ce recueillement est justifié par le respect que les visiteurs se doivent mutuellement afin d'admirer les oeuvres exposées, les musées après tout ne sont pas des lieux de communication n'est-ce pas ? d'évasion peut-être à la rigueur… recueillement donc afin de ne pas troubler l'intense concentration qui se lit sur les visages, … intense concentration, mais le plus souvent aussi perplexité, interrogation, réflexion… diable la peinture est une affaire sérieuse, un plaisir certes, mais on veut pas passer pour plus bête qu'un autre, et tout comprendre dans la mesure où il y a quelque chose à comprendre…
Mais c'est que comme dit l'art n'est pas toujours d'un abord facile et évident, et comprendre l'art justement n'est pas toujours l'enfance de l'art… Si vous allez voir une expo d'un peintre botaniste, de marines, de paysages… jusque là ça peut aller … mais pour peu qu'un escargot aux dimensions surréalistes se balade fièrement sur une annonciation, là ça se corse un peu ! Qu'est-ce qu'il fabrique là ce bougre de gastéropode ?
Ne vous tracassez plus, et apprenez à voir avec Daniel Arasse qui vole à votre secours dans son livre « On n'y voit rien ! ».C' est un court recueil de six fictions presque des enquêtes même, interrogeant chacune sur la ou les significations de 6 tableaux et pas n'importe lesquels, parmi les plus célèbres s'il vous plaît : "Mars et Vénus surpris par Vulcain" de Tintoret, "L'annonciation" de Cossa, "L'adoration des mages" de Bruegel, "La Vénus d'Urbin" de Titien et "Les Ménines" de Velázquez.
Un livre pour comprendre la peinture c'est sûrement barbant, compliqué !
Je sais, je sais, vous voulez des explications limpides, divertissantes, accessibles tout en étant pertinentes et savantes tant qu'à faire… et bien justement ce livre est tout ça à la fois, et même en plus il est drôle, je dirais même plus encore, on a l'impression que l'auteur discute avec vous au troquet du coin en sirotant une bière bien fraîche ! Une ironie un peu « lourde » parfois, mais qu'importe puisque c'est efficace et nous emporte, laissez-vous tenter vous allez être surpris.
En plus je vous le dis, c'est drôle, et sans façon, jugez plutôt, voici commence l'intrigue des Ménines de Velázquez : « Les Ménines ! Encore ? Non ! Non ! Par pitié ! Ça suffit, avec les Ménines ! On a tout dit sur elles ! tout et rien ? D'accord, mais quand même, maintenant, ça commence à bien faire ! »
Et puis vous en connaissez beaucoup vous des historiens d'art qui ont le toupet de se demander si la Vénus d'Urbin est une pin-up ?!!
Enfin bon, moi je vous dis que cette promenade dans ces 6 tableaux vaut le détour, que ce livre ou plutôt Daniel Arasse, vous ouvrira les chakras et vous permettra d'aiguiser votre regard, et vous donnera un peu plus de confiance en votre imagination propre la prochaine fois que vous irez au musée, mais bon vous faites comme vous voulez, moi je sais ce que je vais faire : lire « le détail » de cet auteur, je pense que je vais me régaler.
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Franz
  12 octobre 2017
La nature dérobée.
Couverture noire, titre en grisé, le lecteur doit déjà se pencher sur le livre pour découvrir de quoi il s'agit. Bien vu ! La tentation est alors grande de les ouvrir de concert, l'oeil et l'essai pour voir ce qu'on va voir. Daniel Arasse (1944-2003), en bon pédagogue et historien de l'art, spécialisé dans la Renaissance et l'art italien, propose d'abord une oeuvre du Tintoret de 1550, Mars et Vénus surpris par Vulcain. Avec son didactisme affiché, l'auteur irrite d'entrée de jeu en adressant son explicitation du tableau à une épistolière italienne fictive incapable de voir les connotations érotiques. le reflet dans le miroir, légèrement décalé dans le temps, donne une autre dimension à l'adultère mis en image. L'étude se poursuit avec L'Annonciation, peinte vers 1470-1472 par Francesco del Cossa, artiste du Quattrocento de l'école de Ferrare. Vient ensuite l'extraordinaire toile de Bruegel l'Ancien, L'Adoration des Mages, datée de 1564 où les trognes oscillent entre le grotesque et la sidération. Moins ostentatoire que dans le premier commentaire mais tout aussi pompeuse, l'accroche d'Arasse se fait par une énonciation à la troisième personne. La description passe l'oeuvre à la moulinette socioculturelle. Les rois mages ont : « l'air de vieux hippies avachis, de babas édentés… de vieillards gâteux » quand on pourrait y déceler des cadavres en sursis, des zombis en plan plus en phase avec l'air du temps d'aujourd'hui. Daniel Arasse va concentrer son propos sur l'« oeil noir » de Gaspar, roi élégant mais en retrait. Restent encore deux chefs-d'oeuvre abordés successivement, La Vénus d'Urbin, 1538, du Titien, le « prince de la Peinture » puis les incontournables « Ménines », 1656, de Diego Velázquez, peintre baroque espagnol juché au firmament de l'art. En tout cinq oeuvres sont décortiquées et une thématique abordée, celle de l'identité de Marie-Madeleine à travers sa chevelure. Papier, format et multiples focus en couleur sur l'oeuvre étudiée rendent le cheminement agréable mais au bout du parcours, qu'a-t-on vu qu'on ne saurait voir ? Y verra-t-on mieux la prochaine fois ? Cela reste à voir. le discours érudit et pointilleux de l'auteur s'avère constamment « arassant ».
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SophiePatchouli
  19 novembre 2015
"On n'y voit rien" est un précis d'histoire de l'art, jusque là, pas de surprise !
