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Béatrice Commengé (Traducteur)
EAN : 9782234059917
619 pages
Stock (07/02/2007)
4.16/5   59 notes
Résumé :

Cette correspondance passionnée offre une suite et un complément aux Cahiers secrets. Si désormais on connaît, grâce aux Cahiers, la passion littéraire et amoureuse qui a uni Henry Miller et Anaïs Nin, il nous manquait encore de pouvoir suivre l'évolution de cet amour à travers les années. Cette correspondance, commencée en 1932, finit vingt ans après, en Californie, alors qu'ils sont tous les de... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Arctos
  23 octobre 2012
Une sensualité obsédante, une rigueur dans l'écriture happée en quelques secondes par la passion de la chair. Quelques cris, un lot de paranoïa, une peur aussi bien du succès que de l'insuccès, des voyages ratés, des lettres brûlées, des lettres ivres et trop lucides pour ne pas planter une Vérité. Une fascination presque morbide pour ces deux écrivains amourachés discrètement par les auteurs de leur temps, sans jalousie, sans envie. Un regard moqueur et morne face à la censure de leurs oeuvres.
Seulement motivés par la beauté, et les sinuosités entre le sexe et l'immatériel.
Cette oeuvre peut donner à tous l'envie de reprendre sa plume pour une correspondance profonde, et d'essayer, encore et encore, d'atteindre la perfection dans toute entreprise vitale que ce soit dans la bave ou dans la lumière.
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Pitchval
  14 juillet 2021
Je réalise en postant comme ce texte est long et me demande bien si quelque lecteur le lira jusqu'au bout mais n'importe.
Je ne vais probablement pas être tout à fait objective. Quand on aime passionnément, on ne l'est pas toujours. Mais je vais tenter!
J'ai mis un temps fou à terminer ce livre. Je l'ai beaucoup annoté, je suis revenue en arrière, j'ai relu.
J'aime Anais Nin parce que je lui ressemble en un sens. Elle s'est servie de chaque élément de sa vie pour l'écrire, puisant en elle-même, en chaque circonstance de son existence, sa « matière première ». C'est peut-être son tort et sa plus grande faiblesse également : elle n'a jamais ou si peu eu recours à son imagination.
Anaïs Nin est mon amie. Ma grande amie. Je lui ressemble assez en pensées. Elle a simplement été plus loin que moi sans doute. Ou pas. Elle a peut-être tout simplement été plus désordonnée.
J'ai lu tous ses journaux. C'est là son oeuvre principale : son journal intime, tenu avec assiduité durant des décennies.
Non, son oeuvre, c'est elle probablement. le journal n'est qu'une preuve de ce qu'elle était. Une femme assez immorale mais subtilement. Pas une débauchée écervelée. Anaïs Nin était une femme passionnée, qui se laissait dévorer par ses passions, sans mauvaise conscience. Elle avait cet élan de vie et de vitalité qui primaient sur tout le reste. Amorale, elle vivait tous ses amours avec une grande intensité. Sincère pourtant. Apportant à chacun de ses amants ce dont elle devinait de ses besoins. Et ce qu'elle savait faire par dessus tout, c'était admirer. Sa vie était une quête d'hommes supérieurs à admirer.
On associe toujours Henry Miller à Anais Nin. Et pour cause.
Leur histoire d'amour clandestine dura une décennie, mais ils restèrent amis et liés jusqu'à sa mort à elle.
La correspondance commence en 1932, année de leur rencontre, à Paris, alors qu'ils sont tous les deux anonymes. Et se termine (dans le livre, car l'éditeur a dû choisir) vingt-et-un ans plus tard aux États-Unis, alors que chacun a connu le succès et est reconnu en tant qu'écrivain.
Anaïs Nin pense dès leur rencontre que Miller est un génie. Peu importe s'il l'est ou non: elle le pense. le traite comme tel. Et c'est beau. Elle seule y croit. Elle contre le monde.
