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Mélanie Fazi (Traducteur)
EAN : 9782915549362
354 pages
Éditeur : Bragelonne (08/08/2005)

Note moyenne : 3.78/5 (sur 114 notes)
Résumé :
Coventry, durant la Seconde Guerre mondiale.
Une famille de sept sœurs aux vies fondées sur l'amour, la tradition, l'angoisse et l'espoir, dominées par la sagesse et l'autorité d'une matriarche aussi indomptable que truculente.

Des vies simples et émouvantes auxquelles se mêlent presque imperceptiblement l'étrange et le merveilleux, l'ordinaire et l'extraordinaire.

Cassie, la plus jeune des sœurs, a eu un petit garçon de père i... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (39) Voir plus Ajouter une critique
LePamplemousse
  29 août 2015
Une jeune femme attend devant une banque qu'une inconnue vienne récupérer l'enfant dont elle ne peut pas s'occuper.
Cette dernière étant en retard, la jeune femme y voit un signe et décide de garder ce petit garçon.
C'est sa mère et ses six soeurs qui l'élèveront à tour de rôle car Cassie, la jeune mère part « en roue libre » assez souvent, disparaît plusieurs jours, fait on ne sait quoi, on ne sait où, avec on ne sait qui…
J'ai beaucoup aimé cette histoire de femmes, de mères, de soeurs et de fantômes.
Car certaines femmes de cette étrange famille voient des choses qui n'existent pas, reçoivent des visites impossibles, sans que cela semble les perturber.
L'histoire a lieu à Coventry, en Angleterre, dans les années 50 et l'ambiance d'après-guerre est bien décrite, la ville est encore en partie en ruines, mais l'envie de vivre est forte et les mentalités sont en train d'évoluer.
Je suis assez étonnée que ce roman soit édité dans une collection estampillée « science-fiction » car même si des personnes n'apparaissent qu'aux yeux de certains, l'ambiance semble par ailleurs tout à fait normale.
Il y a des disputes, des rivalités, des jalousies, des repas interminables, des éclats de rire, des rencontres amoureuses, des naissances, des décès et tous les protagonistes sont liés non pas seulement par leurs liens familiaux, mais surtout par une même volonté de faire le bien autour d'eux, de rendre ce monde un peu meilleur, chacun à leur façon.
Un roman qui se lit tranquillement, sans tension, car il n'y a pas de suspense en tant que tel, mais il distrait, repose, intrigue et apaise.
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JustAWord
  18 novembre 2019
Le 9 septembre 2014, l'écrivain anglais Graham Joyce, auteur de quatorze romans et de plusieurs dizaines de nouvelles, décède des suites d'un lymphome. Pour le milieu de l'imaginaire, et bien au-delà, la perte est immense.
Multi-primé (il a remporté cinq fois le British Fantasy Award !) et largement reconnue comme le digne successeur d'Arthur Machen ou Algernon Blackwood, Graham Joyce a surtout marqué le public français pour son roman Lignes de Vie, initialement publié aux éditions Bragelonne et repris l'année dernière dans la nouvelle maison de Stéphane Marsan.
Sublimement traduit par une Mélanie Fazi au sommet de son art (et qui lui a valu le Grand Prix de l'Imaginaire de la meilleure traduction), Lignes de Vie illustre à merveille le registre si particulier, à la fois désuet et sensiblement magique, qui baigne l'oeuvre de Graham Joyce.
Après l'orage
La Seconde Guerre Mondiale s'est terminée et avec elle les terribles bombardements aériens qui ont ravagé les villes anglaises. Désormais libéré des avions de la Luftwaffe, le ciel britannique rayonne sur une contrée dévastée qui commence à peine à panser ses blessures.
L'une de ces villes, c'est Coventry, où réside la famille Vine, survivante du terrible bombardement du 14 Novembre 1940 durant laquelle le centre historique s'écroule sous les bombes incendiaires larguées par les bombardiers allemands.
Cassie, l'une des filles de la famille Vine, attend sur les marches de la National Provincial Bank. Dans ses bras, un enfant, son enfant, qu'elle doit donner à une autre femme en mesure de lui donner une vie convenable.
