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ISBN : 2266029819
Éditeur : Pocket (27/08/2005)

Note moyenne : 3.57/5 (sur 68 notes)
Résumé :
"Tu n'as désormais qu'une profession : me rendre heureux..." Gustav Mahler demande à Alma Schindler de renoncer à toute ambition personnelle. Elle l'aime. Elle accepte. Elle épouse le grand compositeur.
Peu douée pour l'abnégation, cette femme belle, jeune, talentueuse, promise à un brillant avenir de musicienne, se révolte. Frustrée, elle devient cruelle. Mahler lui vole sa vie. Il le paiera cher. Il mourra de l'avoir trop aimée.
Après Mahler, d'autre... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
Sarindar
  21 décembre 2015
Alma Schindler, devenue Alma Mahler-Werfel (1879-1964), nous a laissé quelques compositions musicales de sa main - des lieder, cinq de 1910, quatre de 1915 et cinq de 1924 ; mais il y en aurait bien d'autres qui pourraient être exhumés - mais, honnêtement, parti pris ou pas en faveur de l'un des hommes dont elle a porté le nom - Gustav Mahler -, les créations connues n'atteignent pas en importance et en profondeur l’œuvre de ce dernier : plusieurs cycles de lieder, 9 symphonies et une dixième inachevée (ou "complétée-terminée", d'après les esquisses, par des musicologues et/ou compositeurs). Il est difficile de dire si quelque chose de majeur aurait pu venir de la main d'Alma avant 1910 si Gustav ne lui avait pas demandé de renoncer à sa propre création artistique pour permettre à son époux de se consacrer à sa double carrière de compositeur et de directeur d'opéra. Mais, au vu de ce que nous connaissons, les deux œuvres ne peuvent pas être classées au même niveau, bien qu'il faille reconnaître à celles d'Alma une certaine originalité.
Alma fut l'élève de Zemlinski, qui fut lui aussi un grand musicien, et elle subit cette influence, dont on sent l'empreinte dans ses propres partitions.
Sans doute aussi faut-il chercher des références du côté de Brahms, de Wolf, de Mahler, de Berg, de Schoenberg et de quelques autres.
Les œuvres d'Alma ne sont pas ignorées, mais peu d'interprètes les inscrivent à leur programme, et il y a sans doute là une injustice.
Françoise Giroud n'a pas creusé la question, et c'est dommage. Elle semble l'avoir fait délibérément. Bien sûr, elle n'était pas une spécialiste, aussi ne doit-on pas le lui reprocher.
Sensible au fait qu'il y avait en Alma une véritable fibre artistique, elle l'a surtout montrée plus comme une femme dont la vie est marquée justement par les arts, non seulement parce qu'elle fréquenta des poètes, des peintres, des musiciens, des sculpteurs et des architectes, et qu'elle en épousa certains (Gustav Mahler, Walter Gropius, Franz Werfel) mais aussi et surtout parce qu'elle s'intéressa de près, avec des yeux et des goûts d'esthète à tous les arts. Surnommée de manière très désobligeante la Veuve des Quatre arts, elle mériterait mieux que des portraits sulfureux ou à l'emporte-pièce. Et sans doute mieux aussi que de simples plaidoyers louangeurs ou des comparaisons désavantageuses. Françoise Giroud, dans son travail sur Alma, n'a pas totalement répondu à ces multiples exigences, malgré tout son talent.
Il faudrait enfin consacrer à Alma Schindler-Mahler-Werfel une vraie biographie.

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andreas50
  04 août 2018
Alma Mahler (1879-1964), fut un phénomène qui n'a cessé de fasciner ses contemporains comme la postérité. Ardente, curieuse, exigeante, mondaine, cérébrale, sensuelle, elle fut l'égérie de la vie culturelle viennoise puis new-yorkaise.
Elle rendit fou amoureux nombre de sommités artistiques de l'époque, non seulement à Vienne, mais en dehors des frontières de la monarchie austro-hongroise. Toute l'élite culturelle de la fin du XIXe à la première moitié du XXe siècle fut à ses pieds. Comment en arriva-t-elle là ?
Il faut se replonger dans le contexte historique et social de l'époque pour appréhender le parcours de cette jeune femme autodidacte qui sut détecter le génie et stimuler le travail des plus grands artistes.
