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EAN : 9782253074175
192 pages
Le Livre de Poche (03/03/2021)
3.81/5   218 notes
Résumé :
« Je n’ai pas été un enfant malheureux, ni privé, ni battu, ni abusé. Mais très jeune, j’ai compris que quelque chose n’allait pas, très tôt j’ai voulu partir, et d’ailleurs très tôt je suis parti.
Mon père, mon beau-père sont morts, ma mère est folle. Ils ne liront pas ce livre, et je me sens le droit de l’écrire enfin. Cette étrange famille, j’espère la raconter sans colère, la décrire sans me plaindre, je voudrais même en faire rire, sans regrets. Les enfa... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (51) Voir plus Ajouter une critique
3,81

sur 218 notes

" En mettant des mots autour de mon histoire,

J'ai compris qu'un enfant

N'a parfois que le choix de la fuite,

Et qu'au péril de sa fragilité,

Il devra à son évasion

D'aimer encore plus fort la vie ...."

Voici un roman autobiographique grinçant, parfois douloureux, à l'écriture acérée, lu d'une traite dans le train, témoignant de l'enfance de l'auteur, de sa vie dans un climat mesquin, triste , frustrant, surtout à l'égard de sa génitrice dont il pense , non sans raison , qu'elle ne l'a jamais aimé ....

Des liens familiaux complexes où l'auteur se permet de " raconter " son "Histoire" alors que tous les protagonistes ne sont plus là, sa mére atteinte de la maladie d'alzheimer n'est plus en capacité de réaliser.....

Peu de sentiments au sein de cette famille , aucun geste tendre, ni sincérité , ni complicité , ni bienveillance ni la joie simple d'être ensemble....

Beaucoup de paraître et d'affectation dans une atmosphère bourgeoise indifférente, vide, glacée , compliquée par sa recomposition ....

Le jeune homme quittera sa famille trés tôt, il rencontrera ailleurs chaleur humaine et amitié .....

Mais comment survivre à l'absence d'un pére dont on ne portera même pas le nom?

Comment supporter un beau- pére n'assumant pas du tout son rôle ?

Comment vivre sereinement face à l'indifférence coléreuse d'une mére froide et odieuse parfois, toxique , mal aimante , d'une violence---verbale---- démesurée, haineuse si souvent ?Cris et Insultes.......

L'auteur règle un tantinet ses comptes avec sa famille surtout avec sa génitrice, entre douleur vive, agacements , mensonges, tiraillements , aigreurs et rancoeur .

Un roman agréable à lire, intéressant, à l'ironie jubilatoire parfois , à la plume fine , sincére, sur le fil du rasoir où sont évoqués les destins croisés des membres de cette étrange famille : La sienne , où l'amour ne va pas de soi.

Las ! On ne choisit pas ses parents....

" Tu supporteras ton père et ta mère. " "Honore les "....Ch. 20 verset 12.

" Mathieu ( 15, 4) dit que celui qui maudira son pére et sa mére sera puni de mort.....Mais Mathieu exagère toujours....." Page 205 ...

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Hervé le Tellier, prix Goncourt 2020 pour L'Anomalie, nous raconte, dans un livre publié juste avant (2017), sa vie, principalement quand il était enfant, adolescent et jeune adulte. ● Encore un livre sur une famille dysfonctionnelle ! nous dira-t-on : certes, mais celui-ci est particulièrement bien écrit, avec un style acéré, incisif, ironique, qui s'écarte de tout pathos et essaie, tant que faire se peut, d'analyser les situations objectivement, en laissant de côté les affects. Et la chose n'est pas évidente, entre l'absence de père, la mère mal aimante, manipulatrice et qui va vers la folie, le beau-père glaçant et inapte dont il porte le nom chargé d'histoire (ce que j'ignorais), et la tendresse et la joie aux abonnés absents. ● La mère surtout, bien sûr, en prend pour son grade, elle qui, par exemple, ne trouve rien de mieux à faire que de renvoyer transformée en confettis la superbe lettre d'amour et d'apaisement que lui envoie son fils (qui lui écrit « J'ai plus besoin de toi que toi de moi. »). ● Cependant, écrit l'auteur, « [p]ar une sorte de balance bizarre, ceux qui ont eu une jeunesse difficile sont souvent mieux armés pour affronter la vie adulte que ceux qui ont été protégés, ou très aimés. » ● C'est aussi un livre érudit, où l'on apprécie les discrètes références culturelles. ● J'ai apprécié d'en savoir plus sur cet auteur que je connaissais de longue date par l'émission Des papous dans la tête qui a longtemps occupé la case du début d'après-midi le dimanche sur France Culture, où il était un des piliers et que je ne ratais jamais. ● J'ai fait connaissance avec lui en tant qu'écrivain avec L'Anomalie, que j'ai adoré. Ici on a affaire à un ouvrage très différent, mais tout aussi addictif. ● Car Hervé le Tellier a su trouver la sagesse d'aller à l'essentiel, de ne pas s'appesantir sur de multiples anecdotes à rallonge et de faire un ouvrage bref, sans gras, nerveux, procurant un grand plaisir de lecture.

