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EAN : 9782070364367
147 pages
Gallimard (06/09/1973)
3.54/5   221 notes
Résumé :
Paludes, ou la semaine au jour le jour d'un littérateur en mal de voyage. Dans le microcosme étrangement fidèle que nous restitue le récit d'André Gide, domine la figure de Tityre, berger de tous les temps, habitant des marécages où fourmille une vie insolite. Mais quel est au juste ce Tityre, qui se nourrit de vers de vase, faute de pêches plus consistantes? Richard, peut-être, l'orphelin besogneux par nécessité et pauvre par vertu, dévoué jusqu'à épouser une femme... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
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Fabinou7
  30 janvier 2022
“Bon pour Paludes.” Cette phrase devrait toujours nous faire sourire, et le club des lecteurs de Paludes peut en user à la manière d'un code, pour toute occasion où la vie donne matière à l'écriture.
“Non ! pas cela ! pas cela ! Recommençons. Je déchirai.” La sotie du jeune André, parue en 1895, entraine le lecteur dans les coulisses de la fabrication du roman. Rien d'étonnant à ce que les amoureux de l'artisanat littéraire s'y retrouvent, à l'image de Stéphane Mallarmé, Roland Barthes ou Nathalie Sarraute car Gide s'adresse à son milieu littéraire. Il dépeint avec ironie la société des gens de lettres, le va et vient entre la banalité du réel et l'écriture, dans un rapport d'inspiration réciproque, mais aussi de travestissement de la réalité pour le lucre de l'Art, de la phrase et de l'émotion.
“Il faut porter jusqu'à la fin toutes les idées qu'on soulève ” : un principe, une tyrannie que s'impose le jeune narrateur, mis n'est-ce pas une conduite inatteignable ? 


“Ne pourrons-nous jamais poser rien hors du temps – que nous ne soyons pas obligés de refaire.” Exécrant l'habitude, le jeune narrateur, bourgeois bohème avant le terme, insatisfait chronique, n'y tient plus, il faut voyager, ne vivre rien que d'inédit, il faut risquer quelque chose. En essayant de tourmenter la jeune et tempérée Angèle, le narrateur de Gide annonce la vocation littéraire de l'auteur : inquiéter les consciences.

L'inquiétude est d'abord une angoisse à l'idée de s'extraire d'une confortable coquille d'illusions avec toute l'incertitude quant au succès de cette entreprise morale, on peut aussi se demander à quoi bon et à quel prix inquiéter ? Quoiqu'il en soit, les bouffées aphrodisiaques et jouissives à peine étouffées du narrateur éclateront, que dis-je déborderont deux ans plus tard, dans les Nourritures Terrestres.
Gide qualifiera, dans une série d'entretiens, de “comique” et “saugrenu” cette comédie de jeunesse qui, si elle en partage la finesse n'atteint pas la drôlerie d'un ouvrage comme Les Caves du Vatican, écrit dans la maturité du Prix Nobel de Littérature. Mais déjà le style, la construction, le clin d'oeil au lecteur, sont tout à fait singuliers, l'humour, l'amoralisme embryonnaire, et le charme pastoral en font un objet littéraire aussi rare que divertissant.
Qu'en pensez-vous… et pour paraphraser le narrateur “ne me dites pas que je devrais mettre cela dans Paludes. – D'abord ça y est déjà” !
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BillDOE
  24 novembre 2021
Ecrit en 1895, André Gide rompt avec toutes les règles du roman, il rédige le « non-roman », « Paludes », l'histoire d'un inconnu qui écrit un roman du même nom.
Ce qui frappe dans cette oeuvre c'est le dépouillement, la simplicité, l'ordinaire du propos et des personnages qui le colportent. Il a la modernité d'un mobilier en formica.
André Gide le présente comme une sotie, farce médiévale racontée par des simples d'esprit.
Editions Gallimard, Folio, 151 pages.
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memma
  29 novembre 2016
Paludes est une sorte de pochade que Gide a écrit très jeune. Il prend partie contre la forme romanesque classique (comme le disent mieux que moi Estella et Lecassin) ; il y caricature les cercles de littérateurs ; mais surtout, il s'amuse.
