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Lucien Dällenbach (Autre)
ISBN : 2707306290
Éditeur : Editions de Minuit (01/11/1982)

Note moyenne : 3.95/5 (sur 150 notes)
Résumé :
"Les peintres ont bien de la chance. Il suffit au passant d'un instant pour prendre conscience des différents éléments d'une toile." Claude Simon choisit donc pour "cadre", aussi limité que celui d'un tableau, quelques heures d'une nuit après la guerre, au cours de laquelle les époques et les événements se confondent dans la mémoire du cavalier Georges : "Le désastre de mai 1940, la mort de son capitaine &#... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
vincentf
  24 juin 2010
Etrange comme tout s'efface... Les souvenirs anciens, les rêves et le passé récent... Ceci est le deuxième commentaire sur La route des Flandres. J'y écrirai la même chose et autre chose que dans le premier, disparu à jamais dans les profondeurs de mon ordinateur. J'y retrouverai la longueur haletante, sans répis, assommante et fascinante de la phrase simonienne (l'impression qu'il n'y a (je veux dire "qu'il n'existe") qu'une seule prase, sans commencement, sans fin, toute pleine du monde passé, présent, à venir, à songer). Je retrouverai les temps indécis des histoires racontés par on ne sait pas toujours qui à un autre ou à lui-même, le cheval mort, le jockey qui chevauche Corinne, quatre rosses égarées dans la boue d'une guerre qui n'en est même plus une, une débâcle à laquelle on s'habitue, dont on ne sait pas si elle est plus vraie que le suicide de l'ancêtre, sur le tableau, héroïque ou cocu, jockey ou chevalier. Je me reposerai les mêmes questions : qu'est-ce qui tient en haleine ? J'évoquerai encore un Proust qui échoue, un temps spacialisé en un no man's land. Je ne saurai toujours pas l'impact de ce livre, avalanche de mots, d'images horribles ou charnelles (horribles et charnelles, plutôt), tableau flou (ou fou) d'un monde qui en est plusieurs et aucun, et comme Georges (ou Blum, ou de Reixach), je serai perdu au milieu d'un monde peut-être même pas absurde.
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solasub
  26 janvier 2012
Comme toute l'oeuvre de Claude Simon, « La Route des Flandres » s'écrit dans l'après-guerreS –les deux guerres mondiales, la guerre d'Espagne, les guerres de l'Empire et de la Révolution-, c'est-à-dire dans ce moment d'une coïncidence traumatisante et aliénante de la mémoire de soi et de la mémoire historique : pour la génération née en 1910, l'histoire individuelle et l'Histoire se confondent, alors qu'elle se découvre non seulement promise à mourir en 1940 mais aussi à voir mourir en elle une deuxième fois ses pères tués en 14-18.
Confrontée à la monstruosité d'une apocalypse sans cesse réitérée, l'humanité voit alors s'anéantir sa foi dans le progrès tandis que se trouvent dénoncées la vanité des constructions humaines en même temps que l'inutilité de la littérature. Et pourtant, face à la débâcle, subsiste la pulsion d'une parole conjuratrice ; mise en tension avec la terrible certitude de la vacuité de l'entreprise, cette pulsion rythme l'ensemble des dialogues, toujours au bord de la rupture ; la voix humaine en effet est la dernière possibilité de résistance, comme « un enfant siffle en traversant un bois dans le noir » : « deux voix faussement assurées, faussement sarcastiques, se haussant, se forçant, comme s'ils cherchaient à s'accrocher à elles espéraient grâce à elles conjurer cette espèce de sortilège, de liquéfaction, de débâcle, de désastre aveugle » (121)…
Et donc, pour survivre, il faut parler ; mais parler à qui ? A la putain de «L'Acacia» ? Au journaliste du «Jardin des Plantes» ? A Corinne ? « En tous cas pas à [elle] » (p.90) « La Route des Flandres » se heurte sans cesse à cette interrogation, au problème de la réception du discours. Cette indécision est aussi celle du lecteur, placé face à une énonciation infixable, labile et subversive, détruisant sans cesse les fragiles certitudes que l'on croyait acquises, soumise au surgissement anarchique des souvenirs ; perdu, malmené, asphyxié, happé par les flux du temps et de la mémoire, ce lecteur devient alors le double du narrateur et accède à l'expérience même qui lui est racontée.
Une lecture difficile mais indispensable et inoubliable ; une oeuvre magistrale.
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klakmuf
  21 octobre 2015
Claude Simon est un écrivain emblématique des Editions de Minuit, une figure de proue du Nouveau Roman, le roman expérimental des années 1950 à 1970, avec Beckett, Nathalie Sarraute, Alain Robbe-Grillet, Robert Pinget, Michel Butor ou Marguerite Duras. A roman expérimental, nouvelle expérience de lecture, donc : si vous pouvez lire d'un trait 289 pages écrites presque sans pause, ni rupture, ni respiration, vous devriez aimer La Route des Flandres, publié en 1960. Mais n'est pas un lecteur de Claude Simon qui veut...
