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EAN : 9782226448040
304 pages
Albin Michel (26/01/2022)
3.95/5   241 notes
Résumé :
Joseph a sept ans. Il est né après la Première Guerre mondiale dans les quartiers pauvres de la Bastille, à Paris. Grandir entouré de l'amour de sa mère et de sa grand-mère, apprendre et découvrir sont les moteurs de toute sa vie. Mais son monde bascule le jour où sa mère disparaît et où il devient pupille de l'État, un État qui a mis en place tout un système de « protection» des enfants pauvres, dont les bonnes intentions n'ont d'égal que la cruauté.
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Critiques, Analyses et Avis (63) Voir plus Ajouter une critique
3,95

sur 241 notes

Ladybirdy
  28 janvier 2022
Il y a des rendez-vous manqués qui ne s'expliquent pas toujours.
Alors que ce dernier roman de Véronique Olmi avait tout pour me plaire, je suis lamentablement passée à côté de cette histoire.

Le début pourtant s'annonçait prometteur. L'histoire est celle de Joseph, sept ans élevé par sa mère et sa grand mère au sortir de la première guerre mondiale. L'enfant est choyé et enveloppé d'amour malgré la vie qui n'est pas facile. Ces premières pages m'ont beaucoup plu.

Changement de cap lorsque Joseph se retrouve orphelin et placé sous la tutelle de l'Etat. D'abord placé au près d'une famille nourricière où l'absence résonne plus fort que tout, Joseph se retrouve en prison ou en colonie pénitentiaire, entouré de jeunes, cruels les uns autant que les autres. Joseph trouvera du réconfort dans sa foi pour l'école qu'il vénère, conscient que son salut se gagnera en étant bon élève.

Plus j'avançais dans ce livre et moins l'histoire me passionnait. J'ai trouvé qu'on passait les années à toute vitesse sans nous permettre de cheminer avec ce gosse. J'ai eu aussi du mal avec cet univers exclusivement viril et trop bestial et vulgaire à mon goût. L'émotion est à la traîne sous l'écriture qui se veut enrobée à souhait, la psychologie de Joseph est sous-entendue.

