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EAN : 9782246830733
240 pages
Grasset (08/03/2023)
3.85/5   10 notes
Résumé :
Mon premier est espagnol : trapu comme un taureau, peintre précoce et surdoué, il arrive à Paris en 1900. Il y travaille d'arrache-pied, invente des formes nouvelles, s’en lasse vite aussi. Charismatique, il s'entoure de rapins fascinés et de poètes qui chantent ses louanges et font de lui le prophète du mouvement moderne. Il n’a en apparence besoin de personne et impressionne tout le monde. Mon second est français : silhouette d'elfe et talents multiples, il écrit,... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Claude Arnaud s'était penché il y a dix ans sur les destinées en amitié croisée de Proust et Cocteau aux trajectoires opposées, l'un extrait de l'ombre et irrésistiblement aimanté vers la postérité littéraire, l'autre en « étoile montante des lettres » passé un peu à côté de ses fulgurantes promesses, peut-être de manière injuste.
Ici il réitère dans la relation starifiée aux côtés de l'artiste protéiforme et touche-à-tout, à la fois peintre dessinateur dramaturge poète ou romancier, mais cette fois avec le peintre le plus iconique du 20ème siècle (et de plus en plus controversé). Pas de suspense côté issue, il suffit de prononcer le titre pour savoir qui en sortira vainqueur, de ce duel entre grands de l'art du 20ème siècle. Mais ici le duo s'inscrit davantage dans la nature profonde des deux et dans la relation qui en découle, l'un maso l'autre taureau, et ça n'est plus l'un contre l'autre comme avec Proust, mais l'un tout contre l'autre, le peintre ne lésinant pas envers ses proches d'un même « traitement décapant ». Il faut dire qu'il a commencé par tuer le père Pablo, un « repoussoir idéal » avant de continuer à engloutir ses modèles peintres après imitation, quand Jean Cocteau et sa « porosité à autrui » se sentira responsable du suicide paternel, et partira sur le terrain de l'imitation en s'inspirant lui-aussi des autres, mais à sa manière caméléon et invertie, en se fondant dans leur univers.
Leur première rencontre date de 1915, dans l'atelier de Montmartre du peintre où « rien n'évoque la rigueur cubiste dans ce bric-à-brac de mégots et de déchets, de palettes maculées et de tubes de gouache, de papiers découpés et de tickets de métro poinçonnés ». Elle se concrétisera par la parade romaine et une création commune sur un ballet de Diaghilev. Cocteau obtient ainsi « son titre de poète-lauréat à la cour d'El Rey », sans avoir conscience encore qu'il ne sera pas le dernier – Breton ou Eluard lui succèderont, avant de retrouver son trône après 27 ans d'éclipse. « Mon parti c'est mon oeuvre », voilà le crédo du peintre et pour assurer sa notoriété il ne lésine pas sur les talents littéraires, et surtout son renouvellement. de son côté, Cocteau le virtuose est aussi « doué pour souffrir », et alimentera son besoin en relation duelle avec Radiguet, ou Jean Marais.
Un demi-siècle de je t'aime moi non plus d'une relation amicale et surtout tumultueuse, pour le plus grand plaisir des deux, où l'un bouffe l'autre, l'un « surmâle se nourrit du désir des hommes », quand l'autre homo assumé y assouvit son masochisme. Mais le récit ne manquera pas aussi de nous plonger dans l'ambiance artistique d'époques, à la rencontre d'autres monstres sacrés (Gertrude Stein, Erik Satie, Daguiliev, Max Jacob, Radiguet, Braque, Dora Maar...), un monde où les rivalités s'empoisonnent souvent de cruauté.

Voilà un récit qui ravira les passionnés de l'époque, intéressera ou surprendra les simples curieux de passage. le spécialiste de Cocteau y documente avec concision et rythme la traversée condensée de ce demi-siècle artistique par le biais de la relation tourmentée, sur le flux d'une narration chronologique, au gré d'une écriture intense souvent frappée de formules éloquentes.
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Saviez-vous que Picasso et Cocteau étaient des amis proches ? Enfin ! Une amitié faite de haut et de bas, d'admiration et de petites phrases blessantes. Cet essai sur leurs années communes est très enrichissant. du très beau français tant par la plume de l'auteur que celle de ceux qui y sont cités. On revient à cette période encore riche de créativité culturelle, de tous ces noms entrés dans l'histoire. Vous l'aurez compris les échanges et autres critiques sont d'une grande qualité. Les réparties sont cinglantes, les bons mots d'une vraie intelligence de situation. Comme on en voit que trop rarement désormais. Ça pouvait blesser mais ça avait du style. Et ils ne se sont pas épargnés ces deux-là - enfin Picasso surtout qui était un ami, un homme, très particulier quand même. Enfin vous verrez !
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Après avoir écrit Proust contre Cocteau, publié en 2013, Claude Arnaud a eu envie de raconter l'amitié particulière entre Picasso et Cocteau qui a duré de 1915 à 1963.

