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Michel Le Guern (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070378609
416 pages
Éditeur : Gallimard (01/10/1987)

Note moyenne : 3.49/5 (sur 40 notes)
Résumé :
Il est peu de livres qui, autant que Les Provinciales, montrent à quel point le génie de l'écriture survit à la matière confuse et périssable dont est faite l'histoire des idées. Les querelles entre jésuites et jansénistes nous paraissent d'un autre âge et on ne s'intéresse plus guère au problème de la grâce et de la prédestination. Mais il y a dans Les Provinciales tant de talent, d'humour, d'allégresse polémique, une si rafraîchissante et moliéresque verve comique... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
colimasson
  25 octobre 2015
Quand Pascal écrit des lettres, on ne s'allonge pas tranquille sur le hamac en sirotant une bière. Faut s'accrocher, et la bière risque de tomber des mains. Les Provinciales sont des lettres fictives de circonstance, ça fait beaucoup de pincettes dont il faut se souvenir pour le cas où on croirait qu'on va passer un bon moment. Pas tellement.

Au 17e siècle, en France, comme toujours ici et ailleurs, quelle que soit l'époque, il se passait beaucoup de choses mais on trouvait quand même le temps de s'ennuyer ; alors, toutes les bonnes occasions sont bonnes à prendre pour se trouver querelle, s'imaginer de faux ennemis, de faux amis, et de fausses embrouilles. Dans le clergé surtout, puisque ses membres avaient encore du pouvoir, quelques âmes égarées venaient semer la discorde pour se venger d'une place qui, peut-être, n'avait pas été choisie de plein gré.

A l'époque, les jésuites dominaient le paysage et ils n'aimaient pas les jansénistes. Ceux-ci représentaient à leurs yeux la nouvelle hérésie du siècle, tout ça parce que les jésuites pensaient que la grâce suffisante était donnée à tous dès la naissance, alors que les jansénistes n'admettaient qu'une grâce efficace, donnée par Dieu aux hommes qui avaient fait preuve de leurs mérites au cours de leur existence. Pour les jésuites, donc, tout le monde a de la chance et peut faire le bien. Très aimant, très intégrant. Pour les jansénistes, il faut se bouger le cul un peu plus, ne jamais se reposer sur ses lauriers : la grâce ne sera prodiguée qu'à ceux qui ont su briller des milles feux de leur charité.

Les jésuites, pleins de pouvoirs, dispensent les bonnes notes et les cartons rouges. Ils s'acharnent sur Port-Royal, désigné comme le repaire des jansénistes, et mitraillent Arnauld, un type qui avait voulu défendre l'abbaye contre ces diffamations. Mais comme les jésuites sont puissants, le pape finit par censurer cinq propositions émises par Arnauld. Oh grande injustice ! Les jansénistes, scandalisés, cherchent un type plus facile d'accès qu'Arnauld pour faire connaître l'histoire au grand public : Blaise Pascal arrive de toute urgence.

Si Blaise Pascal passait pour un type d'accès facile à l'époque, on a du mal à imaginer l'effroi d'un de nos contemporains s'essayant à la lecture d'Arnauld. Blaise Pascal n'est déjà pas loin de nous donner des cheveux blancs… Avant de s'immerger dans ses lettres, il va falloir se donner un bon cours d'histoire religieuse afin de comprendre le jeu des influences entre les divers mouvements de l'époque et les personnages qui animent le tout, comme dans un grand karaoké foireux.

