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EAN : 9782364684119
448 pages
Editions du sous-sol (25/08/2023)
4.11/5   874 notes
Résumé :
En 1740, le vaisseau de ligne de Sa Majesté le HMS Wager, deux cent cinquante officiers et hommes d'équipage à son bord, est envoyé au sein d'une escouade sous le commandement du commodore Anson en mission secrète pour piller les cargaisons d'un galion de l'Empire espagnol. Après avoir franchi le cap Horn, le Wager fait naufrage. Une poignée de malheureux survit sur une île désolée au large de la Patagonie.
Le chaos et les morts s'empilant, et face à la quasi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (138) Voir plus Ajouter une critique
4,11

sur 874 notes
°°° Rentrée littéraire 2023 # 19 °°°

Autant oeuvre littéraire que roman d'histoire et d'aventures, ce brillant récit de non-fiction s'empare de l'épopée d'un navire de guerre britannique, le Wager, qui s'est échoué en pleine tempête sur des rochers en mai 1741, au large de la Patagonie, juste après le passage du Cap Horn. L'excellent prologue en résume les très grandes lignes : naufrage, survie des 145 rescapés sur une île inhospitalière, leurs affrontements en plusieurs factions, le retour d'une poignée des mois au Royaume-Uni, le procès en cour martiale pour déterminer les responsabilités.

La bibliographie finale impressionne par sa longueur et sa richesse, des années à passer au peigne fin tous les documents de première main archivés : journaux de bord, correspondances, journaux personnels et récits contradictoires des protagonistes, dépositions devant la cour martiale navale, rapports de l'Amirauté, articles de presse, dont les extraits entrecoupent pertinemment le récit.

Passé le prologue, l'auteur choisit de prendre son temps pour présenter méticuleusement l'avant naufrage :
- le contexte : l'affrontement entre le royaume de Grande-Bretagne et celui d'Espagne pour s'emparer du plus grand empire colonial essentiellement dans le Nouveau Monde. La mission du Wager et de son escadre était de capturer d'un galion espagnol transportant un trésor.
- le casting de marins et d'officiers avec un éclairage particulier sur trois personnages : David Cheap, l'officier aristocrate ambitieux devenu par la force des circonstances capitaine du Wager ; John Byron, grand-père du poète, enseigne du Wager âgé de seulement seize ans ; le canonnier John Bulkeley, leader naturel.

Et puis après, grâce à des descriptions précises et saisissantes, le lecteur est progressivement et totalement immergé dans les épreuves physiques surmontés par les rescapés du Wager : les tempêtes qui se déchaînent régulièrement, les ravages du typhus et du scorbut à bord, l'horreur du naufrage puis de la famine une fois échoués sur leur île de fortune. C'est d'un réalisme cru et terrifiant, bien loin du romantisme qui accompagne souvent l'évocation de la vie de marin. L'enfer vécu par les survivants se lit en frémissant devant les horreurs qu'ils ont endurées.

N'importe qui ferait n'importe quoi pour survivre, prêt à renverser les tropes habituels de la morale. Dans ce récit serré et implacable, David Grann ne porte aucun jugement sur les actions qu'il raconte, et excelle à décrire les épreuves qui révèle l'animal humain poussé à l'extrême : violence, anarchie, orgueil, lâcheté, dépravations mais aussi ingéniosité, fraternité et volonté se déploient dans ce microcosme insulaire.

Toute la dernière partie du livre est consacré au procès devant la cour martiale des quelques rescapés qui ont pu rentrer en Grande-Bretagne. L'auteur ne cherche jamais à polir les mystères du naufrage et de la survie sur l'île, humblement conscient qu'on ne connaitra jamais la vérité absolue tant les versions des survivants ont été contradictoires, s'accusant de cannibalisme, de meurtre ou de mutinerie, actes pouvant les conduire à la peine de mort. Il faut se résigner aux points de vue dissonants et antagonistes, ce qui n'empêche le récit du procès de se lire comme un thriller avec des rebondissements incroyables.

