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ISBN : 225307277X
Éditeur : Le Livre de Poche (01/04/2004)

Note moyenne : 3.26/5 (sur 103 notes)
Résumé :
D'une grande beauté, d'une intelligence supérieure, Lou Andreas Salomé, née à Saint-Pétersbourg en 1861, a été l'une des célèbres séductrices de son temps. Nietzsche, Rainer Maria Rilke en ont été follement épris, Freud a succombé à son charme. L’étonnant est que, si elle aimait les hommes et leur compagnie, elle n'a pas toléré, avant trente-cinq ans, qu'ils l'approchent physiquement. Ce qui, loin de les décourager, les rendait, comme Nietzsche, fous de désir.
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
Malaura
  31 août 2011
Lou Andreas-Salomé (1861-1937), c'est cette jeune femme belle et impétueuse, exhortant le docteur Breuer à soigner son cher ami Nietzsche dans le roman d'Irvin Yalom « Et Nietzsche a pleuré ».
A peine quelques lignes et déjà elle en impose par sa superbe, son assurance, son intelligence et sa beauté.
Si bien que, d'emblée, l'on a envie d'en savoir davantage sur celle qui fut en cette fin de XIXème siècle, l'incarnation de la liberté faite femme, à une époque où justement, les femmes ne l'étaient pas encore.
Ecrivain, chroniqueuse, muse, analyste, c'est néanmoins par ses relations intellectuelles et amoureuses, que Lou Andréas-Salomé passera à la postérité.
Elle compte à son palmarès de nombreux amants parmi lesquels les plus illustres noms de la philosophie, de la poésie et de la psychanalyse, Nietzsche, Rilke et Freud.
Dans cette brève biographie, Françoise Giroud brosse le portrait de cette séductrice éminemment intelligente et cultivée, aussi belle que farouche, l'une des premières femmes, si ce n'est la première, à s'être assumée matériellement et socialement.
Le personnage est également très intrigant car la belle ne s'est réellement donnée aux hommes qu'à partir de 35 ans. Avant cela, elle n'a jamais accepté qu'on la touche, se contentant d'amours platoniques, mettant les hommes à la torture en s'enfermant dans une chasteté bien mystérieuse lorsqu'on connait au demeurant sa liberté de penser et d'agir.
Lou se rattrape dans la seconde partie de sa vie en s'offrant avec gourmandise ce qu'elle nomme des « festins d'amour ». Cependant, Françoise Giroud avance pour la première fois la thèse de l'inceste familial, une assertion tout à fait personnelle que les biographes ne se sont jamais aventurés à émettre, car aucun élément avéré ne vient étayer cette théorie.
Le mystère reste et restera donc entier.
La démarche de Françoise Giroud n'est pas ici d'écrire une énième biographie sur Lou Andréas-Salomé.
Son approche est avant tout interprétative des mystères qui entourent la personnalité de cette dernière, ainsi que d'une volonté de dépeindre une femme libre, indépendante, ne transigeant en rien pour s'affirmer intellectuellement, moralement, socialement ou amoureusement.
Ce n'est donc pas une biographie exhaustive à laquelle il faut s'attendre mais plutôt à un portrait de femme, paradoxalement peint avec tous les hommes qui ont jalonné sa vie et qui ont finalement permis son accession à la célébrité.
Mais si le personnage abordé par Françoise Giroud est singulier et fascinant, il est loin d'être attachant. Il est même en partie pétri d'égoïsme, d'égocentrisme et d'insensibilité.
Nietzsche, suicidé, Paul Ré, suicidé, Rainer Maria Rilke, suicidé…Suicidés également les autres hommes plus au moins anonymes auxquels Lou fit tourner la tête comme Zemek ou Tausk…
Il n'y a guère que Freud qui put « garder sa tête », sans doute parce que son rapport avec la belle fut sans désir physique ?
Tous les autres, vous l'avez compris…suicidés, suicidés et encore suicidés !…Une véritable hécatombe !
Pourtant, chez Lou, pas une once de culpabilité, par le moindre remords, pas la moindre tristesse !
Elle repart, toujours vaillante, enjouée, pleine d'allant, à l'assaut de la vie…
Cela est pour le moins troublant et…déconcertant aussi.
Et à la fin de ce petit ouvrage traité sans effet de style, avec aisance et facilité, on ne peut s'empêcher de se poser la question : la liberté, l'indépendance, passent-elles forcément par la cruauté ? Doit-on obligatoirement faire mal pour être libre ? L'autonomie que nous revendiquons ne se réalise-t-elle donc jamais sans faire de victimes ?
Pour Lou Andréas-Salomé, la liberté était une exigence, bien au-delà des considérations morales. Pour autant elle restera encore longtemps un être fascinant à bien des égards.
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Mladoria
  29 juin 2015
Je ne suis pas particulièrement friande de biographies habituellement, mais je me suis dis pourquoi pas tenter. La dame avait l'air bien intéréssante et avait plutôt fréquenté des messieurs célèbres.
Eh bien Mme GIROUD ne m'a pas convaincue autant d'ailleurs que Lou qui est quand même une sacrée vamp, cruelle, froide, sans coeur, pour laquelle je n'ai ressenti absolument aucune empathie.
Une biographie qui ressemble davantage à un tableau de chasse, où la biographe prend fait et cause pour une personnalité trop égoïste et narcissique pour s'attirer mes bonnes grâces. Ajoutez un style très subjectif et parfois à la limite du grossier, trop de sentiments et de fougue nuit à une bonne biographie qui, à mon sens, doit être, toute proportion gardée, aussi objective que possible.
Une vie qui devrait plaire aux amateurs de potins mondains et de frivolités cruelles. Une personne qui ne m'a pas conquise.
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Marcelline
  08 novembre 2012
Ne connaissant Lou Andréas-Salomé que vaguement, de nom, je dois dire que j'ai beaucoup aimé découvrir le destin de cette femme, qui plus est sous la plume d'une autre femme peu ordinaire, Françoise Giroud.
Si Lou n'est pas une femme qui inspire la sympathie car l'intellect prime toujours sur la moindre émergence de sentiments, j'ai trouvé son parcours fascinant.