Pourtant, au dernier moment, Cassie décide de garder celui qu'elle nommera Frank. Pour l'éduquer et le protéger, elle demande l'aide de ses six soeurs et de sa mère, la vénérable Martha. Bien que la mission semble impossible, chacune des soeurs accepte d'épauler la jeune mère et son enfant à tour de rôle. Car on est comme ça dans la famille Vine, on se serre les coudes et on traverse les pires épreuves.
Si Cassie a besoin d'aide, c'est parce que Cassie a ses moments, ses coups de folie où elle fait des choses improbables et où elle discute avec des gens qui n'existent pas. Dans la famille Vine rôde un drôle de spectre, celui de l'au-delà et de ses morts. Martha reçoit la visite régulièrement d'étranges personnages tandis que Cassie converse avec son père mort depuis quelques années déjà. Qu'en sera-t-il de Frank, dernier né de cette drôle de famille ? A-t-il hérité du don lui aussi ou devra-t-il simplement traversé les changements de l'Après-Guerre avec ses oncles et ses tantes ?
Maison des mères
Lignes de Vie, comme son nom l'indique, c'est la trajectoire existentielle de plusieurs personnes après le désastre. Graham Joyce porte son regard sur une famille exclusivement féminine, prenant le contre-pied de cette guerre exclusivement masculine, comme si le futur appartenait aux femmes, à celles qui ont remplacé les hommes partis aux front et qui ont tout autant contribué à la victoire que les soldats eux-mêmes.
Dans la famille Vine, on trouve de personnalités bien trempées : Aida la rentre-dedans et son mari embaumeur, Olive la mêle-tout et son ancien soldat d'époux, Una la fille de la terre et son fermier, les pieuses jumelles Evelyne et Ina, la révolutionnaire Beatie et son libre-penseur de compagnon et enfin Cassie, la petite Cassie qui se perd parfois dans le monde.
Pour présider à cette petite cour, il y a Martha, un roc de femme à l'intelligence acérée et à la bienveillance astucieuse. Martha, avec Cassie et Frank, forme le triumvirat primordial de cette histoire familiale. Graham Joyce, à travers cette vieille femme que les Morts visitent, raconte l'ancienne génération, une génération de gens simples et bons, des gens qui ont donné tout leur amour à leur famille et ont dévolu chacun de leurs actes au bien-être de leur enfant…même quand tout semble aller de travers, même dans les bombes, même dans le rationnement, même dans les déchirements.
Lignes de Vie raconte avec une aisance extraordinaire le parcours de ces femmes-là, arrivant à ce prodigieux tour de force qu'est celui d'incarner chacune avec une authenticité poignante sans jamais juger ni l'une ni l'autre.
Portraits de vie et lignes d'avenir, voilà le mélange de base de ce roman aux doux relents fantastiques qui attisent la curiosité de son lecteur par petites touches discrètes d'éléments fantastiques.
Un fantôme, c'est ce que je suis
Au milieu de cette ode féministe bienveillante et émouvante, Graham Joyce glisse des éléments fantastiques. En effet, une malédiction ou un don, on ne sait pas trop, coule dans les veines des Vine. Ils sont capables de voir ou de converser avec des personnes disparues. Rien de spectaculaire et surtout, rien d'ardemment désiré car, comme chacun sait, ce don là est à double tranchant, seuls ceux qui le parodie en font étalage.
Lignes de Vie distille ainsi de pages en pages de petits événements discrets : la visite d'un soldat qui ne devrait pas être là, les paroles de Cassie pour un père qui n'est plus de chair, les jeux de Frank avec l'homme-derrière-la-vitre lui demandant des choses incongrues. Ce qui ravit dans cette façon douce d'introduire le fantastique au coeur d'un récit familial et historique, c'est cette sensibilité et cette poésie que mêle l'auteur britannique, refusant les longues expositions magiques ou surnaturelles, ne laissant jamais l'inexpliqué prendre le pas sur la vie de ses héroïnes. le propos du roman n'est pas d'arriver à vivre une aventure étrange ou effrayante mais d'immiscer une couche supplémentaire entre le réel et le lecteur, puisque tout ne peut s'expliquer et que le monde est rempli de mystères, surtout pour ceux qui voient plus loin que les autres.