Et c'est à ce moment que le récit, déjà captivant, devient absolument passionnant. David Grann interroge sur la fabrique de l'Histoire et propose alors une réflexion intelligente sur le sens des récits qui s'imposent et peuvent manipuler. Ce ne sont pas seulement les marins du Wager qui ont été jugés mais l'idée même, orgueilleuse, d'empire colonial.

« De la même manière que les gens façonnent leurs histoires pour servir aux mieux leurs intérêts, en révisant, en effaçant, en brodant, les nations en font autant. Après tous les récits sombres et troublants relatifs au désastre du Wager, et après tant de morts et de destruction, l'empire avait enfin trouvé son récit de mer mythique. »
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Nul besoin d'inventer pour écrire des histoires plus extraordinaires que les plus formidables des fictions : le journaliste et écrivain américain David Grann, plébiscité et adapté par les plus grands noms du cinéma outre-Atlantique, a l'art d'exhumer de la réalité des aventures à ce point incroyables qu'il lui faut se battre, armé de l'irréprochable rigueur de sa documentation et de la précision sans concession de sa plume, pour que leur narration en paraisse plausible.


Il lui aura donc fallu cinq ans d'un minutieux travail d'enquête, à recouper les documents de l'époque, journaux de bord et rapports maritimes, à explorer ouvrages et précis de marine, de chirurgie ou encore d'horlogerie, sans compter les études universitaires sur Stevenson, Melville et Byron – les premiers s'étant inspiré de cette histoire pour leurs romans, le dernier des récits de son grand-père rescapé du naufrage –, à se rendre sur place aussi, sur l'île Wager – ce bout de terre désolée, battue par les tempêtes du Pacifique Sud au large de la Patagonie, où subsistent encore des traces du navire perdu –, pour insuffler la vie dans un récit époustouflant, aussi vrai que nature.


En 1740, le Wager et ses deux cent cinquante hommes appareillent au sein d'une petite escadre de la Couronne britannique, avec pour mission la capture d'un galion espagnol revenant des Indes chargé d'or. Retardée par les avanies d'un recrutement si difficile qu'il a fallu rafler l'équipage parmi les indigents, les repris de justice et les vétérans malades ou estropiés, l'expédition aborde l‘enfer du Cap Horn à la pire des saisons. Drossé sur les rochers d'un bout de terre surgi des ouragans, le Wager se disloque, laissant miraculeusement la vie sauve à une partie de l'équipage et de ses officiers. Habitués à la vie infernale du « monde de bois », cette prison flottante coupée du monde où sévissent sans merci promiscuité, épidémies – typhoïde, typhus, scorbut – et autorité de fer, les survivants vont pourtant passer, sur leur île déserte, par tous les cercles imaginables de l'enfer. Mutinerie, cannibalisme, meurtre, jalonneront les quelque six mois de la terrible robinsonnade, avant que le groupe, scindé en différentes factions, ne trouve le moyen d'embarquer sur des gréements de fortune pour plus d'un an d'une navigation hagarde vers la civilisation. La poignée de fantômes méconnaissables et à peine humains que le monde stupéfait verra surgir d'un presque au-delà n'en auront pour autant pas fini de se battre pour défendre leur peau. Commencera alors en effet l'heure des comptes, ceux à rendre à la Justice de l'Amirauté au regard de l'impitoyable code maritime britannique. Et l'on ne badine pas, ni avec l'abandon de poste, ni avec la mutinerie…


