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Michel Arnaud (Traducteur)
ISBN : 2070378950
Éditeur : Gallimard (25/11/1987)

Note moyenne : 4.12/5 (sur 119 notes)
Résumé :
Le 27 août 1950, dans une chambre de l'hôtel Roma, à Turin, Cesare Pavese se tuait en absorbant une vingtaine de cachets de somnifère. Sur ce suicide, il n'y a pas de meilleure explication que le journal intime découvert après sa mort : "Le métier de vivre".
Les réflexions sur le métier de vivre qu'on lira ici sont d'une qualité exceptionnelle. L'homme était vraiment à la mesure de l'écrivain, lequel est reconnu comme l'un des plus grands.
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
PiertyM
  13 novembre 2014
Un livre qui vous déchire et vous déstabilise comme si les aiguilles d'une montre avaient changé de sens, en fait on se dit pose une seule question en évoluant dans la lecture de ce livre: pourquoi la plupart des génies souffrent du mal de vivre? A travers des indices, les éléments que nous livre l'auteur sur son mal de vivre, malgré qu'on s'incruste dans sa perception des choses qui d'ailleurs va au delà de notre entendement, parfois on s'y retrouve soi-même, et on s'identifie dans lui, on ne cesse de se poser la même question. Il nous fait comprendre au même moment que toutes les souffrances ne se valent pas, et toutes ne se guérissent pas...il y a aussi certains succès qui ne garantissent pas le bonheur...
Un livre qui ne se lit pas seulement avec un regard de lecteur qui veut jouir avec les mots de l'auteur mais c'est un livre qui demande au lecteur de devenir ''un fabriquant de la vie''
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colimasson
  30 janvier 2013
Quinze années d'une existence peuvent paraître longues. Si on demandait à chacun d'en résumer les évènements, les rencontres et les pensées afin d'en tirer l'analyse d'une évolution individuelle, on imagine facilement qu'il y aurait de quoi remplir un bon feuillet de pages. Quid alors de quinze années notifiées au jour le jour ? Pour Cesare Pavese, il n'est pas nécessaire de remplir une somme au volume extravagant. Quatre cent pages suffisent amplement à l'écrivain pour s'analyser au cours de cette période.

Cesare Pavese s'engage pour le métier de vivre en 1935, à l'âge de 28 ans, et s'y tient jusqu'à sa mort –une démission par suicide- en 1950. Pas forcément régulier, faisant parfois preuve d'un absentéisme tenace lorsqu'il délaisse carrément son Métier de vivre pour de longs mois, sans justification ni explication, il nous permet de suivre l'évolution de sa carrière d'écrivain, du grand inconnu qu'il était encore en 1935, à l'homme de lettres reconnu qu'il devint au fil des ans, particulièrement au faîte dans les années 1948-1949. A croire que la gloire littéraire ne peut pas faire tout le bonheur d'un homme qui misait pourtant sur la reconnaissance de sa nature « poétique » lorsqu'il était encore jeune… Et de constater que plus Cesare Pavese trouvera confirmation de son talent, moins il s'évertuera à se proclamer poète, rêve naïf et halluciné d'un jeune homme qui croyait alors pouvoir trouver le bonheur de l'accomplissement à travers l'écriture. A cette époque, les poses se multiplient. Agaçantes, elles donnent à voir un jeune homme qui semble prétentieux –si nous ne poursuivions pas notre lecture au fil des années pour découvrir ce qui se cachait en réalité derrière ces velléités.

« Un poète se plaît à s'enfoncer dans un état d'âme et il en jouit ; voilà la fuite devant le tragique. Mais un poète devrait ne jamais oublier qu'un état d'âme pour lui n'est encore rien, que ce qui compte pour lui c'est la poésie future. Cet effort de froideur utilitaire est son tragique »

La reconnaissance littéraire venant, Cesare Pavese cessera de se complaire dans ces poses fantasmées. Son rêve s'est accompli, c'est-à-dire qu'il s'est détruit et qu'il lui accorde à peine la satisfaction nécessaire pour continuer à survivre. Tel est le malheur que Cesare Pavese nous révèle du bout de la plume à travers ses confessions.