Elle lui donne de l'argent. S'efface pour son art à lui. L'aide. Elle est la Femme. Sa Femme. Dans le beau sens du terme. Celle qui porte l'Homme à faire son oeuvre, lui épargnant les ennuis matériels. N'importe pour elle: elle s'enivre de ses mots à lui, de son génie. Elle est son disciple, sa maîtresse, sa mère et sa servante.
Elle supporte et tolère son grand égoïsme, ses défauts, son immaturité. Elle le sauve de toutes les situations et défend son oeuvre. Elle ne compte pas tant pour lui, au début. Elle le rencontre alors qu'il est encore sous l'influence de sa seconde femme.
Elle donne plus, bien plus, tandis qu'il donne des miettes seulement. À elle seule, elle semble bâtir et maintenir leur amour.
Du moins dans les premières années de leur relation.
Mais Anaïs Nin est multiple. Elle semble dans la plus grande abnégation lorsqu'elle envoie de l'argent à Miller afin qu'il se paye le plaisir d'une prostituée. Ne pas tout à fait s'y méprendre. Anais Nin a plusieurs amant -astrologues, psychanalystes, poètes, et même son géniteur-qu'elle admire tous pour des raisons différentes. En plus de son mari, qu'elle aime d'une certaine tendresse, et qui surtout la protège financièrement.
Deux ans après leur rencontre, en 1934, elle part aux États-Unis, dans le but de « gagner de l'argent ».
Anais Nin veut s'émanciper financièrement. de son mari, d'abord. Mais aussi « de tout homme », comme elle l'écrit.
Elle devient assistante et maîtresse de Otto Rank, psychanalyste.
Et, durant cette période, le ton des lettres de Miller change. Lui qui écrivait des lettres égoïstes, emplies de lui, assez négligentes parfois et même rieuses quand elle pleurait de son manque d'égards, devient doux, aimant. Affolé d'amour et de contrition. Il sent qu'elle le trompe, à présent. Et semble réaliser... qu'il la perd. Si ce n'est déjà fait. Et lire un Miller fou d'amour et de désespoir, ça en vaut la peine. Miller veut vivre avec Anais. Sincèrement. Lui demande de tout quitter pour lui. Comme un renversement de situation. Miller, l'ammoral, défenseur du « partage », devient « puritain, jaloux », selon ses mots. Et finit par embarquer pour New-York, pour la rejoindre.
Ils revinrent ensemble en France après quelques mois, toujours amants.
Ils quittent tous les deux Paris en 1939 pour New-York, fuyant la guerre (Anais Nin paiera le billet de bateau de Miller avec l'argent qu'elle détourne à son mari). Ils écrivent, en Amérique, en 1941, des textes érotiques (« le monde du sexe » (Miller) , « venus erotica », « les petits oiseau », Nin) pour un collectionneur privé afin de gagner de l'argent.
Et commencent à s'éloigner l'un de l'autre. Très progressivement. Miller est souvent en voyage, visitant les états-unis, ne supportant pas New-York. Nin ne répond pas à ses attente de vivre ensemble. Miller lui reproche le fait de rester avec son mari par besoin de protection (financière), chose qu'il ne peut pas lui apporter. Nin reproche à Miller son « irresponsabilité ». La passion se change en reproches, et puis les reproches laissent place peu à peu à une tendresse, une sorte de fraternité et de respect mutuel.
D'ailleurs Miller se marie pour la troisième fois en 1944, fait des enfants, divorce, se remarie une quatrième fois... obtient la reconnaissance pour son oeuvre et rend à Anais ce qu'elle lui a apporté par le passé : il l'aide financièrement et lui permet de s'émanciper un peu de son mari.
La correspondance s'arrête là, en 1953.
(Anais Nin se remariera elle aussi, sans même prendre la peine de divorcer).

Évidemment, quand on a lu Miller et Nin, on retrouve dans cette correspondance leurs caractéristiques principales :
Anais Nin dans la passion, dans le « tout ou rien », dans l'émotivité et l'introspection. Miller dans l'art, le , l'égocentrisme et l'immoralité. Et c'est heureux. Puisque ces lettres n'étaient pas destinées à être publiées, cela veut dire que ce qui l'a été de chacun d'eux était « véridique ».
