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EAN : 9782246351634
144 pages
Grasset (18/04/2002)
4.09/5   91 notes
Résumé :
L'amour qui se plaît à unir les contraires jette l'un vers l'autre Aline, la sage jeune fille, et Julien Damon, le coq du village.

Elle vient d’une famille modeste, il est le fils de paysans riches. Elle vit une véritable idylle, il ne cherche qu’à apaiser sa faim. De l’histoire d’une jeune fille séduite par un coq de village et abandonnée lorsqu’elle est enceinte, Charles-Ferdinand Ramuz a réalisé un véritable petit chef-d’œuvre, où la présence de la... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
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michfred
  19 septembre 2018
Une histoire simple, presque un cliché : une jeune fille naïve, jolie- et pauvre - se laisse séduire par un beau gars malin, égoïste - et riche. Elle s'en éprend et lui s'en lasse. Elle tombe enceinte, et c'est le drame.
Mais, pour Aline et Julien, Ramuz a mis son habit de fête : sa langue à nulle autre pareille, ses images fortes, sensorielles, cueillies dans le livre secret de la nature, et surtout cette étrange focale qui prend les personnages de loin mais les sonde au plus profond.
Un détachement empathique, une froideur poétique.
Un roman de jeunesse, mais déjà tout y est: promesses stylistiques, tragédie discrète du destin et main du malheur qui broie les coeurs sans défense, méchanceté du monde, solitude infinie des êtres et beauté insensible de la nature qui en creuse encore le vertige.
Un petit livre d'une apparente simplicité dans la nudité d'un sujet rebattu, mais qui laisse pantois. Du grand art!
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Asterios
  03 septembre 2018
Ce court roman raconte l'histoire d'une passion naissante entre Aline et Julien. Aline, jeune femme naïve et sincère est prête à braver les interdits pour l'être aimé. Julien est plus aguerrit en amour, séducteur, entreprenant il est d'un tempérament peu scrupuleux. Ils vont vivre leur histoire amoureuse chacun à leur manière jusqu'à ce que la flamme faiblisse dans le coeur de Julien. Peu à peu délaissée, elle finira par lui révéler le fruit de leur relation en espérant une réaction honorable de sa part.
Ramuz, avec une écriture simple et directe décrit admirablement les sentiments passionnels dans tous leurs états. L'écriture est efficace, chaque mot a son importance et aucun n'est de trop. Il y dénonce la place de la femme dans la société occidentale du début du XXème siècle qui pouvait subir outrage et déshonneur tout en étant montrée du doigt. Ce roman dont le thème est peu original reste captivant et d'une étonnante clarté.
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dourvach
  14 août 2018
1905 : naît une oeuvre merveilleuse par sa concision et la qualité de son chant : une oeuvre qui défie le temps.
Emigré de Lausanne, installé à Paris depuis 1902, Charles Ferdinand RAMUZ (dit "C.F." car il détestait entendre prononcer ou lire son "prénom d'archevêque") fréquentait les milieux littéraires, dont le salon d'Edouard Rod : ce dernier l'aidera à publier son premier roman, "Aline", en 1905, aux éditions Perrin.
"Aline" fut le prototype de tous les "romans-poèmes" qui suivront : on peut apprécier cette dense et touchante "petite histoire" très linéaire (scindée en 17 courts chapitres) comme une tragédie des gens dits "ordinaires" (à l'instar de cette argile humaine des "romans durs" de Simenon).
Et puis ? le labeur acharné que représenta - jour après jour - la rédaction de son "Aline" (Pas moins de cinq moutures successives, de mémoire, et ce sur trois années) fut pour Ramuz un véritable combat "avec ou contre" la Langue française qu'il voulait étreindre puis - sic - la laisser "se coucher à ses pieds" (Cf. son "Journal" de ces années-là). Une mystique. Comme l'Appel d'une véritable vocation... Et la première pierre du grand Orry ramuzien.