« le problème n'est pas la dureté du sort, puisque l'on obtient tout ce que l'on veut avec une force suffisante. le problème, c'est plutôt que ce que l'on obtient dégoûte. Et alors, on ne doit jamais s'en prendre au sort, mais à son propre désir. »

Cette difficulté, Cesare Pavese la retrouve aussi –et surtout- dans sa vie sociale. Que les amis soient une source d'ennui passe encore : l'écrivain sait se donner toutes les apparences de la cordialité, et le bonheur qu'il dit éprouver lorsqu'il se retire enfin du cercle des mondanités compense tous les désagréments. Mais lorsqu'il s'agit des femmes… Cesare Pavese avoue aimer comme un éternel adolescent et se lamente, au fil des ans, de ne pas savoir apprendre de ses erreurs sentimentales et d'éprouver dans ce domaine les mêmes sentiments contradictoires que dans la reconnaissance littéraire. Il lui suffit d'obtenir une femme pour cesser de la désirer, et si celle-ci reste distante et lui livre un amour médiocre, alors seulement il croit éprouver des sentiments inaltérables qui le conduisent à chaque fois à la déception amoureuse. Sans doute pour ne pas sombrer dans l'écriture poisse du malheur, l'homme déçu se complaît dans la misogynie et nous livre des réflexions crues et désabusées sur le sentiment amoureux.

« Tu es pour les femmes que tu aimes comme, pour toi, une de ces femmes qui te font débander. »

Impossible pour cet homme de se débarrasser d'une souffrance qui semble s'être faite de plus en plus sincère au fil des ans. La faute à la littérature ? Alors que Cesare Pavese semblait chercher à la stimuler lors de ses jeunes années, croyant peut-être qu'il s'agissait là d'un matériau littéraire digne d'étude, celle-ci finit par faire partie intégrante de sa vie. Se révélant alors telle qu'il ne l'avait jamais imaginée, il se rend compte que la souffrance n'a rien de noble. Mais elle s'est installée. Ainsi, même si l'existence de Cesare Pavese est d'une lecture douloureuse –à condition d'y mettre de l'empathie-, elle ne fait pas l'apologie du sacrifice personnel au profit de convictions ou d'idéologies quelconques. Les pensées de Cesare Pavese seraient presque un avertissement lancé au lecteur qui croirait encore aux bénéfices réparateurs des souffrances mentale et morale :

« On accepte de souffrir (résignation) et puis l'on s'aperçoit qu'on a souffert et voilà tout. Que la souffrance ne nous a pas servi et que les autres s'en fichent. Et alors on grince des dents et on devient misanthrope. Voilà. »

Pour autant, Cesare Pavese ne délaisse pas un instant la littérature. Son Métier de vivre, lui-même, est littérature. Avertissant ses proches de son désir de le voir publier, il n'est pas rare que l'écrivain s'arrête parfois pour réfléchir aux bénéfices de cette conversation qu'il livre à lui-même. Peut-être désespéré par l'absence de fondations qui constitueraient sa vie personnelle, il espère trouver du sens et se donner de la consistance à travers le jus qu'il presse de ses idées :

« Tu découvres aujourd'hui que le parcours que refait chacun de ses propres ornières t'a angoissé pendant un certain temps […], et puis […] ce parcours t'est apparu comme le prix joyeux de l'effort vital et, en fait, depuis lors, tu ne t'es plus plaint, mais […] tu as recherché avec plaisir comment ces ornières se creusent dans l'enfance. […] Tu as conclu […] par la découverte du mythe-unicité, qui fond ainsi toutes tes anciennes hantises et tes plus vifs intérêts mythico-créateurs.
Il est prouvé que, pour toi, le besoin de construction naît sur cette loi du retour. Bravo. »

Aucune trace en revanche –ou si peu- de ses convictions politiques, qui le rattachèrent d'abord au fascisme dans les années 1935 avant de le voir se tourner vers le communisme dix ans plus tard. Ces engagements constituaient-ils encore un apparat ? Une manière d'entrer activement dans la vie pour se défendre des tendances qui semblaient au contraire vouloir sans cesse retirer Cesare Pavese de l'existence sociale ? Où se trouvait l'homme véritable ? S'agissait-il de l'image publique qu'il cherchait à renvoyer, ou de l'image intime qu'il livre à travers son Métier de vivre ?

