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Michel Arnaud (Traducteur)
EAN : 9782072929069
128 pages
Gallimard (13/05/2021)
3.66/5   29 notes
Résumé :
Dans le microcosme social que constitue une plage pendant la saison balnéaire, le narrateur observe jalousement un couple ami. En attendant, en souhaitant même peut-être obscurément une rupture, il décrit en contrepoint sa solitude sans espoir, telle que fut celle de Pavese.

Dans La Lune et les feux, un ancien pupille de l'Assistance publique, revient, après avoir émigré, au pays qui lui tient lieu de pays natal. C'est pour l'auteur un retour aux sou... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
mh17
  04 mai 2022
Cesare Pavese (1908-1950) a écrit ce court roman en 1942. Je l'ai trouvé remarquable.
Voilà comment le résume son auteur dans ses notes : « Ce dernier livre représente un effort pour dépasser le naturalisme par la construction d'atmosphères psychologiques. Il raconte l'amitié de deux jeunes gens qu'une femme, épouse de l'un d'eux, lie et sépare à la fois. Aucun fait extraordinaire n'advient, autour d'eux le petit monde de la plage, la mer, les vacances, sont plus que représentés, sous-entendus par un dialogue fait de résonances. Quatre hommes évoluent autour d'une femme et le monde particulier de chacun est senti comme une présence, un malaise au-delà des faits. »
Avant d'en arriver à la plage, on assiste à une scène fondatrice. le narrateur et Doro autrefois amis inséparables font un saut au pays dans les collines piémontaises. Doro vit désormais à Gênes depuis qu'il a épousé Cleia, une enfant gâtée de la bourgeoisie génoise. Il semble filer le parfait amour et pourtant il éprouve le besoin de retrouver sa terre natale. le narrateur se délecte déjà de replonger dans les délices de l'enfance et se réjouit silencieusement d'une possible dispute conjugale entre les deux époux. Mais Doro refuse absolument de retourner dans la maison familiale et de fournir des explications sur son mariage. Alors l'excursion tourne court, se termine en beuverie grotesque et pitoyable.
Cleia l'épouse de Doro est un personnage mystérieux car toujours perçu de l'extérieur par le narrateur jaloux. Elle plaît aux hommes, bavarde, cancane, sourit, évolue avec aisance dans ce microcosme balnéaire superficiel. Elle adore jouir du soleil, se fondre avec les rochers sans écouter les autres. Elle aime nager seule. On apprend qu'elle a passé une enfance solitaire enfermée dans une villa bourgeoise et qu'elle y rêvait de soleil et de mer. On ne connaît pas la nature des rapports qu'elle entretient avec Doro. On s'interroge, on cancane comme tous les autres.
Parmi les soupirants de Cleia, on trouve Guido le quadragénaire et Berni, l'adolescent. Guido est un riche oisif qui collectionne les petites jeunes. Mais Il a aussi une part d'ombre et de gravité. Berni, l'ex étudiant du narrateur est encore au stade de l'innocence, des découvertes, des livres, des désirs en tout genre. Il virevolte autour du groupe sans se dévoiler et apprend, vite, trop vite l'espace de cet été à la plage.
le narrateur trentenaire célibataire sans nom ne recherche plus l'amour mais une amitié, qu'on devine ambiguë mais pure, irrémédiablement perdue. L'innocence a disparu avec les collines piémontaises.
Les personnages souffrent donc tous de difficulté d'être à différents stades de la vie. Ils ne dialoguent pas vraiment, ils soliloquent le plus souvent en présence d'un autre. Les conversations sont pleines de sous-entendus, de souffrances muettes et marquent une totale impuissance à se comprendre et à s'adapter au temps présent.
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lafilledepassage
  30 juin 2021
La plage ou petite étude sociologique de la bourgeoisie nord-italienne en villégiature sur la côte ligure. Ou encore étude sur l'impact du mariage sur l'amitié entre deux hommes. Ou aussi peut-être réflexions sur le passage du temps sur les relations amicales.