Les premières lettres commencent sur le ton du badinage pour montrer que les jésuites sont des faux-culs qui pervertissent les mots employés par leurs ennemis pour les condamner, et qui se forgent de fausses alliances avec d'anciens ennemis pour asseoir leur puissance. Pascal s'amuse aussi à convoquer les casuistes jésuites les plus célèbres et démonte leurs gros ouvrages pour n'en extraire que les citations les plus scandaleuses. Il veut ainsi montrer que les casuistes jésuites autorisent toutes les formes de péché, parce qu'on trouve toujours des circonstances atténuantes et surtout parce qu'ils agissent en hommes politiques de demain, pardonnant d'avance toutes les failles non pour le bien-être de l'humanité ou le respect des obligations éternelles, mais pour se mettre dans la poche la plus grande majorité de la population, les vilains pécheurs, et se faire kiffer pour des siècles et des siècles, ou tout au moins pour la décennie à venir :

« On peut jurer, dit [Sanchez], qu'on n'a pas fait une chose, quoiqu'on l'ait faite effectivement, en entendant en soi-même qu'on ne l'a pas faite un certain jour ou avant qu'on fût né, ou en sous-entendant quelque autre circonstance pareille, sans que les paroles dont on se sert aient aucun sens qui le puisse faire connaître ; et cela est fort commode en beaucoup de rencontres, et est toujours très juste quand cela est nécessaire ou utile pour la santé, l'honneur ou le bien. »

C'est très amusant, même si on devine que Pascal s'arrange un peu lui aussi avec la vérité puisqu'il extrait ces passages de leur contexte et semble ne pas savoir que l'ambition des casuistes était d'épuiser un sujet de péché en évoquant toutes les situations qui peuvent se présenter lorsqu'un confesseur est confronté au récit de ses pénitents.

Les lettres suivantes deviennent plombantes. A partir de la dixième lettre, Pascal ne se cache plus derrière un narrateur fictif et prend vraiment la mouche lorsqu'il s'agit de répondre à ses détracteurs, qui l'accusent à leur tour d'hérésie. Les lettres deviennent recueil de citations, cris de colère, vindictes pour savoir qui a plus raison que l'autre. Oui, c'est emmerdant, surtout quand on lit tout ça avec le recul de quatre siècles bientôt, et qu'on se dit que cette vieille embrouille, qui avait fait frémir le dos de bien des philosophes et théologiens désormais moisis, est tombée aux oubliettes, si bien qu'on n'arrive même plus à en bailler d'ennui. le temps est un juge effroyable.
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Klasina
  22 avril 2019
Un vent frais et savoureux, un vent mordant et impétueux. Ainsi pourrait-on qualifier l'ensemble des pages des Provinciales que l'on tourne aisément. C'est un ton, dont l'ironie et le sarcasme, enjouent, la complicité s'instaure d'elle-même. C'est un style clair et précis, un raisonnement rigoureux, la qualité littéraire tinte comme un authentique joyau.
Témoignant d'une prose classique, d'un honnête homme du siècle, et si l'on peut dire d'un esprit marquant du XVIIe siècle, ces missives gravent à lettres dorées, le rôle noble de la " littérature. Au sens d'un écrit structuré, cohérent et riche en prouesses stylistiques, on en remarque vite la richesse textuelle. C'est aussi qu'elle met son pouvoir au service de la vérité.
Quand la raison se met à défendre la vérité par un processus de maîtrise, de code, et d'ordre, on entre à la frontière de l'argumentation et on y rencontre ses paysages différents : rhétorique, langage implacable, vivacité, finesse...
Par conséquent, l'irrationnel ne vient pas en l'aide de Pascal. Oui, il y a certainement un cri du coeur qui le pousse à agir, mais c'est la raison, par cette force, qui est en plus forte. Dès lors, peut-on dire qu'il y a une adéquation parfaite entre la philosophie de Pascal et ses Provinciales.
Que disent donc les Provinciales ?
Pascal s'attache tout d'abord à défendre Antoine Arnaud accusé injustement, et au-delà, les Jansénistes dont les Jésuites en disent qu'ils sont « hérétiques ». Pour Pascal, les jésuites jouent sur les interprétations et le sens des mots. Dans l'affaire d'Arnaud, Pascal y voit plus une querelle de « théologiens » que de « théologie » : ce serait dès lors la personne même d'Antoine Arnaud qui serait méprisé et non pas tant ses idées.
Il s'attaque ensuite à la morale jésuite, qui selon Pascal, chercherait à gagner en pouvoir temporel. Comme tout pamphlet, la vision de l'adversaire apparaît sans nuances, le but étant une réaction. La casuistique jésuite est la principale cible de Pascal, elle repose sur « le probabilisme » c'est-à-dire des énoncés qui prévoient des opinions probables. Elle prévoit des maximes sur mesure : « Nous avons donc des maximes pour toutes sortes de personnes, pour les bénéficiers, pour les prêtres, pour les religieux, pour les gentilhomme, pour les domestiques, pour les riches […] : enfin rien n'a échappé à leur prévoyance. » (p.83). Par là, les Jésuites apportent des maximes utiles à tous les besoins possibles.