« Ils parlent de gueuletons, de faire la fête, de se voir… Braves amis, amies, gens sains et braves. Toi, tu n'en éprouves même pas l'envie, le regret. Autre chose presse. »

Sans doute lui-même ne le sut-il jamais. Mais à quoi bon chercher, lorsqu'on finit par comprendre que cette poursuite d'une identité, qui ne peut de toute façon jamais être assurée, conduisit Cesare Pavese au suicide ?

Qu'on connaisse l'écrivain ou non, qu'on l'apprécie ou pas, son Métier de vivre est un livre qui trouvera écho en chacun. Parce qu'il traite de thèmes universels, à peine passés à travers le prisme de la subjectivité d'une existence singulière, il trouvera une résonnance devant laquelle on ne pourra pas rester insensible. Qu'on se reconnaisse dans les angoisses de l'écrivain, qu'on s'amuse de sa vision du monde désabusée, qu'on se passionne pour ses considérations éclairées sur la littérature et le théâtre, que l'évolution de son identité sur quinze années mouvementées nous donne l'impression d'être un scientifique se penchant sur le cas d'un rat de laboratoire –et peut-être pour tout ça à la fois- il est impossible de ne pas trouver son intérêt personnel au Métier de vivre de Cesare Pavese qui est, peut-être, un peu le métier de vivre de chacun…
Lien : http://colimasson.over-blog...
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araucaria
  22 mai 2014
Un livre dont j'espérais beaucoup, et puis j'ai été déçue. Je trouve le texte pénible à lire. En fait j'ai lu la première moitié du livre avec une grande conscience de lecteur, mot après mot, phrase après phrase... Puis devant la lourdeur et la complexité du texte, je me suis lassée et ai effectuée une lecture rapide. Je n'ai pas pris grand plaisir à découvrir cette oeuvre et cela en quelque sorte me désole. J'ai relevé cependant des citations qui m'auront interpelée. Pour moi, une oeuvre qui n'aura pas tenu ses promesses.
Lien : http://araucaria20six.fr/
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ericbo
  30 mars 2017
Journal intime destiné à être publié. Pavese nous entraine dans le tragique de sa vie. A nous de démêler ce qui fait sa vie d'ecrivain, de traducteur, d'intellectuel et d'autre part, son moi intime sans pudeur. Il nous fait part de manière très soutenue de son impuissance et de ce fait, sa difficulté relationnelle avec les femmes.
Il s'exprime dans une langue très crue, parfois grossière, à la hauteur de son mal-être. Puis, après une énième déception, un énième refus, il choisira de se donner la mort.
Je n'ai été que moyennement convaincu par ce journal. Son travail littéraire m'a paru fastidieux à lire et moyennement intéressant. En revanche, tout le côté psychologique m'a passionné. Mais difficile d'extraire les deux themes
Il reste que j'ai une grande pitié pour cet homme torturé à l'extrême.
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MarcelBergeret
  01 novembre 2015
È difficile dare un voto al diario di Pavese, che arriva fino alla decisione di suicidarsi: è solo in parte un'opera letteraria, per cui il voto va considerato riferirsi solo a questo aspetto e non, per esempio, alla "storia". È una specie di diario, dedicato soprattutto a riflessioni sulla poetica e sull'essere scrittore, inframmezzato soprattutto nei primi anni di brevi e violente invettive misogine; sinceramente non ne esce la figura di un grand'uomo, piuttosto quella di un uomo consapevole di avere qualche inguaribile male oscuro nella sua psicologia; e qui sta la tragicità della lettura di questo diario, perché Pavese era consapevole che sarebbe stato trovato, letto e pubblicato, eppure non si è presentato in modo meno scostante. Non è una lettura "piacevole".
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ParataxeParataxe   13 juin 2019
Tu as recommencé à passer seul la soirée, dans le petit cinéma, assis dans un coin, fumant, savourant la vie et la fin du jour.Tu regardes le film comme un gosse - pour l'aventure, pour la petite émotion esthétique ou mnémonique.Et ton plaisir est grand, il est immense.Il en sera ainsi à soixante-dix ans, si tu y arrives.
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ParataxeParataxe   13 juin 2019
Ces philosophes qui croient à l'absolue logique de la vérité n'ont jamais eu à discuter serré avec une femme.
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lorenlolorenlo   07 juin 2016
Le 27 août 1950, dans une chambre de l’hôtel Roma, à Turin, Cesare Pavese se tuait en absorbant une vingtaine de cachets de somnifère. Quelque part, un tel suicide n’avait pas de quoi surprendre de la part d’un écrivain par ailleurs mélancolique et dont les thèmes de prédilection étaient la solitude et l’obsession de la mort. Dans son journal, publié après son décès sous le titre qu’il lui avait lui-même donné, Le métier de vivre (1), on peut comprendre au fil des pages ce qui amena l’auteur à se supprimer alors qu’il était au sommet de sa gloire.