« Qu'est-ce qu'un fantôme ? » s'interrogeait Guillermo del Toro dans son chef d'oeuvre L'échine du Diable ? Lignes de Vie procède un peu de la même manière, il glisse un élément surnaturel (la communication avec l'au-delà) pour mettre en valeur le rôle de ceux qui ont survécu et qui reconstruisent, ceux qui restent, porteurs de mémoires et passeurs d'espoir.
Coventry demeure
Mais si le véritable héros de cette histoire n'était ni la famille Vine ni l'élément surnaturel ?
Si le véritable héros de Lignes de Vie n'était autre que Coventry comme Northampton était le héros de la Voix du Feu d'Alan Moore.
Graham Joyce connaît bien Coventry puisqu'il est né à côté dans un petit village minier. Plus qu'un hommage à l'histoire de la ville, Lignes de Vie met en valeur les habitants de Coventry pour illustrer leur courage et démontrer un fait universel : la ville n'est que le fruit de ceux qui l'habitent.
À travers la bouleversante nuit du bombardement et les actes de bravoure insensés de Cassie, Graham Joyce émeut.
Ville martyre où l'Histoire a brûlé, Coventry a pourtant ressuscité, incarnant une nouvelle fois les valeurs de ceux qui l'habitent, s'adaptant à l'époque et aux nouvelles tendances.
Du communisme à l'évangélisme, des rêves d'un centre ville entièrement piéton aux pots-de-vins qui rongent les meilleures intentions, Coventry vit et Graham Joyce nous offre ainsi le portrait de tout une époque, celle de l'Après-Guerre, où l'on voulait construire un monde meilleur sans voir que les vieux démons rodaient toujours non loin.
Lignes de Vie incarne cette immortalité des êtres avec une force égale à celle de ses personnages, avant-garde d'un féminisme salutaire et reflet des révolutions à venir. Si l'histoire n'a rien de spectaculaire, elle passionne pourtant de bout en bout, reconstruisant pas à pas les souvenirs de la pierre brûlée et des coeurs brisés.
Au bout, il reste Frank, petit garçon de la Guerre qui incarne l'avenir, le demain selon Joyce et cette formidable possibilité : faire le choix du bien ou du mal, choisir la bienveillance et l'amour des autres. C'est aussi à cela que servent les fantômes comme l'Histoire, à choisir de prendre le bon chemin.
Lignes de vie entraîne son lecteur dans Coventry, ville en ruines qui se reconstruit en même temps que ses habitants. Graham Joyce offre des bouts d'existence où la femme devient l'élément central et où la sensibilité, la poésie et parfois la cruauté se mêlent pour croquer le destin. C'est beau, émouvant, intelligent et, pour tout dire, parfaitement indispensable.
Lien : https://justaword.fr/lignes-..
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Ikebukuro
  15 mars 2015
En lisant le résumé de ce livre j'ai tout de suite était intriguée par le sujet. Je n'ai pas voulu trop en savoir en allant à la pêche aux infos sur le web, je souhaitais vraiment être surprise par l'histoire d'autant que je n'avais jamais entendu parler de ce roman auparavant. J'ai tout de suite était accrochée par le récit, un mélange de chronique familiale avec de petites touches de fantastique qui prennent forme à travers le don de Franck, ce jeune garçon élevé par toute la famille Vine. Je ne parlerai pas trop de l'histoire pour laisser la magie opérer sur les futurs lecteurs et pour ne pas dévoiler tout ce qui fait le charme du roman.