Vienne, fin du 19e, ville insouciante, nonchalante, paradis des plaisirs, du sens de la fête, du raffinement,mais Vienne, c'est aussi le vivier européen de la culture et des arts.
François-Joseph de Habsbourg règne sur une mosaïque de nationalités - Magyars, Tchèques, Slovaques, Allemands, Autrichiens germanophones, Galiciens, Croates - plus ou moins antagonistes, indépendantistes ou pangermanistes, un véritable écheveau de contradictions, que l'Empereur se garde bien de chercher à résoudre puisque leur solution serait la fin de l'Empire. En attendant, tout cela paraît tenir ensemble. Même le Juifs de la bourgeoisie viennoise sont « assimilés », sont les plus fidèles sujets de l'Empereur. Ils n'ont aucune chance de faire carrière dans l'armée u la haute fonction publique et sont dirigés vers les professions libérales, l'industrie, l'aristocratie financière. Liberté religieuse et libéralisme multinational sont la sauvegarde de l' Empire.
L' aristocratie fournit les militaires et les hauts fonctionnaires; l' élite de la bourgeoisie fournit banquiers, industriels, professions libérales, intellectuels et artistes.
Mais la bourgeoisie viennoise se caractérise aussi par le mécénat qui concerne tous les arts. C'est à Vienne qu'apparaît l'idéal d'une oeuvre d'art totale, ( « Gesamtkunstwerk » ), qui réunirait des arts aussi différents que l'architecture, la peinture, la littérature, la musique.
C'est dans une famille bourgeoise que naît en 1879, Alma, fille d'un peintre paysager; Emil Jakob Schindler et d'une petite cantatrice; Anna Bergen. Toutes les conditions sont réunies pour que la future jeune fille se mêle un jour au milieu artistique viennois; Vienne la capitale internationale des arts en Europe. Si Alma ne fit pas de grandes études, elle s'essaya à la sculpture, composa une centaine de lieder, fut une admiratrice de Richard Wagner, de Nietzche, de Stendhal.
A la mort de son père, elle devint la belle-fille de Karl Moll, qui était l'amant de sa mère. Alma déteste cet homme, qui pourtant, loin d'être falot, est un peintre de valeur qui joue un rôle de premier plan dans la vie artistique viennoise.
Alma va bientôt commencer à côtoyer cette 2lite, et c'est à ce moment qu'elle va se résigner, après un premier mariage, à abandonner toute ambition de carrière personnelle.
Si Françoise Giroud écrit que la condition féminine dans la haute société viennoise est proche de la liberté, Jacques le Rider, quant à lui, rappelle dans son étude sur les journaux intimes viennois: « L'antiféminisme autrichien est à la pointe de l'Europe. »
Alma prend conscience de la condition de la femme au sein même de la bourgeoisie : « Quelle malédiction d'être une fille ! Ca vous ferme toutes les portes. », écrivit-elle.
Reste que d'une certaine manière, elle a raté sa vie. Elle est mécontente d'elle-même, frustrée, mais, elle va jouer de sa beauté, de son charme, de la fascination qu'elle provoque chez les hommes; ces hommes qui bourdonnent autour de cette femme magnétique, sensuelle, jouissive, intelligente.
Puisqu'elle ne peut réussir par son propre talent, elle va s'offrir aux hommes dont le talent l'attire, elle va le survaloriser. Qui a su la séduire, elle, femme d'exception, ne peut-être qu'un homme d'exception.
C'est une déesse qui fait de chaque amant, un dieu. Elle attire, retient, et quand elle le décide, c'est elle qui rompt, qui divorce.
Elle devint ainsi la femme de quatre créateurs de génie : le musicien Gustav Mahler, le peintre Oskar Kokoschka, l'architecte Walter Gropius, l'écrivain Franz Werfel. Max Buckard; le directeur du Burgtheater, Klimt; le peintre, Joseph Maria Olbrich; l'architecte, et bien d'autres furent ses amants.
Dans Alma Mahler ou l'art d'être aimée, Françoise Giroud nous fait découvrir, avec son talent de conteuse, le destin exceptionnel de cette femme qui si elle fut fascinante, demeure néanmoins une énigme. Sa personnalité et sa vie suscitent encore des réactions radicales, faites d'admiration ou de rejet en raison de sa nature infiniment contradictoire.