Comme à son habitude, Picasso incarne, dans cette relation, le rôle du sadique, du bourreau avec un Cocteau masochiste non dissimulé, et peut-être légèrement assumé.

Chacun a envié les créations de l'autre n'hésitant pas à les piquer pour se les approprier. Cocteau, le fragile, aime les brutaux, les puissants. À la mort de Raymond Radiguet, son amant intermittent, son surnom devient le veuf sur le toit. Ses tentatives pour protéger l'écrivain contre ses addictions n'ont pas suffi.

De douze ans le cadet de Picasso, Cocteau rencontre le “Maître” pour le ballet “Parade” de 1917 auquel Satie et Stravinski ont travaillé. Au fil des pages, Claude Arnaud fait découvrir aussi une galerie de personnages dont un Albert Breton, non seulement antipathique mais aussi homophobe.

On croyait que Picasso n'était pervers qu'envers les femmes. Toutes ses amantes en ont fait les frais et seule Françoise Gillot l'a dénoncé. Avec Claude Arnaud, le lecteur découvre ses relations diaboliques avec des hommes. Car, Cocteau a subi toute sa vie l'amour haine cruelle du Malaguène.

Depuis l'attitude de son père devant son talent (pour rappel, il a arrêté de peindre lorsqu'il a compris le talent de son fils), Picasso sait que le Monde s'effacera, tôt ou tard, devant son talent ! Alors, il ne cessera toute sa vie d'en tirer profit pour vampiriser ses compagnons et ses maîtresses au nom de son oeuvre.

Selon Claude Arnaud, Picasso a, semble-t-il, besoin d'un poète douloureux à ses côtés pour vanter son talent. Il ne faut pas oublier que lui-même a écrit des poèmes ! La période Max Jacob s'arrête par l'abandon de son ami lors de la seconde guerre mondiale et sa mort au camp de concentration.

La période d'Apollinaire ne s'arrête pas, même lorsqu'il est accusé à tort du vol des statuettes du Louvre dont une qu'il a donnée à l'espagnol. Cocteau passe sa vie à demander à Picasso de l'accueillir au long cours dans sa tribu. Ce dernier n'aura de cesse de jouer de façon persécutrice de son envie. Seul Paul Eluard semble avoir eu plus de chance. Peut-être que Picasso l'admirait vraiment !

Comme un roi soleil, Picasso impose son cérémonial concernant les visites, au fil du temps. de cette amitié qui débuta lors du voyage à Rome, Cocteau se verra, de nombreuses fois, refuser l'entrée de l'antre du peintre. Alors, le poète ne cessera de se lamenter auprès des différentes femmes, amantes, enfants avec qui, il trouvera secours face à l'incompréhension de cet arbitraire. Ce n'est que lorsque Cocteau, 66 ans, et Picasso, 74 ans, se retrouveront à La Californie que leur amitié sera apaisée.

À sa mort, à 91 ans (nous fêtons ces jours-ci son centenaire), Picasso laissera une cinquantaine de milliers d'oeuvres. Encensé par tous les historiens de l'Art, Picasso, l'homme, ne finit pas de nous étonner.

L'essai de Claude Arnaud en révèle encore une facette. L'ami n'était pas plus aimable que l'amant. L'ogre, le matador ou le taureau se révélait dès que l'affection apparaissait ! Cocteau en a fait les frais pendant à peine moins que cinquante ans.

Cocteau est un génie fragile qui doute de son talent, de sa création, pourtant énorme, qui a besoin de l'autre pour croire en son talent. Même s'il est reconnu dans les salons, dans son milieu, adulé par le milieu intellectuel, Cocteau hésite et tâtonne.

Picasso tout contre Cocteau se découvre aussi aisément qu'un roman. Facile à lire, cette biographie très agréable de Claude Arnaud détaille chronologiquement cette relation bancale. Passionnant et édifiant !

