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Denise Nast (Traducteur)
EAN : 9782072916663
464 pages
Gallimard (10/06/2021)
3.67/5   29 notes
Résumé :
Stan Carlisle, employé dans une tournée foraine, médite en assistant au numéro d’un geek, affreux poivrot qui décapite les poulets d’un coup de dents. Jamais il ne descendra aussi bas, jamais ! Jeune et séduisant, Stan nourrit de grandes ambitions et n’a aucun scrupule. Sa rencontre avec Lilith, psy blonde, implacable et glaciale, marque le tournant de sa carrière. L’heure est venue de berner les riches en convoquant leurs chers disparus dans des demeures cossues. M... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Un titre à la « one again ».
C'est la saison du melon, mais ODP31 n'est pas un charlatan et il ne va pas vous faire croire qu'il est capable de lire en version originale un vieux roman noir qui date de 1946 pour mieux percevoir le style unique de l'auteur sans le filtre de la traduction… Pas le genre de la house.
"Le Charlatan", heureux hasard ou fourberie de moi-même qui ne savait pas comment commencer ce billet, c'est justement le vieux titre de la parution made in France de ce roman dans la Collection Série Noire.
En fait, cette nouvelle parution et traduction fait suite à la sortie en début d'année du film très réussi de Guillermo del Toro tiré du roman de William Lindsay Gresham. Comme le film était sorti avec le titre en V.O et que l'éditeur a utilisé l'affiche en couverture, il était difficile de reprendre la traduction de l'époque, qui n'en était d'ailleurs pas une car la traduction littérale serait plutôt « Ruelle du cauchemar ».
Bon, et si on parlait du bouquin ? On est quand même là pour ça. Eh bien, ce roman méritait amplement cette nouvelle édition car c'est un vrai bijou, un classique du genre, peu importe le titre.
Dans les années 40, un jeune homme est repéré par une voyante et son mari, mentaliste sur scène et alcoolique le reste du temps. Messmer du goulot. Il va être embauché au sein d'une troupe itinérante composée de forains et de freaks. Pas de soeurs siamoises ou de femme à barbe mais les prodiges humains ne manquent pas. Ne cherchez pas de Monsieur Loyal dans cette troupe qui fuit les autorités.
Le jeune homme, Stan Carlisle, va apprendre l'art de la manipulation et prendre la suite du mari dans un numéro de télépathie dont il maîtrise le langage codé. Son appât du gain et ses rêves de célébrité vont le conduire à monter différentes escroqueries et à élaborer un business juteux de séances de spiritisme chez des notables aussi riches que naïfs prêts à tout pour papoter avec leurs défunts d'un testament caché, d'un amour perdu, ou d'un numéro de compte en Suisse. Faites tourner les tables et les serviettes. Il est de mèche (folle) avec une psychologue retorse à souhait et il est accompagné d'une jeune épouse délaissée.
Le bonhomme n'est pas sympathique mais j'ai adoré cette histoire qui mêle ambition et manipulation et qui délaisse la magie pour détailler les coulisses de ces numéros aussi fascinants que truqués La psychologie torturée des personnages est aussi complexe que détaillée sans tomber dans la caricature ou dans le manichéisme.
Ce roman est l'oeuvre majeure de William Lindsay Gresham (1909-1962). Ce n'est pas un boniment !
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Nightmare Alley est un mauvais rêve né d'une anecdote entendue lors de la guerre d'Espagne.
Dans les archives de la Brigade Lincoln, on apprend que William Lindsay Gresham arriva en Espagne en novembre 1937. Incorporé comme artilleur puis attaché au 129th BDE, il quitta le pays en 1938. C'est en attendant son évacuation que Gresham apprit d'un infirmier nommé Joseph Daniel Halliday, ancien employé dans les fêtes foraines itinérantes, la triste histoire d'un ivrogne qui gagnait sa pitance en décapitant des serpents et des poules avec des dents.

C'est ainsi que naquit l'inclassable et mystérieux Nightmare Alley, jadis édité chez Série noire sous le titre le Charlatan (voir le billet de Koalas).
Inutile de dévoiler l'intrigue, contentons nous de dire qu'il s'agit de l'histoire d'un jeune homme qui avant-guerre s'enfuit de chez lui en grimpant dans le premier wagon, vivota dans les foires au milieu des freaks et des bonimenteurs à la petite semaine, joua les spirites pour pigeonner les riches, mais ne vit pas dans les cartes qu'il aurait dû éviter de croiser le chemin d'une psychiatre machiavélique au nom annonciateur (Lilith).