Pour une définition plus précise, celle du Littre : « Doctrine suivant laquelle, dans le concours de deux opinions, dont l'une est plus probable et favorable à la morale et à la loi, l'autre moins probable et favorable à la cupidité et à la passion, il est permis de suivre celle-ci dans la pratique, pourvu qu'elle soit approuvée par un auteur considérable. » L' « auteur considérable », dans le texte de Pascal est qualifié, « d'auteur grave'». Cette morale semble permise car elle repose uniquement sur l'autorité d'un nom et pas de la vérité établie (p.71) : « Quoi ! Mon Père, parce qu'ils ont mis ces trois lignes dans leurs livres, sera-t-il devenu permis de rechercher les occasions de pécher ? Je croyais ne devoir prendre pour règle que l'Ecriture et la tradition de l'Eglise, mais non pas vos casuistes ».
Cette morale s'appuie sur des cas particuliers et cherche des raisons pouvant faire croire à leur vérité. Ainsi, Pascal montre un laxisme dans laquelle tombe la morale, à tel point qu'il devient possible de pécher dans le cas de la casuistique jésuite. Pascal revient sur la simonie, l'homicide, la médisance, les calomnies que les jésuites font autoriser par leur casuistique. Ils masquent leur propos par un habile jeu de langage : en théorie, c'est possible, en pratique, cela ne l'est pas. Notre auteur y voit une peur plus des juges que de Dieu. Car il est « peu chrétien » que d'autoriser le meurtre…
Par là, elle s'éloigne pour Pascal du christianisme intransigeant, rigoureux et considéré comme authentique (jansénisme). Il reproche dès lors aux jésuites un amoindrissement moral quitte à se rabaisser à la bassesse humaine ( p.83) : « Hélas ! me dit le Père, notre principal but aurait été de n'établir point d'autres maximes que celles de l'Evangile dans toute leur sévérité […] Nous y sommes forcés. Les hommes sont aujourd'hui tellement corrompus que, ne pouvant les faire venir à nous, il faut bien que nous allions à eux : autrement, ils nous quitteraient ; ils feraient pis, ils s'abandonneraient entièrement. Et c'est pour les retenir que nos casuistes ont considéré les vices auxquels on est le plus porté dans toutes les conditions afin d'établir des maximes si douces, sans toutefois blesser la vérité. […] Car notre dessin capital […] est de ne rebuter qui que ce soit pour ne pas désespérer le monde. » Non sans ironie, Pascal reproche encore une forme de corruption qui touche les jésuites.
C'est plier la loi de Dieu que de l'adapter à l'homme et sa corruption p.67.: « comme si la foi, et la tradition qui la maintient, n'était pas toujours une et invariable dans tous les temps et dans tous les lieux ; comme si c'était la règle à sa fléchir pour convenir au sujet qui doit lui être conforme ; et comme si les âmes n'avaient, pour se purifier de leur taches, qu'à corrompre la loi du Seigneur ; au lieu que la loi du Seigneur, qui est sans tache et toute sainte, est celle qui doit convertir les âmes et les conformer à ses salutaires intentions ! ».
Il dénonce la pratique des missionnaires en terres à évangéliser qui consiste à adapter les éléments de doctrine à la culture du pays. (p.66) : « Ainsi ils en ont pour toutes sortes de personnes et répondent si bien selon ce qu'on leur demande, que, quand ils se trouvent en des pays où un Dieu crucifié passe pour folie, ils suppriment le scandale De La Croix et ne prêchent que Jésus-Christ glorieux, et non pas Jésus-Christ souffrant : comme ils ont fait dans les Indes et dans la Chine, où ils ont permis aux Chrétiens, l'idolâtrie même, par cette subtile invention, de leur faire cacher sous leur habits une image de Jésus Christ ».
Pascal fait constater que les jésuites s'intéressent plus à l'extériorité qu'à l'intériorité. On pourrait même ne pas aimer Dieu et se limiter à la bonne exécution et pratique des sacrements.
C'est donc moins par sincérité ( donc par qualité) que par intérêt ( donc par quantité) que les jésuites cherchent à conquérir le coeur des fidèles. Il faut rappeler que la Compagnie a été autorisée suite à la Réforme pour reconquérir le plus possible de fidèles. de là, la vision de Pascal quant aux Jésuites, qu'il finit par décrédibiliser par son inventaire riche d'arguments.
Que sont finalement les Provinciales ? Un écrit polémique, pamphlétaire, dans lequel Pascal tourne en dérision les jésuites et leur pratique de la casuistique, certainement. Mais les Provinciales peuvent se voir sous plusieurs angles tant cette oeuvre est protéiforme.
Les Provinciales sont-elles un plaidoyer ? Sans doute, par la défense d'Arnaud et de Port Royal. Sont-elles un réquisitoire ? Là aussi par la dénonciation de la conduite jésuite, qui est à dessein, exagérée. Ou encore sont-elles une apologétique de la vraie foi ? Par le respect strict des Ecritures, par le retour à la vérité de la foi, aux conciles, en définitive, à la vérité établie par l'autorité.
C'est en fait un procès qui est mimé : il met en scène les deux parties et le triomphe de la vérité. Pascal fait de la raillerie une arme pour la vérité contre la violence et les propos calomniateurs des jésuites. Les jésuites dans les lettres, l'accusent de tourner en raillerie " les choses saintes". Pascal montre que les maximes jésuites n'en sont pas.
Pour justifier sa stratégie de raillement, Pascal souligne que c'est « un devoir pour la vérité de railler l'ignorance ».
Là encore : " Ne voit-on pas que, selon cette conduite, on laisserait introduire les erreurs les plus extravagantes et les plus pernicieuses, sans qu'il fût permis de s'en moquer avec mépris, de peur d'être accusé de blesser la bienséance, de peur d'être accusé de manquer de charité ?".
Il tente par là de rendre possible la satire, l'ironie, la raillerie, qu'elles ne sont pas contraires à la religion.
C'est finalement une liberté de la pensée qui est justifiée.