J'ai beaucoup aimé ce livre, particulièrement la façon dont l'auteur a su tisser toutes ces "lignes de vie" entre les personnages et leurs interactions entre magie et réalité. C'est délicat, drôle et plein de tendresse et on ne peut que s'attacher à toutes ces soeurs au fur et à mesure que l'on avance dans l'histoire. Cassie est fragile mais déterminée, les jumelles un peu barrées, les hommes un peu dépassés par toutes ces femmes… mais toutes et tous ont le coeur sur la main. Les personnages sont tous attachants à leur manière, et c'est ce qui fait la force du roman, c'est un livre qui vous donne le sourire, qui vous fait passer du rire aux larmes en un rien de temps. Les défauts des uns deviennent des qualités, les qualités des autres finissent par nous agacer et les personnalités de dévoilent dans cette Angleterre en pleine convalescence. Si la relation entre Franck et Cassie sa mère m'a particulièrement plu, je dois dire que j'ai aimé toute cette famille qui gravite autour de Martha la matriarche. On se laisse tranquillement bercer par la délicatesse qui se dégage de l'ensemble, pas de gros rebondissements à attendre mais une douceur tranquille qui embarque le lecteur au fil des pages. L'aspect fantastique est présent mais n'est pas vraiment le propos du roman, on le retrouve à travers de petits détails grâce à Franck et à son talent particulier, comme de petites coïncidences qui apparaissent de temps en temps pour interpeller le lecteur. C'est un récit plein de bonté et de tendresse qui diffuse son charme au fil des pages.
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BlackWolf
  23 juillet 2015
En Résumé : J'ai passé un très bon moment de lecture avec ce livre qui nous offre une histoire à la fois chronique familial, historique et le tout teinté de fantastique qui, malgré un début un peu poussif, va se révéler terriblement efficace, touchante, emprunte de magie et de réflexion. La famille Vine, composée de six soeurs et leur mère, offre un panel de personnage hétéroclite, charismatique et dont on s'attache très rapidement et dont on savoure avec rand plaisir chaque tranche de vie qu'on découvre au fil des pages. La ville de Conventry et l'époque d'après guerre offre une image de fond vraiment fascinante à découvrir, entre nostalgie, évolution et modernité, on découvre un pays et surtout une ville qui cherche à avancer. L'aspect fantastique devrait en surprendre plus d'un, se révélant très léger et surtout au bon soin du lecteur de décider s'il est imaginaire ou réel ce qui je trouve apporte un plus, même si cela pourrait bloquer certains lecteurs. La plume de l'auteur m'a d'abord surpris, offrant un style parlé, mais au fil des pages m'a conquis se révélant entrainant et limite conte magique au coin du feu.

Retrouvez ma chronique complète sur mon blog.
Lien : http://www.blog-o-livre.com/..
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Gaiange
  13 décembre 2018
Un roman qui sort du classique littéraire.
Séduite et intriguée par le résumé de ce roman, je me suis laissée tenter en lisant juste cette phrase "Elle était persuadée que le monde ne laisserait pas grandir un si beau petit garçon ; que des forces obscures se rassembleraient, désireuses de le voir périr; que le monde ne permettrait jamais aux gens purs et beaux de semer une graine de lumière dans un endroit si sombre."
Entre la vie de l'après Seconde Guerre mondiale et flash back, nous suivons la vie à Coventry de la famille Vine. Martha la matriarche au charisme détonant et mère poule de ses 7 filles. Cassie est la plus jeune et tombe enceinte pour la seconde fois, mais cette fois elle ne se résout pas à donner à l'adoption ce petit garçon qu'elle décide de prénommer Franck comme son père soldat américain.
Martha, Cassie et Franck, ont tout trois un don particulier, la prémonition pour sa grand mère, la vision de l'au delà pour sa mère. Mais Franck est plus sensible que sa mère et grand-mère, il est doté d'intuitions étonnantes, il réunit les deux dons.
Au travers de ce récit pleins d'émotions, va se dessiner les lignes de vie de chacun des membres de la famille, en passant par l'amour, l'avant et après guerre pour certains et une pointe de fantastique avec les dons des autres.