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Écrire sur sa famille est périlleux, soit on verse dans une admiration sans borne pour ses géniteurs, soit on recherche une authenticité avec la volonté de restituer la vérité sur ses hauts sans oublier le bas.

Il y a d'autres voies, la dérision, l'humour, le rire, qui accompagneront parfois la fuite quand grinceront les dents.

Entre un Sorj Chalendon et le portrait au vitriol de son père à l'humour et l'ironie cinglante et le panorama familial déjanté distribué par Lionel Duroy, où les parents tardent à devenir adultes, il y aura maintenant le rire du monstre Hervé le Tellier...

Le monde familial d'Hervé le Tellier s'égrène dans une ambiance de feu, ou sa méchanceté se glisse partout, jusque dans ses phrases anodines, "même pour des actes indignes, il faut un peu de trempe. Sans doute n'aurait-il pas su refuser de monter dans un mirador" parlant de son père adoptif Guy, page 17.

Le ton est donné, ce label de stupidité servile va nous suivre tout le long cette dialectique que l'auteur a nommé la dialectique du monstre.

J'ai appris la mort de Serge par un après-midi ensoleillé. Serge est mon père. C'est par ces mots que ma soeur qui est ma demi-soeur, m'a appris la nouvelle. "Pour rassurer Jean Pierre Verheggen, un ami de la famille, j'ai dit en souriant : ce n'est rien, mon père est mort".

"Alors j'ai su que j'étais un monstre.page 15."

Ce père, volage de tradition coutumière et familiale, de Marceline à Marinette puis de Marinette à Svetlana, puis de Svetlana à Rosy, finira seul ; Serge apercevra la belle Svetlana embarquer pour la Corse où elle ouvrira un restaurant thaïlandais à Porto-Vecchio.

C'est ainsi que l'homme démasqué découvrit ses valises, " sur le palier et sur la porte un nouveau verrou qu'aucune de ses clés n'ouvrait, son propre père, venait de sonner la fin du vaudeville.

L'affaire avait bien mal commencé. Sous la plume de Jean-Paul Sartre, nous trouvons cette phrase étrange : "personne à commencer par moi, ne savait ce que j'étais venu foutre sur cette terre". Cette petite phrase qui figure dans les Mots reçoit une belle réplique, "quand mon père émergeant d'un songe" dit soudain, page 75, "j'aimerais tellement avoir un enfant. Ma mère alors lui rappela : Mais... tu as un fils, il est là, dit ma mère, en me désignant, bébé rose de six mois qui prend son biberon".

Quand la vie commence de travers il ne faut plus s'étonner que le jeune Hervé le Tellier, décide de partir, deux jours après ses 18 ans. Patrick Modiano écrivit à son père une lettre, Monsieur j'ai l'honneur de vous annoncer que dorénavant je n'aurais plus de relations avec vous. Ici Hervé téléphona à Serge qui écouta en silence.

Nous priver de ces quelques années passées avec son papa Guy eut été une faute de goût, en nous privant de quelques belles anecdotes. Très attaché à son radio tourne-disques Pathé Marconi, le faible Guy, s'est vu par ma mère, cette folle, sa femme de surcroît, vilipendé avec fureur et mépris : "des souvenirs des souvenirs non mais je vais t'en fabriquer moi des souvenirs" le meuble sous le signe Pathé Marconi fut sauvé de la tourmente par le jeune Hervé derrière le signe Pathé Marconi est écrit la voix de son maître.