Ce qui frappe, à la première lecture de ce journal, c’est son côté intime, voire intimiste. Ainsi, il n’y est fait aucune allusion aux années de guerre, ce qui est tout de même étrange quand on sait qu’une bonne partie a été rédigée entre 1940 et 1945. De même, bien malin serait celui qui parviendrait à découvrir dans ces pages un reflet de la captivité de Pavese. On sait en effet que son antifascisme l’avait conduit à un exil forcé en Calabre. On retrouve des traces de cette détention dans des nouvelles comme Terre d’exil (2), mais pas un mot dans le journal. Une seule phrase, qui lui échappe comme par mégarde, semble faire allusion à cette époque. Encore l’écrit-il à posteriori comme pour regretter un certain passé :



« Pendant la période de la clandestinité, tout était espoir ; maintenant tout est perspective de désastre » (Le métier de vivre, page 388)



De quoi, alors, traite le journal ? Pavese y parle de lui-même, de sa solitude, de sa difficulté de vivre et des rapports qu’il entretient avec autrui et en particulier avec les femmes. Il aborde aussi longuement son métier d’écrivain et médite sur l’évolution de son style, sur la valeur de ses œuvres, sur le sens de la littérature. À ce titre ce document offre un regard inestimable sur le processus de création, sur l’alchimie mystérieuse qui, du moi intime, fait jaillir une œuvre qui sera lue par tous. On est ici au croisement de l’homme (en tant qu’individu) et de l’écrivain.



La littérature, une manière d’exprimer le « moi ».



Pavese, au début de son journal, en 1935 donc, se rend compte que les poèmes qu’il est en train d’écrire sont enracinés dans sa région natale, c’est-à-dire Turin et ses environs. (3) D’un côté il a conscience que son inspiration émane directement de cette région, qu’elle y puise sa force (au point qu’il ne pourrait pas décrire un paysage situé ailleurs car alors il n’en connaîtrait pas l’âme profonde), mais de l’autre il craint de tomber dans le régionalisme mièvre. Il se rend compte qu’il y a là une carence, une faiblesse et se l’avoue lucidement :



« Je ne suis pas encore sorti de la simple ré-élaboration de l’image matériellement représentée par mes liens originels avec mon milieu. » (Op. Cit. page 19)