Loin de la seule restitution journalistique d'une colossale enquête mais sans pour autant s'autoriser la moindre facilité romanesque, la narration s'anime d'une vie qui se nourrit de la puissance d'évocation d'un style net et précis, capable de rendre en quelques mots le grain d'une atmosphère ou d'une situation. Sur un rythme vif et fluide superbement servi par la traduction de Frédérik Hel Guedj, le souffle du récit emporte ainsi le lecteur dans la découverte, passionnante de bout en bout, non pas seulement d'un fait divers hors du commun, mais d'un pan historique édifiant à bien des égards. A travers le microcosme du navire, condensé flottant de l'organisation d'une société et des rapports humains, délégation d'une « civilisation » avide et pressée de piller le monde par tous les moyens – assujettissement barbare de ses propres hommes, piraterie, anéantissement des peuples autochtones comme les malheureux Kaweskars des chenaux de Patagonie également évoqués par Jean Raspail dans Qui se souvient des hommes –, enfin espace clos où, pour leur survie, des hommes se font plus sauvages que des bêtes fauves, c'est un miroir bien peu flatteur que nous tend cette sinistre tragédie. Les autorités de l'époque ne s'y sont d'ailleurs pas trompées, qui ont étouffé l'affaire alors qu'elle faisait sensation, déjà à coup de « fake news » démultipliées par la publication des différentes versions de chaque protagoniste…


Après l'hallucinant The White Darkness, qui nous emmenait dans une mortelle traversée pédestre du contient antarctique, cette nouvelle et tout aussi véridique aventure se lit, elle aussi, le souffle suspendu, fasciné par cette réalité dépassant la plus débridée des imaginations. David Grann est aujourd'hui aux Etats-Unis une star du récit de non-fiction. Gageons que cette réputation ne sera pas démentie de ce côté de l'Atlantique. Coup de coeur.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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Une lecture instructive et captivante
mais ô combien éprouvante !

Car tout au long de cet ouvrage,
j'ai suivi avec beaucoup d'intérêt
le récit très documenté de ce naufrage,
demandant concentration au point de marquer quelques arrêts
mais aussi passionnantes fussent-elles, j'ai lu beaucoup de pages,
plus que je ne les aurai vécues, ce qui est mon grand regret.
Moi qui pensais partir pour un grand voyage,
j'ai pris connaissance de cette histoire sans avoir pu m'y insérer.
Il m'aura surtout manqué l'attachement aux personnages,
ainsi que l'immersion dans ma lecture ; je suis restée à quai.

Mais quel récit mes amis !
Si le style m'a paru administratif,
la matière est dense, riche de recherches documentaires très fournies.
David Grann est vraiment brillant pour restituer des récits non fictifs,
fournissant de nombreux détails très précis
tout en insérant quelques (trop rares) passages immersifs.
Le tout est scindé en cinq parties,
allant du contexte en passant par les préparatifs,
les conditions de navigation, le naufrage, les mutineries,
le jeu mouvant des alliances, la survie sur un récif,
puis le retour de quelques dénutris,
une poignée d'hommes sur leurs esquifs,
s'accrochant à la vie mais à quel prix !
Enfin la cour martiale avec les différentes versions qui laissent pensif.
Vous aurez froid, vous aurez faim et souffrirez de nombreuses maladies,
vous voguerez sur des flots épouvantables mais vous admirerez ces marins combatifs.