Se souvenir, maintenant : c'était il y a 20 ans, et j'avais prêté ce livre à un couple d'amis : leur fille, alors âgée de 14 ans, l'avait lu d'une traite, et beaucoup aimé - à ma grande surprise... (Ainsi, le monde intérieur et le style de Ramuz n'étaient donc pas si "vieillots" ?).
Je me souviens aussi de ce petit mot émouvant reçu de Julien GRACQ, à son sujet. Nous avions correspondu (brièvement) en l'espace de plusieurs années et je n'avais pas encore rencontré alors notre "dernier Romantique" dans son étonnante maison haute des bords de Loire : c'était quelques années avant sa propre disparition et je venais de découvrir l'oeuvre de Ramuz, comme toujours impatient de faire partager mes "Grandes Découvertes" à la terre entière... Monsieur Poirier me répondait avoir bien reçu l'exemplaire d' "Aline" (Cahiers Rouges, Grasset : gravure d'un chêne mort "friedrichien" illustrant la couverture) que je venais de lui adresser, m'en remerciait et disait ne pas connaître encore cette "oeuvre de jeunesse" du grand écrivain vaudois ; il semblait apprécier vraiment toute l'oeuvre de Ramuz qui (et je cite là ses mots) "n'avait pas son pareil pour peindre le destin en marche".
Il nous faut lire et relire, et surtout faire lire - à tous - "Aline" !
Et peut-être même convaincre un artiste authentique (suisse ?) de l'adapter au cinéma : faire revivre pour nous tous ses mystères, son sens aigu du Tragique (c'est-à-dire du "Tragique quotidien")...
Ce qu'a décrit Aristote dans sa "Poétique" : "mimesis" et "catharsis" aux forces conjuguées...
Tel l'Atlantide qu'on croyait perdue, tout un monde ancien resurgit sous nos yeux (ou dans nos coeurs) - et sa résurrection se trouve curieusement en mesure de "purger nos passions" : d'émouvoir son lecteur...
1905 : toujours si loin, si proche...
HOMERE, HESIODE, ESCHYLE, SOPHOCLE, VIRGILE... les alentours du Lac, les hauteurs du Valais...
Lien : http://fleuvlitterature.cana..
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paroles
  20 août 2020
Il est des écritures simples mais puissantes qui arrivent par leur évocation à vous transporter au coeur du récit. C'est bien ce que j'ai ressenti ici. J'étais dans le livre à écouter, à regarder, à ressentir. Quel charme et quel envoûtement surgissent de cette histoire ! Pourtant ici, pas de trucage, ni d'effets spéciaux, pas de pirouette ni de rebondissement inattendu : on sait ce qu'il va advenir de l'héroïne. Mais finement ferré, le lecteur se laisse mener jusqu'au drame. L'écriture est précise, les mots arrivent par petites touches et dessinent caractères et paysages avec netteté et clairvoyance. Pas d'atermoiement, juste un constat : celui de la vie. La vie simple des petites gens qui triment toute leur vie et aperçoivent parfois quelques éclaircies dans leur quotidien, vite troublées par l'avancée du temps.
Début XXe siècle. Canton suisse. C'est l'été et l'heure des moissons a sonné. C'est aussi le moment où la jeune Aline rencontre Julien, un ami d'enfance. Un moment volé au temps rythmé du dur labeur des champs et autres travaux. Une saison entre parenthèses pour la jeune Aline dont le coeur et les sens se troublent...
« Aline était comme un oiseau qui s'est bâti un nid : le vent souffle, le nid tombe. Elle voyait qu'elle n'avait pas bien connu le monde et tous les empêchements qu'il vous fait de s'aimer. On va où le coeur vous pousse, mais le coeur n'est pas le maître ; à peine si on s'est donné un ou deux baisers que c'en est déjà fini des baisers. »
Cette lecture rafraîchissante et émouvante à la fois, je la dois à Dourvach que je remercie infiniment. Ramuz est un auteur que je découvre avec délectation et grande envie de connaître un peu plus.