Le narrateur a comme particularité récurrente d'être en train d'écrire Paludes ou plutôt de le dire sans arrêt (Qu'est-ce que tu fais ? J'écris Paludes). Paludes - le roman qui s'écrit - est entièrement parodique ; il met en scène Tityre, personnage de la première bucolique de Virgile ; celui-ci vit près d'un marécage, comme l'indique le nom de l'oeuvre, issu du latin « palus, paludis » qui signifie « marais ». Il s'y ennuie beaucoup, comme le Tityre des Bucoliques, qui au fond est condamné à vivre sans cesse sous son hêtre.
En réalité, Tityre ne fait pas grand chose et le narrateur non plus : à ce titre le comique de répétition fonctionne à peu près comme dans le début de Belle du Seigneur où le fonctionnaire de la SDN se met au travail cérémonieusement tous les matins sans jamais rien faire. L'un est condamné à son retrait pastoral ; l'autre passe sa vie à des échanges mondains et littéraires tout à fait creux. Lors d'une réception, par exemple, il rencontre un ami qui évoque le proverbe latin « Numero deus impare gaudet » (qui signifie : le dieu aime le nombre impair) en le traduisant par « Le numéro deux se réjouit d'être impair ».
Ce roman était le roman fétiche de ma famille. Ma mère s'étouffait de rire en le lisant et nous poursuivait pour nous en relire des bouts. La séquence : « qu'est-ce que tu fais / j'écris Paludes » était devenu chez nous une sorte de scie.
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lecassin
  16 août 2012
A l'époque où Zola vient de terminer (1893) son oeuvre majeure, « Les Rougon Macquart », le jeune André Gide - il a vingt-cinq ans - regimbe contre cette littérature réaliste, naturaliste, qui lui semble stérile, soutenue qu'elle est par des cercles littéraires sclérosés.
« Paludes », c'est l'illustration de cette stagnation portée par l'histoire d'un personnage sans nom qui raconte sa volonté d'écrire un livre : il écrit, visite ses amis, se rend à des réunions de littérateurs, s'efforce de travailler, s'efforce d'agir, mieux, s'efforce de vivre, mais finalement n'y parvient pas ; il veut mais ne peut pas…
Écrit sous la forme d'un journal intime, « Paludes », est une satire, que l'auteur, lui même n'hésitera pas à qualifier de sotie, de la littérature de la fin du XIX ème siècle; et qui laisse entrevoir ce que seront les oeuvres futures d'un auteur qui refusera souvent les voies toutes tracées.
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estella
  29 mars 2010
"Tiens, tu travailles ?
Je répondis : "J'écris Paludes."
- Qu'est-ce que c'est ? - Un livre.
- Pour moi ? - Non.
- Trop savant ? - Ennuyeux.
- Pourquoi l'écrire alors ? - Sinon qui l'écrirait ?"
Alors qu'on attend des premières lignes qu'elles nous renseignent sur ce que l'on s'apprête à lire, celles de Paludes laissent dubitatif. Paludes est un des premiers textes de Gide, dans lequel l'auteur tire un trait définitif sur ses premières expériences symbolistes (Poésies d'André Walter par exemple) et trace l'esquisse de ce que tout lecteur connaît à présent sous le nom de sotie gidienne.
Paludes, c'est l'histoire d'un écrivain oisif, évoluant dans les cénacles fin de siècle, tentant d'écrire un livre, Paludes, qui ne viendra jamais.
Paludes, c'est une satire du roman du dix-neuvième siècle, c'est un conte philosophique sur la contingence, c'est une lutte contre le roman réaliste et naturaliste qui hante la conscience du jeune Gide.
Paludes, c'est l'histoire d'un livre à venir, pour reprendre le mot de Blanchot, qui aurait très bien pu dire à propos de Paludes, ceux-ci, en réalité destinés à Beckett :
"Peut-être ne sommes-nous pas en présence d'un livre, mais peut-être s'agit-il de bien plus que d'un livre de l'approche pure du mouvement d'où viennent tous les livres ; de ce point originel où sans doute l'oeuvre se perd, qui toujours ruine l'oeuvre, qui en elle restaure le désoeuvrement sans fin, mais avec lequel il lui faut aussi entretenir un rapport toujours plus initial, sous peine de n'être rien."
