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EAN : 9782266029810
189 pages
Pocket (27/08/2005)
3.57/5   90 notes
Résumé :
"Tu n'as désormais qu'une profession : me rendre heureux..." Gustav Mahler demande à Alma Schindler de renoncer à toute ambition personnelle. Elle l'aime. Elle accepte. Elle épouse le grand compositeur.
Peu douée pour l'abnégation, cette femme belle, jeune, talentueuse, promise à un brillant avenir de musicienne, se révolte. Frustrée, elle devient cruelle. Mahler lui vole sa vie. Il le paiera cher. Il mourra de l'avoir trop aimée.
Après Mahler, d'autre... >Voir plus
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Alma Schindler, devenue Alma Mahler-Werfel (1879-1964), nous a laissé quelques compositions musicales de sa main - des lieder, cinq de 1910, quatre de 1915 et cinq de 1924 ; mais il y en aurait bien d'autres qui pourraient être exhumés - mais, honnêtement, parti pris ou pas en faveur de l'un des hommes dont elle a porté le nom - Gustav Mahler -, les créations connues n'atteignent pas en importance et en profondeur l’œuvre de ce dernier : plusieurs cycles de lieder, 9 symphonies et une dixième inachevée (ou "complétée-terminée", d'après les esquisses, par des musicologues et/ou compositeurs). Il est difficile de dire si quelque chose de majeur aurait pu venir de la main d'Alma avant 1910 si Gustav ne lui avait pas demandé de renoncer à sa propre création artistique pour permettre à son époux de se consacrer à sa double carrière de compositeur et de directeur d'opéra. Mais, au vu de ce que nous connaissons, les deux œuvres ne peuvent pas être classées au même niveau, bien qu'il faille reconnaître à celles d'Alma une certaine originalité.

Alma fut l'élève de Zemlinski, qui fut lui aussi un grand musicien, et elle subit cette influence, dont on sent l'empreinte dans ses propres partitions.

Sans doute aussi faut-il chercher des références du côté de Brahms, de Wolf, de Mahler, de Berg, de Schoenberg et de quelques autres.

Les œuvres d'Alma ne sont pas ignorées, mais peu d'interprètes les inscrivent à leur programme, et il y a sans doute là une injustice.

Françoise Giroud n'a pas creusé la question, et c'est dommage. Elle semble l'avoir fait délibérément. Bien sûr, elle n'était pas une spécialiste, aussi ne doit-on pas le lui reprocher.

Sensible au fait qu'il y avait en Alma une véritable fibre artistique, elle l'a surtout montrée plus comme une femme dont la vie est marquée justement par les arts, non seulement parce qu'elle fréquenta des poètes, des peintres, des musiciens, des sculpteurs et des architectes, et qu'elle en épousa certains (Gustav Mahler, Walter Gropius, Franz Werfel) mais aussi et surtout parce qu'elle s'intéressa de près, avec des yeux et des goûts d'esthète à tous les arts. Surnommée de manière très désobligeante la Veuve des Quatre arts, elle mériterait mieux que des portraits sulfureux ou à l'emporte-pièce. Et sans doute mieux aussi que de simples plaidoyers louangeurs ou des comparaisons désavantageuses. Françoise Giroud, dans son travail sur Alma, n'a pas totalement répondu à ces multiples exigences, malgré tout son talent.

Il faudrait enfin consacrer à Alma Schindler-Mahler-Werfel une vraie biographie.

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D'Alma Mahler (1879-1964) je ne connaissais que le patronyme, qui est en l'occurrence celui de son premier mari, le grand compositeur et chef d'orchestre Gustav Mahler. J'ai appris, grâce à Françoise Giroud, qu'avant de rencontrer ce dernier, elle avait déjà composé des dizaines de lieder et autres pièces instrumentales, étant elle-même brillante musicienne. Aujourd'hui peu connue et peu jouée, on ne saura jamais ce qu'aurait été la carrière d'Alma si son Mahler de mari ne lui avait pas interdit d'encore composer de la musique, pour la cantonner dans un rôle d'épouse modèle : « Tu n'as désormais qu'un métier : me rendre heureux ! ». Fascinée, amoureuse (?) de ce musicien de génie, Alma accepte.