Faisant fi de toute attache sentimentale, les autres, et les hommes en particulier, n'étant là que pour servir sa progression intellectuelle, elle démontre pourtant malgré elle que l'humain est forcément constitué de raison et de sentiments, qu'il est à la fois un cerveau, un coeur et un corps: alors qu'elle semble vouloir faire abstraction de relations charnelles avec les nombreux hommes qui tombent fous d'elle, la sexualité est extrêmement présente dans toute sa vie.
Françoise Giroud émet l'hypothèse d'une blessure d'enfance, qui expliquerait cette attitude pour le moins ambigüe avec les hommes.
Cette femme froide, qui manipule les hommes pour tracer sa destinée comme elle l'entend, qui sait rendre ses jeunes courtisans fous amoureux d'elle mais qui les abandonne sans l'once d'un remords, s'attache cependant à Mariechen, la fille de Andreas, qu'elle finit par adopter.
Comme quoi, malgré ses discours et toute une vie conduite apparemment sans céder aux sentiments, l'Amour est finalement le plus fort!...Une petite raison d'espérer dans la race humaine...
Au final, une femme peu attachante mais au parcours fascinant, servie par la plume d'une autre féministe engagée: pour toutes ces raisons, une biographie que je suis très contente d'avoir découverte...
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AmandineMM
  31 mai 2013
Hésitation entre une et deux étoiles pour cette biographie qui m'a tant agacée.
J'ai avant tout été agacée par le point de vue adopté par Françoise Giroud : elle ne prétend pas écrire une biographie ou faire oeuvre d'historienne, ce qui explique qu'elle ne s'est pas "infligé la corvée de références indiquées à chaque ligne", ainsi qu'elle l'indique dans la bibliographie en fin d'ouvrage. Que reste-t-il donc alors, en l'absence d'un contexte historique plus ou moins exhaustif ? Un portrait féminin et une liste de conquêtes masculines. La vie de Lou Andreas-Salomé est en effet abordée à travers les hommes qu'elle a aimé(?) et côtoyé tout au long de sa vie, à tel point que j'ai fini par me poser des questions sur la liberté d'une telle femme. Ce point a été éclairci dans le dernier chapitre, dans lequel cette notion est explicitée : pour Françoise Giroud, "une femme libre, c'est celle qui a la faculté de choisir sa vie". J'accepte cette hypothèse, mais reste néanmoins méfiante face à l'admiration que semble manifester Françoise Giroud pour une telle femme : la souffrance qu'elle a infligée aux hommes autour d'elle était-elle vraiment nécessaire à cette liberté ? Son bonheur valait-il toutes les morts qu'elle a causées ?
Enfin, au-delà de cet agacement envers le personnage de Lou tel qu'il a été représenté, je n'ai pas plus apprécié le style de Françoise Giroud, qui n'hésite pas à exprimer ses opinions de façon très tranchée et parfois grossière (je ne doute pas que la soeur de Nietzsche soit une "salope", mais j'aurais préféré le voir exprimé autrement).
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Marti94
  06 décembre 2017
J'ai lu la biographie de Lou Andréa Salomé intitulée « Lou, histoire d'une femme libre » de Françoise Giroud il y a bien longtemps. Je me souvenais assez peu de la vie de L'égérie de plusieurs hommes célèbres notamment Nietzsche, Rilke et Freud.
Cette relecture ne m'a pas vraiment bouleversée même s'il est peu courant de rendre autant d'hommes fou d'amour en ignorant le désir et sans relations sexuelles. Son charme est basé uniquement sur son intellect puissant, ce qui n'est pas rien, surtout à la fin du 19ème siècle où les femmes ne sont pas reconnues pour débattre sur des idées à l'égales des hommes. Lou est incomparable, on a le sentiment qu'elle contrôle sa vie caractérisée par sa joie de vivre et sa grande intelligence.
Pourtant, il semblerait que son oeuvre littéraire n'ait rien d'exceptionnelle et je dois dire que je n'ai pas particulièrement envie de la lire d'autant plus que je ne partage pas ses idées sur la religion. Sa notoriété vient plutôt du fait qu'elle a inspiré et aider à l'oeuvre de ses amants. Même ses travaux de psychanalyste ne sont pas reconnus.
Il est quand même rare d'avoir eu autant d'amants célèbres et d'avoir si peu fait l'amour, ceci dit cela ne l'a pas empêché d'aimer et surtout d'aimer la vie.
Lu en novembre 2017
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Citations et extraits (45) Voir plus Ajouter une citation
Marti94Marti94   06 décembre 2017
Mais quelque chose va lui tomber sur la tête, à trente-cinq ans, qui ne porte qu’un nom dans toutes les langues : c’est l'Amour. Celui-là laissera derrière lui sa trace enchantée : les dizaines de poèmes écrits par Rainer Maria Rilke pour la femme de sa vie .
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Marti94Marti94   06 décembre 2017
Lou ignore le trouble physique. Il est probable qu'elle l’ignorera jusqu'assez tard et que là est la clé de conduites plutôt surprenantes dans sa vie de jeune femme. Elle aime les hommes mais, en un mot, ils ne lui font pas d'effet, sinon répulsif. Elle a un intellect puissant, elle n'a pas de corps. Elle n'en veut pas.
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Marti94Marti94   06 décembre 2017
Que la vie était belle, à Berlin, dans les années 1880 ! Le brio des intellectuels de tout poil illumine la ville. Lou fait des conquêtes en tirs groupés parmi les écrivains, les sociologues, les scientifiques. Elle s'amuse. Elle est heureuse.
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AbbybliothequeAbbybliotheque   08 novembre 2015
(Dernier chapître) Voilà donc Lou Andreas-Salomé telle qu’elle m’est apparue. Un cas parfait d’heureuse cohabitation entre une composante féminine et une composante masculine. Nous abritons tous à des degrés divers ces deux composantes, mais elles sont plus ou moins actives ou réprimées par le poids de l’éducation et des conventions sociales qui les combattent. Sans y avoir de mérite – qui mérite ce qu’il est ? -, Lou en a fait une telle combinaison que celle-ci a produit cet objet humain rarissime en son temps : une femme libre.