Même si ce roman reste une fiction par le côté fantastique, on y retrouve sans aucune difficulté le réalisme de la vie, du quotidien familial dans cette période d'après guerre. le retour à la vie normale après le chaos, où chacun doit apprendre à trouver sa nouvelle place et où certaines veulent garder le pouvoir qu'elles ont obtenu quand on avait besoin d'elles, lorsque les hommes étaient au front. Des hommes détruits par la guerre, des femme en pleine révolution de leur droit.
J'ai été charmé par la plume et la douceur de Joyce Graham. Un roman qui nous ramène dans les récits de nos grands parents, un brin de nostalgie se crée au fil des pages.
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critiques presse (2)
Elbakin.net   18 octobre 2018
Joyce signe là un grand roman, tous genres confondus, dont la discrète dimension magique n’occulte en rien la profonde complexité de la nature humaine, qui, au travers de ces multiples tableaux, s’illustre avec sincérité et chaleur. Une très belle découverte.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Lecturejeune   01 mars 2006
Lecture jeune, n°117 - A Coventry, ville bombardée en 1940, nous suivons l’existence apparemment ordinaire d’une famille sur laquelle les malheurs semblent glisser. Martha, la mère, en est le pivot. C’est vers elle que ses sept filles reviennent lorsqu’il s’agit de trouver des solutions. Ainsi quand Cassie, la cadette, annonce qu’elle vient d’avoir un deuxième enfant qu’elle ne peut cette fois se résoudre à donner, Martha tranche : les soeurs s’organiseront pour élever à tour de rôle ce bébé illégitime, Cassie étant trop inconséquente et fantasque. Le petit Franck va donc d’une maison à l’autre. La joyeuse ferme de tante Una, l’habitat collectif de tante Beatie, le domicile des vieilles jumelles et la maison de tante Aida et de son mari thanatopracteur forment des foyers aussi disparates que chaleureux. L’auteur donne une réelle consistance à chacun de ses héros. Franck devient le témoin privilégié de tranches de vie, de parcours individuels et singuliers dans une Angleterre saignée par la guerre. Et le lecteur s’interroge sur le mystère de la naissance de ce petit être doté, comme sa mère et sa grand-mère, de dons extralucides. Les magiciens infaillibles, les adolescents aux supers pouvoirs qui peuplent habituellement les titres de Bargelonne cèdent la place à des personnages subtils évoluant dans un univers intimiste et sobre. Une belle réussite. Sandrine Brugot-Maillard Lignes de vie a obtenu le World Fantasy Award en 2003. ndlr
Lire la critique sur le site : Lecturejeune
Citations et extraits (36) Voir plus Ajouter une citation
Acr0Acr0   30 janvier 2017
A cause de ce qui s’était passé avec Frank, et plus encore de ce qu’elle-même avait vécu quatre ans plus tôt, la nuit du bombardement où la Luftwaffe avait détruit Coventry, Cassie en était venue à associer sexe et magie. Le simple fait qu’il puisse produire des bébés dénotait à ses yeux une magie incroyablement puissante. Alors que tous les autres levaient les bras en l’air devant ce qu’ils considéraient comme une grossesse non désirée, Cassie y voyait seulement confirmation de pouvoirs spectaculaires, un rayon lumineux dans un univers obscur.
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Jnc75Jnc75   28 février 2015
Frank du paraitre surpris car Gordon posa son scalpel, s'avança vers lui et pencha son visage vers le sien avec une proximité génante.(...)
- Tu vois, bonhomme, même si tu n'es encore qu'un loupiot, je vais t'expliquer pourquoi je fais ces choses-là. Je suis une 'tite fée, oui, oui, hi, hi, une 'tite fée envoyée ici pour agiter une baguette magique au dessus de ces vieux emballages, pour les arranger un peu. Pourquoi? Parce que les adultes, les grandes personnes, ne supportent pas de voir la vérité; ils ne la supportent pas. C'est la décomposition. On essaie de faire croire que la mort n'est pas vraiment passée par là. Alors moi, je sors ma 'tite baguette et je l'agite par-dessus ce vieil emballage de viande. Et on me paie pour ça, c'est mon métier: mais je le fais parce que j'aime les gens, Frankie, tous autant qu'ils sont. Je le fais par amour pour les vivants. Parce que je ne veux pas qu'ils souffrent en voyant les gens qu'ils aimaient. Alors je sorts ma baguette et je fais mon travail tu vois,
Frank hocha la tête, Gordon l'imita puis se redressa pour retourner au cadavre, Fée des Morts agitant sa miraculeuse baguette. Il plongea une petite éponge dans un plat de fer-blanc contenant une solution et se mit à nettoyer vigoureusement le corps.
