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EAN : 9782330022600
224 pages
Éditeur : Actes Sud (21/08/2013)
  Existe en édition audio
4.12/5   1017 notes
Résumé :
En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plusieurs dizaines de milliers de détenues. Mila a vingt-deux ans quand elle arrive à l’entrée du camp. Autour d’elle, quatre cents visages apeurés. Dans les baraquements, chacune de ces femmes va devoir trouver l’énergie de survivre, au très profond d’elle-même, puiser chaque jour la force d’imaginer demain.
Et Mila est enceinte mais elle ne sait pas si ça compte, ni de quelle façon.

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Critiques, Analyses et Avis (344) Voir plus Ajouter une critique
4,12

sur 1017 notes

Fandol
  27 avril 2021
Quel roman ! Quelle force ! Quel réalisme !
En écrivant Kinderzimmer, la chambre des enfants, Valentine Goby a réalisé quelque chose d'essentiel : traduire l'indicible, nous le faire partager afin de ne pas oublier, jamais !
Cela, Suzanne Langlois tente de le faire face à une classe de lycéens, garçons et filles de dix-huit ans. Témoigner, plus de cinquante fois elle a réussi à le faire, quand une fille avec un anneau rouge dans le sourcil droit lui demande si elle savait qu'elle était à Ravensbrück. Elle qui disait « nous marchions jusqu'au camp de Ravensbrück » est déstabilisée car elle ne savait rien en arrivant là-bas.
C'est alors que Valentine Goby commence à raconter l'histoire de Mila, déportée politique, arrêtée pour son rôle dans la Résistance. Elle est partie comme quatre cents autres femmes, de Romainville, avec sa valise, enceinte. Trois jours, quatre nuits en train jusqu'à la gare de Fürstenberg. Jean Ferrat l'a si bien fait ressentir dans Nuit et Brouillard.
J'ai déjà lu beaucoup de récits, de documents, vu des films mais jamais je n'avais plongé aussi prêt du quotidien de ces femmes, dans leur vie abominable du camp de concentration.
Valentine Goby, par l'intermédiaire de Mila, détaille tout, émaille son texte de mots, de phrases, d'ordres en allemand et je me demande, au fil des pages, comment des femmes ont pu exercer autant de violence, imposer tant de souffrances, provoquer la mort atroce de centaines de milliers d'autres femmes déportées depuis tous les pays d'Europe sous la botte nazie ? Pour les hommes, l'horreur a été aussi la règle.
Les sévices sont effroyables. Ils sont décrits au jour le jour et nous sommes à la mi-avril 1944 quand Suzanne Langlois (Mila) part pour l'Allemagne.
Si Mila est enceinte, elle n'en dit rien car elle ne voit pas d'autres femmes comme elle. Il faut travailler dur, vider les wagons remplis de tout ce que les Allemands ont pillé dans les pays occupés, d'autres tricotent, cousent des vêtements mais la faim et les maladies font des ravages. Comment peuvent-elles tenir debout, immobiles à n'importe quelle heure du jour et de la nuit pour les fameux Appells, alors que la température est nettement en dessous de zéro ?
Valentine Goby montre bien la solidarité qui se développe, même si personne n'hésite à voler une autre pour pouvoir survivre. Puis il y a les conditions sanitaires inimaginables et leurs conséquences, irréparables. Pourtant, il faut tenir et tenter de se souvenir. Pour cela, Mila se met à répéter les dates : « 15/16 juin 1944 : transfert Kommando Neubrandenburg – 15 à 30 juillet : Wera vingt-cinq coups de bâton – Novembre : transport noir Zwodan – Décembre : femmes d'Auschwitz partent pour Uckermark… » Mila réussit à ne pas oublier, même à noter ces atrocités qui prouvent l'existence de ces camps de la mort où des quantités de vies ont été sacrifiées dans d'immenses souffrances.
Je n'oublie pas les bébés qui meurent au bout de quelques jours pendant que Schwester Martha réserve le lait pour ses chatons. Mila a accouché dans les pires conditions mais elle réussit à s'occuper épisodiquement de James puis de Sacha-James que nous retrouverons plus tard.
De par le monde, les hommes et les femmes ont prouvé, hélas, qu'il n'y avait pas de limites à l'horreur et aux sévices exercés sur leurs semblables mais ce qui s'est passé au coeur de l'Europe au cours des années 1940 va au-delà de l'imaginable.