Les féministes y trouveraient de quoi hurler, mais rappelons que nous sommes seulement au tournant du 20ème siècle. La thèse de Françoise Giroud, si j'ai bien compris, serait que ce rôle, bien trop étriqué pour elle, aurait généré chez Alma un sentiment de frustration au moins égal à son talent gâché, la rendant cruelle et le faisant payer cher, non seulement à Mahler, mais à tous les hommes qui tomberont en pâmoison dans ses filets. A la fois femme fatale et esthète attirée par le génie des grands artistes, elle séduira notamment le peintre Kokoschka, l'architecte Walter Gropius et l'écrivain Franz Werfel, les malmenant de ses sautes d'humeur, de ses états d'âme, de son ambivalence, les trompant, les rejetant pour se jeter à nouveau dans leurs bras un peu plus tard.

J'ai le sentiment que Françoise Giroud a voulu dépeindre Alma Mahler comme une héroïne tragique au destin artistique contrarié, victime des hommes. Mais le portrait qu'elle renvoie ne m'a pas rendu Alma particulièrement sympathique et, bien qu'elle ait traversé de terribles tragédies (la mort de trois de ses enfants, la fuite face au nazisme,...), j'ai du mal à la voir comme une victime sacrificielle, elle qui fut à la fois muse et bourreau de ses hommes. Elle m'apparaît en réalité comme une femme très cultivée, au goût artistique très sûr, et tout à fait capable de mener sa barque pour faire en sorte de paraître et de compter dans les hautes sphères culturelles. Affublée par les esprits chagrins du méprisant sobriquet « la veuve des 4 z'arts », je ne suis pas sûre qu'elle ait maîtrisé l'art d'aimer vraiment. Celui de se faire aimer, en revanche, je n'ai pas de doute.


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Françoise Giroud, faisant le portrait d'Alma Mahler, nous parle un peu d'elle-même, comme je le fais en écrivant mes impressions sur son récit. Tout ce qu'elle nous relate factuellement est exact, mais son interprétation choisit un angle de vue qui n'est pas tout à fait le mien (j'ai moi aussi beaucoup fréquenté Alma par le biais des écrits sur son premier mari et autres témoignages).

Alma, de par sa longue existence (1879-1964), a traversé presque la totalité d'un siècle bouillonnant tant sur le plan artistique qu'historique. Elle a vécu au plus près les révolutions créatrices comme politiques. Elevée au sein de la haute bourgeoisie viennoise, elle a bénéficié d'une éducation soignée sur le plan philosophique et artistique. Ambitieuse et consciente très tôt de son pouvoir de séduction, d'une beauté majestueuse, elle est à bien des égards fascinante, et ceci explique que, suivant les témoignages, elle soit dépeinte comme une femme exécrable et dominatrice ou comme une femme ayant sacrifié sa vocation artistique et créatrice pour des hommes qui l'auraient « utilisée » comme muse n'ayant pas ou peu son mot à dire. Porteuse d'un tel destin, Alma ne pouvait que susciter des légendes, et elle n'a pas été en reste pour créer la sienne propre. S'agissant d'un destin humain, au fond, n'y-a-t-il qu'une seule vérité ? Françoise Giroud s'attache à la femme qui voulait être libre, autonome, ayant renoncé à son ambition artistique, victime de l'image « inférieure » du sexe dit faible, qui n'aurait eu d'autres choix que de rester muse et user de sa séduction pour essayer de se réaliser. Autant dire qu'elle en fait un emblème pour un combat féministe louable. Seulement, à mon avis Alma est bien plus complexe que ce portrait orienté, certes subtilement, mais orienté tout de même. S'il est vrai qu'elle a renoncé, à la demande de Mahler avant leur mariage, à toute ambition de compositrice, elle n'a pas été une muse passive, et a su, dans le carcan de son époque, je le reconnais volontiers, s'accomplir de bien des façons. La première frustration au sein de son mariage avec Mahler n'a pas été artistique mais sexuelle, Mahler mobilisant toute son énergie à sa vie de créateur. Mais, comme très tôt dans sa vie de femme, Alma a su gérer le problème en prenant des amants qui la comblaient. Elle a toujours été d'une incroyable beauté, et les nombreuses photos d'elle sont témoignages d'une femme forte et épanouie. Elle a toujours aimé Mahler, l'a assisté, de son plein gré, lui a donné deux enfants, et a salué le père qu'il était pour ses filles. Après la mort de Mahler, survenue alors qu'elle était encore très jeune (1911), elle a continué à être maîtresse de sa vie amoureuse. Oui, elle a été l'inspiratrice de ses amants ou maris créateurs, mais elle n'est jamais restée dans l'ombre, a toujours su tirer son épingle du jeu et satisfaire son désir de paraître et de fréquenter les hautes sphères. Elle a composé une centaine de lieder, a été artiste peintre. Tout le monde sera d'accord pour reconnaître en elle un grand courage, car Alma a connu bien des épreuves, que ce soit la perte de trois de ses enfants avant d'atteindre l'âge adulte (Maria, la fille ainée de Mahler, à cinq ans, Anna, la fille de Gropius à 18 ans, et Martin, le fils de Werfel, à dix mois), l'agonie de Mahler, la fuite de son pays pour échapper au nazisme, un périple incroyable à plus de soixante ans à travers les Pyrénées pour atteindre le Portugal et s'exiler aux Etats-Unis… et nul doute que son « mauvais » caractère a bien alimenté ses facultés de résistance. Alma, dans ses dernières années, était une vieille dame à la Bette Davis, assez portée sur la boisson, régnant sur son petit monde, pesant dans la vie culturelle, et soucieuse de sa postérité. Que cela ait dérangé et continue de déranger est assez amusant.