Elle a été, je crois, la première femme libre des Temps modernes, sans avoir et à secouer le joug masculin ou familial, sans avoir été ni reine, ni veuve, ni héritière d’un mari ou d’un père. Elle est entrée dans la vie les mains nues, armées seulement de sa beauté, d’une forte intelligence et d’une pension que la Russie impériale accordait aux enfants d’officiers supérieurs décédés.


Ce point est important : la liberté commence avec l’argent nécessaire pour la financer. Journaliste, romancière, essayiste, psychanalyste, Lou n’a jamais dépendu de qui que ce soit pour payer son loyer, ses chambres d’hôtel ou ses voyages. Pendant la période difficile qui suivi la Grand Guerre, c’est Freud qui l’aida parfois, mais comme un maître son élève.

Indépendance matérielle assurée, donc, qu’est-ce d’autre qui permet de faire de Lou l’ancêtre de la « femme libre », et d’abord qu’est-ce qu’une femme libre ? A peine a-t-on prononcé ces mots que l’on voit se profile une bacchante dépoitraillée, tandis que ses enfants en bas âge grelottent à la maison devant un feu éteint. J’exagère à peine. Au tréfonds de l’esprit public, la femme libre est celle qui trahit son sexe, ses devoirs, sa fonction sociale universelle, laquelle est d’assurer le bonheur et l’harmonie de la cellule familiale. C’était encore plus vrai il y a cent ans.