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mimo26mimo26   07 novembre 2019
12 h 10. Toujours personne. Cassie reporte son poids d’un pied sur l’autre, fixant droit dans les yeux toutes les femmes qui approchent, les figeant dans le réticule de son regard, mais aucune ne vient chercher le bout de chou emmailloté. L’enfant qu’elle n’a pas encore nommé. Non, Cassie, ne lui donne pas de nom, ça ne fera que te compliquer les choses le moment venu. Un nom le rendra plus réel à tes yeux. Comme si ce paquet qui pleure, gazouille et vomit, dans toute l’infinie douceur de sa chair, ne l’était pas déjà, comme s’il ne faisait pas partie intégrante de son corps, au même titre que son foie ou ses tripes, comme si elle pouvait renoncer à lui sans entendre la peau se déchirer, les os se briser.
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mimo26mimo26   07 novembre 2019
Et si elle n’arrive toujours pas, se dit Cassie, et si elle ne vient pas. Si elle ne vient pas, alors qu’est-ce qu’on fait ? Qu’est-ce qu’on fait ?

Cassie Vine, vingt-deux ans à peine, sans une larme, serre le bébé sans nom sous son manteau et plisse les yeux pour les protéger du vent. Il est midi, trois jours après la Victoire en Europe, et elle attend sous le portique de la National Provincial Bank, sur les marches de pierre blanche, qu’on vienne chercher son enfant. Devant elle gémit la ville de Coventry, brisée par le bombardement. En face, la carcasse du magasin Owen & Owen ; sur sa droite, la cathédrale médiévale incendiée, dont la flèche et les voûtes gothiques brisées évoquent le cou et les côtes d’une gigantesque créature exhumée lors de fouilles ; entre les deux, les terrains rasés et les grands magasins en ruines qui attendent d’être abattus. Cassie étreint son bébé.

Elle a déjà vécu tout ça. Il y a quatre ans, sur ces mêmes marches, sous le même toit néoclassique, mais avant qu’on ne déblaie décombres et voies de tramway tordues, lorsque les canalisations percées gargouillaient et sifflaient sous les tas de briques effondrées. Avant qu’on ouvre le long de Broadgate cette rangée de magasins temporaires et incongrus. La première fois, une fille. Cette fois-ci, un garçon. Et si elle ne vient pas, se dit Cassie, alors qu’est-ce qu’on fait ?

Alors je le garderai, merde, voilà tout. Ils diront ce qu’ils voudront. Qu’ils aillent se faire foutre. Elle entrouvre son manteau, écarte la couverture du visage du bébé endormi et sent son cœur se serrer. Parce qu’elle sait que les choses devraient se passer autrement. Parce que la première fois, son cœur de jeune fille lui a fait l’effet d’une cathédrale bombardée, cendres fumantes, autel bancal, vitraux brisés, Père, pardonne-leur. Midi cinq et toujours rien.

Je lui donne jusqu’au quart, songe Cassie. Pas plus. Jusqu’au quart.
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rkhettaouirkhettaoui   18 juillet 2014
Ils étaient en partie prisonniers de leur propre idéologie. Le mariage, avaient-ils déclaré à plusieurs occasions, était une institution démodée, maintenue par une Église oppressive et un appareil d'État dédié à l'assujettissement de l'individu aux intérêts du féodalisme, en premier lieu, puis du capitalisme. La fidélité à un partenaire était un choix existentialiste, pas un précepte social ou moral. La présence d'enfants, impliquant la mise en place de solides liens affectifs d'une valeur utilitaire, ne faisait que compliquer cette évidence.
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