Ce n'est qu'un avis très personnel d'une lectrice en attente d'un univers différent.
Il y a pourtant beaucoup de charisme dans l'écriture de Véronique Olmi ici, à la lisière d'un Victor Hugo et d'un Franck Bouysse.
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bichonbichette
  28 mars 2022
La porte grince, Joseph tressaille et se recroqueville dans son hamac. Les pieds puants du voisin tête bèche dans le hamac lui effleurent le nez. Mais Joseph n'ose pas bouger, il dresse l'oreille, il attend le souffle coupé, tétanisé. Son coeur bat la chamade, la trouille au ventre, il pressent l'humiliation, le mépris, la haine des autres…
Comme Joseph nous retenons notre souffle au fil des pages. Joseph est de l'Assistance, il est devenu pupille de la Nation. Enfin, la Nation, ses pupilles, elle s'en fiche comme d'une guigne ! Ces bouches à nourrir inutiles, elle s'en débarrasse comme de fardeaux inertes et encombrants dans des institutions-prisons : la Petite Roquette en plein coeur de Paris, mais aussi la Colonie, un bagne pour enfants à Mettray en Touraine. Pourtant la Nation pense bien faire en envoyant ces enfants au grand air, loin du vice des villes. Travailler dans les champs, voilà qui est sain ! L'État verse donc généreusement ses subsides à des instructions privées pour se débarrasser du problème, dont certains sauront profiter avidement en réduisant au maximum les coûts sur le dos des enfants. Cela rappelle étrangement l'aveuglement de l'État dans le scandale Orpéa qui ne semble pas tirer les enseignements du passé …
On écarquille les yeux à la lecture de cet ouvrage fort bien documenté, aucune éducation n'est donnée aux enfants, ils sont soumis à des travaux harassants dans les champs ou à la blanchisserie, anéantis, transformés en petits esclaves, soumis aux tortures les plus variées.
Cela pourtant remonte à un temps pas si lointain, moins de 100 ans, au tout début des années 30.
Véronique Olmi fait revivre avec talent toute une époque et les relations terribles entre les enfants et leurs geôliers.
Cependant, je n'ai pas réussi à rentrer en empathie avec Joseph comme je l'aurais souhaité. L'écriture de Véronique Olmi reste froide, assez distante vis-à-vis de ce petit bonhomme. Si j'ai tourné les pages avec angoisse pour découvrir la trajectoire de Joseph, je n'ai pas ressenti ses émotions.
Joseph se découvre un penchant pour les garçons dès son plus jeune âge et se traite alors de pédé, lopette, vicieux, salope, … Je ne crois qu'un enfant de 10 ans puisse penser en ces termes et s'insulter de la sorte, et ce même dans les années 30 quand l'homosexualité était taboue et condamnée par la société. Je n'y ai pas cru, et ces insultes qui reviennent comme une litanie dans de nombreux chapitres m'ont dérouté et déplu. Peut-être manquait-il quelques explications sur l'utilisation de ces mots par un enfant …
Dommage, car la plume de l'auteure nous entraine avec virtuosité dans le Paris d'avant-guerre, j'ai aimé les incursions dans l'enfance de titi parisien de Joseph auprès de sa grand-mère et de sa mère, qui exerce le beau métier de plumassière, la découverte de la musique par Joseph, puis de la vie nocturne d'un Paris cosmopolite battant la mesure avec ses clubs de jazz, ses cabarets et spectacles de music-hall. le livre s'achève en 1936 sur la conquête par les ouvriers d'avancées sociales majeures, comme les premiers congés payés, et nous plonge dans l'occupation ouvrière des usines.
La dernière partie du roman sur la difficile réadaptation de Joseph à la vie extérieure est très réussie, et la fin, peut-être un peu facile, amène une note porteuse d'espoir après tant d'horreurs, même si l'on sait que l'ombre de la seconde guerre mondiale commence déjà à obscurcir le tableau.
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palamede
  23 avril 2022
Une sacrée sale vie que l'enfance du gosse ! Pourtant elle a plutôt bien commencé pour Joseph, choyé par une mère aimante et une grand-mère attentionnée. Bien sûr, il y a ce père, une gueule cassée de 14 mort de la grippe espagnole. Mais sa mère a su laisser son amour de la vie prendre le dessus, rendant l'existence joyeuse malgré tout. Jusqu'à l'enchaînement fatal qui fait de Joseph un orphelin, une pupille de l'État. Un système censé le protéger. En fait une terrible machine à broyer l'innocence. À sept ans Joseph connaît la prison pour enfants puis la colonie pénitentiaire. Une véritable descente aux enfers dont le jeune garçon réussit pourtant à s'extraire, grâce à une volonté farouche et à son amour de la musique.
À travers le regard d'un enfant, le gosse met au jour la terrible cruauté des hommes. Mais pas seulement. Sur fond de Front Populaire, porteur d'espoir pour la condition ouvrière, le gosse est une magnifique histoire d'amour, celle d'une mère pour son fils et d'une musique qui estompe la souffrance et fait renaître l'espoir. Lu presque d'une traite, un roman intense, dérangeant, bouleversant.
« En 1936, le journaliste Alexis Danan crée la Fédération nationale des comités de vigilance et d'action pour la protection de l'enfance malheureuse. Ces comités Alexis Danan ont pour mission de dénoncer à la justice les mauvais traitements dont les enfants sont victimes. Moins visibles aujourd'hui, ces comités existent toujours.
 
Maisons de supplices d'Alexis Danan, recueil de cent cinquante témoignages d'enfants ayant été placés en maison de redressement en France, paraît en 1936 chez Denoël et Steele.
 