Mon étonnement s'est logé là, où l'humour se conjugue à la "savance".
La lecture de ce livre, qui décrit six œuvres notables dans leurs moindres détails et qui nous permet d'aller encore plus loin dans notre perception de l'art, est véritablement exquise.
Arasse a ce quelque chose de simple qui fait les grands hommes.
Si l'art vous intéresse et qu'un style léger mais juste vous séduit, jetez vous dès que vous le pouvez dans ce livre très court et savoureux que j'ai, personnellement, lu à voix haute pour le plaisir !
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Angharade
  20 novembre 2012
Etudiante en master d'arts plastqiues, ce livre m'a été conseillé lors de ma première année d'étude. En manque de références théoriques, je me sentais un peu perdue, seule au milieu de toutes ces oeuvres compliquées.
Daniel Arasse signe ici un livre absolument merveilleux, qui m'a réconciliée avec les tableaux classiques. Il explicite bien, rendsq clair les données, est aisément citable dans les dissertations. Son style ne manque pas d'humour, les anecdotes citées sont géniales...
un livre que je conseille à tous, même (surtout!) à ceux qui ne s'intéressent à l'histoire de l'art que pour le loisir.
Un grand coup de coeur.
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Citations & extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
ZebraZebra   06 octobre 2015
page 173 [...] - Vous reprenez l'argument de cette Américaine qui parle d'"insert prospectif" dans la Vénus d'Urbin et qui y voit une sorte d'emblème du déplacement du toucher vers le voir propre au dispositif d'Alberti.
- Mary Pardo ? Tout à fait. Ce qu'elle écrit est très bien et je regrette presque de ne pas y avoir pensé plus tôt, ou tout seul. C'est exactement ce déplacement, ce retrait du toucher pour le voir que la Vénus d'Urbin nous impose par sa mise en scène. La servante agenouillée touche mais n'y voit rien, nous voyons mais nous ne pouvons pas toucher et, pourtant, la figure nous voit et se touche ...
- Une pin-up. C'est exactement ce que je vous disais. Une pin-up.
- Oh, Charles ! J'y renonce. C'est sans espoir. Vous ne voulez rien voir.

Extrait de "La femme dans le coffre" (d'après La Vénus d'Urbin, Titien, 1538, tableau exposé à la Galerie des Offices, Florence).
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MimimelieMimimelie   10 avril 2014
Si l'art a eu une histoire et s'il continue à en avoir une, c'est bien grâce au travail des artistes et, entre autres, à leur regard sur les œuvres du passé, à la façon dont ils se les sont appropriées. Si vous n'essayez pas de comprendre ce regard, de retrouver dans tel tableau ancien ce qui a pu retenir le regard de tel artiste postérieur, vous renoncez à toute une part de l'histoire de l'art, à sa part la plus artistique.
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hupomnematahupomnemata   11 juin 2017
Passons et finissons-en. Je disais donc : les cheveux de Madeleine restent au bord de l'obscène parce que, si ce sont des poils, ce ne sont pas les poils, J'ai bien dit les poils. Je vous l'ai dit dès le début : ils détournent l'attention, ils font oublier les poils en en montrant d'autres, beaucoup d'autres, beaucoup plus longs. C'est ce que les psys appellent la prise en considération de la figurabilité : quand vous ne pouvez pas vous représenter quelque chose, quand c'est interdit, vous substituez autre chose qui y ressemble, d'une manière ou d'une autre. Voilà tout. Les cheveux de Madeleine, c'est la figurabilité de ses poils. Je me répète? Peut-être, mais on n'a pas perdu notre temps parce que, maintenant, je peux être plus précis. Les cheveux de Madeleine ne se contentent pas d'indiquer sa conversion de l'amour sensuel à l'amour spirituel ; ils ne se contentent pas non plus de remplacer par une cascade blonde le triangle obscur de sa toison. En les cachant et en s'y substituant, ils les montrent aussi, métamorphosés, déguisés.
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brigetounbrigetoun   05 janvier 2012
Il suffit que Gaspard soit plus proche de Marie pour qu'une force étrange se dégage de la scène – à tel point l'habitude de voir le roi noir à l'écart a été vite prise, comme si cette distance, par-delà celle de la lointaine Afrique, trahissait un reste de prudence par rapport à ce nouveau venu de couleur, une réluctance à l'admettre de plein pied dans la cour des grands. Ces trois éléments (luxe vestimentaire ostentatoire, jeunesse, mise à l'écart) lui paraissent confirmer l'opinion de Richard Trexler selon lequel le troisième roi formerait le «pôle exotique» d'une représentation «duelle» de la trilogie «nominale» des Mages.
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jovidalensjovidalens   03 septembre 2011
Je ne prétends pas que les oeuvres n'auraient qu'un seul sens et qu'il n'y aurait donc qu'une seule "bonne" interprétation....Non, ce qui me préoccupe, c'est plutôt le type d'écran (fait de textes, de citations et de références extérieures) que tu sembles à tout prix, à certains moments, vouloir interposer entre toi et l'oeuvre, une sorte de filtre solaire qui te protégerait de l'éclat de l'oeuvre et préserverait les habitudes acquises dans lesquelles se fonde et se reconnait notre communauté académique.
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Video de Daniel Arasse (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Daniel Arasse
La dimension politique de la perspective par Daniel Arasse Daniel Arasse, historien de l'art, nous livre une explication politique de la naissance de la perspective à Florence. Comment se fait-il qu'un système de représentation du monde va l'emporter sur les autres et ce jusqu'au début du XXe siècle?
>La peinture et les peintures>Peinture : philosophie et théorie>éléments d'appréciation, critique (20)
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