Cartes divinatoires, psychanalyse et misère sont les maitres-mots de ce roman, dans lequel William Lindsay Gresham fait correspondre à chaque chapitre un arcane majeur du tarot, du Fou au Pendu. Soyons attentif aux cartes, l'auteur, comme Alejandro Jodorowsky et William Bayer, était féru d'art divinatoire. Gresham, Freak des lettres américaines, mort seul et dans la misère, nous tend le miroir inversé du rêve américain. Il y a du Jim Thompson, dans Nightmare Alley, celui d'A deux pas du ciel et de Vaurien, avec cette jeunesse qui taille la route pour ne pas mourir d'ennui ou de faim, et une bonne dose de mystère, assez pour que le lecteur se perde dans les mensonges, prédictions, visions, et autres manipulations.
Mais que me disent les cartes? Qu'en plus de l'adaptation du roman avec Tyrone Power en 1947, je vois, je vois, que Guillermo del Toro vient d'en réaliser une dans la grande tradition du Film Noir, prochainement sur les écrans. Merci Koalas pour la trouvaille. Cette réédition est préfacée par Nick Tosches.
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Dans un premier temps, je me suis demandé si je n'allais pas abandonner la lecture. Les deux cents premières pages ont été laborieuses. Au vu des commentaires majoritairement dithyrambiques des babelliotes, j'ai dû m'accrocher pour continuer et enfin y découvrir la quintessence de ce roman noir américain. « Nightmare Alley est addictif et effrayant. J'ai lu quelques informations sur l'auteur, sa vie a été douloureuse et tourmentée. Encore un écrivain qui se suicide ! L'écriture dévore, insatiable.
Stan Carlisle est le double fictif de William Lindsay Gresham. Nous le rencontrons dans une tournée foraine dans la première moitié du vingtième siècle. Il est employé au Dix-en-un comme Zeena, Pete, Molly et les autres. Stan se morfond. La sexualité le tiraille et cela depuis l'enfance. Sa mère s'est carapatée avec son prof de musique ; son père, il le méprise. Stan se libère du carcan familial et part sur les routes américaines, saltimbanque. C'est Zeena qui le déniaise. Il en profite pour zigouiller son concurrent. Un accident avec une bouteille d'alcool méthylique ? Grâce à la découverte d'un jeu de tarot divinatoire, Stan abandonne la galerie des monstres avec la douce et innocente Molly afin d'abuser de plus gros pigeons. Sur son chemin, il rencontre plus fourbe que lui, Lilith, une psy manipulatrice. Ils ont oublié ce qu'ils aimaient. Ont-ils aimé vraiment ?
C'est Jean Grenier, philosophe et écrivain français qui a dit : « Ecrire, c'est mettre en ordre ses obsessions ». J'ai le sentiment que William Lindsay Gresham a essayé d'expulser tous ses démons sans y parvenir. Triste fin. Mais roman virtuose. Imaginer un tel scénario est exaltant comme une sensation physique. La narration avec des verbes d'action nourrie l'intrigue et les émotions contribuent à l'essor du style.
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Qu'il est jubilatoire de se dire en refermant ce livre que l'univers singulier des sideshows, tels qu'ils existaient au début du siècle dernier, n'a pas fini de faire couler de l'encre - la plus noire qui soit ici.

Un petit conseil avant toute chose : si vous n'appréciez guère les romans de Jim Thompson, David Goodis ou Harry Crews, mieux vaut passer votre chemin ! Car cette réédition de Nightmare Alley (parue initialement sous le titre navrant du Charlatan) nous offre un monument de lecture vintage et hard-boiled, marqué implacablement du sceau du destin.

Il est question ici de suivre l'ascension fulgurante du jeune forain Stan le Magnifique, la nouvelle recrue prometteuse de la Galerie des Monstres d'Ackerman et Zorbaugh appelée quelques années plus tard à devenir le Révérend Carlisle, le pasteur spiritualiste que toute la bonne société américaine de l'époque s'arrache. Sauf que le bonhomme est un escroc sans scrupules, un mystificateur, un manipulateur qui aime l'argent et le pouvoir par dessus tout, et qui a oublié le principal en cours de route : qu'il est impossible de savoir à titre personnel ce que le futur nous réserve quand on ne dispose pas d'un réel don de voyance !