En 1937, sans prononcer de fermeture administrative, le ministère de la Justice et l'Assistance publique retirent les enfants de Mettray [colonie pénitentiaire pour enfants] : placements, engagements militaires, libérations conditionnelles, détention dans d'autres centres, retour aux familles.
Début novembre 1937, les derniers enfants quittent l'établissement. »
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jeunejane
  20 juin 2022
Joseph naît juste après la première guerre mondiale, dans le quartier Bastille : un vrai Titi parisien. Chez lui, tout le monde est né et vit à Paris.
Son père, seul survivant de sa fratrie, a juste le temps de rentrer des combats pour se marier et avoir un enfant. Ensuite, il se fait rattraper par le virus meurtrier de la grippe espagnole. Joseph est orphelin de père.
Le début du roman commence par quelques lambeaux de bonheur octroyés au garçonnet entre sa mère, plumassière, et sa grand-mère paternelle.
Très rapidement, il se retrouve orphelin, seul au monde et l'enfer commence. Il devient pupille de la nation.
Cette "nation" est tellement bien encadrée qu'elle veut protéger ces enfants mais elle les torture, elle leur enlève toute humanité, tout bien-être.
Pourquoi ? Car ils rencontrent des adultes qui ne sont pas dignes d'avoir la garde d'enfants même dans les institutions.
C'est l'horreur absolue. Il n'est pas mieux traité qu'un bagnard.
Joseph trouve la force de survivre parmi ses semblables avec la musique comme support.
Un roman très fort avec une écriture magistrale.
Le début était magnifique mais j'ai vite déchanté. L'horreur des faits était difficile à supporter. J'aurais aimé que l'auteure me ménage plus de moments où Joseph vivait un peu de répit.
Véronique Olmi s'appuie sur l'oeuvre du journaliste Alexis Danan " Maisons supplices" qui a aidé à fermer les maisons de corrections pour les orphelins et à faire progresser les droits de l'enfant.
Un livre à ne pas lire si on désire un peu d'insouciance.
Un récit à lire si on est désireux de connaître le sort réservé aux orphelins de l'entre-deux guerres en France.
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Annette55
  05 mars 2022
Voici un roman marquant, poignant , poétique , puissant et dérangeant , un pavé déchirant jusqu'à la dernière page même si on assiste tout doucement à la renaissance d'un être ,à un changement de vie , grâce à la musique , un texte incroyablement beau à propos de l'enfance à l'aube du siècle dernier……
Je n'ai pas apprécié tous les livres de cette auteure ,mais celui - là comme Bakhita m'a impressionnée !
Il nous met dès la première phrase dans les pas de Joseph Vasseur, né le 8 juillet 1919 à Paris juste après la grande guerre , une date dont il est fier, car Paris ce n'est pas seulement la ville , c'est la plus grande des villes , «  belle de jour comme de nuit » , enviée dans le monde entier .
Lui , est un titi, sept ans , maigrelet mais robuste , très attaché à sa grand - mère Florentine , sa mère Colette , son instituteur qui lui a appris à lire , écrire et compter ,il aimait l'école ! .