Tantôt, elle est stigmatisée comme une femme diabolique, jouissive; tantôt adorée telle une déesse : on la sent déchirée entre sa force instinctive et son désir d'être une femme du monde, hésiter entre morale bourgeoise et morale romanesque.
Une belle biographie, bien documentée, passionnante où l'auteure reste impartiale, tantôt irritée, tantôt fascinée.
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viou1108
  12 juin 2017
D'Alma Mahler (1879-1964) je ne connaissais que le patronyme, qui est en l'occurrence celui de son premier mari, le grand compositeur et chef d'orchestre Gustav Mahler. J'ai appris, grâce à Françoise Giroud, qu'avant de rencontrer ce dernier, elle avait déjà composé des dizaines de lieder et autres pièces instrumentales, étant elle-même brillante musicienne. Aujourd'hui peu connue et peu jouée, on ne saura jamais ce qu'aurait été la carrière d'Alma si son Mahler de mari ne lui avait pas interdit d'encore composer de la musique, pour la cantonner dans un rôle d'épouse modèle : « Tu n'as désormais qu'un métier : me rendre heureux ! ». Fascinée, amoureuse (?) de ce musicien de génie, Alma accepte.
Les féministes y trouveraient de quoi hurler, mais rappelons que nous sommes seulement au tournant du 20ème siècle. La thèse de Françoise Giroud, si j'ai bien compris, serait que ce rôle, bien trop étriqué pour elle, aurait généré chez Alma un sentiment de frustration au moins égal à son talent gâché, la rendant cruelle et le faisant payer cher, non seulement à Mahler, mais à tous les hommes qui tomberont en pâmoison dans ses filets. A la fois femme fatale et esthète attirée par le génie des grands artistes, elle séduira notamment le peintre Kokoschka, l'architecte Walter Gropius et l'écrivain Franz Werfel, les malmenant de ses sautes d'humeur, de ses états d'âme, de son ambivalence, les trompant, les rejetant pour se jeter à nouveau dans leurs bras un peu plus tard.
J'ai le sentiment que Françoise Giroud a voulu dépeindre Alma Mahler comme une héroïne tragique au destin artistique contrarié, victime des hommes. Mais le portrait qu'elle renvoie ne m'a pas rendu Alma particulièrement sympathique et, bien qu'elle ait traversé de terribles tragédies (la mort de trois de ses enfants, la fuite face au nazisme,...), j'ai du mal à la voir comme une victime sacrificielle, elle qui fut à la fois muse et bourreau de ses hommes. Elle m'apparaît en réalité comme une femme très cultivée, au goût artistique très sûr, et tout à fait capable de mener sa barque pour faire en sorte de paraître et de compter dans les hautes sphères culturelles. Affublée par les esprits chagrins du méprisant sobriquet « la veuve des 4 z'arts », je ne suis pas sûre qu'elle ait maîtrisé l'art d'aimer vraiment. Celui de se faire aimer, en revanche, je n'ai pas de doute.
Lien : https://voyagesaufildespages..
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Herve-Lionel
  05 août 2018
La Feuille Volante n° 1270
Alma Mahler ou l'art d'être aimée – Françoise Giroud – Robert Laffont.