Je ne peux que rendre un vibrant hommage à Valentine Goby, déjà beaucoup appréciée avec Un paquebot dans les arbres et Murène, pour ce Kinderzimmer découvert un peu tardivement et saluer les personnes qu'elle remercie à la fin de l'ouvrage car elles lui ont apporté leurs témoignages afin qu'il soit impossible d'ignorer ce qu'elles ont dû endurer et se souvenir des victimes de la barbarie nazie.

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caro64
  13 septembre 2013
Encore un texte sur la déportation ? Oui, mais abordé avec une profonde intelligence par Valentine Goby, qui dévoile des faits hallucinants sur le sort réservé aux déportées enceintes à Ravensbrück. Un roman grave et bouleversant.
Suzanne, ancienne déportée, est invitée dans un lycée pour parler de son expérience des camps. Une question lui est posée, elle doute et cherche à répondre correctement sans fausser l'histoire...C'est alors qu'elle déroule son récit. Sous le nom de Mila elle fait partie d'un réseau de résistance à Paris. Elle a 22 ans. Arrêtée, elle arrive au camp de travail de Ravensbrück au printemps 1944. Mila découvre l'horreur du quotidien des 40 000 femmes venues de toute l'Europe. L'appel à 3 h 30 du matin, la saleté et la puanteur insoutenables. Les infections aux noms barbares qui emportent les femmes les unes après les autres. Les bagarres et les vols dans les baraquements. La faim qui tord les entrailles. le froid. Les abus permanents. Mais aussi la solidarité, le partage et l'espoir, qui donnent chaque jour la force de continuer à vivre. Mila a peur, elle a un secret, qu'elle doit garder à tout prix : elle est enceinte. Elle ne sait rien de ces choses-là, sauf que si elle parle, elle meurt, voire pire. C'est sa façon à elle de résister, tant que les SS ne savent rien, elle a encore quelque chose qui lui appartient, qu'elle peut contrôler et protéger. Arrivée à terme, elle découvre la Kinderzimmer, la chambre des nourrissons. Même si les enfants y meurent très vite, Mila y voit un point de lumière dans les ténèbres…
Âmes sensibles s'abstenir. Kinderzimmer est un roman éprouvant, extrêmement dérangeant, qui vous prend à la gorge de la première à la dernière page. On suffoque, on tremble, on a la nausée. Une écriture sans concessions, tour à tour dépouillée et glaciale – à l'image du camp – puis poétique et bouleversante, sert ce texte virtuose. À coups de phrases urgentes, de mots crus, d'alternance de rythmes et de langues, elle nous entraîne dans un univers dont la noirceur est sans égale et nous immerge au coeur même de l'horreur. Mais elle nous donne à voir aussi la formidable énergie de vie qui vibrait dans les camps et la minuscule lueur, là-bas, tout au fond, qui continue de briller et qu'il ne faut surtout pas laisser mourir. Entre ombre et lumière, désespoir total et foi inébranlable en la vie. Un grand livre. Très fort.
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Cancie
  28 avril 2021
Pour avoir rendu quelques services à la Résistance, Mila, de son vrai nom Suzanne, après avoir été dénoncée, a été arrêtée, emprisonnée puis déportée en Allemagne. Au printemps 1944, elles sont 400 femmes comme Mila parties de Romainville qui arrivent épuisées devant l'entrée du camp de Ravensbrück qui compte plus de quarante mille femmes. Mais voilà, dans ce lieu où la mort règne, Mila est enceinte et veut que sa grossesse reste invisible et dans sa tête les questions se bousculent, ignorante de son propre corps. Après la mort de Lisette, la cousine de Mila, Teresa va se rapprocher d'elle et sera là pour lui insuffler le devoir de tenir et partagera maintenant avec elle le double fardeau.
Lors de la naissance de l'enfant, elle découvrira alors, à l'infirmerie, la Kinderzimmer, la chambre des enfants.
Avec ce roman, Valentine Goby révèle une parfaite connaissance de l'époque et nous dévoile l'existence de cette Kinderzimmer qui a vraiment existé et dans laquelle la grande résistante Marie-Jo Chombart de Lauwe, a oeuvré tant qu'elle a pu pour sauver les vies de ces bébés de la mort et à qui cet ouvrage est dédié.