Je n'idéalise ni leur passion furieuse des débuts, ni leur attachement tendre, ni même leur connivence littéraire de toute un vie. Je puis même, en couplant les données du journal de Anais Nin et leur correspondance, avec le recul d'une personne extérieure, savoir où ils ont failli. Anais Nin a eu ce tort, sans doute, de demander à Miller de lui donner à hauteur de ce qu'elle lui apportait. Et, de surcroît, de se perdre dans d'autres lits par dépit. Je la croyais avant plutôt adepte du pluriamour et je réalise à présent qu'elle cherchait Miller dans tous ses amants, et qu'elle trouvait dans d'autres bras ce qu'il ne pouvait lui donner. Comme si elle ne s'estimait pas assez elle-même pour seulement aimer Henry Miller tel qu'il est, et puiser en elle les ressources nécessaires pour pallier les lacunes de leur relation.
De même, Miller aura sans doute été un gamin capricieux, se laissant dorloter et entretenir financièrement par sa maîtresse jusqu'au succès (qui fut long a venir). Ainsi, cet homme viril vivait aux crochets d'Anais ... et surtout... de son mari! Il aura été sot, reprochant à Anais de ne pas quitter son mari par simple besoin de protection tout en étant le premier à en bénéficier.
Pour résumer: Anais Nin aura protégé Miller avec une tendresse de mère, et lui se sera laissé dorloter comme un enfant irresponsable.
Toutefois, je reste admirative de la longévité de leur relation. Amants, puis amis de lettres, complices en tendresse jusqu'à la mort de Anais Nin et même au delà, puisque Miller encensera son ancienne maîtresse jusqu'à sa mort à lui. Cette longévité est d'autant plus impressionnante et « belle » qu'elle n'a été obligée par aucun contrat, et n'aura été dictée que par leur envie et désir de rester proches.
Ce qui m'a gênée de l'un et de l'autre, néanmoins : cette foutue astrologie, qui revient régulièrement ! Surtout chez Anais Nin. Miller semble plutôt... incrédule mais évitant un peu l'affrontement à ce sujet.

J'ai aimé ce livre, évidemment. Qui a sans doute peu d'intérêt littéraire à proprement parler (Manque de , sans doute, même si les lettres de Miller sont tout de même très bien écrites et bien construites).
Seulement il m'a apporté des informations, à moi qui était avide de détails sur leur relation. de plus, il décrit en quelque sorte une époque. Il raconte aussi la naissance de deux écrivains, il présente intimement deux personnalités peu banales. Enfin et surtout, ils n'ont de cesse de parler de leurs oeuvres dans leur correspondance, et ça a quelque chose de fascinant de suivre l'évolution d'un roman, de l'idée du thème à son écriture, des doutes à la satisfaction d'avoir terminé, des problèmes rencontrés pour le faire éditer, etc.
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Canalis
  14 septembre 2014
Points positifs
Moi qui avais, en premier lieu, découvert Henry Miller grâce à son roman autobiographique Jours tranquilles à Clichy ainsi que le début de Tropique du capricorne, j'en avais vu un homme très froid, cynique, méprisant, misogyne que je n'avais pas beaucoup aimé. Ici, j'ai pu découvrir un Henry amoureux, passionné, qui m'a laissé rêveuse.
C'est donc un livre plein de romantisme, qui donne envie de commencer à envoyer des lettres à son (ou ses, ha ha) amoureux et d'en recevoir en retour. Qui donne envie d'écrire des tonnes de missives, de les remplir du lyrisme le plus pompeux et de les parfumer avant de les glisser dans l'enveloppe.