Avec cette 1ère oeuvre traduite en France, Gresham et Stan - son double littéraire - marquent à jamais l'histoire du roman noir de leurs langues acérées, et de leurs démons et autres geeks intérieurs qu'ils tentent de noyer dans l'alcool.
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Plongeons dans les années 30 dans le milieu forain, la confrontation entre décantes et bourgeoisie, spiritisme & farce & attrapes.
Un roman dense qui laisse perplexe dans un premier temps avec cet enchaînement de paragraphes, presque non reliés les uns aux autres. Les protagonistes se mettent en place, le chapiteau est levé, l'intrigue est lancée. L'histoire avance entre coups bas, retournements de situation et pluie d'argent. La description des sentiments, la juxtaposition des pièges sont brillamment retranscrites. Cette dualité opposée entre pauvres & riches, entre filous & naïfs, tout est bien rendu. Mais le charme n'opère pas tout le temps. le récit est trop long, et malgré quelques jolis rebondissements, la surprise n'est pas au rendez-vous. le roman (re)paraît grâce à Guillermo del Toro (dont le film est sorti en janvier 2022), mais entre temps, de nombreux récits ont épuisé ce filon. Spiritisme, conquête du milieu bourgeois, appât de l'argent, trucs & astuces dans un cirque… tout est déjà vu. le roman offre de belles séquences, mais à la fin, on s'épuise à continuer la lecture d'un drame qui ne retient malheureusement plus trop l'attention.
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critiques presse (1)
LeMonde
10 juin 2021
Ce grand roman d’un écrivain américain déchu conte le parcours d’un fugueur dans les années 1930, entre cirque, music-hall et spiritisme. Impitoyable.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (5) Ajouter une citation
Ce livre, publié pour la première fois en 1946, est né en hiver, entre la fin de 1938 et le début de 1939, dans un village près de Valence où William Lindsay Gresham, l'un des volontaires des brigades internationales venus défendre la République dans la cause perdue de la guerre civile espagnole, attendait son rapatriement. En attendant, il but des verres avec un homme, Joseph Daniel Halliday, qui lui parla d'une chose à la fois repoussante et terrifiante: une attraction de foire portant le nom de geek, un ivrogne tombé si bas qu'il arrachait des têtes de poulet et de serpent rien que pour pouvoir se procurer sa dose d'alcool.

Préface de Nick Tosches.
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Le mot geek (dérivé de "geck", mot désignant un idiot, simple d'esprit ou dupe, en usage au moins dès le XVIè siècle et jusqu'au XIXè) était généralement ignoré dans son acceptation carnavalesque d'homme primitif qui décolle avec ses dents des têtes de poulet ou de serpents vivants, jusqu'à ce que Gresham l'introduise au grand public dans Nightmare Alley. En novembre 1947, le fameux trio de Nat "King" Cole a enregistré un disque intitulé The Geek.


Préface de Nick Tosches.
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- Quand vous vous allongez sur ce divan, vous passez toujours la main sur vos cheveux avant de vous y étendre. Pourquoi faites-vous cela ?
- C'est un geste de préparation.
- Expliquez-vous.
- Tout artiste de music-hall a un tic, un geste qu'il fait, dans les coulisses, au moment d'entrer en scène.
- Qu'est-ce qui vous y pousse ?
- Je l'ai toujours fait. Quand j'étais gosse, j'avais une mèche rebelle et ma mère me disait continuellement de l'aplatir.
-Est-ce là l'unique raison ?
- Quelle importance cela a-t-il ?
(P.277)
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Les gens sortaient de la tente où s'était produit le geek, mornes, distraits et silencieux, à l'exception du pochard. Stan les contempla, un étrange sourire, doux et distant, sur le visage ; le sourire d'un prisonnier qui vient de trouver une lime dans une miche de pain.
(P.26)
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- Je suis un arriviste, nom de Dieu. Comprenez-vous cela, espèce de garce à la face glacée ? Je tiens à gagner de l'argent par n'importe quel moyen. Dans ce foutu asile d'aliénés qu'est le monde, il n'y a que le fric qui compte. Quand vous en avez, vous êtes le maître.
(P. 281)
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Vidéo de William Lindsay Gresham
Nightmare Alley | Bande-annonce [Officielle] VOST HD | 2022
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