Pour cela, il s'appuie sur l'ironie johannique, qu'utilise Jésus dans les Evangiles ( l'épisode de Nicodème) et prend appuie sur les Pères de l'Eglise, comme Tertullien « ce serait les autoriser que de les traiter sérieusement » ( les maximes erronées des jésuites) et saint Augustin : « qui oserait dire que la vérité doit demeurer désarmée contre le mensonge ? ». (p.158). La vérité est offensée, il faut savoir la défendre. C'est dire que l'ironie de Pascal se justifie comme une arme pour établir la vérité et gagner le procès.
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Atarah
  30 novembre 2016


J'ai cru m'apercevoir qu'à peu près tous ses commentateurs dans l'histoire de la critique, ont été circonvenus par Pascal, et se sont, me semble-t-il, toujours très mal prononcés sur Les Provinciales. Parce que l'on y cherchait une pensée générale sur l'Homme, on lisait Les Provinciales comme on lisait Les Pensées, lorsqu'il fallait y chercher l'oeuvre polémique, qu'elle est effectivement, pamprée de l'étoffe même de la provocation et du piège.
Le piège ne fonctionne plus pour les hommes d'aujourd'hui, pourriez-vous m'opposer, l'appât n'a plus le goût de nôtre époque, pour qui, grâce suffisante et pouvoir prochain ne pourraient moins chaloir...
Et bien, justement, le piège qui a été dressé pour les jésuites, nous le retrouvons, si j'ose dire, aux dimensions de l'Homme dans Les pensées-dont le procédé est rigoureusement identique.
Pascal alpague les esprits forts: "Vous courrez à la folie, vous courrez à la mort, soyez raisonnables, revenez à vous !" La conduite de l'esprit fort véritable serait de ne pas moufter. Un Cyrano de Bergerac eût très bien compris à quoi s'en tenir, s'épandant en une sorte de rire nietzschéen avant de s'en tourner les talons. Contre ceux là, Pascal ne peut rien. Cependant, dès lors que l'esprit fort a accepté de répondre à la provocation, le voilà perdu: soit il affirme la grandeur de l'Homme et Pascal le cingle (renversement du pour au contre) "Tout ce que vous prouvez c'est la petitesse de l'homme, car en montant sur vos ergos vous ne prouvez que vos propres ridicules. En affirmant la grandeur de l'homme, vous ne prouvez que ses misères".
Ou bien-ou bien, autre type d'interlocuteur, Pascal s'adresse à un Montaigne lui ayant tenu à peu près ce langage: " L'homme est ridicule, l'homme est petit" Pascal de lui répondre: "La pensée de l'homme est peut-être basse, mais c'est là la grande marque de sa noblesse !". À nouveau, renversement du pour au contre: ce que Montaigne affirme, c'est la grandeur de l'homme quand il croit affirmer sa bassesse. Et ainsi de suite, le cercle de grandeur et de misère est une quadrature infinie (et participe aussi du traquenard). Quoi que l'esprit fort puisse alléguer, il plaidera contre lui même et n'aura de cesse de prouver, "avec agreste" la thèse de Pascal.
Que ce soit dans les sciences, dans Les Provinciales comme dans Les Pensées, toujours s'est-il échiné à affirmer sa maîtrise, calculant au comput comment être certain de l'emporter. Comment peut-on à la fois être si humble devant Dieu et prétendre avoir toujours raison sur les hommes ? Volonté de sauver ses semblables, style biblique de Pascal ne pouvant faire valoir qu'avec autorité la sagesse de Dieu et puis, au fond, Pascal a mis son terrible esprit de maîtrise-que l'on pourrait appeler son esprit de principauté-au service d'une cause qu'i l dépasse.