Valentine Goby a rédigé là, un livre remarquable écrit au présent qui nous plonge véritablement dans cet enfer concentrationnaire et ceci sans pathos malgré l'horreur décrite avec précision. Rien ne nous est épargné de la faim, du froid, de la promiscuité, du supplice de l'Appell qui peut durer des heures et où les déportées doivent se tenir immobiles dans le froid glacial, telles des stèles, de la peur de la maladie et de devoir aller au Revier, l'infirmerie véritable antichambre de la mort.
Pour ce qui est de la Kinderzimmer, ce n'est qu'en septembre 1944 que les nazis décidèrent de la créer. Jusque-là, les déportées enceintes étaient obligées d'avorter, même tardivement.
Néanmoins l'espérance de vie des nourrissons était très limitée, elle tournait autour de trois mois et très rapidement les bébés déclinaient et mouraient. L'auteure s'attache à montrer le courage, la solidarité et l'ingéniosité dont vont faire preuve les compagnes de Mila pour garder cet enfant en vie, enfant qui, pour elles toutes est un ultime espoir dans cet enfer.
Seulement trois enfants français nés à Ravensbrück ont survécu.
Avec cette fiction romanesque, Valentine Goby porte à notre connaissance un aspect peu connu de la vie des camps, à savoir la naissance de bébés dans les camps de concentration. À la fin du bouquin, elle n'omet pas de parler de la joie lors du retour de retrouver certains proches mais surtout de la communication presque impossible à établir. « Ils disent qu'ils ont eu peur pour elle. … En fait, ils ont peur d'elle . Ce qu'elle a vu, entendu, ils ne veulent pas le voir, pas l'entendre ». « Elle sait qu'elle va porter Ravensbrück comme elle a porté son enfant : seule et en secret ».
C'est un livre qui se lit avec douleur, c'est une lecture éprouvante et qui secoue mais une lecture ô combien nécessaire pour ne pas oublier et éviter que l'homme ne retombe dans ce complet avilissement !
Je suis restée sidérée, tétanisée devant cette cruauté monstrueuse perpétrée par des hommes et des femmes, envers leurs semblables. Peut-on, d'ailleurs, encore dénommer ainsi ces bourreaux, véritables barbares? Mais je suis également restée ébahie et quasi incrédule devant le courage, l ‘énergie, l'audace souvent dont ont du faire preuve ces femmes pour supporter ces conditions inqualifiables.
L'écriture est brillante, juste, sobre et terriblement percutante et impressionnante.
Kinderzimmer prouve déjà tout le talent littéraire de Valentine Goby que j'avais déjà eu le plaisir de découvrir avec Un paquebot dans les arbres et Murène.

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palamede
  06 février 2017
S'il fallait trouver une justification au roman de Valentine Goby, on pourrait dire qu'il est utile parce que la montée actuelle des partis d'extrême droite et populistes montrent qu'il est nécessaire de souligner où ont mené par le passé leurs idéologies.
Mais aussi que la solidarité et la force des déportées, malgré le dénuement et l'inhumanité absolus du camp, rapportées dans Kinderzimmer, témoignent de la résistance d'hommes (ou de femmes en l'occurrence) à leur anéantissement programmé.
J'ai souvent pensé qu'il y avait une forme d'indécence de ceux qui n'ont connu que la paix à écrire sur les camps. Pourtant, pour que " plus jamais ça ", il faut raconter, expliquer encore et encore. Peu importe qui le fait, l'essentiel est que cela soit fait.
Ainsi, ce sont les témoins qui l'ont vécu, tel Primo Levi, qui racontent leur calvaire. L'enfer dont la plupart de leurs camarades ne sont pas revenus malgré leur volonté et leur instinct de survie. Mais c'est également Kinderzimmer écrit par une jeune femme pour rappeler jusqu'où peut aller la folie des hommes ; le mal absolu perpétré au nom d'idéologies nationalistes.
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livrevie
  10 juin 2015
En refermant ce roman, je me suis rendu compte qu'un sentiment inhabituel m'avait envahie. Mal à l'aise. Je me sentais très mal à l'aise. L'avais-je aimé ? Je n'avais pas pu le reposer. Les pages m'avaient absorbée, elles avaient défilé tellement vite que la dernière page arrivée, j'étais déstabilisée. Déja ? Mais l'ai-je aimé ? Je suis incapable de répondre à cette question. Parce que j'ai le sentiment que dire que je l'ai aimé va à l'encontre de cette histoire. Comment peux-ton aimer le malheur humain ? La déchéance ? Comment peut-on aimer Ravensbrück ?
