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EAN : 9782070376780
304 pages
Éditeur : Gallimard (14/10/1985)
3.55/5   64 notes
Résumé :
À la Libération, le héros (et narrateur) Luc Martin, quatorze ans, dont le père instituteur est mort va se trouver mêlé à la confusion générale des années d’après guerre. Il va être accueilli par un certain Vanderputte avec qui il commettra quantité de cambriolages et vols pour alimenter «le grand vestiaire» c’est-à-dire l’appartement du vieux Vanderputte.
Ce dernier va se révéler pire qu’un collaborateur, un dénonciateur de Juifs. Luc Martin le suivra jusqu’... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
batlamb
  16 mars 2021
« Je cherche un homme » : voilà en substance ce que Romain Gary ne cesse de répéter dans ses livres, avec l'insistance de Diogène brandissant sa lanterne au visage des passants.
Dans son troisième roman, l'amour de l'humanité est déjà une « promesse de l'aube », qui ne vient pas de la mère (contrairement à la fameuse autobiographie de Gary), mais d'un père idéaliste, mort juste avant la Libération. Ce dernier adresse des mots-testaments au héros orphelin : « Il te reste tous les autres hommes ».
Mais ce père n'avait pas prévu que tous les personnages du roman seraient en mal d'identité. Tels des bernard-l'ermite, les vieux se réfugient dans les coquilles d'appartements chaotiques (empruntées à d'autres) et d'idéologies bancales, justifiant leur déchéance. Et les jeunes sont formatés par les films noirs hollywoodiens, machines à illusions, où tout est faux, à commencer par la voix de Lauren Bacall.
Au propre et au figuré, ils se cherchent des habits. Et la forme qu'ils obtiennent ainsi est une forme sans eux. « Tous ces beaux vêtements avec personne dedans » : ainsi le héros voit-il le monde lors d'une crise hallucinatoire, influencée par la vision de rangées de vêtements vides amassés dans le repaire de son gang juvénile. Une bande abritée par une sorte de Fagin à la judéité inversée (eu égard à son passé trouble sous l'Occupation…). Bien avant Mme Rosa dans la Vie devant soi, ce vieillard (répondant au doux nom de Vanderputte) incarne les parties honteuses de l'humanité, que celle-ci considère au mieux comme de la crasse et au pire comme une monstruosité… ce qui l'amène à se renier elle-même.
L'humanisme pessimiste de Romain Gary s'appuie ici fortement sur le roman Ferdydurke de Gombrowicz. On peut le constater dès la découverte des deux premiers camarades du héros, Josette et Léonce, qui évoquent respectivement le charme provocant de la « lycéenne moderne », et l'écolier désireux d'échapper à son environnement citadin. le thème du vêtement rejoint également celui de la forme chez Gombrowicz. Pour ce dernier, la forme est la négation de ce que nous sommes réellement, bien que nous soyons obligés de nous exprimer par elle, de la même façon que s'habiller est un besoin primaire. Cette aporie débouchera ici sur une fin parfaitement cynique, même si entretemps, l'immaturité de ces jeunes délinquants fait souffler un vent de rébellion contre les institutions les plus enracinées, celles-là même qui s'incarnent dans l'uni-forme bien plié et repassé.
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lecassin
  24 juillet 2012
Publié en 1949, « le grand vestiaire » troisième roman de Romain Gary sous ce nom, revient sur la période de l'immédiat après guerre après un récit burlesque, Tulipe.
1949, c'est aussi l'année où René Fallet publie « Pigalle », deux ans après « Banlieue Sud-Est »…
Un thème commun que cet après guerre, et un style si différent… tant le vécu des deux hommes – et leur âge – est différent…
Mais revenons à Romain Gary ; et au « Grand vestiaire ».
Le jeune Luc Martin, orphelin, est le fils d'un instituteur résistant tué dans le maquis. Lui et sa chienne Roxanne sont recueillis par un certain Vanderputte, en compagnie de deux autres orphelins du même âge, Léonce et Josette dont il tombe amoureux…
Avec Léonce, son complice pour les petits larcins et Josette, sa maitresse, Luc fera l'apprentissage de la vie avec en toile de fond, la musique et le cinéma américains… Humphrey Bogart … Lauren Baccall.
La découverte de la vraie nature de Vanderputte... Un geste définitif… Luc déclarera en guise de mot Fin : "Je pouvais maintenant retourner parmi les hommes".
Un livre, tels ceux de René Fallet cités plus haut, bien en phase avec leur époque. On trouve ici, en plus, cette arrière pensée si constante dans toute l'oeuvre de Romain Gary : la méfiance vis à vis de l'être humain…
Pessimiste, Romain Gary ? Certes… Mais surtout lucide dans le constat de l'ambivalence bien-mal de la nature humaine.