Comme j'avais déjà lu, auparavant, certains journaux d'Anaïs Nin et d'autres oeuvres des deux auteurs, je trouvais que cette correspondance complétait très bien leur bibliographie. On obtient des détails, des ressentis en plus, et parfois-même, certaines choses sont corrigées (j'ai par exemple appris qu'Anaïs Nin n'avait pas été visiter un bordel avec Henry Miller, comme dit dans son Journal (1931-1934) mais avec son mari Hugo Guiller qui a demandé à ce que cela reste secret. Evidemment, à sa mort, il a bien fallu remettre l'église au milieu du village).
Points négatifs
J'ai bien peur que ce livre ne présente pas un grand intérêt pour ceux qui ne connaîtraient aucun des deux auteurs. En lui-même, il est très insatisfaisant : les lettres ne se suivent pas, n'ont pas souvent de rapport entre elles (les deux protagonistes n'attendant pas de réponse de leur correspondant pour écrire une autre lettre) et ne sont parfois pas compréhensibles, parlant de choses dont le lecteur n'a jamais entendu parler, etc.
De plus, j'ai été assez agacée par les notes biographiques laissées en fin de livre, et auxquelles il fallait sans cesse se référer dès qu'un nouveau personnage était mentionné. Je pense que quelques notes en bas de page aurait été plus faciles.
De plus, j'ai été surprise par le racisme d'Anaïs et Henry. En soi, je n'ai pas eu de soucis à excuser Anaïs car son racisme ressemble d'avantage à un "racisme d'artiste". Elle a tendance a voir énormément de poésie dans "l'exotisme" et à en être fascinée. Elle tombe souvent dans le piège du cliché, mais on n'a aucune peine à voir qu'il n'y a aucune mauvaise intention dans ce qu'elle dit, qu'il y a surtout de l'admiration pour ce qui est étranger, ce qui, pour l'époque, n'est déjà pas mal par rapport à la discrimination dont les gens pouvaient faire preuve. Par contre, je suis incapable de défendre Miller sur ce point et je n'en ai juste pas envie. Il est empli de mépris, comme d'habitude, et l'a montré encore une fois envers l'étranger. Ça m'a beaucoup déçue et ennuyée.
Lien : http://vaste-blague.blogspot..
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Jo_Ly
  13 février 2021
Après avoir découvert Miller au cours de mon adolescence, puis avoir lu le Journal d'Anais Nin il y a quelques mois, leur correspondance était bien évidemment la suite logique.
Que dire.
J'aime assez découvrir les auteurs que j'admire dans leur intimité. Même si, comme pour Camus et Casares, cela m'a mise parfois mal à l'aise. On entre dans quelque chose de profondément personnel, de lecteur on devient voyeur, de mots qui n'étaient pas destinés à être partagés.
Ce ne fut pas le cas avec Miller et Anais Nin.
D'une part, parce qu'il partage la même passion, la littérature, la même discipline, l'écriture, et que cela représente une grande part de leurs échanges. Leurs découvertes, leurs angoisses sur le devenir de leurs manuscrits, le travail autour de leurs écrits... C'est passionnant.
Ensuite, parce que le contraste entre la délicatesse Nin et la virilité Miller est fascinante à observer. Même si elle s'estompe quelque peu au fil des années. Leur écriture est gorgée de leur personnalité, et je retrouve tellement la patte Miller dans ses lettres intimes que je me suis souvent interrompue pour remacher une phrase ou deux.
Bref, quand on aime ces deux personnalités hors norme, cette correspondance est évidemment incontournable.
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BMAUCH
  29 mars 2013
Les livres jalonnent la vie d'un lecteur – ou d'une lectrice – et soulignent les périodes de sa vie d'une tonalité particulière. Ainsi en fut-il pour moi avec le Journal d'Anaïs Nin que je découvris peu après sa première parution en France, dans les années 70. Mai 68 avait apporté des changements dans la réflexion des femmes sur leur condition et les mouvements féministes étaient très actifs. Dans ce contexte, les écrits d'Anaïs Nin étaient d'une grande actualité. Pour Henry Miller, il me fallut attendre, bien des années après, la lecture de la Correspondance passionnée de ces deux grands écrivains pour trouver enfin une raison de l'apprécier. À mes yeux de jeune femme, cet homme aux passions violentes n'avait pas de raison de me toucher, mais les mots que j'ai lus récemment dans cette correspondance m'ont révélé une dimension littéraire que je ne peux désormais ignorer.