Alors emparez-vous de ce livre en prenant soin de vous munir d'un anti-vomitif,
contentez-vous du résumé de la quatrième de couverture et partez à l'aventure
mais sachez qu'il ne s'agit pas d'un « roman d'aventures ».
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Un grand livre.
Il se dévore comme un époustouflant roman d'aventures, tant l'histoire, pourtant parfaitement authentique, est incroyable et riche en rebondissements. Un sacré divertissement ! le journaliste américain David Grann, maître de la « narrative nonfiction », dont je découvre enfin la plume addictive et le sens inouï du récit, a fait une longue et minutieuse enquête allant jusqu'à se rendre sur l'île des naufragés. Il a épluché tous les témoignages écrits, dossiers juridiques et journaux de bord pour être au plus proche de la vérité. Son récit est très cinématographique il n'est pas étonnant que le réalisateur Martin Scorsese en ait acquis les droits. Quelle hallucinante force de narration ! Les descriptions de ce périple maudit sont pointues et réalistes, le naufrage (spectaculaire) n'est qu'une épreuve parmi d'autres toutes aussi surprenantes.
En 1740 le navire britannique HMS Wager quitte Portsmouth avec une escadre de plusieurs navires ayant pour mission de piller le trésor d'un galion espagnol. Faute de marins chevronnés la flotte largue les amarres avec à son bord un grand nombre d'éclopés, de vieillards ou autres repris de justice au grand dam des capitaines. Confinés dans les cales sales et étroites une épidémie de typhus puis de scorbut se propage rapidement.
Approchant du redouté cap Horn le Wager perd de vue les autres navires. La proue au vent il flotte dans des eaux en furie sous une météo cataclysmique.
En pleine tempête, à la pire saison et en naviguant à l'estime, il fera naufrage au large de la Patagonie s'écrasant sur le récif d'une île désolée. Sur ce bout de terre, décharnés par le manque de nourriture et transis de froid les rescapés vive à l'état de nature et finissent par se scinder en « factions belliqueuses ».
Pillages, tromperie, meurtre, rumeurs et contre-rumeurs, mutinerie, entraide…les personnalités ne tardent pas à se révéler dans ce que la nature humaine peut avoir de plus héroïque comme de plus vil. Un groupe de survivants faméliques parviendra à rejoindre le Brésil.
D'autres survivants réapparaissent ensuite et accusent les premiers de traîtrise.
Les témoignages s'opposent, une captivante guerre des récits éclate. À chacun sa vérité, la cour martiale anglaise devra trancher.
Un voyage au coeur des ouragans maritimes entre les 40e rugissants et les 50e hurlants mais aussi un voyage au coeur de l'Homme que je conseille vivement.
Coup de coeur évidemment.
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On a glissé un roman maritime dans ma nouvelle rentrée littéraire.
C'est royal !
De surcroît, c'est une histoire de naufrage, de mutinerie et de meurtre ...
Déjà son titre résonne comme un de ces vieux films de la Warner ou de la Paramount où la tempête ne s'interrompait que pour mieux apercevoir au loin le pavillon noir et menaçant du Jolly Roger.
"Les naufragés du Wager" est un livre écrit par David Grann, et paru en août 2023 aux éditions du Seuil sous la marque des éditions du sous-sol.
C'est un roman historique, qui a coûté à son auteur plusieurs années de recherches dans de vieux rôle d'équipage, d'anciens journaux de bord à moitié fiables et dans les dossiers restants de la "troublante" cour martial qui vint servir d'épilogue à cette aventure.
L'auteur de ce livre, David Grann, s'est aussi longuement immergé dans les récits laissés par ceux qui ont vécu ce drame.
En 1740, une imposante escadre de cinq bâtiments de guerre, commandée par le capitaine George Anson, avait été mobilisée pour aller porter le feu et le fer contre l'ennemi espagnol.
L'escadre anglaise devait traverser l'Atlantique, doubler le Cap Horn, couler, incendier et s'emparer de tous les navires ennemis rencontrés jusqu'aux Philippines.
Un des bâtiment de l'escadre, le "Wager" était commandé par le lieutenant de vaisseau David Cheap qui avait l'ambition d'y prouver sa valeur et de faire plier son destin malheureux de jeune noble désargenté ...
Le roman de David Grann possède toute la vie d'un récit poussé au vent de l'imagination, porté par le souffle de l'aventure.
Mais pourtant il navigue avec toute la précision d'un livre d'Histoire, avec toute la rigueur nécessaire à une bonne tenue dans le genre où il vient s'inscrire.
"Les naufragé du Wager" est un ouvrage captivant, un solide ouvrage de près de 400 pages.
Le "Wager" fût porté disparu lors d'un ouragan non loin du Cap Horn et semblait avoir sombré.
Or voilà que, 283 jours plus tard, des survivants ont réapparu miraculeusement dans une petite crique de la côte méridionale du Brésil.
Que s'est-il passé durant ces 283 jours ?
Six mois plus tard, trois autres survivants réapparaissent sur un esquif et accusent les premiers d'être des mutins.
accusations, contre-accusations !
Une sombre affaire judiciaire va mener jusqu'à une troublante cour martiale ...
Le roman de David Grann est superbe.
Il est charpenté par d'évocatrices expressions de Marine, et agrémenté par de discrètes références littéraires :
Melville, Byron, Cowper et le capitaine Woodes Rogers qui dans son livre "voyage autour du monde" raconta sa stupéfaction de découvrir sur une île déserte un marin écossais du nom d'Alexander Selkirk, abandonné quatre ans plus tôt ... et qui deviendra célèbre sous la plume de Daniel Defoe !
David Grann, ici, dans "les naufragés du Wager" raconte une odyssée tragique et lamentable.
Ses personnages sont peints avec toutes leurs faiblesses mais aussi leur courage désespéré.
Le récit tourne autour du jeune enseigne de vaisseau John Byron et de quelques membres de l'équipage du Wager.
Le "Wager" s'est éventré sur les récifs dans le golfe des Peines, a enfoncé sa coque entre deux roches sur la côte de Patagonie.
Le capitaine David Cheap a perdu le premier bâtiment dont il avait obtenu le commandement et David Grann a tiré de cette histoire un splendide récit maritime.
Un splendide roman maritime et une attachante histoire de bouquiniste* dans la même rentrée littéraire, on voudrait me faire adhérer au principe que l'on ne s'y serait pas pris autrement ...