Fallait-il qu'il se confesse , Qu'il se révolte dans ce contexte déliquescent où chaque histoire, chaque souvenir cachait, une autre histoire et d'autres souvenirs ? Dans ce présent totalement flou, comme la chute de la maison le Tellier (Stylos à plumes), et ce présent totalement faux, le jeune observateur de ses pairs note, fait semblant, simule cachant ses véritables sentiments observant avec délectation ce monde artificiel dont il ne dénouera toute la réalité que bien des années plus tard.

Sa mère avait même caché au grand-père la mort de son fils, et celle du cadet alors, "elle brodait elle brodait avec ardeur".

La fin aurait du être ensoleillée par la beauté de la belle jeune femme, Piette, et tout était en place pour une fin heureuse jusqu'au moment où il évoque son suicide.

"Piette était enceinte de quatre mois quand elle se jeta sous un train." 

Certes elle était de santé fragile et souffrait de troubles dépressifs. Elle sortait de l'hôpital lui avait laissé un message sur le répondeur: "Viens me chercher, vite, je t'aime". Il n'était pas allé la chercher. 

Très vite il a compris, elle s'est suicidée.

Pour achever ce livre, il lui faut affronter la fragilité de l'enfance, la fragilité des sentiments et plus encore de la vie, son regard à distance qui l'a façonné donne à ces dernières pages une émotion intarissable. Il affronte sa famille une dernière fois peut-être comme le point d'orgue d'une enfance qui ne pouvait se terminer qu'en impasse, sa mère ne trouvant que ces mots, "elle avait tout de même un drôle de prénom".

La digue se rompt, Hervé entre deux picotements d'yeux, ajoute : "je ne m'inscris nulle part. J'ai décidé de n'être rien. Rien n'est plus tabou que le désamour et l'éloignement. Je suis fait de bric et de broc. Un enfant n'a parfois que le choix de la fuite." P 221.

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Je ne sais pas comment démarrer ce billet. Choisissez :

- 'Maman est folle...' ♪♫ (William Sheller). Mais son fils peut-il se consoler d'avoir été bien aimé, comme dans la chanson ?

- 'Toutes les familles sont psychotiques', titre déjà pris par Douglas Coupland, et qu'auraient pu utiliser Delphine de Vigan, Sorj Chalandon, et tant d'autres, dont Hervé le Tellier, précisément, pour cette autobiographie.

- Je n'aime pas les autofictions depuis que j'en ai bouffé une dizaine dans le cadre d'un jury littéraire (ELLE) - certaines nombrilistes, forcément, la plupart fades et sans intérêt (mesdames C. Guilbert, C. Schneck, je vous salue...).

- Les Oulipiens me font peur, ils sont trop balèzes pour moi, mais j'en aime un de quasi-amour, isolément (JBP).

- J'ai découvert Hervé le Tellier avec 'L'Anomalie', proposé à l'été 2020 lors d'une Masse Critique Spéciale. J'avoue, j'en ai bavé sur la première moitié (c'est le cas de le dire), lorsque les personnages sont présentés. J'ai jubilé, ensuite. J'ai adoré le pastiche qu'en a fait Pascal Fioretto (L'anomalie du train 006) avec l'aimable et amusante complicité de l'auteur lui-même.

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'Toutes les familles heureuses' faisait partie de mes achats impulsifs, parce que j'aime les idées et l'intelligence caustique de l'auteur, ainsi que certains de ses amis 'célèbres' (dont Fioretto).

Heureuse découverte, lecture riche en émotions avec ce récit vif, tragi-comique sur une famille chaotique, la sienne. Loin du lourd pathos à la louche d'un Chalandon qui a cessé de m'émouvoir - mais je n'essaie plus.

Au vu de sa jeunesse et de sa famille pour le moins 'compliquées', on comprend comment ont pu se développer le talent, la sensibilité, l'humour, le sens de l'imagination autour des centres d'intérêt (maths, philo, littérature, linguistique...) d'Hervé le Tellier.