Écrit en 1942, soit au tout début de la carrière de Pavese, le texte n'est pas exempt de quelques réflexions sexistes et misogynes dont il faut pouvoir faire abstraction. le récit est parfois difficile à suivre, car l'auteur passe sans transition d'un paragraphe à l'autre, dans une suite de moments collés les uns aux autres. À noter aussi l'absence d'intrigue. Il s'agit ici de décrire la vie telle qu'elle est, sans aucun intention dramatique et sans artifice.
L'impression majeure ressentie est celle de vide et d'un ennui colossal que ni les distractions et ni les mondanités ne parviennent pas à surmonter. le narrateur reste en retrait, plus spectateur du monde que réellement acteur et impliqué. Finalement on ne saura vraiment peu de choses de son amitié avec Doro, le jeune marié, qui sera complétement éclipsé par sa jeune et rayonnante épouse Clélia autour de qui gravitent pléthore d'admirateurs, dont peut-être le narrateur.
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frandeseine
  31 mai 2021
Quand le narrateur, aux alentours de la trentaine, apprend que Doro, son ami de toujours, se marie, il le prend mal. C'en est fini de leurs belles années de complicité. Et pourtant non. Pas tout à fait. C'est sans sa femme que Doro revient un jour au pays pour une virée entre hommes. S'est-il disputé avec Clélia ? Il ne cessera pas de poser et de se poser la question quand il ira les retrouver tous les deux pour quelques semaines de villégiature. Doro passe ses journées à faire des tableaux. Clelia, elle, entretient une relation privilégiée et solitaire avec la mer. Alors s'entendent-ils vraiment ? Sans toujours vraiment le reconnaître, il espère bien que non. Parce que son ami lui serait alors rendu. Parce qu'il se verrait confirmé dans l'idée que le mariage est presque nécessairement voué à l'échec. Et parce que Clélia serait libre. Une Clélia qui lui fait des confidences intimes sur son enfance et pour laquelle il nourrit des sentiments ambigus. Comme beaucoup d'autres, d'ailleurs, de façon plus ou moins avouée, dans le petit groupe qui gravite autour d'eux. C'est l'annonce de la grossesse de Clélia qui mettra fin et aux interrogations. Et aux vacances.
C'est un texte subtil, très visuel, tout en nuances. le narrateur est tout à la fois partie prenante de ce qui se passe et complètement en retrait. Il se révèle peu à peu tel qu'il est vraiment. Un solitaire souvent mal à l'aise dans les rapports avec les autres. Et si les vingt ans et le comportement du jeune Berti, lui aussi amoureux de Clélia, le fascinent tant, c'est qu'il est resté englué dans son adolescence. Une adolescence dont on a le soupçon qu'il ne parviendra jamais à s'extirper.
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Isa0409
  29 décembre 2021
🏝 « Nous étions immobiles devant son hôtel. Je lui demandai quel genre de vie il fallait mener selon lui. « Une vie saine, dit-il. Travailler, mais sans excès. Se distraire, se nourrir et parler. Surtout se distraire. »
Il était devant moi, se dandinant sur ses pieds, les mains derrière le dos. Sa chemise ouverte sur sa poitrine lui donnait un air sournois d'adolescent qui en sait long, de quadragénaire resté adolescent par oisiveté. « Il faut comprendre la vie, dit-il encore, en clignant de l'oeil avec une expression gênée. La comprendre quand on est jeune. » »
🏝C'est l'été. La chaleur est écrasante, l'air est à peine respirable. En plein soleil, entre midi et seize heures, on croit suffoquer. Alors on s'abrite dans les maisons blanches aux pierres épaisses, on baisse les jalousies et seul un rai de lumière éclaire la chambre. On attend la fin de la journée pour que l'air marin apporte un peu de fraîcheur. En bord de mer on peut alors observer les corps luisants d'huile, brunis de soleil, las de l'été qui ne finit plus.