* "de braves et honnêtes meurtriers" d'Ingo Schulze
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critiques presse (8)
OuestFrance
27 novembre 2023
L’auteur-reporter s’est emparé d’une histoire de naufragés au XVIIIe siècle et livre une nouvelle enquête qui élève haut la littérature de non-fiction.
Lire la critique sur le site : OuestFrance
Marianne_
02 octobre 2023
Alerte, chef d'oeuvre ! "Les Naufragés du Wager" [...] au milieu des mers déchaînées vous promet un voyage sans pareil.
Lire la critique sur le site : Marianne_
LeFigaro
28 septembre 2023
Cette nouvelle enquête rigoureuse est une immense réussite de plus au palmarès déjà bien fourni du journaliste américain.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LeFigaro
25 septembre 2023
On parle ici d’un chef-d’œuvre. L’un des meilleurs livres parus depuis on ne sait plus quand. Mais de quoi s’agit-il au juste? D’un roman? Certainement pas. D’un roman historique? Encore moins.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LaCroix
25 septembre 2023
À travers les aventures extrêmes de l’équipage d’un vaisseau britannique au XVIIIe siècle, David Grann explore les ressorts de l’âme humaine et les récits qui structurent notre histoire.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LaLibreBelgique
20 septembre 2023
Solidement documentée, cette histoire de naufrage, de mutinerie et de meurtres captive de bout en bout.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Culturebox
19 septembre 2023
L'histoire du naufrage et de la mutinerie en 1741 du Wager, un navire britannique, est si incroyable que l'écrivain et journaliste américain David Grann, en la racontant, a dû se battre pour la rendre "plausible".
Lire la critique sur le site : Culturebox
LesInrocks
23 août 2023
Avec “Les Naufragés du Wager”, formidable récit d’aventures au XVIIIe siècle, l’auteur interroge la fabrique de l’Histoire par les récits des plus forts.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
Citations et extraits (83) Voir plus Ajouter une citation
Le Wager et le reste de l'escadre étaient en mer depuis à peine deux semaines, et il ne s'était pas encore acclimaté à son nouvel environnement. Il devait baisser la tête s'il ne voulait pas se cogner au plafond du second faux-pont et partageait ce caveau de chêne avec d'autres jeunes enseignes. Chacun avait droit à un espace d'à peine plus de cinquante centimètres de large pour attacher son hamac, de sorte que leurs coudes et leurs genoux s'entrechoquaient parfois avec ceux de leurs voisins. C'était quand même royal : presque vingt centimètres de place supplémentaire qu'il n'en était alloué aux simples matelots, [...]
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Le soleil fut le seul témoin impartial. Il observait depuis des jours cet étrange objet qui se soulevait et retombait sur l’océan, ballotté sans merci par le vent et les vagues1. À une ou deux reprises, le vaisseau faillit se fracasser sur un récif, ce qui aurait mis un terme à notre récit. Mais par un coup du sort ou du destin, comme on l’affirmerait parfois plus tard, il dériva vers une crique au large de la côte méridionale du Brésil, où des habitants le suivirent du regard.
Long de quinze mètres et large d’un peu plus de trois, c’était un bateau de piètre allure – il donnait l’impression d’avoir été assemblé avec des morceaux de bois et des bouts de tissu réduits au néant. Ses voiles étaient déchiquetées, sa bôme fracassée. De l’eau de mer s’infiltrait dans la cale, d’où s’exhalait une odeur pestilentielle. En s’approchant, les passants entendirent des bruits inquiétants : trente hommes étaient entassés à bord. Ils n’avaient plus que la peau sur les os et ils étaient vêtus de haillons. D’abondantes crinières algueuses leur mangeaient le visage.
Certains étaient si faibles qu’ils ne tenaient plus sur leurs jambes. L’un d’eux ne tarda pas à rendre son dernier soupir. Mais un personnage qui semblait être à leur tête se leva au prix d’un effort incommensurable et annonça qu’ils étaient des naufragés du vaisseau de ligne de Sa Majesté britannique, le HMS Wager.