Alma, ce n'était pas uniquement l'art d'être aimée, mais aussi le choix d'aimer.

Françoise Giroud a eu envie de plaindre Alma Mahler, et défendre à travers elle la noble cause du combat pour les femmes. C'est plutôt sympathique, mais un peu tiré par les cheveux, si je puis m'exprimer ainsi s'agissant d'Alma, qui en avait de magnifiques.


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La Feuille Volante n° 1270

Alma Mahler ou l'art d'être aimée – Françoise Giroud – Robert Laffont.

Elle devait être une sacrée belle femme cette Alma Shindler (1879-1964) que l'auteur nous présente dès les premières pages de cette biographie comme la. maîtresse de Johannes Hollensteiner, un prêtre théologien qu'on pressentait volontiers comme le futur cardinal de Vienne et qui défroqua pour elle ; elle avait alors la cinquantaine et lui beaucoup moins ! Amante, Alma l'a aussi été successivement du peintre Oscar Kokoschaka puis l'épouse de Gustave Mahler et de Walter Gropius puis de Frank Werfel … tous des artistes créateurs à qui elle communiqué une énergie créatrice qui nourrissait leur talent, ce qui lui a valu le surnom de « la veuve des Quatz' arts », C'est à tout le moins les plus connus car les passades et les demandes en mariage furent nombreuses. C'est qu'elle rayonnait de beauté, de culture, d'ambition et de caractère parce qu'elle attirait les hommes et que c'était elle qui les rejetait ensuite non sans les avoir malmenés et trompés pour parfois revenir vers eux... et en divorcer. Elle était également peintre et compositeur, notamment de lieder, mais d'elle il ne reste que peu de choses puisque, à l'image d'autres épouses d'hommes ou d'auteurs célèbres, elle a dû s'effacer devant la carrière de son premier époux Gustave Mahler (1860-1911). Alma devait tenir de sa mère le goût des frivolités puisqu'elle fut beaucoup courtisée mais elle épousa cependant Mahler malgré leur différence d'âge (Il avait alors 43 ans et elle 23). Leur mariage fut un fiasco non seulement parce que son mari était un mystique chrétien et un puritain maladroit, uniquement intéressé par sa musique mais surtout parce qu'il entendait l'asservir à son seul bonheur égoïste alors qu'Alma ne rêvait que de s'épanouir dans son art. Leur vie de couple fut tumultueuse, elle s'ennuya et se cantonna dans le rôle de maîtresse de maison, de régisseuse , de comptable, ce qui ne lui plût guère puisque cela l'éloignait de son art et ne fut pas sans occasionner des périodes de gêne pour elle. Elle a consacré sa vie à son mari, et ce rôle a certainement dû être un peu trop étriqué pour elle puisque la mort de Gustav fit d'elle une veuve de 31 an et cela sonna comme une délivrance. Elle multiplia les aventures, se remaria avec l'architecte Walter Gropius (1883-1969) qui fut son amant passionné, alors qu'elle était encore mariée à Gustav, avant d'être son époux. Cette période adultère fut pour elle une sorte de revanche. Non seulement elle aima passionnément Walter mais elle resta avec Gustav qui se serait laissé mourir si elle l'avait abandonné, mais elle en profita pour le dominer, passant du rôle d'esclave à celui de maîtresse de ce mari redevenu un amoureux transi ! A cette époque elle composa même des leader qui furent joués. Ce qui fut une manière de reconnaissance, enfin ! Mais pour un temps seulement. Elle prit sans doute plaisir à l'adultère qu'elle pratiqua avec régularité puisque, mariée avec Gropius elle vécut une idylle passionnée avec l'écrivain Frantz Werfel (1890-1945 ) qui fut plus tard son troisième mari.