Même si il ne m'apparaît pas souhaitable de commencer par « le grand vestiaire » pour découvrir l'oeuvre de Romain Gary, ce « Grand vestiaire » reste indispensable dans le sens où il pose d'ores et déjà les bases des grands succès futurs de l'auteur.
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panurge
  10 avril 2020
NULLE PART OU ALLER
A la libération de la France, Luc Martin, tout jeune adolescent, perd son père, résistant, tué lors des derniers combats des maquisards contre les allemands.
Pupille de la nation, il rejoint Paris, refuse d'aller en institution, et fout le camp avec Léonce, rencontré au centre d'hébergement des orphelins de guerre.
Il se réfugie chez Vanderputte, y rencontre Josette, soeur de Léonce, entame une dérive qui fait de lui une petite main du marché noir, un voleur puis un braqueur.
Son "protecteur" trafiquant, est l'objet d'un chantage de la part d'un fonctionnaire de la préfecture de police nommé Kuhl. V. se révèle aussi être un traître et un donneur de juifs.
Le récit monte en puissance vers une conclusion inévitable dans les vignes de la région bordelaise là où V., traqué, finit sa course. Luc,, passé trop brutalement de l'âge d'enfant à celui d'adulte dans un monde peu ragoutant, y trouvera alors une direction à suivre.
Une histoire triste, parfois mêlée de cocasserie, dotée de personnages marginaux étonnants-l'ancien acteur mythomane, déclamateur, travesti à l'occasion, morphinomane ("Take a walk on the wild side" chantait Lou Reed), son épouse totalement vampirisée, les prostituées d'une maison close que Marthe Robert fait fermer-Fermer des maisons closes, c'est un pléonasme-les complices des attaques à main armée.......On y lira aussi une histoire d'amour déchirante, des scènes d'agression très bien écrites notamment la toute première où Luc, pour impressionner Josette, folle de cinéma américain et de films de gangsters, met sous le nez d'une buraliste un Mauser pour lui soutirer une boîte d'allumettes.
Cette époque troublée, rationnée (on manque de tout), peu fascinante (ça sent le remugle un peu pourri, le moisi, l'aigre peur), où Pierrot le Fou et ses tractions avant, Gable et Leigh, les compromissions avec l'occupant occupent le devant de la scène, cette période que Gary décrit comme un grand vestiaire («un immense vestiaire plein de défroques aux manches vides, d'où aucune main fraternelle ne se tendait") comparable à l'empilage de vêtements volés, stockés chez un trafiquant ; cette époque donc tend une toile de fond sur la quelle Gary déploie tout son talent de narrateur, son imagination et son art de mélanger la tragédie, l'improbable, et le drôle.
Il faut être un peu magicien pour réussir à faire tenir cette histoire où le baroque (un collabo prend en charge un fils de résistant), la filouterie (un voleur s'entoure, façon cour des Miracles, d'une équipe de gamins pour faire le boulot), le désespoir (l'amour de deux tourtereaux franchement mal partis), l'absence absolue de compassion, de bienveillance, d'attention (on se tient serrés les uns contre les autres pour avoir chaud), le vide existentiel (nulle part où aller, nulle point où se diriger, nul espoir à avoir) s'entremêlent aussi intimement. Mais Romain Gary est un maître en ce sujet...
Un roman lu d'une traite.
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SylvieBelgrandReims
  31 octobre 2018
Le bouquin du jour : le grand vestiaire, de Romain Gary.
Un des premiers romans de Romain Gary, écrit en 1949 et très représentatif de son époque. Il y a comme un parfum de surréalisme dans cette description du Paris et de la jeunesse d'après-guerre.
Le style de l'auteur, celui qu'on retrouvera dans ces autres oeuvres, à la fois classique et audacieux, lucide et pessimiste, est déjà présent.
Ce n'est pas forcément par celui-ci qu'il faut commencer si on veut découvrir Romain Gary, mais il se lit avec plaisir.
#livre #lecture #bouquin #chronique #romaingary #legrandvestiaire #folio #editionsfolio
Le quatrième de couverture :
Luc, dont le père a été tué dans le maquis, est recueilli par le vieux Vanderputte qui héberge déjà chez lui deux autres adolescents, Léonce et Josette. Sous la direction de ce vieux sage sceptique et torturé par d'obscurs remords, tout le monde se livre au marché noir et mène une vie extravagante. Luc s'éprend de Josette. Ils se font voleurs, comme dans les films. Finalement, pour Luc, le monde devient "un immense vestiaire plein de défroques aux manches vides, d'où aucune main fraternelle ne se tendait."
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fragglec1974
  13 août 2011
On suit les pas du jeune Luc Martin, qui a 14 ans se retrouve orphelin alors que son père instituteur et résistant a été abattu dans le maquis. Il arrive à Paris et est recueilli par un certain Vanderputte, homme sans vergogne qui profite du marché noir pour faire des affaires. Il y rencontre 2 autres orphelins, Léonce et Josette. Luc va alors se trouver mêlé à des histoires d'arnaque et de vols. D'autres personnages « branquignolesques » apparaissent également. On va également découvrir au fil des pages que Vanderputte semble mêlé à la collaboration allemande.