(Début du prologue)
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Il n’était pas rare que les autorités locales, sachant combien l’enrôlement de force était impopulaire, se débarrassent des indésirables. Mais ces conscrits étaient pitoyables, et les volontaires valaient à peine mieux. Un amiral décrit un groupe de recrues “infestées par la variole, la gale, les écrouelles et toutes sortes de maux, issues des hôpitaux de Londres. Elles ne serviront qu’à contaminer les navires ; pour le reste, la plupart d’entre elles sont des voleurs, des cambrioleurs, des forçats de [la prison de] Newgate et la lie de Londres. Et de conclure : “Durant toutes les guerres précédentes jamais je n’ai vu rameuté un tel ramassis de gaillards plus lamentables les uns que les autres.”
Afin de remédier au moins en partie à cette pénurie d’hommes, le gouvernement envoya à l’escadre d’Anson cent quarante-trois fusiliers de marine, qui formaient alors une branche de l’armée, avec leurs officiers. Les fusiliers de marine étaient censés prendre part aux opérations terrestres d’invasion et prêter main-forte en mer. Pourtant, ces recrues étaient si novices qu’elles n’avaient jamais mis les pieds sur un navire ni ne savaient tirer avec une arme à feu. De l’aveu de l’Amirauté, elles étaient “inutiles”. Acculée, la Navy n’eut d’autre choix que de réquisitionner pour l’escadre d’Anson cinq cents soldats invalides du Royal Hospital, une institution établie au XVIIe siècle à Chelsea pour des vétérans devenus “vieux, éclopés ou infirmes au service de la Couronne”. Nombre d’entre eux avaient la soixantaine bien tassée et ils souffraient de convulsions, étaient perclus de rhumatisme, durs d’oreille, en partie aveugles, ou bien il leur manquait plusieurs membres. En raison de leur âge et de leur extrême faiblesse, ces soldats avaient été jugés inaptes au service actif. Le révérend Walter les décrivait comme “un assemblage d’objets propres à exciter la pitié”.
Sur le trajet vers Portsmouth, près de la moitié des invalides se dérobèrent, en boitillant sur sa jambe de bois pour l’un d’eux. “Tous ceux qui avaient assez de jambes, ou du moins assez de forces pour sortir de Portsmouth, ayant déserté”, notait le révérend Walter. Anson plaida auprès de l’Amirauté pour qu’elle remplace “ce détachement âgé et malade”, selon la formule de son aumônier. Or, il n’y avait plus une seule recrue disponible, et après que le commodore eut renvoyé les plus infirmes, ses supérieurs leur ordonnèrent de remonter à bord.
David Cheap supervisa l’arrivée de ces hommes, dont un bon nombre étaient si faibles qu’il fallait les porter à bord des navires sur des brancards. Leurs mines paniquées trahissaient ce que tout le monde savait, au fond : ils embarquaient pour mourir. “Ils périraient pour rien, selon toute vraisemblance de maladies lancinantes et douloureuses, convenait le révérend Walter, qui plus est, après avoir consacré l’énergie et la force de leur jeunesse au service de leur pays.”
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Après son retour en Angleterre, Morris publia un récit de quarante-huit pages, qui s’ajouta à la bibliothèque sans cesse plus volumineuse de ces chroniques de l’affaire du Wager. Les auteurs se présentaient rarement, leurs compagnons et eux, en agents d’un système impérialiste. Ils étaient la proie de leurs propres luttes quotidiennes et de leurs ambitions, occupés à manœuvrer leur navire, à obtenir des promotions et à gagner de l’argent pour faire vivre leur famille et, en fin de compte, à leur survie. Mais c’est précisément cette complicité irréfléchie qui permet aux empires de prospérer. En fait, c’est exactement ce dont ces structures impériales ont besoin : des milliers et des milliers de gens ordinaires, innocents ou non, qui servent un système, qui se sacrifient même souvent pour lui, sans qu’aucun, ou presque, ne le remette jamais en question.