Face à l'ascension des nazis, elle tournera le dos à la vieille Europe pour s'établir aux USA où elle mourut à l'âge de 85 ans dans la peau d'une institution, celle de la veuve Mahler

Cet ouvrage est riche de correspondances échangées entre Alma et ses maris et ses amants tout au long de sa vie. Cette biographie, un peu, il est vrai, menée par le petit trou de la serrure, complète une galerie de portraits déjà riche de femmes qui bien souvent ont vécu dans l'ombre d'hommes célèbres au point d'être, à cause d'eux, anonymes et oubliées..Est-ce à dire qu'une femme s'épanouit mal dans le mariage avec un génie alors qu'on présente volontiers cet état comme comme le but de chaque être humain ? Elle a certes été une femme courtisée et désirée par les hommes mais je retiens aussi qu'elle a été veuve de deux de ses maris mais surtout que, à l'exception d'Anna, la deuxième fille qu'elle a eue avec Mahler, les trois autres enfants nés de ses mariages successifs sont morts avant elle, sans compter ses fausses-couches et ses avortements. de tout cela elle a conçu de la culpabilisation. Judéo-chrétienne mais c'est un peu comme si, en elle, Éros dansait avec Thanatos.

L'auteure, volontiers féministe, qui n'a sans doute pas choisi par hasard de faire revivre pour nous une telle figure oubliée par l'histoire, a-t-elle voulu en faire une sorte d'héroïne tragique, à la fois victime des hommes qu'elle a aimés mais aussi leur bourreau ? C'est probable, mais je la vois volontiers comme une femme belle, jalouse de sa liberté, consciente de son charme, cultivée et esthète, aimant la vie et dévoreuse d'hommes célèbres qui se précipitent à ses pieds , une femme fatale qui effectivement comme le dit le sous-titre, a pratiqué avec un grand talent, l'art d'être aimée.

© Hervé Gautier – Août 2018. [http://hervegautier.e-monsite.com]

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Alma Schindler eut l'insigne honneur de recevoir, à titre de déclaration d'amour de Gustav Mahler, la dédicace de la 5ème symphonie du maître avec son sublime adagietto , celui-là même qui orna somptueusement le film de Visconti « Mort à Venise ».

Alma Mahler mérita-t-elle vraiment cette fabuleuse distinction ? On peut se le demander au vu des relations houleuses qu'elle entretint avec son mari. Pour Françoise Giroud, nul doute que oui, elle le valait bien ! Mais, on n'est pas obligé de la croire.

Sa créativité aurait été bridée par son mari ? Soit. Certainement ! N'oublions pas qu'au début du vingtième siècle, le rôle de la femme était habituellement d'être au service de son époux et rien d'autre. Et Mahler était plutôt du genre exigeant. « Tu dois soumettre ta vie future dans tous ses détails à mes besoins et ne rien désirer que mon amour ». Rien que cela ! Autrement dit, tu n'existes pas par toi-même. Alma a accepté. Ayant vingt ans de moins que lui, elle a sans doute été subjuguée par la personnalité écrasante de son futur époux au point d'en perdre tout sens critique !

Dans ce rôle d'épouse soumise, Alma a dû trouver le service dur (et on la comprend), elle dont les aspirations intellectuelles étaient bien réelles. Mais que valait son talent à l'aune de celui d'un compositeur exceptionnel ? Qui ne l'oublions pas est un des plus grands, sinon le plus grand génie musical du siècle dernier !

La question se doit d'être posée car, après le décès de Gustav Mahler, que n'a-t-elle donné libre cours à son talent de compositrice et enfin se réaliser pour transmettre une grande oeuvre à la postérité ? …. eh bien, non, pas vraiment.

Donc, contentons-nous de nous référer au titre de l'ouvrage « l'art d'être aimée ». Et c'est là sans doute que réside son plus grand talent : prendre les hommes aux filets de son indéniable séduction et les accrocher à son tableau de chasse !

Et j'insiste sur le terme « tableau de chasse ». Car Alma Schindler, en manipulatrice de talent, donne vraiment l'impression de vouloir épingler les génies, leur servir de muse, voire les asservir, histoire de se sentir exister et manifester son pouvoir sur les autres ! (Du moins, c'est l'image bien réductrice

qu'en donne Françoise Giroud !)