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Extraits - tous pris dans les trois dernières pages... Hervé le Tellier serait-il comme ces grands timides qui vous disent plein de choses essentielles au moment de partir ? Pas tout à fait car il raconte beaucoup, aussi, dans ce qui précède :

• « J'ai rêvé d'un amour simple, pur, donné sans réserve, sans condition. En devenant père, j'ai tout de suite su qu'il n'y en avait pas d'autre. »

• « Par une sorte de balance bizarre, ceux qui ont eu une jeunesse difficile sont souvent mieux armés pour affronter la vie adulte que ceux qui ont été protégés ou très aimés. » *

• « Si la vie se passe à combler les gouffres ouverts dans l'enfance, alors je sais pourquoi j'aime tant le rire qui ne pénétrait jamais chez nous que par effraction, pourquoi je n'ai cessé de me donner des familles électives, pourquoi mes amis me sont si chers. »

• « Écrire, ce serait mon privilège, pour profiter du monde plusieurs fois, pour jouir sans fin de ma propre insatisfaction. »

• « Mon père, mon beau-père sont morts, ma mère est folle. Ils ne liront pas ce livre, et je me suis senti le droit de l'écrire enfin. »

J'ai adoré, j'ai souri, ri, je suis conquise et touchée en refermant ce livre. ♥

--------

* L'argent de Poche, Truffaut (1976)

♪♫ https://www.youtube.com/watch?v=yFNdtT08iLo

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Parler de sa famille, plonger dans la vie de ses proches, d'autres l'ont déjà fait mais Hervé le Tellier avait lui aussi, sans doute, besoin de ce genre de thérapie littéraire. Avec un titre sibyllin, Toutes les familles heureuses, il n'épargne personne, ciblant surtout sa mère dont le bandeau, ajouté par l'éditeur, annonce la folie.

En dix-huit chapitres, l'auteur fait le tour de sa famille, revient régulièrement sur le cas de son beau-père dont il a dû adopter le nom. Enfant, il envisageait la mort de ce couple formé par sa mère et Guy le Tellier. Cette éventualité dramatique ne lui faisait rien…

Tous les défauts de son beau-père comme ceux de sa mère y passent. C'est au vitriol qu'il décrit ses proches mais sans jamais se départir d'un humour salutaire. Il n'oublie pas de remonter à son grand-père maternel : Raphaël Michel qui se distingua comme mécanicien de la fameuse Croisière Jaune, en 1931. C'est chez lui qu'il était le plus souvent, enfant : « Je passais tout mon temps chez mon grand-père où se trouvaient mes jouets, mes jeux de construction et mes puzzles. »

Même s'il avoue que ce n'est pas simple de décrire la femme que fut sa mère, il parle de son attitude sous l'occupation allemande alors qu'elle avait douze ans. Avec sa soeur, Raphaëlle, Marceline est élève du Lycée Jules Ferry. Or, elles ne se souviennent d'aucune camarade de classe, ni même d'une voisine, arrêtées puis déportées… Hervé le Tellier parle d'amnésie familiale.

Ce n'est qu'en 1969, que l'auteur découvre toute l'horreur de la shoah après avoir vu Nuit et Brouillard, le film d'Alain Resnais : « Je découvrais tout. J'étais choqué, bouleversé. » Il confie d'ailleurs que son engagement politique date de ce moment.

Un chapitre est tout de même consacré à Serge Goupil, son géniteur qui « n'avait guère la fibre paternelle. » Puis il revient à « papa Guy » : « Fils unique, dernier rejeton d'une branche aristocratique déchue, choyé et adulé par sa mère, il avait raté avec constance ses études et n'avait aucun diplôme lorsqu'il avait rencontré ma mère à peine divorcée. »

Je tenais à lire ce livre d'un auteur écouté et apprécié aux Correspondances de Manosque mais ces révélations familiales m'ont mis mal à l'aise. Découvrir que sa mère ment comme lors de l'accident mortel de son correspondant allemand, a été un choc pour lui, une rupture et le révélateur d'une quantité de mensonges avérés, dans sa famille.

L'appel à l'amour de sa mère est émouvant, terrible même. Lorsqu'un fils écrit à sa mère : « J'ai bien plus besoin de toi que toi de moi » et que celle-ci retourne la lettre déchirée en petits morceaux, il faut supporter le choc. Écrire est la solution choisie par Hervé le Tellier même s'il sait que ses parents, sa mère toujours en vie, ne le liront jamais.