De quoi s'agit-il ? le protocole exige pourtant que je vous apporte les réponses, au lieu de vous poser des questions, mais voilà : si je l'ai bien lu jusqu'au bout, je suis bien en peine de vous le résumer. Heureusement, la 4e de couverture peut suppléer à mes déficiences : « le capitaine de Reixach [prononcer Reichac], abattu en mai 40 par un parachutiste allemand, a-t-il délibérément cherché cette mort ? Un de ses cousins. Georges, simple cavalier dans le même régiment, cherche à découvrir la vérité. Aidé de Blum, prisonnier dans le même camp, il interroge leur compagnon Iglésia qui fut jadis jockey de l'écurie Reixach. Après la guerre, il finit par retrouver Corinne, la jeune veuve du capitaine... »
L'auteur s'est orienté vers un long monologue intérieur qui cherche à reproduire les mécanismes de la mémoire (le « foisonnant et rigoureux désordre de la mémoire », disait Simon). La narration doit figurer le flux anarchique de nos pensées, ces images cérébrales qui nous animent. Elle se compose par collages, par associations d'idées, brossant un tableau confus où les époques et les évènements s'entrecroisent, s'entremêlent, se superposent et finissent par se confondre. On retrouve aussi ses influences majeures : ses lectures de Joyce et Faulkner, et l'impact de ses propres oeuvres de peintre dans son écriture faite de juxtapositions, ajouts, interpositions et superpositions. Comme un fleuve sans digues, la plume coule sur le papier, déversant souvenirs et émotions. C'est un peu comme dans la vie : un va-et-vient incessant, des flash-back constants, rien n'est donné définitivement au lecteur qui doit rester attentif et rechercher des points de repère. le procédé cherche pour ainsi dire à tutoyer l'essence même de l'homme : Je pense, donc je suis. Et Je suis ce que je pense.
A roman expérimental, nouvelle expérience de lecture : j'ai donc expérimenté le roman expérimental. Cette lecture fut tellement heurtée que je ne peux pas dire que j'ai aimé l'expérience. Mon attention s'est égarée cent fois et les incessantes interruptions dues aux contingences de la vie quotidienne compliquaient encore les choses : par où reprendre la lecture de ce récit sans début, ni fin ? Où cette histoire nous conduit-elle ? Il m'a bien fallu une centaine de pages de persévérance pour m'accoutumer un tant soit peu et entrer dans cette innovante sarabande langagière.
J'avoue quand même être impressionné, et même admiratif, devant une telle richesse de vocabulaire, devant un tel sommet de technicité littéraire et d'ingénierie stylistique où le temps s'efface sous la plume de l'auteur. Mais je n'ai pas eu de réel plaisir de lecture et n'ai guère réussi à me passionner pour cette histoire. le fond ne m'a pas plu, la forme m'a gêné: un rendez-vous manqué, hélas...
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camilleD
  06 février 2013
Puisque ce texte est sans couture sa critique se doit de l'être aussi puisque rien n'a moins de sens que ce chaos puisque c'est ce chaos lui-même qui prend forme dans cette écriture décousue "et je me souviens..." les chiens ont mangé la boue quelle image insensée moi non plus je n'avais j'avais entendu l'expression c'est comme ce narrateur qui dit 'je' puis qui disparait et qui dit 'il' enfin puisqu'il est un autre, comme s'il sortait de ce corps, de ce texte en changeant de chapitre quel déséquilibre d'ailleurs il n'y a rien de clair tout est enfoui les images les mots les souvenirs on n'est obligé de creuser nous même dans cette terre souillée par le sang les cadavres les chiens les chevaux puis tout à coup l'image semble s'éclaircir se clarifier se dessiner presque et il nous parle d'une femme qu'il a aimé comme d'une carte postale et tout ça part en fumée ou bien piétiné par ces soldats par leurs bottes dans la boue c'est triste violent sombre sans espoir on se demande quand on pourra reprendre notre souffle et enfin il y a un point. Alors on pense que l'on va finir par comprendre qui il est ce qu'il fait là de qui il parle et pourquoi il est revient obstinément sur la description de chevaux, il y a ce capitaine aussi dont on croit qu'il est l'assassin lui même semble incapable de nous dire qui a tué qui si même quelqu'un est mort si ce n'était pas un cauchemar un mauvais rêve oui c'est un peu le sentiment qu'on a lorsqu'on referme le livre on ne sait plus très bien ce qui nous est arrivé étourdis perdus et pourtant envoûtés nos idées tourbillonnent se mélangent et l'on se dit que finalement ce qu'il faut retenir c'est que la guerre c'est une horreur qu'on ne peut raconter alors qu'on y mette les formes qu'on y mette des points, des virgules des paragraphes des personnages après tout c'est pareil ce qu'il reste ce n'est qu'un tableau criblé qu'un chemin troué boueux avec des chiens, ceux qui ont mangé la boue.