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Nastie92
  26 décembre 2021
La simplicité a du bon, à condition d'avoir le talent de faire d'une histoire banale un très beau récit.
De talent, Ramuz n'en manque pas, et il le prouve dès ce premier roman.
Quelle maîtrise, déjà, quelle belle capacité à embarquer son lecteur en promenade tandis qu'il raconte !
Oui, l'écrivain suisse nous prend par la main, nous fait découvrir les paysages, nous fait côtoyer les personnages et nous permet d'assister à toutes leurs actions. C'est terriblement vivant, et c'est pour cette raison que le lecteur ne peut qu'être touché.
Aline aime Julien, d'un amour sincère et profond, mais pour Julien, Aline n'est qu'une occasion de s'amuser et de passer du bon temps...
Changez les prénoms et vous trouvez le point de départ de tant de livres ou de films.
Du déjà vu. du déjà revu. du déjà rerevu.
Et pourtant...
De ce vieux sujet éculé, Ramuz parvient à faire du nouveau.
Grâce à une écriture terriblement efficace derrière une apparente simplicité, grâce à sa façon de donner vie aux personnages et de plonger l'histoire dans le paysage qui devient plus qu'une simple toile de fond.
L'auteur nous immerge dans le drame qui se noue. le poids des convenances, les commérages, les attitudes des uns et des autres, tout se joint pour en arriver au drame final, que l'on sent venir sans savoir précisément sous quelle forme il va se produire.
Le lecteur est emporté par le courant du récit et comprend qu'il ne sert à rien de lutter : ce qui doit arriver arrivera. Rien ni personne ne peut s'opposer à cette force que certains appelleront destin, d'autres fatalité ou bien conséquence inévitable de la nature humaine.
Publié en 1905, Aline a le charme des temps anciens, et des qualités qui rendent le roman intemporel : Aline est humain et authentique.
Ramuz "écrit vrai", comme l'on dit de certains personnes qu'elles parlent vrai.
La beauté de la nature environnante contraste avec la laideur de l'histoire et je ne peux m'empêcher de faire un parallèle tout en étant consciente de son anachronisme : l'homme mérite-t-il d'habiter cette planète ? Ne gâche-t-il pas par ses mauvaises actions la nature dans laquelle il a la chance de vivre ? J'avoue me poser de plus en plus la question.
Mais je m'égare... revenons à Ramuz !
Après m'être doublement régalée dans Si le soleil ne revenait pas et Aline, je vais continuer à explorer l'oeuvre de cet auteur suisse que je suis ravie d'avoir découvert grâce à plusieurs amis sur Babelio.
♬ Et j'ai crié, crié, "Aline" pour qu'elle revienne... ♬
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Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
Nastie92Nastie92   24 janvier 2022
Elle prit dans la direction du village. Elle pensait au soir où elle avait porté la lettre ; c'était autrefois, le temps qui n'est plus. Comme la vie tourne ! La vie a un visage qui rit et un visage qui pleure ; elle tourne, on la voit rire ; elle tourne encore et on la voit pleurer.
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Nastie92Nastie92   18 janvier 2022
Les mauvaises herbes viennent bien toutes seules, mais rien de ce qu'on sème et de ce que l'on plante, au contraire.
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dourvachdourvach   14 août 2018
Aline et Julien écoutaient de loin la musique. Elle leur arrivait nette ou presque indistincte, selon que la brise hésitante la poussait jusqu'à eux ou la laissait retomber. Elle sortait de l'ombre et elle était triste. [...] Ils se turent. A la fin d'un air, la musique cessait ; elle reprenait presque aussitôt ; et, pendant les silences, on entendait des éclats de voix et de gros rires.
– Ils ne s'ennuient pas, recommença Julien.
– On est encore mieux ici.
– Oui, seulement adieu la danse.
– Ecoute, dit Aline, si on en dansait une ; on entend assez la musique.
– Oh ! allons-y, si tu veux.
Elle dit :
– Je n'osais pas te le demander.