Elle devait être une sacrée belle femme cette Alma Shindler (1879-1964) que l'auteur nous présente dès les premières pages de cette biographie comme la. maîtresse de Johannes Hollensteiner, un prêtre théologien qu'on pressentait volontiers comme le futur cardinal de Vienne et qui défroqua pour elle ; elle avait alors la cinquantaine et lui beaucoup moins ! Amante, Alma l'a aussi été successivement du peintre Oscar Kokoschaka puis l'épouse de Gustave Mahler et de Walter Gropius puis de Frank Werfel … tous des artistes créateurs à qui elle communiqué une énergie créatrice qui nourrissait leur talent, ce qui lui a valu le surnom de « la veuve des Quatz' arts », C'est à tout le moins les plus connus car les passades et les demandes en mariage furent nombreuses. C'est qu'elle rayonnait de beauté, de culture, d'ambition et de caractère parce qu'elle attirait les hommes et que c'était elle qui les rejetait ensuite non sans les avoir malmenés et trompés pour parfois revenir vers eux... et en divorcer. Elle était également peintre et compositeur, notamment de lieder, mais d'elle il ne reste que peu de choses puisque, à l'image d'autres épouses d'hommes ou d'auteurs célèbres, elle a dû s'effacer devant la carrière de son premier époux Gustave Mahler (1860-1911). Alma devait tenir de sa mère le goût des frivolités puisqu'elle fut beaucoup courtisée mais elle épousa cependant Mahler malgré leur différence d'âge (Il avait alors 43 ans et elle 23). Leur mariage fut un fiasco non seulement parce que son mari était un mystique chrétien et un puritain maladroit, uniquement intéressé par sa musique mais surtout parce qu'il entendait l'asservir à son seul bonheur égoïste alors qu'Alma ne rêvait que de s'épanouir dans son art. Leur vie de couple fut tumultueuse, elle s'ennuya et se cantonna dans le rôle de maîtresse de maison, de régisseuse , de comptable, ce qui ne lui plût guère puisque cela l'éloignait de son art et ne fut pas sans occasionner des périodes de gêne pour elle. Elle a consacré sa vie à son mari, et ce rôle a certainement dû être un peu trop étriqué pour elle puisque la mort de Gustav fit d'elle une veuve de 31 an et cela sonna comme une délivrance. Elle multiplia les aventures, se remaria avec l'architecte Walter Gropius (1883-1969) qui fut son amant passionné, alors qu'elle était encore mariée à Gustav, avant d'être son époux. Cette période adultère fut pour elle une sorte de revanche. Non seulement elle aima passionnément Walter mais elle resta avec Gustav qui se serait laissé mourir si elle l'avait abandonné, mais elle en profita pour le dominer, passant du rôle d'esclave à celui de maîtresse de ce mari redevenu un amoureux transi ! A cette époque elle composa même des leader qui furent joués. Ce qui fut une manière de reconnaissance, enfin ! Mais pour un temps seulement. Elle prit sans doute plaisir à l'adultère qu'elle pratiqua avec régularité puisque, mariée avec Gropius elle vécut une idylle passionnée avec l'écrivain Frantz Werfel (1890-1945 ) qui fut plus tard son troisième mari.
Face à l'ascension des nazis, elle tournera le dos à la vieille Europe pour s'établir aux USA où elle mourut à l'âge de 85 ans dans la peau d'une institution, celle de la veuve Mahler
Cet ouvrage est riche de correspondances échangées entre Alma et ses maris et ses amants tout au long de sa vie. Cette biographie, un peu, il est vrai, menée par le petit trou de la serrure, complète une galerie de portraits déjà riche de femmes qui bien souvent ont vécu dans l'ombre d'hommes célèbres au point d'être, à cause d'eux, anonymes et oubliées..Est-ce à dire qu'une femme s'épanouit mal dans le mariage avec un génie alors qu'on présente volontiers cet état comme comme le but de chaque être humain ? Elle a certes été une femme courtisée et désirée par les hommes mais je retiens aussi qu'elle a été veuve de deux de ses maris mais surtout que, à l'exception d'Anna, la deuxième fille qu'elle a eue avec Mahler, les trois autres enfants nés de ses mariages successifs sont morts avant elle, sans compter ses fausses-couches et ses avortements. de tout cela elle a conçu de la culpabilisation. Judéo-chrétienne mais c'est un peu comme si, en elle, Éros dansait avec Thanatos.
L'auteure, volontiers féministe, qui n'a sans doute pas choisi par hasard de faire revivre pour nous une telle figure oubliée par l'histoire, a-t-elle voulu en faire une sorte d'héroïne tragique, à la fois victime des hommes qu'elle a aimés mais aussi leur bourreau ? C'est probable, mais je la vois volontiers comme une femme belle, jalouse de sa liberté, consciente de son charme, cultivée et esthète, aimant la vie et dévoreuse d'hommes célèbres qui se précipitent à ses pieds , une femme fatale qui effectivement comme le dit le sous-titre, a pratiqué avec un grand talent, l'art d'être aimée.