Lien : http://www.bibnblog.fr/?p=12..
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Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
calisson73calisson73   02 juillet 2013
A ton retour, je vais te donner une vraie fête de l'amour littéraire - ce qui veut dire baiser et parler et parler et encore baiser - et une bouteille d'Anjou entretemps, ou un vermouth-cassis. Anaïs, je vais littéralement t'écarteler. Que Dieu me pardonne si jamais cette lettre est ouverte par erreur. Je n'y peux rien. Je t'aime. Je te veux. Tu es mon pain et mon vin, tu fais fonctionner cette foutue machine, pour ainsi dire. Être sur toi est une chose, mais me rapprocher de toi en est une autre. Je me sens proche de toi, je ne forme qu'un avec toi, tu es à moi, que cela soit admis ou pas. Chaque jour d'attente est pour moi une torture. Je les compte lentement, douloureusement. ... Je veux te voir à Louveciennes, te voir dans la lumière dorée de la fenêtre, dans ta robe verte comme le Nil, avec ton visage si pâle, d'une pâleur glacée comme le soir du concert. Laisse tes cheveux lâchés, expose-les au soleil - qu'ils reprennent leur couleur. Je t'aime comme tu es, j'aime tes reins, leur pâleur dorée, la courbe de tes fesses, la chaleur de ton sexe, ton jus. Anaïs, je t'aime tellement, tellement ! J'en deviens muet. Je suis même assez fou pour croire que tu pourrais faire irruption ici, de la manière la plus inattendue. Je suis là, entrain de t'écrire, avec une érection magnifique. Je sens tes lèvres se refermer sur moi et ta jambe me serrer très fort, je te revois dans la cuisine soulevant ta robe et t'asseyant sur moi, et la chaise qui se met à se promener sur le carrelage en faisant boum, boum, boum !"
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PiatkaPiatka   06 novembre 2013
Pourquoi ne pas jouir aussi de sa maladie ? Il arrive qu'on tombe malade, simplement pour pouvoir rester un peu seul. C'est un des moyens qu'emploie le corps pour conquérir l'esprit. [...] On a besoin d'être seul. On a besoin d'être malade et de se vautrer dans la maladie. L'âme en a besoin.

Lettre de Henry à Anais - 24 mai 1933
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MedelieMedelie   10 août 2013
Des bribes de nos conversations me reviennent à l’esprit – jamais rien d’entier. Ce jour où vous disiez que la femme espagnole aimait que son amant vienne vers elle avec l’odeur du vin sur les lèvres… quand vous m’avez dit que vous aviez envie de connaître un vrai « débauché », pour comprendre à quoi pouvait ressembler ce genre de créature… et cette description de vous-même, marchant dans Paris, les pointes des seins tendues et vibrantes. J’ai senti, en lisant votre manuscrit, que pour la première fois j’allais savoir ce qu’une femme éprouve en amour… je ne cesse de me demander : est-ce qu’elle regarde toujours les hommes aussi droit dans les yeux ?... et puis, vous inviter à marcher dans la campagne – à marcher, pas dans la campagne, mais jusqu’à une auberge reculée, et là vous gorger de vin, flairer votre sang arabe. Votre sang – j’en veux une goutte pour la regarder au microscope. Un jour, vous vous êtes avancée à moins de trente centimètres de moi, nous étions face à face, séparés seulement par le dossier d’une chaise – comment ai-je fait pour me retenir ? Mais, d’autre fois, je ne sentais que votre esprit, et votre esprit est glissant il s’infiltre entre mes pensées et il faut que je verse du sable, si je ne veux pas que les roues glissent… Peur que vous vous approchiez de moi comme vous le feriez d’un monstre, peur de n’être qu’un objet d’étude – jusqu’à présent c’est moi qui ai toujours étudié.