Et le choix est vaste, avec dans l'ordre d'apparition de ses admirateurs, maris ou amants : le peintre Klimt, le compositeur Zemlinsky, Mahler, l'architecte Gropius, le peintre Kokoschka, le romancier Werfel …. quelle superbe liste !

Mais revenons à sa tumultueuse relation avec Gustav Mahler, qui fut son premier époux.

A la question posée à Mahler : Pourquoi créez-vous ? Il répondra « tisser le vêtement vivant de Dieu, ce serait au moins quelque chose ... ».

Qu'a donc à offrir cette femme frivole, tellement désireuse de plaire aux hommes, à la soif d'absolu de son époux, elle qui, si elle admire le chef d'orchestre, ne percevra jamais le génie créateur de son mari ?

Et lui bien sûr, en permanence juché sur les sommets de la création, ne se rendra jamais compte des efforts qu'elle déploie pour lui rendre l'existence facile, elle qui s'emploiera à organiser au mieux le quotidien d'un mari distrait !

D'où une incompréhension fondamentale entre ces deux êtres ! Qui sera amplifiée lors du décès de leur fille à l'âge de quatre ans et qui mènera Alma jusqu'à l'infidélité avec Walter Gropius en précipitant Mahler dans le désarroi et le désespoir !

Le portrait tracé par Françoise Giroud n'est pas particulièrement sympathique et amène à se demander ce qui, en Alma Schindler, a pu susciter autant d'amour ! D'autant plus que d'après l'auteur «  elle (Alma) est toujours persuadée qu'on lui doit plus qu'on ne lui donne puisqu'on se doit à elle tout entier » !

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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation

Elle est donc seule, dans une situation confuse avec Walter Gropius, quand Karl Moll la fait déjeuner avec un jeune peintre de vingt-quatre ans qui a déjà beaucoup fait parler de lui, Oskar Kokoschka.

Il est grand, plutôt laid avec des yeux bridés qui lui mangent le visage, des oreilles décollées et des mains rouges, mais sa démarche nonchalante a une certaine élégance.

C'est un drôle de garçon. Il assure qu'il a hérité de sa mère et de sa grand-mère le don de double vue. Et c'est vrai. Quand il fait un portrait, il dit : "J'amène à la lumière comme avec un ouvre-boîte une personnalité souvent enfermée dans la convention." Et c'est vrai.

Malheureusement, il n'a pas beaucoup de commandes. Sa peinture brutale, violente, fait peur. On est loin, avec lui, des grâces vénéneuses de Klimt.

C'est un fils d'artisan qui a grandi dans les faubourgs de Vienne. Il connaît Shakespeare par coeur, il est violent, indiscipliné, contestataire par nature. A l'Ecole des arts appliqués, la plus progressiste, où il a suivi des cours pour devenir professeur d'arts plastiques, il menace de se suicider, en brandissant le couteau de son grand-père, si on ne lui accorde pas la bourse qu'un professeur veut lui refuser parce qu'il sème la révolte. Un autre professeur le sauvera en déclarant : "Celui-là est né artiste."

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Mais elle est lasse.

Sous un prétexte futile, une scène éclate entre elle et Franz. Elle en a assez "de l'esclavage sous la domination de l'homme".

C'est souvent en prenant de l'âge que les femmes se mettent à ruer. En ce qui concerne Alma, il y a longtemps qu'elle en a fini avec les délices de la soumission, à supposer qu'elle les ait jamais durablement savourés. Tenir la maison de Franz Werfel, assurer son bien-être, vraiment, est-ce une tâche où engouffrer l'énergie, l'intelligence, le talent d'Alma ? Est-ce dans cette impasse qu'ont abouti les ambitions de sa jeunesse ? Elle n'y pense pas tous les jours. Mais quelquefois, elle suffoque. Alors l'affirmation d'elle-même passe par une scène faite à l'homme qu'elle a sous la main.

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Un homme qui vous désire, quoi de plus tonique?

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Comme il est de règle, ceux qui, autrefois ont le plus durement combattu Mahler encensent maintenant le génie foudroyé et le couvrent de fleurs dans tous les sens du terme... Les vivants ont peur des morts. C'est pourquoi ils disent immanquablement du bien de ceux qui viennent de disparaître.

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Comme maitresse de maison,organisatrice énergique de la vie quotidienne,elle est irréprochable Et,bien sûr,Mahler ne lui en sait même pas gré. N'est-ce pas tout naturel ? Et s'aperçoit-on jamais qu'une maison marche? On ne le découvre que lorsqu'elle ne marche plus.

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