© Hervé Gautier – Août 2018. [http://hervegautier.e-monsite.com]
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Petitebijou
  30 mars 2013
Françoise Giroud, faisant le portrait d'Alma Mahler, nous parle un peu d'elle-même, comme je le fais en écrivant mes impressions sur son récit. Tout ce qu'elle nous relate factuellement est exact, mais son interprétation choisit un angle de vue qui n'est pas tout à fait le mien (j'ai moi aussi beaucoup fréquenté Alma par le biais des écrits sur son premier mari et autres témoignages).
Alma, de par sa longue existence (1879-1964), a traversé presque la totalité d'un siècle bouillonnant tant sur le plan artistique qu'historique. Elle a vécu au plus près les révolutions créatrices comme politiques. Elevée au sein de la haute bourgeoisie viennoise, elle a bénéficié d'une éducation soignée sur le plan philosophique et artistique. Ambitieuse et consciente très tôt de son pouvoir de séduction, d'une beauté majestueuse, elle est à bien des égards fascinante, et ceci explique que, suivant les témoignages, elle soit dépeinte comme une femme exécrable et dominatrice ou comme une femme ayant sacrifié sa vocation artistique et créatrice pour des hommes qui l'auraient « utilisée » comme muse n'ayant pas ou peu son mot à dire. Porteuse d'un tel destin, Alma ne pouvait que susciter des légendes, et elle n'a pas été en reste pour créer la sienne propre. S'agissant d'un destin humain, au fond, n'y-a-t-il qu'une seule vérité ? Françoise Giroud s'attache à la femme qui voulait être libre, autonome, ayant renoncé à son ambition artistique, victime de l'image « inférieure » du sexe dit faible, qui n'aurait eu d'autres choix que de rester muse et user de sa séduction pour essayer de se réaliser. Autant dire qu'elle en fait un emblème pour un combat féministe louable. Seulement, à mon avis Alma est bien plus complexe que ce portrait orienté, certes subtilement, mais orienté tout de même. S'il est vrai qu'elle a renoncé, à la demande de Mahler avant leur mariage, à toute ambition de compositrice, elle n'a pas été une muse passive, et a su, dans le carcan de son époque, je le reconnais volontiers, s'accomplir de bien des façons. La première frustration au sein de son mariage avec Mahler n'a pas été artistique mais sexuelle, Mahler mobilisant toute son énergie à sa vie de créateur. Mais, comme très tôt dans sa vie de femme, Alma a su gérer le problème en prenant des amants qui la comblaient. Elle a toujours été d'une incroyable beauté, et les nombreuses photos d'elle sont témoignages d'une femme forte et épanouie. Elle a toujours aimé Mahler, l'a assisté, de son plein gré, lui a donné deux enfants, et a salué le père qu'il était pour ses filles. Après la mort de Mahler, survenue alors qu'elle était encore très jeune (1911), elle a continué à être maîtresse de sa vie amoureuse. Oui, elle a été l'inspiratrice de ses amants ou maris créateurs, mais elle n'est jamais restée dans l'ombre, a toujours su tirer son épingle du jeu et satisfaire son désir de paraître et de fréquenter les hautes sphères. Elle a composé une centaine de lieder, a été artiste peintre. Tout le monde sera d'accord pour reconnaître en elle un grand courage, car Alma a connu bien des épreuves, que ce soit la perte de trois de ses enfants avant d'atteindre l'âge adulte (Maria, la fille ainée de Mahler, à cinq ans, Anna, la fille de Gropius à 18 ans, et Martin, le fils de Werfel, à dix mois), l'agonie de Mahler, la fuite de son pays pour échapper au nazisme, un périple incroyable à plus de soixante ans à travers les Pyrénées pour atteindre le Portugal et s'exiler aux Etats-Unis… et nul doute que son « mauvais » caractère a bien alimenté ses facultés de résistance. Alma, dans ses dernières années, était une vieille dame à la Bette Davis, assez portée sur la boisson, régnant sur son petit monde, pesant dans la vie culturelle, et soucieuse de sa postérité. Que cela ait dérangé et continue de déranger est assez amusant.
Alma, ce n'était pas uniquement l'art d'être aimée, mais aussi le choix d'aimer.