– Pourquoi pas ?
– Comme ça.
– Comme ça, dit-il, on sera du bal, nous aussi.
Ils dansèrent sous le grand poirier. Leurs haleines confondues leur échauffaient le visage. Aline fermait les yeux, la tête appuyée sur l'épaule de Julien ; leurs jambes se mêlaient. Parfois la musique faiblissait et ils piétinaient sur place ; quand elle recommençait, ils tournaient plus rapidement pour rattraper la mesure. Et toute la nuit tournait autour d'eux, avec le poirier, les collines, le bois, le ciel et les étoiles, comme dans une grande danse du monde.
Ils tournèrent ainsi longtemps. Mais Julien glissa sur l'herbe. Il se dit tout à coup que les autres dansaient sur un plancher avec de la lumière et de quoi boire, -- eux dans un pré mouillé, sous un arbre, comme des fous. Une espèce de colère lui entra dans le coeur.
– J'en ai assez !
– Déjà ?
– Déjà ? il y a un bon quart d'heure qu'on tourne.
Ils se regardérent, ils se voyaient à peine. Des noyers noirs et compacts comme des blocs de rocher fermaient la prairie.
Aline dit :
– Tu es fâché ?
– Oh, dit-il, c'est la fatigue.
Elle soupira. L'orchestre commençait la dernière valse.
Le vrai amour ne dure pas longtemps.

[C. F. RAMUZ, "Aline", 1905 - finale du chapitre VI]
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SZRAMOWOSZRAMOWO   28 janvier 2018
Julien Damon rentrait de faucher. Il faisait une grande chaleur. Le ciel était comme de la tôle peinte, l’air ne bougeait pas. On voyait, l’un à côté de l’autre, les carrés blanchissants de l’avoine et les carrés blonds du froment ; plus loin, les vergers entouraient le village avec ses toits rouges et ses toits bruns ; et puis des bourdons passaient.

Il était midi. C’est l’heure où les petites grenouilles souffrent au creux des mottes, à cause du soleil qui a bu la rosée, et leur gorge lisse saute vite. Il y a sur les talus une odeur de corne brûlée.

Lorsque Julien passait près des buissons, les moineaux s’envolaient de dedans tous ensemble, comme une pierre qui éclate. Il allait tranquillement, ayant chaud, et aussi parce que son humeur était de ne pas se presser. Il fumait un bout de cigare et laissait sa tête pendre entre ses épaules carrées. Parfois, il s’arrêtait sous un arbre ; alors l’ombre entrait par sa chemise ouverte ; puis, relevant son chapeau, il s’essuyait le front avec son bras ; et, quand il ressortait au soleil, sa faux brillait tout à coup comme une flamme. Il reprenait son pas égal. Il ne regardait pas autour de lui, connaissant toute chose et jusqu’aux pierres du chemin dans cette campagne où rien ne change, sinon les saisons qui s’y marquent par les foins qui mûrissent ou les feuilles qui tombent. Et il songeait seulement que le dîner devait être prêt et qu’il avait faim.
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AsteriosAsterios   02 septembre 2018
Ils riaient. Une fois, elle se mit à pleurer. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Il dit:
- Qu'as-tu?
Elle répondit:
- Je ne sais pas
- Est-ce que je t'ai fait du chagrin.
- Ho! non.
- Alors quoi?
- C'est parce que je t'aime.
Mais l'idée de Julien était qu'on n'avait pas besoin de pleurer parce qu'on aime. On n'a qu'à se prendre et s'embrasser. Les femmes n'ont pas la tête bien solide. Elles pleurent pour le bonheur, elles pleurent pour le malheur. Il voyait qu'Aline n'était pas faite comme lui. Il eut un peu pitié d'elle.