🏝 Parmi ces corps, celui de Clelia et de son mari Doro, que le narrateur est venu retrouver le temps d'une pause estivale. Les amis d'enfance se retrouvent : leur amitié est enfouie sous le poids des années passées, les expériences qui les ont séparés, leurs passions qui les ont éloignés. Parmi ce monde masculin et viril, Clelia règne en reine. Désirée de tous, délaissée par son mari qui se passionne pour la peinture, elle est la muse de tous ceux qui la croisent, elle suscite l'envie des hommes et la jalousie des femmes.
🏝 le temps passe lentement, les silences s'accumulent, les questions sont tues. le temps a passé, les amis se retrouvent, mais il émane de ces retrouvailles une solitude inevitable, un passé irrattrapable qui s'est enfui, une innocence perdue. Qu'attend on de cet été ? Une action, une rupture qui ne viendra jamais ? Nul ne saurait le dire … alors, on attend… éperdument.
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Drych
  27 novembre 2021
C'est les vacances. Il y a la plage, la mer et un groupe d'amis que l'auteur observe comme un entomologiste en herbe s'intéresserait à une colonie d'insectes. Il ne se passe strictement rien, aucune longue description des lieux, juste des mots parcimonieux des uns et des autres et pourtant on s'y croirait vraiment. L'ambiance est magistralement rendue et ce tout petit livre m'a donné envie de mieux connaitre Pavese.
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Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
mh17mh17   04 mai 2022
Doro était né dans cette maison [...]. J'étais curieux de voir sa tête lorsqu'il serait devant cette grille.
Mais lorsque nous sortîmes de l'hôtel pour nous promener, Doro se dirigea d'un autre côté. Nous traversâmes la voie ferrée et descendîmes le cours du fleuve. il était évident que nous allions à la recherche d'un coin à l'ombre, comme en ville, on va au café. Je croyais que nous irions à la villa marmonnai-je. ce n'est pas pour ça que nous sommes venus ?"
Doro s'arrêta et me toisa." Qu'est-ce que tu crois ? que je voulais faire un retour au sources ? ce qui est important, je l'ai dans mon sang et personne ne peut me l'enlever. Je suis ici pour boire un peu de mon vin et chanter une fois encore avec qui je sais. Je m'accorde une récréation, un point c'est tout."
J'aurais voulu lui dire : "Ce n'est pas vrai !", mais je gardais tout de même le silence. je donnai un coup de pied dans un caillou et tirai ma pipe de ma poche. "tu sais bien que je chante faux"., dis-je entre mes dents. Doro haussa les épaules.
La matinée et l'après-midi se passèrent pour nous en tranquille vagabondage, à grimper et à descendre le long des flancs du coteau. On eût dit que Doro faisait exprès de prendre des petits sentiers qui ne menaient nulle part mais qui allaient mourir dans la touffeur sur une grève, contre une haie ou devant une grille fermée.
(p51)
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mh17mh17   03 mai 2022
Les marines de Doro étaient peintes en couleur pâles et imprécises, comme si la violence même du soleil et de l'air, assourdissante et aveuglante, eût éteint ses coups de pinceau.
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lafilledepassagelafilledepassage   18 août 2021
Il n’y avait que quelques jours que j’étais à la mer et j’avais l’impression qu’il y avait un siècle. Pourtant, il ne s’était rien passé. Mais la nuit, quand je rentrais, j’avais le sentiment que toute la journée écoulée- la banale journée de plage - attendait de ma part je ne sais quel effort d’élucidation pour que je puisse m’y reconnaitre.
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lafilledepassagelafilledepassage   30 juin 2021
De jour, sur la plage, c’était autre chose. On parle avec une étrange prudence quand on est à demi nu : les mots n’ont plus le même son que d’habitude, parfois on se tait et il semble que le silence lui-même libère des paroles ambigües.
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lafilledepassagelafilledepassage   16 août 2021
- Quel mal y a-t-il ? ça le distrait.
Ce qu’il y avait de mal, c’était que, comme tous les artistes, Doro ne satisfaisait pas sa femme. « Que voulez-vous dire ? » Il voulait dire que le travail cérébral et nerveux diminuait la virilité, et c’est pourquoi tous les peintres ont des périodes de dépression terribles.
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