Il est donc dans une impasse. Mais il comprend aussi qu’il s’est mis à créer un univers à part entière et que cet univers il en a connaissance après l’avoir créé, non avant (voir page 21). Il pressent qu’il peut faire autre chose que de reproduire simplement ce qu’il connaît (sa région, ses émotions passées) et qu’il lui faut aller de l’avant. Mais aussitôt surgit un autre problème :



« Est-il possible de donner une valeur " d’appartenance à un ensemble " à un poème conçu en soi, au hasard de l’inspiration ? » (Op. Cit. page 27)



Autrement dit, si la nature n’est plus la seule source d’inspiration, comment créer une œuvre homogène si celle-ci est composée de poèmes hétéroclites ? Derrière ces propos se cache bien le désir de réaliser un travail structuré et cohérent. Pavese ne veut donc pas se contenter de réunir en recueil des poésies éparses, composées au hasard, selon les influences du moment. Non, il veut que le recueil fini ait une unité intrinsèque. Cette unité, c’est dans sa vision pessimiste du monde qu’il va la trouver :



« Il me semble que je découvre ma nouvelle veine. Il s’agirait de la contemplation inquiète des choses, voire même piémontaises. Je m’aperçois qu’avant je travaillais dans la contemplation éblouie […] et que, après le 15 mai […] entraient un frisson, une tristesse, une souffrance, ignorés auparavant ou durement réprimés. […] Pour avoir une idée claire du passage, confronter le Paysage du fusil avec la Lune d’août : ce qui, dans le premier, était spiritualisation de scène tout entière descriptive, est vraiment, dans le second, création d’un mystère naturel autour d’une angoisse humaine. » (Op. Cit. page 31)



Sans s’en rendre compte, c’est donc en lui-même, dans son tempérament, que le poète doit chercher la cohésion de l’œuvre écrite. Pavese le pressent, mais on le voit faire de longs détours du côté d’Homère pour tenter de comprendre ce qui chez les autres assure la cohérence de leur œuvre. Est-ce l’union de la poésie et de la prose propre au récit épique ? Est-ce l’emploi d’adjectifs et de vers récurrents ? Mais de toute façon, comment, au XXe siècle, oser écrire des vers héroïques ? Alors il se tourne vers Pirandello et tente de cerner la faiblesse d’un de ses romans, histoire de na pas tomber dans les mêmes erreurs :



« Il n’y a la forme de la solitude que pour chaque personnage pris séparément ; il manque l’épopée du monde des solitaires. » (Op. Cit. page 66)



Solitude et désespoir



Mais si la solitude et le désespoir doivent constituer le noyau de l’œuvre littéraire, encore faut-il savoir comment exprimer ce que l’on a à dire. Pavese se plonge alors dans des réflexions sur le narrateur (poèmes en « je », ou en « il ») et tente de répondre à la question de savoir qui doit parler : l’auteur, le narrateur ou le héros ? Ses réflexions sont finalement proches de celles de théoriciens comme Genette, qui dans Figures II a bien posé tous ces problèmes (narrateur extradiégétique, etc.) À d’autres moments, Pavese comprend que les personnages de ses nouvelles lui échappent dans la mesure où ils ont leur caractère propre, sans compter qu’en plus de cela les événements arrivent généralement selon des lois déterminées. Il doit donc accepter cet état de fait et en tenir compte, mais ne veut pas que ce soit là le centre de son livre. Autrement dit les personnages et l’aventure que ceux-ci vivent ne sont pour l’auteur que des moyens et non une fin en soi. Le message est ailleurs. Bref, dans ce Métier de vivre, Pavese se montre un écrivain soucieux de réfléchir sur son art et ceci afin de parvenir à une perfection d’expression. Cela reste pourtant un journal et les moments de découragement voire de mépris envers lui-même sont fréquents :



« Tu as feuilleté "Travailler fatigue"(4) et cela t’a découragé : composition lâche, absence de tout moment intense qui justifierait la poésie. Ces fameuses images qui seraient la structure imaginaire même du récit, tu ne les as pas vues : cela valait-il la peine de dépenser à cela ton temps de 24 ans à 30 ? A ta place j’aurais honte. ». (Op. Cit. page 122)