Suzanne, dite Mila, est arrêtée en 1944 avec tout son réseau de résistance et est envoyée au camp de Ravensbrück. Elle n'est pas seule. En plus de ses compagnes d'infortune, elle porte en elle l'impossible dans un camp. Un enfant.
La lente descente aux enfers, l'incompréhension, cette langue qui nous échappe et qui ponctue le récit, la faim, la saleté, la maladie, la mort qui se rapproche, inexorable, celle qui nous guette tous, prête à fondre sur nous comme un vautour sur sa proie.
Les coups, l’humiliation, l'épuisement, le désespoir... Mila veut survivre, ultime réflexe de vie. Les femmes veulent survivre : la libération est proche. Les rumeurs courent dans le camp. Bientôt, dans pas longtemps, il faut tenir.
Et au milieu de tout cela, la Kinderzimmer, cette nurserie qui accueille des enfants qui deviennent bien trop tôt des vieillards. Cette nurserie appel à la vie, mais ode à la mort. Cette nurserie qui donne une raison de se battre, pour eux, pour ces nouveaux nés, pour James, le fils de Mila. Cette nurserie qui donne un sens à leur vie.
Au camp, l'espoir ne tient qu'à d'infimes choses : les repas, la musique, la neige, les rencontres qui vous aident à tenir, la solidarité entre prisonnières.
En lisant les premières pages, les difficultés de Mila à comprendre cette langue, à apprendre les codes du camp, j'ai été ébranlée. Le présent de narration avait un côté dérangeant. Point de distance entre le récit et mon présent. Point de distance entre les personnages et moi. Le récit de Mila devenait mon présent. Il devenait mien. J'ai tremblé devant l'inhumanité des gardiennes qui préféraient nourrir les rats que les nouveaux nés, devant les sévices que devaient endurer les prisonnières, et comme toutes ces femmes, je me suis raccrochée à la vie. À Mila d'abord, puis à son petit James. L'âcreté de l’écriture m'a happée, m'a transportée, et m'a poussée à faire défiler les pages sans pouvoir m'arrêter. L'intimité de ce présent m'a donné honte, j'étais presque devenue une voyeuse en observant cette mère qui n'a plus de lait et qui presse son sein sec. Je ne me reconnaissais pas. Comme elles ne se reconnaissaient plus.
Ai-je aimé ce roman ? Je ne sais toujours pas. Mais une chose est sûre, il a laissé une empreinte indélébile en moi. Pour moi un roman magistral.

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critiques presse (1)
LaLibreBelgique   20 août 2013
C’est un livre troublant, grave, âpre qui, à l’instar des kinderliedjes d’enfance, murmure à l’oreille que la tendresse humble de quelques minuscules marques d’humanité fait triompher la vie de tout ce qui tente de l’avilir et de la détruire. Cette lumière diffusée par ce livre est un signe qui, à soi seul, vaut d’être saisi.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations et extraits (217) Voir plus Ajouter une citation
OdeOde   27 janvier 2015
Mila pose sa gamelle. Elle dit :
— J'ai faim, c'est pas une vie.
Et Teresa rigole :
— Ah oui ? C'est quoi la vie ? C'est où ?
— C'est dehors, dit Mila. C'est acheter du pain à la boulangerie, vendre des partitions de musique, embrasser ton père et ton frère le matin, repasser une robe, aller danser avec Lisette, faire du riz au lait...
Teresa se marre.
— Tu n'y es pas ! Être vivant, elle dit, c'est se lever, se nourrir, se laver, laver sa gamelle, c'est faire les gestes qui préservent, et puis pleurer l'absence, la coudre à sa propre existence. Me parle pas de boulangerie, de robe, de baisers, de musique ! Vivre c'est ne pas devancer la mort, à Ravensbrück comme ailleurs. Ne pas mourir avant la mort, se tenir debout dans l'intervalle mince entre le jour et la nuit, et personne ne sait quand elle viendra. Le travail d'humain est le même partout, à Paris, à Cracovie, à Tombouctou, depuis la nuit des temps, et jusqu'à Ravensbrück. Il n'y a pas de différence.