[Henry. Hôtel Central. 1 bis rue du Maine, Paris, XIVe. Dimanche 6 mars 1932, 1 h 30 du matin]
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PiatkaPiatka   05 novembre 2013
L'alcool n'est pas seul à pouvoir libérer la conscience - les sentiments passionnés en sont également capables.

Lettre de Anais à Henry - 21 mars 1932
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MedelieMedelie   18 août 2013
Vous me rendez terriblement heureux en me permettant de ne pas me couper en deux – en laissant vivre en moi l'artiste, si l'on peut dire, sans pour autant le faire passer avant l'homme, l'animal, l'amant affamé, insatiable. Aucune femme ne m'a jamais accordé tous les privilèges dont j'ai besoin – et vous, vous m'appelez si gaiement, si fièrement, en riant presque ; oui, vous m'invitez à aller de l'avant, à tout oser, à être moi-même. Je vous adore pour cela. C'est en cela que vous êtes un vrai régal, une femme extraordinaire. Quelle femme vous êtes ! Quand je pense à vous maintenant, le sourire me monte aux lèvres.

[Henry. Hôtel Central. 1 h 30 du matin. Le 10 mars 1932]
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Vidéo de Anaïs Nin
Otto Rank (1884-1939), la volonté créatrice : Une vie, une œuvre (1997 / France Culture). Diffusion sur France Culture le 3 avril 1997. Par Bénédicte Niogret. Réalisation : Jean-Claude Loiseau. Avec Pierre Bitoun, Claude-Louis Combet, Alain de Mijolla, Aimé Agnel et Judith Dupont. Avec la voix d’Anaïs Nin. Textes dit par Jean-Luc Debattice. Otto Rank, né Otto Rosenfeld le 22 avril 1884 à Vienne et mort le 31 octobre 1939 à New York, est un psychologue et psychanalyste autrichien. D'abord membre du premier cercle freudien, secrétaire de la Société psychanalytique de Vienne et membre du « comité secret », l'évolution de ses recherches lui vaut d'être exclu de l'Association psychanalytique internationale en 1930. Il est considéré comme un dissident du mouvement international. Otto Rank est originaire de Vienne, issu d'une famille de la moyenne bourgeoisie juive. Fils de l’artisan d’art Simon Rosenfeld, il est contraint, dans un premier temps, de travailler lui-même comme artisan et de renoncer aux études supérieures. Il prend le nom de Rank à l'âge de dix-neuf ans, en référence au bon Dr Rank de la pièce d'Ibsen, "La Maison de poupée". Il lit à vingt ans "L'Interprétation des rêves" de Freud et écrit un essai que le psychanalyste Alfred Adler transmet à Freud. Il devient dès lors un psychanalyste du premier cercle et, en 1906, devient le premier secrétaire de la Société psychanalytique de Vienne et à ce titre, l'auteur des transcriptions des minutes de la société viennoise (conférences et d'échanges), de 1906 à 1918. En 1924, il publie "Le Traumatisme de la naissance", s'intéresse à ce qui se trouve avant le complexe d'Œdipe et propose une vision différente de celle de la psychanalyse d'orientation freudienne. Sigmund Freud l'analyse brièvement jusqu'à fin décembre 1924 puis le rejette ; Rank se trouve exclu des cercles psychanalytiques freudiens. En 1926, Rank s'installe à Paris, devenant l'analyste d'Henry Miller et d'Anaïs Nin, avec qui il a une courte liaison. Il voyage en Amérique, où il rencontre un certain succès. Il est invité notamment à la société de Rochester pour la Protection de l'enfance en danger où travaille alors Carl Rogers. Il est exclu de l'Association psychanalytique internationale le 10 mai 1930. En octobre 1939, il meurt à New York à l'âge de 55 ans, des suites d'une septicémie.
Sources : France Culture et Wikipédia
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