Sa mère et sa grand - mère le surnomment «  le roseau » , il siffle souvent , sa mère aux mains de plumassière , rouges et bleues , habiles et rugueuses ne se posent jamais, la vapeur de l'atelier où elle travaille décolle ses petites mèches entortillées .
Joseph n'a jamais connu son père, revenu de la guerre en «  Gueule Cassée «  , sans visage , et , comme s'il était allé au bout des ses forces est décédé, de la grippe espagnole dans une chambre d'hôpital.
Colette , sa mère , gaie comme un pinson rencontre Augustin , lors d'un bal , tous les dimanches rue de Lappes ——- un peu plus jeune qu'elle ——- elle meurt brutalement lors d'un avortement clandestin, considéré comme un crime monstrueux à cette époque.
La vie de Joseph bascule le jour où elle disparaît .
Il devient pupille de l'Etat , un État qui a soi- disant mis en place tout un système de «  protection » des enfants pauvres , dont les bonnes intentions n'ont d'égale que l'extrême cruauté , l'inhumanité criante , l'absurdité , la monstruosité au fil des jours au sein de cachots puants, grêlés , gluants , une seconde peau de malheur pour Joseph , qui ,dans sa nudité , aux jours sombres et sans repères , met la cagoule pour ne pas voir le gardien qui apporte la gamelle ….
Une cellule de cachot sous La Chapelle de Mettray , là où repose le coeur du fondateur de la colonie ….
On suit Joseph , orphelin de père puis de mère, de famille d'accueil en colonie pénitentiaire de Mettray , de sinistre mémoire , maison de redressement agricole privée , au coeur de la Touraine ,que je viens d'évoquer, en passant par la prison de la Petite Roquette ( Paris ) et autres étapes …..
Joseph veut sa mère , qu'elle le touche et il n'a pas dix ans , ça hurle parfois dans les autres cachots .
Le voici arrivé parmi les «  vicieux » de la République , le vivier de cette racaille , et il y a pris place , sous les coups de sifflet , sans montrer sa fatigue , faussement absent sous les coups , les crachats , les insultes , les railleries obscènes sur la longueur et la vigueur de son sexe , les viols répétés , la trique, le sang qui coule de sa bouche : garder le silence , rester debout ou le tenter, le regard fixe , le crâne rasé , les yeux éteints ….
Il traverse la nuit mais bientôt la musique , cette omniprésence invisible et le cornet à piston , celle qui vit dans ce qui est beau ,il jouera bientôt , un jour lointain , pour Aimé son ami mais je n'en dirai pas plus…..
Il a fait partie des Colons , qui obéissent au clairon , aux sifflets et à la trique , aux ordres militaires : de la race des obligés , des redressés , des rééduqués, des surveillés , des contrôlés , encadrés par des frères aînés , les surveillants , «  les gaffes » alcooliques , violents, violeurs , incultes et inhumains ….
L'auteure fait parler son personnage , son intériorité à l'aide d'un choix narratif essentiel, lui donne un souffle , les enfants n'anticipant pas, toujours dans le présent , découvrant, en alerte permanente .
Elle adapte son histoire selon la condition sociale , l'âge et l'époque …semblable à un roman d'action, lui donnant de l'amplitude grâce à l'utilisation de la troisième personne et du présent .
On sent qu'elle a beaucoup travaillé et visité Mettray, lieu maudit fréquenté par Jean Genet , qu'elle a épousé le regard de ce gamin ….
Une radiographie dérangeante, somme toute , réalisée avec un art consommé ….
Joseph jouera du cornet à piston dans la France du Front Populaire ….
Peut - être retrouvera t- il sa vie et sa joie? …..
Ce livre est aussi un miroir aux débats récurrents et récents sur les violences en famille d'accueil ou dans les foyers d'Aide sociale à l'enfance …
Le lecteur indigné , pétri d'émotions multiples, se fait violence, se jette dans ce livre révolté, révoltant à l'écriture intense , présente , résonnant dans nos coeurs comme un vertige ou une implosion , une langue littéraire entre retenue , amplitude , réalisme effrayant .
IL en ressort comme éreinté, abîmé, anesthésié, essoré , usé par tant de souffrances mais transporté par l'énergie de ce gamin courageux et tendre , fort et faible à la fois , ce qui lui permettra de traverser le pire ….
Un pavé déchirant , une radiographie sans complaisance , prenant aux tripes sur les bagnes pour enfants de l'entre - d'eux - guerres ..
Un très bel ouvrage qui peut rebuter ….
Mon libraire m'avait prévenue , vous allez souffrir ,mais je ne regrette ma lecture …..
Aujourd'hui Mettray abrite un institut thérapeutique, éducatif et pédagogique .
Début novembre 1937 ,les derniers enfants quittent la Colonie Pénitentiaire.
En1974 , La Prison de la Petite Roquette ferme puis est démolie .
Sur son emplacement est aménagé le square de la Roquette .
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critiques presse (6)
LaPresse   23 mai 2022
L’écriture de Véronique Olmi, très lyrique, nous fait littéralement sentir dans notre chair toutes les atrocités subies par Joseph et ses compagnons d’infortune. Il faut souvent prendre des pauses pendant la lecture tellement l’ambiance est lourde, la violence omniprésente et l’injustice de la situation insupportable.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LaLibreBelgique   04 mai 2022
Véronique Olmi dresse un portrait saisissant des pupilles de la Nation à l?aube du XXe siècle.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LaCroix   04 mai 2022
Dans l'entre-deux-guerres, le calvaire d'un enfant de l'Assistance publique que sauvera la musique.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LeJournaldeQuebec   02 mai 2022