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Videos de Charles Ferdinand Ramuz (9) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Charles Ferdinand Ramuz
Relecture : Charles-Ferdinand Ramuz (1978 / France Culture). Photographie : Charles-Ferdinand Ramuz (1878-1947) © Albert Harlingue/Roger-Viollet. Site internet : http://www.roger-viollet.fr/fr. Par Hubert Juin. Réalisation : Anne Lemaître. Interprétation : François Maistre et Henri Virlojeux. Avec Jacques Cellard, Bernard Voyenne, Claude Bonnefoy et la voix de Ramuz. Diffusion sur France Culture le 15 septembre 1978. Présentation des Nuits de France Culture : « Il avait toujours protesté avec vigueur contre la qualification d'écrivain “régionaliste”. Certes, il était - Ramuz était - vaudois et cela a joué un très grand rôle, nous dit-on. Mais Proust était parisien et cela a dû jouer aussi un très grand rôle. Donc, écrivain régionaliste ? Non : écrivain universel. À l'occasion du centenaire de sa naissance, Hubert Juin proposait, le 15 septembre 1978, une “Relecture” consacrée à Charles-Ferdinand Ramuz. » Charles Ferdinand Ramuz, né à Lausanne le 24 septembre 1878 et mort à Pully le 23 mai 1947, est un écrivain et poète suisse dont l'œuvre comprend des romans, des essais et des poèmes où figurent au premier plan les espoirs et les désirs de l'Homme. Ramuz puisa dans d'autres formes d'art (peinture, cinéma) pour contribuer à la redéfinition du roman. Dans sa “Lettre à Bernard Grasset” de 1929, Ramuz précise son rapport avec la Suisse romande : « Mon pays a toujours parlé français, et, si on veut, ce n’est que “son” français, mais il le parle de plein droit [...] parce c’est sa langue maternelle, qu’il n’a pas besoin de l’apprendre, qu’il le tire d’une chair vivante dans chacun de ceux qui y naissent à chaque heure, chaque jour. [...] Mais en même temps, étant séparé de la France politique par une frontière, il s’est trouvé demeurer étranger à un certain français commun qui s’y était constitué au cours du temps. Et mon pays a eu deux langues: une qu’il lui fallait apprendre, l’autre dont il se servait par droit de naissance; il a continué à parler sa langue en même temps qu’il s’efforçait d’écrire ce qu’on appelle chez nous, à l’école, le “bon français”, et ce qui est en effet le bon français pour elle, comme une marchandise dont elle a le monopole. » Ramuz écarte l’idée que son pays soit une province de France et dit le sens de son œuvre en français : « Je me rappelle l’inquiétude qui s’était emparée de moi en voyant combien ce fameux “bon français”, qui était notre langue écrite, était incapable de nous exprimer et de m’exprimer. Je voyais partout autour de moi que, parce qu’il était pour nous une langue apprise (et en définitive une langue morte), il y avait en lui comme un principe d’interruption, qui faisait que l’impression, au lieu de se transmettre telle quelle fidèlement jusqu’à sa forme extérieure, allait se déperdant en route, comme par manque de courant, finissant par se nier elle-même [...] Je me souviens que je m’étais dit timidement : peut-être qu’on pourrait essayer de ne plus traduire. L’homme qui s’exprime vraiment ne traduit pas. Il laisse le mouvement se faire en lui jusqu’à son terme, laissant ce même mouvement grouper les mots à sa façon. L’homme qui parle n’a pas le temps de traduire [...] Nous avions deux langues: une qui passait pour “la bonne”, mais dont nous nous servions mal parce qu’elle n’était pas à nous, l’autre qui était soi-disant pleine de fautes, mais dont nous nous servions bien parce qu’elle était à nous. Or, l’émotion que je ressens, je la dois aux choses d’ici... “Si j’écrivais ce langage parlé, si j’écrivais notre langage...” C’est ce que j’ai essayé de faire... » (“Lettre à Bernard Grasset” (citée dans sa version préoriginale parue en 1928 sous le titre “Lettre à un éditeur”) in “Six Cahiers”, no 2, Lausanne, novembre 1928).
Sources : France Culture et Wikipédia
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