Ce que j'en ai pensé
Par ce livre, Gary nous livre le portrait d'une époque, Paris juste au sortir de la guerre et la jeunesse assoiffée de culture américaine déjà. C'est aussi le portrait d'un jeune homme aux prises avec sa conscience, ses actes répréhensibles et son extrême loyauté.
J'ai eu le sentiment de lire un « roman de jeunesse », c'est en effet le troisième roman de Gary, écrit en 1948, et aussi parce que le thème principal est l'initiation. On sent déjà l'humanisme profond de l'auteur (particulièrement dans les mots laissés par le père de Luc) et sa vision décalée des choses : le monde apparaissant ici comme un « grand vestiaire » où les hommes ne sont que des manteaux vides de sens, la galerie de personnages marginaux et excentriques…. mais l'écriture est tout de même très (trop ?) classique encore, même si on peut déjà y sentir le potentiel de l'auteur.
La fin est complètement à l'image du Romain Gary qu'on verra évoluer dans le reste de son oeuvre.
Une lecture en demie teinte donc. Si je l'ai apprécié néanmoins, je ne conseillerai pas ce livre à ceux qui veulent découvrir cet auteur.
Lien : http://delphinesbooksandmore..
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Citations et extraits (31) Voir plus Ajouter une citation
batlambbatlamb   14 mars 2021
Léonce m’avait procuré de faux papiers au nom d’Étienne Roger, employé de commerce, vingt et un ans ; ils étaient admirablement imités par un vieux marchand de timbres-poste qui s’était spécialisé dans ce travail pendant l’occupation, qui avait sauvé ainsi la vie à des centaines d’hommes, et qui ne pouvait s’empêcher à présent de continuer. Il pouvait imiter à la perfection n’importe quel document, depuis les cartes d’alimentation jusqu’aux actes de décès. Il arrivait ainsi à ce miracle : fausser un monde déjà complètement faux, comme disait Vanderputte, « c’était, au fond, un homme qui avait une grande soif d’authenticité… ».
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voiliervoilier   05 juin 2014
- Ça s'appelle Kilimandjaro. C'est en Afrique
- Ça ne peut pas être en Afrique, voyons, il y a de la neige.
- Il y a partout de la neige en montagne. On appelle ça des neiges éternelles. Même en Afrique, il y en a …. Si j'étais millionnaire, j'irai vivre dans les neiges éternelles, avec ma femme. On doit respirer.

De nouveau, il frappa du poing dans le creux de sa main.
- Nom de Dieu, ce serait formidable. Il faudrait naturellement que la femme m'aime bien, qu'elle soit fidèle.
- Dans les neiges éternelles, tu ne risques rien.

Il ne m'écoutait pas, il regardait la montagne.
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rkhettaouirkhettaoui   19 octobre 2015
C’est dur à repérer, un homme, lorsque ça se planque bien. On peut vivre très vieux et jouir de tout, naturellement, en cachette. La vie, jeune homme, apprenez-le dès maintenant, c’est uniquement une question de camouflage.
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batlambbatlamb   16 mars 2021
Le fripier, un M. Jourdain, était un bonhomme âgé ; il portait sa belle tête de penseur barbu, une calotte de velours noir extrêmement sale ; il était l’éditeur, le rédacteur en chef et l’unique collaborateur d’une publication anarchiste violemment anticléricale, Le Jugement dernier, qu’il distribuait gratuitement tous les dimanches à la sortie des églises et qu’il envoyait régulièrement, depuis trente-cinq ans, au curé de Notre-Dame, avec lequel il était devenu ami.
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peacenourpeacenour   02 juillet 2012
" Au fond, vous savez, nous ne sommes pas si loin mes uns des autres. Nous sommes tous frères, hein... Et si on commence à creuser les différences, on reste seul dans la vie et ce n'est pas drôle." P.183
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Videos de Romain Gary (38) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Romain Gary
"Je préférerais pas…" : avec cette petite phrase apparemment inoffensive de Bartleby, c'est toute la logique productiviste du XIXe siècle qui vacille. Une phrase qui résonne encore aujourd'hui. Voici une version graphique immersive : le dessinateur Stefano Ricci s'empare de cette oeuvre majeure d'Herman Melville de 1853 et la transpose dans notre monde du XXIe siècle.
Après Céline par Tardi, Albert Camus par José Muñoz, Romain Gary par Sfar, la collection Futuropolis/Gallimard confirme sa place exceptionnelle pour proposer les plus grands écrits littéraires illustrés de la plus belle et artistique des manières.
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