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CancieCancie   28 avril 2021
Faire la stèle dans l’aube mauve, sur la place tapissée de fleurs de givre. Se forger des genoux, des chevilles, des muscles lapidaires. Une vessie lapidaire, tenir, le périnée contracté à mort. Fixer quelque chose, un point stable pour pétrifier le corps. Au hasard une femme en face, de l’autre côté de la lagerplatz, ou plutôt, la tâche de son visage. S’y river. Longtemps. Lutter pour ne pas cligner des yeux mais céder tout de même, et tressaillir quand ils découvrent les jambes de la femme, la chair manquante dans le gras du mollet dégagé par la robe courte. Comprendre que la femme est un ancien lapin, cobaye inoculé de streptocoques ou de gangrène, muscles tranchés, creusés, greffés de muscles d’un autre corps de prisonnière, le processus d’infection observable à l’œil nu pour le médecin du camp, à même la plaie laissée béante dans le mollet, la cuisse, le ventre, ont dit les Françaises. Faire la stèle quand même.
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Under_the_MoonUnder_the_Moon   14 janvier 2014
Mila pense : ce qu'ils feront de nous, je le sais. Nous mourrons toutes ici, je mourrai, si ce n'est par le travail c'est par la faim, ou la soif, ou la maladie, ou l'empoisonnement, ou la sélection, ou la balle dans la nuque, ou par l'enfant que je porte, et si rien de tout ça, morte quand même, dans l'extermination finale. Ravensbrück c'est la mort certaine, pas immédiate, pas celle des chambres à gaz que des prisonnières non juives droit venues d'Auschwitz ont raconté avec effroi. Car qui a vu ce que nous voyons parlera. Dira ce qu'il a vu. Ses yeux cracheront les images, sa bouche, son corps, tout en nous vomira ce qu'ils ont fait et ce que nous ne pouvons pas imaginer encore, et c'est pourquoi nous sommes déjà mortes, quelle que soit la fin de l'Histoire, mortes pour nous taire.
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Eve-YesheEve-Yeshe   17 décembre 2013
Elle se demande de quoi elle accouchera vu sa minceur : un bébé chat ? Une salamandre ? Un petit singe ? Comment savoir si ce qui vient est un vrai enfant ou un produit de Ravensbrück, une masse pas regardable couverte de pus, de plaies d’œdème, une chose sans gras ? Elle n’ose pas en parler à Georgette, moins encore à Térésa : elle n’éprouve nul amour, nul désir, seule l’idée d’un espace dérobé à la vue des SS l’émeut un peu. Comment naît la tendresse ? Pendant la grossesse ? Avant l’accouchement ? Est-ce que la vue de l’enfant la déclenche ? Y a-t-il une évidence de l’amour maternel ou est-ce une invention patiente, une volonté ? p 105
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OdeOde   05 mars 2014
Mila, Lisette et d'autres femmes s'assoient sur le bord des paillasses tandis que le froid de la nuit monte. Les femmes s'épouillent, se soufflent un peu d'air tiède bouches collées contre les omoplates. Leurs voix soudées forment un espace à part, provisoirement isolé du reste du dortoir.
— Moi, pendant l'appel je regarde les étoiles. Je les relie comme les points d'un dessin magique, ça fait des formes, je vois le char, je vois les chevaux, je vois le lion.
— Moi je pense aux recettes, les sucrées surtout.
— Moi je dis des poèmes.
— Moi rien. J'essaie de ne pas penser.
— Moi aussi je suis dans les recettes de cuisine, le lapin chasseur tiens, et une bonne purée écrasée au beurre.
— Ou le paris-brest. Avec crème et noisettes.
— Moi je fixe le ciel, les couleurs, j'ai jamais vu de levers de soleil pareils.
— Moi non plus, il est beau le ciel ici. C'est triste.
— Moi je chante dans ma tête
— Moi je pense à ma fille. Je voudrais retrouver sa voix. J'essaie de m'empêcher mais je peux pas.
— Tais-toi.
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Vidéo de Valentine Goby
Une web série originale pour s'immerger dans l'univers intime des créatrices et créateurs de littérature jeunesse.
Avec Valentine Goby, autrice de L'anguille (Thierry Magnier), titre sélectionné pour les Pépites du Salon du livre et de la presse jeunesse - France Télévisions.
La pause Kibookin est une production du Salon du livre et de la presse jeunesse avec le soutien de la Sofia et du Centre Français d'exploitation du droit de Copie.
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