Nietzsche, Rousseau, eux aussi étaient déterminés à avoir raison contre tous, et c'est bien l'entreprise philosophique la plus intéressante qui soit.
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cicou45
  26 août 2011
Les Provinciales ou, de son vrai nom Lettres écrites par Louis de Montalte à un provincial de ses amis aux RR. PP. Jésuites sur le morale et la politique de ces pères est un recueil de dix-huit lettres -la dix-neuvième ne nous ayant été parvenue que sous forme de fragments- écrites entre le 23 janvier 1656 et le 24 mars1657. Durant cette année écoulée, Pascal consulte de nombreux théologiens afin d'essayer de résoudre les différends qui opposaient jésuites et jansénistes.
La première lettre s'ouvre sur une querelle qui eut lieu à la Sorbonne entre jansénistes et thomistes ( dominicains partisans de Saint-Thomas), chacun se voulant catholiques et condamnant l'autre d'hérétique.
Les lettres suivantes opposent tour à tour jésuites, thomistes et jansénistes sur les notions de «pouvoir prochain » et de « grâce suffisante ». En utilisant le sens de l'humour et en renversant sans cesse les propos de ses interlocuteurs, Pascal démontre que eux-mêmes se contredisent sans cesse.
Livre que j'ai trouvé un peu difficile d'accès mais qui m'a néanmoins beaucoup apporté en ce qui concerne la réflexion quant à la morale et aux actes que l'homme fait soit consciemment, soit inconsciemment !
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Epictete
  07 janvier 2014
Voilà un livre dont la lecture demande d'être bien assis et d'avoir l'esprit bien clair.
La lecture n'en est pas tellement compliqué, mais fait référence a tant de situations historiques qu'il faut être bien concentré. Heureusement qu'il y a de nombreuses notes dans cette édition, qui permettent la compréhension. Même si cela demande un peu de temps.
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Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   23 novembre 2016
Quand nous ne pouvons pas empêcher l’action, nous purifions au moins l’intention ; et ainsi nous corrigeons le vice du moyen par la pureté de la fin. Voilà par où nos Pères ont trouvé moyen de permettre les violences qu’on pratique en défendant son honneur ; car il n’y a qu’à détourner son intention du désir de vengeance, qui est criminel, pour la porter au désir de défendre son honneur, qui est permis selon nos Pères.
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colimassoncolimasson   01 novembre 2015
Cette proposition […] serait catholique dans une autre bouche ; ce n’est que dans M. Arnauld que la Sorbonne l’a condamnée. Et ainsi admirez les machines du Molinisme, qui font dans l’Église de si prodigieux renversements, que ce qui est catholique dans les Pères devient hérétique dans M. Arnauld ; que ce qui était hérétique dans les semi-Pélagiens devient orthodoxe dans les écrits des Jésuites ; que la doctrine si ancienne de saint Augustin est une nouveauté insupportable ; et que les inventions nouvelles qu’on fabrique tous les jours à notre vue passent pour l’ancienne foi de l’Église. […]