Lou elle-même féministe hérétique, note que c’est là que la femme s’accomplit le mieux, et, aux clameurs des féministes de son temps contre l’oppression masculine, réponds en substance : « Ne vous préoccupez pas de ce que veulent les hommes, faites ce que demande Dieu, qui doit être votre seul maître. Là est la liberté». Mais ses conseils ne semblent pas avoir été massivement écoutés !

Aujourd’hui, on peut dire, me semble-t-il : une femme libre, c’est celle qui a la faculté de choisir sa vie. C’est la meilleure définition qu’on en puisse donner. Les biologiste dirons qu’entre le poids des gênes qui nous constituent celui de l’éducation que nous avons reçue et celui de la case sociale où nous sommes nés, la marge de liberté que reste à l’être humain est étroite. Elle l’est assurément. Mais tout permet de penser qu’elle existe. C’est dans cette marge que l’ont choisit sa vie. Et le cas échéant, d’en changer plusieurs fois : on a le droit de se tromper. De quinze à soixante-cinq ans, âge limite du désir sexuel chez les femmes, selon Lou qui s’y connaissait, on a le temps d’exercer un ou deux métier, de voir du pays, d’aimer et de désaimer quelques hommes, de rire et de pleurer, ou encore, si on en a la vocation, de se consacrer pendant cinquante ans à un compagnon volage adoré qui revient toujours à la maison comme au bout d’un élastique après chaque frasque – et en jour on le tient enfin dans une petite voiture … Si c’est un sort choisi et non subi, non enduré, sous la pression familiale, sociale, celle de l’environnement professionnel ou amical – tout ce qui croit toujours savoir mieux que vous ce qui est bon pour vous -, bref, si l’on ne se laisse pas « agir » par les Autres. On est libre. Ce qui ne vous empêche pas de faire éventuellement des bêtises, mais vous les aurez faites librement !

Lou est, à cet égard, un modèle de détermination sur lequel des gens aussi divers que sa mère, le pasteur Gillot, Paul Rée, Nietzsche et ce mari bizarre qu’elle s’est dégoté pour le châtrer, glissent comme l’eau sur les ailes d’un canard. L’intéressant, dans son cas, c’est qu’elle a été heureuse. Quoi de plus rare qu’une femme heureuse qui le proclame, qui le porte sur sa figure, qui dit aux autres femmes : « Goûtez bien la chance que vous avez de n’être pas des hommes ! Entre une femme, c’est épatant et tellement mieux ! ». Elle ne véhicule jamais ni remords, ni regrets, et là, vraiment, on l’envie ! De ce côté, la composante féminine est muette.

Quand elle quitte Nietzsche parce que la séduction intellectuelle qui l’a retenue captive pendant plusieurs mois n’opère plus, elle est comme une femme qu’un homme a couverte de bijoux et qui part avec, le laissant ruiné. Quand elle congédie Rée, elle sait bien qu’elle le tue. Quand elle abandonne Rilke pour pouvoir, elle le dit crûment, courir les garçons, elle le poignarde.

Par ce qu’il faut le reconnaître : une femme libre, c’est souvent cruel, à l’instar de Lou, tout comme l’était aussi une autre femme libre, George Sand.

La plupart des raisons qui, à travers les siècles, ont conduit le gros des femmes à la patience, à l’indulgence, à la tolérance, à la soumission sournoise à leurs compagnons, ont disparu avec la dépendance matérielle. On oublie parfois qu’elle était naguère totale, y compris chez les femmes fortunées, et quel sort épouvantable attendait celles qui prétendaient sortir des rails ! Aujourdhui, le mariage n’est plus une prison, plutôt un hall de gare : on y entre, on en sort, cela n’empêche pas les sentiments, mais rien n’est moins sentimental qu’une femme en désamour. Si c’est elle qui rompt, gare à la parole glaçante !

Lou rompt souvent, et pas toujours poliment. Mais c’est une femme heureuse, radieuse du jour où elle a été quitte avec sa dérobade devant sa sexualité et où elle s’est mise à la vivre pleinement. Jusqu’à elle, nulle femme n’aura été davantage désirée par un plus grand nombre, hors peut-être certaines actrices, et cela ne lui était certainement pas désagréable, bien qu’elle ait eu le désir d’aimer plus que celui d’être aimée : trait peu féminin.