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Citations et extraits (41) Voir plus Ajouter une citation
Fabinou7Fabinou7   03 mars 2021
“Toutes les carrières sans profit pour soi sont horribles, – celles qui ne rapportent que de l'argent – et si peu qu'il faut recommencer sans cesse. Quelles stagnations ! Au moment de la mort qu'auront-ils fait ?”
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Fabinou7Fabinou7   24 octobre 2021
“Quand un philosophe vous répond, on ne comprend plus du tout ce qu'on lui avait demandé.”
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theaudu57theaudu57   29 octobre 2021
Avant d’expliquer aux autres mon livre, j’attends que
d’autres me l’expliquent. Vouloir l’expliquer d’abord c’est en
restreindre aussitôt le sens ; car si nous savons ce que nous
voulions dire, nous ne savons pas si nous ne disions que cela. –
On dit toujours plus que CELA. – Et ce qui surtout m’y
intéresse, c’est ce que j’y ai mis sans le savoir, – cette part
d’inconscient, que je voudrais appeler la part de Dieu. – Un
livre est toujours une collaboration, et tant plus le livre vaut-il,
que plus la part du scribe y est petite, que plus l’accueil de Dieu
sera grand. – Attendons de partout la révélation des choses ;
du public, la révélation de nos œuvres.
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MaissamBMaissamB   12 avril 2017
Nous avons dormi à son ombre ; nous avons travaillé, dansé, baisé, pensé à son ombre; - parfois, tant la splendeur de l'aurore était grande, nous avons cru pouvoir nous échapper au matin ; nous avons voulu l'oublier ; nous nous sommes glissés, comme des voleurs sous du chaume, non pour entrer, nous, mais pour sortir - subrepticement - et nous avons couru vers la plaine. Et le toit courait après nous.
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theaudu57theaudu57   29 octobre 2021
– L’art est de peindre un sujet particulier avec assez de puissance pour que la généralité dont il dépendait s’y comprenne. En termes abstraits cela se dit très mal parce que c’est déjà une pensée abstraite ; – mais vous me comprendrez assurément en songeant à tout l’énorme paysage qui passe à travers le trou d’une serrure dès que l’œil se rapproche suffisamment de la porte. Tel, qui ne voit ici qu’une serrure, verrait le monde entier au travers s’il savait seulement se pencher. Il suffit qu’il y ait possibilité de généralisation ; la généralisation, c’est au lecteur, au critique de la faire.
– Monsieur, dit-il, vous facilitez singulièrement votre tâche.
– Et sinon je supprime la vôtre »
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Vidéo de André Gide
« C'est à l'âge de quinze ans que le chant s'est éveillé en moi. Je m'ouvrais à la poésie et entrais, comme par effraction, dans la voie de la création… »
Plongez-vous dans le livre : https://www.albin-michel.fr/une-longue-route-pour-munir-au-chant-francais-9782226477309
Depuis son premier essai sur l'eau et la soif – unique témoin de son adolescence chinoise qu'il a emporté en France et dont il nous livre aujourd'hui la traduction – en passant par ses rencontres avec Gide, Vercors, Lacan, Michaux, Emmanuel, Bonnefoy et tant d'autres, François Cheng nous fait partager la longue route qui l'a conduit à devenir, lui l'exilé qui ne savait dire ni « bonjour » ni « merci » lorsqu'il est arrivé à Paris, un poète français. Cette route, malgré les affres de la guerre en Chine, l'extrême précarité matérielle des premières décennies en France, et de cruels tourments intérieurs, mais est toujours éclairée par la poésie française qu'il intériorise au fond de sa nuit solitaire. Elle l'est aussi par un amour passionné pour la langue d'un pays dont François Cheng a fini par épouser le « chant » et le destin. La lumière singulière qui émane de ce récit est celle d'une symbiose qui unit la Voie du Tao et la voie orphique et christique, orientant sans cesse le poète vers l'authentique universel.
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