Lien : https://vagabondageautourdes..
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Tout est presque dit dans le titre : deux monstres sacrés de la culture française et leur rencontre, leur amitié, leur brouille, leurs oeuvres, leur travail commun.
"Qu'il triomphe et il se sent l'élu des Dieux. Qu'il déplaise et la terre se dérobe sous ses pieds" (p14), voila ce que Cocteau disait de son ami Picasso.
Ce texte est foisonnant comme l'époque où ces deux hommes se sont croisés, ont sympathisé, travaillé ensemble, se sont brouillés, se sont retrouvés.
On est en 1913 (1912+1), on croise l'histoire des ballets russes à Paris, Kandinsky, Cendrars Duchamp, Apollinaire, Satie, Diagleski, Jean Marais, Radiguet, Panama All Brown (dont un texte sur sa vie vient de sortir, "Panama al Brown" d'Eduardo Arroyo)
On traverse des époques, de leur premier rendez-vous en 1915 à la publication de "Picasso" par Cocteau en 1961, l'un des tous derniers livres de l'écrivain. On voyage dans le Paris de Montmartre, de Montparnasse, en tournée romaine des Ballets russes, en passant par Naples, le Paris Occupé.
L'auteur nous parle d'art, peinture, chorégraphie , écriture mais aussi d'amitié, d'amour, de rivalité entre artistes (de belles pages sur le travail lors de la création "Parade " pour les ballets russes, du livret au décor, de la musique à la chorégraphie).
Ce texte est foisonnant et donne très envie de (re)voir les oeuvres du peintre, de (re)lire les textes de Cocteau mais aussi de découvrir cette époque si riche, des personnages qui ont croisé ses deux êtres, certains sont encore connus (que ce soit Apollinaire, avec l'épisode du vol de la Joconde et son retour de la première guerre mondiale), le monde des ballets russes, que ce soient les compositeurs, les décorateurs, les danseurs et danseuses (la belle Olga, qui sera l'une des femmes de Picasso et leur "marievaudages"), Radiguet et sa trop courte vie, Jean Marais....
Des époques riches en événements politiques, sociaux, artistiques.
Je vais donc continuer mes lectures et aussi surtout lire "le Proust contre Cocteau".
#PicassotoutcontreCocteau #NetGalleyFrance
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C'est très à la mode de taper sur Picasso ("C'était aussi une grosse ordure" Julie Beauzac) et ce livre va dans ce sens. le poison se distille lentement au début pout terminer en un fleuve de fiel. J'ai lu une vingtaine d'ouvrages sur Picasso écris par ses amis, ses photographes, ses critiques, ses enfants et petits enfants, et ses compagnes. Fernande Olivier, Marie-Thérèse Walter et Jacqueline Roque le décrivent comme courtois et prévenant. le livre de Françoise Gilot ne dépeint qu'une vie banale de couple si ce n'est que c'est avec un artiste acharné au travail. Aucune ne parle d'agression ou de violence. Pour revenir au livre, Cocteau, Braque et le biographe John Richardson (qui a passé sa vie à écrire sur Picasso et a lui organiser des expositions) n'auraient de cesse de le critiquer (Nullité agressive de cette peinture, Picasso est trop bête pour comprendre le génie des autres, un vieux Grock dont l'heure de gloire était révolue...). L'auteur prenant ses désires pour réalité le summum étant "Ce vieux marcheur misogyne, envisageant les problèmes sexuels sans la moindre nuance (?) et courant après les jupons par conformisme (?) se déguise en femme pour (comme dans ses toiles) ridiculiser le sexe féminin qui l'encombre et se venger de n'avoir jamais osé s'avouer la pente qui le porte vers le sexe masculin". Après en avoir fait un monstre violent on en fait un consommateur de femmes parce qu'homo refoulé. Ne faites pas comme moi, n'achetez pas ce livre il est malveillant et pervers et ne parle ni d'art ni de peinture et encore moins de l'amitié entre les deux artistes.
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critiques presse (1)
LesInrocks
17 avril 2023
L’essayiste et romancier Claude Arnaud explore les liens entre le peintre et l’écrivain-cinéaste dans un Paris bousculé par l’avant-garde puis par la guerre.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
Cocteau s'était cru le seul écrivain pouvoir comprendre sur le champ Picasso. Il découvre avec dépit que ce dernier a besoin de faire admirer son travail par des zélateurs renouvelés, en l'occurrence ses pires ennemis.
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Tout en assurant être allié au communiste comme on va à la fontaine, le peintre a pique en toutes occasions les règles éprouvées du libre-echangusle. Il met en concurrence c'est marchant, qui doivent attendre à la porte de son atelier que leur rival ressort, mais aussi ses maîtresses, qui pousse accepter des femmes de cohabitation humiliantes.
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En demandant à ses proches de se sacrifier à son œuvre, Picasso ne fait que leur appliquer ke traitement qu'il s'inflige.
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Van Gogh fut le martyr de la peinture moderne, Picasso en edt le César Borgia.
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Picasso soutiendra que n'ayant pu atteindre le sommet de l'échelle, il en a brisé tous les barreaux .
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