Tout comme Colson Whitehead l’a fait il y a deux ans avec Nickel Boys, Véronique Olmi se servira de la littérature pour dénoncer les sévices dont plusieurs enfants ont autrefois été victimes. Car, en devenant pupille de l’État à l’âge de sept ans, Joseph sera entre autres envoyé à la colonie agricole et pénitentiaire de Mettray, aujourd’hui considérée comme l’ancêtre des bagnes pour mineurs.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
LePoint   03 mars 2022
L’autrice de "Bakhita" signe un roman bouleversant sur les prisons pour enfants, fermées il n’y a pas si longtemps.
Lire la critique sur le site : LePoint
LeFigaro   18 février 2022
Comme elle l’avait fait de manière magistrale avec Bakhita, la romancière et dramaturge s’empare du destin d’un enfant de l’Assistance publique.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (71) Voir plus Ajouter une citation
NathalCNathalC   24 juin 2022
Il a un léger vertige. Il a envie de baisser la tête. Il ne sait pas pourquoi. Il a envie de baisser la tête, de rentrer les épaules, de se dérober, que personne ne le remarque, plus jamais, qu’on le détache et puis qu’on le laisse partir, la tête basse, le corps penché, comme un infirme, un mutilé, alors il courrait dans les grands champs de Dieu, en titubant un peu il courrait longtemps, il ressemblerait à un épouvantail, il ferait peur aux oiseaux. Il serait libre.
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NathalCNathalC   23 juin 2022
Le procès-verbal a été long à rédiger. Aussi long que le rapport anthropométrique. On ne lui a pas seulement mesuré la taille, mais la tête aussi, et le pied gauche, le médium gauche, le front, le nez, l’oreille droite, la coudée, on a soulevé ses lèvres, ses narines, tiré ses cheveux, ses oreilles, décrit son visage, ses sourcils, son iris gauche, la forme de son crâne, de son front, de ses hanches, de ses fesses, on l’a pris en photo, de face, de profil, on l’a pesé, palpé, ausculté, interrogé, regardé marcher normalement puis sur la pointe des pieds, doucement puis plus vite, et tous les mots et tous les chiffres qui s’inscrivaient sur le registre semblaient parfaitement se correspondre, les mesures de son visage, de son dos, l’écart entre ses sourcils, la forme de son nez, tout disait son jeune âge, ses carences, son vice. Son hérédité.
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jeunejanejeunejane   20 juin 2022
La musique n'est pas un rêve. Elle est réelle. Nécessaire. Comme elle l'était sur ces chemins de Picardie. Armstrong peut faire pleurer une salle entière avec deux notes, deux petites notes qu'il emmènera où il le veut. Les notes disent l'univers qui vous entoure et celui qui vous habite, et pour Joseph cesser de jouer est comme manquer d'eau.
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jeunejanejeunejane   20 juin 2022
Il a remarqué qu'une femme avait beaucoup de noms, en plus de son nom de jeune fille ou de celui de femme mariée, elle peut s'appeler catherinette, grisette, midinette, gigolette, laurette, cocotte, ou encore vieille fille pour celle qui n'a jamais eu de mari mais se tient sage, ou traînée pour celle qui, avec ou sans mari, n'est pas sage. Mais il ne sait pas comment on appelle une veuve, comme sa mère, qui a fini depuis longtemps son grand deuil, son deuil et son demi-deuil, mais qui n'est pas sage.
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bichonbichettebichonbichette   31 mars 2022
Il s'agenouille face à elle, pour qu'elle le voie. Mais elle somnole. Alors il la regarde. La peau fine comme du papier à cigarette. Les bleus. Les petites croûtes sur le crâne aux cheveux épars, le cou cassé, le buste attaché au fauteuil par un drap, la bave qui s'échappe lentement de sa bouche ouverte. Grand-mère, c'est moi, il le dit tout bas d'abord, en caressant doucement son bras maigre et qui n'est plus que rides. C'est moi, Joseph. Elle ouvre les yeux et le regarde sans comprendre, elle ne le reconnaît pas, et il répète, Bonjour grand-mère, ça va grand-mère ? pour qu'elle sache qui elle est, qui elle est pour lui, et il lui dit, Ça fait longtemps, hein, ça fait longtemps qu'on s'est pas vus ? Elle sourit en hochant la tête, et d'une voix lointaine, une voix à peine elle dit, Oh oui, comme ça, sans étonnement ni chagrin, et sa main se pose sur la sienne, alors Joseph y pose l'autre main, et elle son autre main, et ainsi leurs quatre mains sont superposées, bien ensemble, et elle dit de sa voix minuscule, On est faits pour être ensemble. Alors il lui demande doucement, Tu sais qui je suis ?. Elle sourit sans répondre, mais son sourire se crispe un peu, il la tourmente avec sa question, mais il ne peut s'empêcher de la lui poser encore, Tu sais qui je suis ?. Elle le regarde droit dans les yeux et chante de son filet de voix, J'ai descendu dans mon jardin j'ai descendu dans mon jardin, pour y cueillir du romarin, et elle sourit de bonheur, et puis elle est fatiguée soudain, elle ferme de nouveau les yeux, et sa tête retombe sur sa poitrine. Joseph pose son visage sur ses genoux, comme quand il était tout gosse, il sent son odeur de vieille femme mal lavée, mal nourrie, si seule. Il pense, Je suis Joseph Vasseur, le fils de Paul. Ce n'est pas grave si tu ne sais pas qui je suis, moi je sais qui tu es. Je sais qui tu es. (p. 206-207)
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