Françoise Giroud a eu envie de plaindre Alma Mahler, et défendre à travers elle la noble cause du combat pour les femmes. C'est plutôt sympathique, mais un peu tiré par les cheveux, si je puis m'exprimer ainsi s'agissant d'Alma, qui en avait de magnifiques.

Lien : http://parures-de-petitebijo..
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
andreas50andreas50   29 juillet 2018
En dépit de la solitude où Alma a passé sa vie, après la mort de Franz, il semble qu'elle ait été d'une certaine manière délivrée. Plus de mari, plus d'amant, plus de créations à nourrir, ces petites bêtes féroces qui vous sucent le sang, plus de contrainte, libre, enfin !
Alors, composer ? C'est trop tard. Souvent, depuis quelques années, elle improvise au piano, art dans lequel elle excelle. Mais composer, c'est autre chose, un travail, une technique, une discipline. Alma ne renouera jamais avec son rêve interrompu. Elle s'est affirmée, et avec quelle force, mais par la domination qu'elle a exercée sur des hommes, non par sa création propre.
Elle n'aura eu le droit de cultiver qu'un art : celui d'être aimée.
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andreas50andreas50   28 juillet 2018
Même si elle méprise sa musique, elle a pressenti la dimension, la force morale de Mahler dont la tyrannie n'est qu'une forme de soif d'absolu. En ce sens, le choix d'Alma, qui, on l'a vu, ne manque pas de prétendants, est beau et traduit ce qu'il y a de meilleur en elle : un sens infaillible de la qualité, celle des hommes comme celle des choses. Mais au même moment, elle écrit aussi : « Il faut dès maintenant que je joue des coudes pour consolider la place qui m'appartient. Je veux dire artistiquement. Le fait est qu'il n'a aucune estime pour mon art et beaucoup pour le sien, et moi je n'en n'ai aucune pour le sien et beaucoup pour le mien. C'est ainsi. »
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fanfan50fanfan50   07 mai 2017
Elle est donc seule, dans une situation confuse avec Walter Gropius, quand Karl Moll la fait déjeuner avec un jeune peintre de vingt-quatre ans qui a déjà beaucoup fait parler de lui, Oskar Kokoschka.
Il est grand, plutôt laid avec des yeux bridés qui lui mangent le visage, des oreilles décollées et des mains rouges, mais sa démarche nonchalante a une certaine élégance.
C'est un drôle de garçon. Il assure qu'il a hérité de sa mère et de sa grand-mère le don de double vue. Et c'est vrai. Quand il fait un portrait, il dit : "J'amène à la lumière comme avec un ouvre-boîte une personnalité souvent enfermée dans la convention." Et c'est vrai.
Malheureusement, il n'a pas beaucoup de commandes. Sa peinture brutale, violente, fait peur. On est loin, avec lui, des grâces vénéneuses de Klimt.
C'est un fils d'artisan qui a grandi dans les faubourgs de Vienne. Il connaît Shakespeare par coeur, il est violent, indiscipliné, contestataire par nature. A l'Ecole des arts appliqués, la plus progressiste, où il a suivi des cours pour devenir professeur d'arts plastiques, il menace de se suicider, en brandissant le couteau de son grand-père, si on ne lui accorde pas la bourse qu'un professeur veut lui refuser parce qu'il sème la révolte. Un autre professeur le sauvera en déclarant : "Celui-là est né artiste."
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fanfan50fanfan50   07 mai 2017
Mais elle est lasse.
Sous un prétexte futile, une scène éclate entre elle et Franz. Elle en a assez "de l'esclavage sous la domination de l'homme".
C'est souvent en prenant de l'âge que les femmes se mettent à ruer. En ce qui concerne Alma, il y a longtemps qu'elle en a fini avec les délices de la soumission, à supposer qu'elle les ait jamais durablement savourés. Tenir la maison de Franz Werfel, assurer son bien-être, vraiment, est-ce une tâche où engouffrer l'énergie, l'intelligence, le talent d'Alma ? Est-ce dans cette impasse qu'ont abouti les ambitions de sa jeunesse ? Elle n'y pense pas tous les jours. Mais quelquefois, elle suffoque. Alors l'affirmation d'elle-même passe par une scène faite à l'homme qu'elle a sous la main.
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viou1108viou1108   12 juin 2017
Un homme qui vous désire, quoi de plus tonique?
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