Cette instruction m’a servi. J’y ai compris que c’est ici une hérésie d’une nouvelle espèce. Ce ne sont pas les sentiments de M. Arnauld qui sont hérétiques ; ce n’est que sa personne. C’est une hérésie personnelle. Il n’est pas hérétique pour ce qu’il a dit ou écrit, mais seulement pour ce qu’il est M. Arnauld. C’est tout ce qu’on trouve à redire en lui.
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colimassoncolimasson   24 octobre 2016
De même ; il est dit dans l’Evangile : Donnez l’aumône de votre superflu. Cependant plusieurs casuistes ont trouvé moyen de décharger les personnes les plus riches de l’obligation de donner l’aumône. Cela vous paraît encore contraire ; mais on en fait voir facilement l’accord, en interprétant le mot de superflu, en sorte qu’il n’arrive presque jamais que personne en ait ; et c’est ce qu’a fait le docte Vasquez en cette sorte, dans son traité de l’aumône, c. 4 :

Ce que les personnes du monde gardent, pour relever leur condition et celle de leurs parents n’est pas appelé superflu ; et c’est pourquoi à peine trouvera-t-on qu’il y ait jamais de superflu dans les gens du monde, et non pas même dans les rois. […]
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colimassoncolimasson   06 décembre 2016
« C'est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaie d'opprimer la vérité. Tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérité, et ne servent qu'à la relever davantage. Toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence, et ne font que l'irriter encore plus. Quand la force combat la force, la plus puissante détruit la moindre ; quand on oppose les discours aux discours, ceux qui sont véritables et convaincants confondent et dissipent ceux qui n'ont que la vanité et le mensonge ; mais la violence et la vérité ne peuvent rien l'une sur l'autre. Qu'on ne prétende pas de là néanmoins que les choses soient égales : car il y a cette extrême différence que la violence n'a qu'un cours borné par l'ordre de Dieu qui en conduit les effets à la gloire de la vérité qu'elle attaque, au lieu que la vérité subsiste éternellement et triomphe enfin de ses ennemis ; parce qu'elle est éternelle et puissante comme Dieu même.
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colimassoncolimasson   28 octobre 2015
Je sus donc, en un mot, que leur différend, touchant la grâce suffisante, est en ce que les Jésuites prétendent qu’il y a une grâce donnée généralement à tous les hommes, soumise de telle sorte au libre arbitre, qu’il la rend efficace ou inefficace à son choix, sans aucun nouveau secours de Dieu, et sans qu’il manque rien de sa part pour agir effectivement ; ce qui fait qu’ils l’appellent suffisante, parce qu’elle seule suffit pour agir. Et les Jansénistes, au contraire, veulent qu’il n’y ait aucune grâce actuellement suffisante, qui ne soit aussi efficace, c’est-à-dire que toutes celles qui ne déterminent point la volonté à agir effectivement sont insuffisantes pour agir, parce qu’ils disent qu’on n’agit jamais sans grâce efficace. Voilà leur différend.
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Vidéo de Blaise Pascal