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Les mers de l’extrême Sud étant les seules eaux à circuler sans obstacle autour du globe, elles accumulent une puissance démesurée, avec des vagues qui se forment sur des distances de plus de vingt mille kilomètres, gagnant en intensité à mesure qu’elles roulent d’un océan à l’autre. Enfin, à leur arrivée devant le cap Horn, elles se retrouvent enserrées dans un étroit couloir entre les terres continentales de la pointe sud du continent américain et la partie la plus septentrionale de la péninsule antarctique. Ce détroit, appelé le passage de Drake, rend le déferlement maritime d’autant plus ravageur. Les courants ne sont pas seulement les plus longs de la Terre, mais aussi les plus féroces, transportant plus de cent millions de mètres cubes d’eau par seconde, soit plus de six cents fois le débit de l’Amazone. Et puis, il y a les vents. Fouettant constamment vers l’est, depuis le Pacifique, où aucune terre ne leur barre la route, ils accélèrent fréquemment jusqu’à atteindre la force d’un ouragan et peuvent dépasser les trois cents kilomètres à l’heure. Les appellations que les marins attribuent à ces latitudes traduisent leur violence : les quarantièmes rugissants, les cinquantièmes hurlants et les soixantièmes déferlants.
Qui plus est, un soudain relèvement des fonds marins de la région, qui remontent de quatre cents mètres de profondeur à moins de cent, se combine aux autres forces brutes pour générer des vagues d’une ampleur effrayante. Ces “hauts rouleaux du cap Horn” peuvent effacer des mâts de trente mètres. Des icebergs mortels détachés de la banquise flottent sur certaines de ces vagues. Et la collision des fronts froids de l’Antarctique et des fronts chauds de l’Équateur produit un cycle sans fin de déluges et de brouillard, de pluies glacées et de neige, de tonnerre et d’éclairs.
Quand une expédition britannique au XVIe siècle découvrit ces eaux, elle fit demi-tour après avoir bataillé avec ce qu’un aumônier du bord décrivit comme “la plus sauvage des mers”. Même les navires qui achevaient leur périple autour du cap Horn le faisaient au prix d’innombrables vies, et tant de ces expéditions ont fini anéanties – naufragées, coulées, disparues – que la plupart des Européens ont complètement abandonné ces routes maritimes. L’Espagne préférait acheminer ses cargaisons vers la côte du Panama, puis les transporter sur plus de quatre-vingts kilomètres au cœur d’une jungle étouffante et infestée de maladies vers des navires qui attendaient sur la côte opposée. Tout était fait pour éviter la voie du cap Horn.
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Notre mot sur "Les Naufragés du Wager" de David Grann ----- https://bit.ly/47bkkEE #coupsdecoeurduDivan #PhilippeDivan #LesNaufragesduWager #DavidGrann #editionsdusoussol #booktok #litteraturetraduite #ebook #livrenumerique Tous nos conseils de lecture ICI : https://www.librairie-ledivan.com/
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