Tant d’hommes lui valurent parfois aussi quelques inconvénients. Ainsi (j’ai oublié de raconter cette scène) avec Frank Wedekind, le dramaturge, auteur de la célèbre Lulu mise en opéra par Alban Berg… Lou le rencontra à Paris en 1894 dans une soirée donnée par une comtesse hongroise à la fine fleur du monde littéraire et artistique. Elle la fascina, il entrepris de la séduire le soir même – c’était un obsédé du sexe -, l’invita à l’accompagner dans sa chambre d’hôtel, ce qu’elle fit avec son naturel inimitable… Mais quand il voulut passer de la conversation aux actes, malgré toute sa science de séducteur, il tomba comme on dit sur un bec. Finalement, il se sentir ridicule et la laissa partir, furieux contre cette allumeuse. Quelques mois plus tard, il pris sa revanche, subtile, en baptisant Lulu (qui se prononce en allemand Loulou) l’héroïne scandaleuse de sa pièce. Lou se fit ainsi quelques ennemis …

J’ai dit comment on peut, à mon sens, interpréter le blocage dont elle fut l’objet jusqu’à environ trente-cinq ans. Si cette interprétation est jugée fausse, il faut en fournir une autre, mais on ne peut l’escamoter comme s’il s’agissait d’une simple rougeole. En tout cas, cela lui a évité les bétises de jeunesse, et elle a ensuite rattrapé le temps perdu avec un bel appétit, ignorant totalement la culpabilité qui afflige tant de femmes. (Mais peut-être faut-il écrire, qui affligeait?) Lou recommande au contraire les « festins d’amours », ces tranches de vie qui vous rajeunissent d’un coup. Indifférente au regard d’autrui, elle ne vit de laisons ou d’aventures qu’avec des hommes plus jeunes, parfois même beaucoup plus jeunes qu’elle .. . Pas question pour elle de reproduire la situation avec le frère incestueux…

Elle continue d’entretenir avec Dieu une relation originale mais intense où n’entre pas la notion de péché. Ce sont les preuves de son existence qu’elle cherche et trouve parfois dans le bleu du ciel…

La où l’exemple de Lou ne nous apprend rien, ne nous sert à rien, c’est sur la situation de la « femme libre » vis-à-vis des enfants. D’abord, est-ce que ça existe, la liberté, quand on a des enfants ? La réponse est évidente : c’est non. L’enfant, c’est la fin de l’insouciance. Mais là aussi, intervient la notion de choix. L’enfant désiré, c’est du bonheur. On peut décider de lui aliéner sans regret, pendant quelques années, une part de sa liberté en sachant qu’on la retrouvera. De nos jours, la vie est si longue … On peut aussi refuser la maternité et réserver à d’autres aspects de la vie toutes ses facultés de création et d’amour. Des femmes connues ont fait ce choix.

Impossible de dire si ce fut celui de Lou. Rilke écrivit pour elle : « Quand nous aurons de doux et beaux enfants, A chaque garçon je donnerai à porter une couronne, A chaque fille une guirlande … ». Mais elle s’est gardée d’avoir un petit Rilke. Un peu plus tard, l’enfant qu’elle a attendu de Zemek semblait le bienvenu. Mais voilà qu’elle tombe d’un arbre, un pommier. A-t-on idée de monter aux arbres quand on est enceinte ?

« L’événement le plus émouvant de sa vie de femme … » dit Freud. Le peu qu’elle a laissé paraître à ce sujet est ambigu. S’il fallait parier, je dirais qu’elle avait peur d’avoir un enfant, la seule chaîne incassable… On ne se délivre pas d’un enfant comme d’un amant, et c’est tous les jours qu’il vous le rappelle – quelle horreur ! Je crois que Lou s’est défilée, composante féminine en berne, ce jour)là !

En quelques lignes, elle dira plus tard que les trois formes d’accomplissement dans la vie d’une femme sont : la maternité, le mariage et une liaison purement érotique. Les trois m’ont manqué, a-t-elle ajouté, mais j’ai eu la vie, la vie, la vie … Ce n’était pas l’expression d’un regret déchirant, mais, comme on l’a vu, Lou a adopté en vieillisant une petite Mariechen, ce qui n’est pas évidemment sans signification.
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MalauraMalaura   31 août 2011
Rainer Maria Rilke à Lou
Je ne t'ai jamais vue, que je n'aie eu envie de te prier.
Je ne t'ai jamais entendue, que je n'aie eu envie de croire en toi.
Je ne t'ai jamais attendue, que je n'aie eu envie de souffrir pour toi.
Je ne t'ai jamais désirée, que je n'aie eu aussi le droit de m'agenouiller devant toi.
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