Mais que faire en effet, quand on constate la faiblesse d’une œuvre antérieure si ce n’est en composer une nouvelle ? Car Pavese n’est pas Flaubert qui n’en finit pas de raturer et de réécrire le brouillon de la veille. Lui, il veut aller de l’avant tout en progressant :



« Ecrire, c’est consommer ses mauvais styles en les utilisant. Revenir sur ce qui est déjà écrit pour corriger est dangereux, des choses différentes peuvent se juxtaposer. La technique n’existe donc pas ? Si, mais le nouveau fruit qui compte est toujours un pas en avant sur la technique que nous connaissions et sa pulpe est celle qui naît peu à peu à notre insu, sous notre plume. » (Op. Cit. page 162)



Ces termes (« à notre insu ») ont toute leur importance. Car si Pavese, dans ce journal, se montre un théoricien de l’écriture, il est clair qu’il n’agit de la sorte qu’une fois l’œuvre achevée. Au moment de l’inspiration, il lui faut conserver un certain mystère :



« Une œuvre d’art ne réussit que lorsqu’elle a pour l’artiste quelque chose de mystérieux. Naturel : l’histoire d’un artiste est le dépassement successif de la technique utilisée dans l’œuvre précédente, par une création qui suppose une loi esthétique plus complexe. L’autocritique est un moyen de se dépasser soi-même. L’artiste qui n’analyse pas et qui ne détruit pas continuellement sa technique est un pauvre type. » (Op. Cit. pages 199 et 200)



Le moins que l’on puisse dire c’est que Pavese se montre exigeant avec lui-même et qu’il n’est certainement pas le « pauvre type » dont il vient de parler. Pourtant, il est des pages où il se regarde sans tendresse et où il semble douter de la qualité même de son œuvre.



Monde onirique



Nous venons de dire que l’art décrire n’était pas que de la technique et qu’un certain mystère devait présider à la création d’une œuvre. Pavese en est tellement convaincu qu’il se tourne souvent vers le monde onirique. Il note dans son journal les rêves de sa nuit précédente, tente de les expliquer et y voit surtout comme un laboratoire naturel de la création. Il est littéralement fasciné par ces histoires nocturnes qui prennent vie à note insu, sans qu’un auteur conscient n’ait eu à les structurer. Il en arrive même à se demander, devant des rêves récurrents, si ceux-ci ne préexisteraient pas à leur invention par le dormeur :



« Ce serait vraiment un monde existant où nous entrons chaque fois que nous dormons (et les rêves nous attendent aux différentes profondeurs, nous ne les créons pas). » (Op. Cit. page 202)



Ecrire, c’est bien, mais pour qui écrit-on, finalement ? Car si on veut que le métier d’auteur ait un sens, la présence d’un public qui lise est indispensable. Pavese, qui travaille dans une maison d’édition prestigieuse, le sait bien. Or ce public, il commence à exister pour lui. Le succès vient lentement mais sûrement. Pourtant une faille demeure au fin fond de lui-même, une déchirure qu’il ne parvient pas à cicatriser et dont nous allons reparler quand
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araucariaaraucaria   22 mai 2014
On ne se tue pas par amour pour une femme. On se tue parce qu'un amour, n'importe quel amour, nous révèle dans notre nudité, dans notre misère, dans notre état désarmé, dans notre néant.
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araucariaaraucaria   18 mai 2014
Parmi les signes qui m'avertissent que ma jeunesse est finie, le principal, c'est de m'apercevoir que la littérature ne m'intéresse plus vraiment. Je veux dire que je n'ouvre plus les livres avec cette vive et anxieuse espérance de choses spirituelles que, malgré tout, je ressentais jadis. Je lis et je voudrais lire toujours davantage, mais je n'accueille plus maintenant comme jadis mes diverses expériences avec enthousiasme, je ne les fonds plus en un serein tumulte pré-poétique.
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