Lien : http://notre-jardin-des-livr..
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critiques presse (2)
LePoint   06 novembre 2017
"Toutes les familles heureuses", ou comment Hervé Le Tellier, entre Desproges et Houellebecq, fait de la généalogie à coups de serpe.
Lire la critique sur le site : LePoint
Bibliobs   04 octobre 2017
Dans “Toutes les familles heureuses”, l'oulipien Hervé Le Tellier se force à persifler afin de mieux cacher ses larmes.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (70) Voir plus Ajouter une citation
Certes, ma grand-mère lisait avec difficulté, parfois en suivant la ligne du doigt. (...) Mais tous les matins elle achetait 'France-Soir' (...) et tous les lundis 'Détective', hebdomadaire de faits divers aux titres insolites - ah, ces "Il drogue sa femme et la vend nue aux enchères"... -, dont je découvris plus tard qu'il avait été fondé avant-guerre par Gaston Gallimard et les frères Kessel, et que Gide, Simenon et Albert Londres y avaient alors pigé.
(p. 35)
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Guy, ainsi, portait la cravate. A priori – ceci posé pour rassurer tout lecteur cravaté-, on n’en saurait rien déduire. D’autant que c’était une cravate simple en soie , passe-partout, ni slim, trop décontracté, ni en tricot, trop risquée car il n’eût su avec quoi la porter. Elle était presque toujours unie, dans les bleus profonds, mais il arrivait qu’une très fines rayures l’égayât. Je lui avais offert des cravates d’autres coloris, ou aux motifs fantaisie, en vain. Elles avaient échoué au fond d’un tiroir, au mieux. Les autres, une cinquantaine, étaient suspendues à une longue double tringle métallique dans son placard et j’aurais été bien incapable de les distinguer entre elles.
Il était trop court de buste et pas assez fort de col, et il choisissait ces cravate trop longues. Il avait beau en coincer l’extrémité dans le pantalon, elle finissait toujours par s’échapper, pour flotter de manière incontrôlée sur la boucle de ceinture.
J’ignore d’où lui venait son goût pour cette bande d’étoffe décorative. Enseigner l’anglais dans le secondaire n’exigeait guerre qu’il en portât une. J’imagine qu’inconsciemment il s’agissait pour lui d’établir avec ses élèves une ligne Maginot vestimentaire infranchissable. A moins que la tradition anglaise, « Tie », qui signifie aussi, « lien », « attache », ne soit une clef d’analyse. Quoi qu’il en soit, une fois rentré chez nous il ne la retirait pas, ne desserrait même pas le col. Longtemps je mis cela sur le compte de la fatigue. Arriva l’âge de la retraite. Il ne l’abandonna pas. Il nouait son nœud tous les matins, par tous temps, en toutes circonstances. Il la portait indifféremment sous une veste, sous un pull, un blouson, un anorak, tout cela convergeant pour lui conférer l’allure d’un vigile d’une société de gardiennage. Au sport d’hiver, ses mauvais genoux l’empêchaient de skier mais il y emmenait parfois mon fils, il portait la cravate jusqu’au bas des pistes de ski, et il pouvait même manger une fondue, cravaté, dans les restaurants d’altitude. J’ai la photo. L’ôter pour dormir où se baigner devait être un déchirement.
Son conformisme était si extrême qu’il confinait à l’originalité.
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[Ce village picard] n'était pas totalement déserté : certes, l'école avait fermé, mais il comptait encore une épicerie, une boulangerie, un café avec un billard français et qui vendait la presse, et bien sûr une église, sur le fronton de laquelle était écrit : "Ah qu'il est bon le bon Dieu !". Ce n'était pas de l'humour, d'autant plus qu'à tout prendre, un "Ah qu'elle est vierge la Vierge Marie !" eût été plus amusant.
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Un jour elle m’avertit :
- Ne m’en veux jamais de ce que je dis ou de ce que je fais quand je suis « down ». Tu ne m’en voudrais pas si je vomissais parce que j’ai mal au ventre. C’est pareil. C’est mon cerveau qui est malade, pas ma pensée.
(...)
Il y avait avec elle bien plus de vingt-quatre heures en un jour et une nuit...
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"Au bout du chagrin
Une fenêtre ouverte,
Une fenêtre éclairée."
Paul Eluard, "Et un sourire "
Le Phoenix .
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Vidéo de Hervé Le Tellier
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