À 350 ans de nous, Blaise Pascal (1973 / Les samedis de France Culture). Par Jean-Marie Domenach. Réalisation : Jeanne Rollin-Weiss. Émission “Les samedis de France Culture”, diffusée le 9 juin 1973. Photographie : Masque mortuaire de Blaise Pascal, 1662, Bibliothèque de la Société de Port-Royal. Blaise Pascal, né le 19 juin 1623 à Clermont (aujourd'hui Clermont-Ferrand), en Auvergne, mort le 19 août 1662 à Paris, est un mathématicien, physicien, inventeur, philosophe, moraliste et théologien français. Enfant précoce, il est éduqué par son père. Les premiers travaux de Pascal concernent les sciences naturelles et appliquées. Il contribue de manière importante à l’étude des fluides. Il a clarifié les concepts de pression et de vide, en étendant le travail de Torricelli. Pascal a écrit des textes importants sur la méthode scientifique. À 19 ans, il invente la première machine à calculer, et après trois ans de développement et 50 prototypes, il la présente à ses contemporains en la dédiant au chancelier Séguier. Dénommée “machine d’arithmétique”, puis roue pascaline et enfin pascaline, il en construisit une vingtaine d'exemplaires dans la décennie suivante. Mathématicien de premier ordre, il crée deux nouveaux champs de recherche majeurs : tout d’abord il publie un traité de géométrie projective à seize ans ; ensuite il développe en 1654 une méthode de résolution du « problème des partis » qui, donnant naissance au cours du XVIIIème siècle au calcul des probabilités, influencera fortement les théories économiques modernes et les sciences sociales. Après une expérience mystique qu'il éprouva en novembre 1654, il se consacre à la réflexion philosophique et religieuse, sans toutefois renoncer aux travaux scientifiques. Il écrit pendant cette période “Les Provinciales” et les “Pensées”, publiées seulement après sa mort qui survient deux mois après son 39ème anniversaire, alors qu’il a été longtemps malade (sujet à des migraines violentes en particulier).
Avec :
Bernard Dorival (1914-2003), président de la Société des amis de Port-Royal, historien de l'art et critique d'art français François Châtelet (1925-1985), historien de la philosophie, philosophe politique et penseur de l'histoire français Étienne Borne (1907-1993), philosophe et journaliste français du courant démocrate-chrétien Georges-Théodule Guilbaud (1912-2008), mathématicien, fondateur et directeur du Centre d'analyse et de mathématiques sociales à l'École pratique des hautes études Jean Mesnard (1921-2016), professeur à la Sorbonne, universitaire et chercheur français, doyen de l’Académie des sciences morales et politiques Luce Giard, attachée au CNRS, historienne des sciences, de la philosophie et des milieux intellectuels à la Renaissance Michel de Certeau (1925-1986), prêtre jésuite français, philosophe, théologien et historien Dominique Descotes, ancien élève de l'École Normale Supérieure de la rue d'Ulm, professeur de littérature française à l'Université Blaise Pascal (Clermont-Ferrand 2), et directeur scientifique du Centre International Blaise Pascal (Clermont-Ferrand) Henri Gouhier (1898-1994), philosophe, historien de la philosophie et critique dramatique français Philippe Sellier, professeur émérite de lettres de l'université Paris-IV Sorbonne, spécialiste des grands écrivains qui gravitent autour de Port-Royal Geneviève Descamps, étudiante Pierre Emmanuel (1916-1984), poète français d'inspiration chrétienne Yoichi Maeda (1911-1987), professeur honoraire à l'Université de Tokyo
Extraits des “Pensées” et de “La vie de Monsieur Pascal” de Gilberte Périer (la sœur aînée de Blaise Pascal)
Sources : France Culture et Wikipedia
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>Religion>Histoire et géographie de l'église>Controverses et hérésies doctrinales (20)
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