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NMTB
  26 mars 2016
Dans l'apocalypse de la bataille de France, quatre cavaliers rescapés d'un escadron sont les personnages principaux de ce roman. D'abord Georges avec son copain Blum, et puis le capitaine de Reixach (à prononcer « Reichac »), accompagné de son ordonnance Iglésia, qui est également son employé dans le civil. de Reixach, est issu d'une vieille famille de la noblesse (il est aussi un vague cousin de Georges), son attitude est la caricature parfaite de l'aristocrate, droit, élégant, digne, impénétrable et imperturbable, mais « il n'y avait en lui rien de hautain, de méprisant : simplement distant, ou plutôt absent ». Cette dignité, ce calme qui frise la témérité, fait qu'il s'expose et se fait tuer bêtement sous les yeux de Georges lors de la débâcle. Georges soupçonne que cette indifférence face au danger cachait en réalité une indifférence à la vie et va en chercher la cause dans une romanesque histoire d'amour. Il essaye de la reconstituer avec l'aide de Blum et à partir des témoignages d'Iglésia, alors qu'ils sont prisonniers de guerre dans un camp.
Mais ce qui frappe au premier abord, ce n'est pas l'intrigue, pourtant passionnante, c'est le style et la construction chaotiques. Avant La route des Flandres je n'avais lu de Claude Simon que La Bataille de Pharsale, et je ne connais rien d'autre, mais j'ai l'impression qu'il y a une très forte corrélation entre ces deux romans. Pas seulement dans le thème central de la défaite française, ce même espace atemporel, ces images précises, qu'elles soient fixes ou en mouvement, ce même amour des chevaux (et cette incongruité de voir un escadron de cavalerie confronté à des Panzers ou un cavalier dégainer son sabre devant une mitraillette, ces sortes de failles temporelles), il y a aussi dans le style et dans la construction une grande similitude.
Les deux romans sont divisés en trois parties aux styles sensiblement différents. Ils sont très chaotiques dans la première partie, une succession d'images qui s'enchaînent rapidement, puis le rythme va en s'apaisant dans les deux autres parties, les narrations sont plus longues et ordonnées. Et je note au passage que la troisième partie de la route des Flandres contient un magnifique morceau de littérature, dans lequel l'auteur a mélangé une scène de sexe avec des épisodes de la vie de prisonniers de Georges, en multipliant les analogies et les associations d'idées, vraiment très réussi. Dans tout le roman les analogies sont omniprésentes et les comparaisons récurrentes (« comme » est sans doute le mot le plus utilisé). Elles permettent à Claude Simon de sauter d'image en image, de donner l'impression d'une mémoire préoccupée et lancée à fond de train, où les souvenirs s'enchainent comme dans la réalité et non pas comme dans un roman, c'est-à-dire sans ordre chronologique mais plutôt analogique. Claude Simon a montré quelque chose que je crois inédit dans la littérature (en tout cas jamais porté à ce point), sur le fonctionnement de l'esprit (qu'il rêve, se remémore ou pense).
Ceci dit, à la différence de la bataille de Pharsale, l'intrigue romanesque de la Route des Flandres est captivante, même si Claude Simon la traite avec une distance presque ironique, comme si cette préoccupation du comportement suicidaire de de Reixach, toute cette histoire d'amour, n'était qu'un moyen pour Georges et Blum de s'occuper l'esprit, de rêver et de ne pas songer directement à leur triste sort de prisonniers.
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Citations et extraits (33) Voir plus Ajouter une citation
klakmufklakmuf   12 octobre 2015
(…) le bruit des bottes en train de monter quatre à quatre l’escalier (…) et elle – la virginale Agnès – debout, poussant par les épaules l’amant – le cocher, la palefrenier, le rustre ahuri – vers l’inévitable et providentiel placard ou cabinet des vaudevilles et des tragédies qui se trouve à chaque fois là à point nommé comme ces énigmatiques boîtes des farces et attrapes dont l’ouverture pourra provoquer tout à l’heure aussi bien une explosion de rire qu’un frisson d’horreur parce que le vaudeville n’est jamais que de la tragédie avortée et la tragédie une farce sans humour, les mains (toujours le corps, les muscles, pas le cerveau qui à ce moment se dégage à peine de la poisseuse brume du sommeil, les mains donc seules, voyant) ramassant au passage les pièces d’habit masculin éparpillées çà et là qu’elles jettent pêle-mêle aussi dans le placard, le bruit des bottes ayant cessé, se tenant (les bottes, ou plutôt l’absence, l’arrêt soudain et alarmant du bruit) immédiatement derrière la porte, la poignée secouée en tous sens, puis le poing frappant, et elle criant : « Voilà ! », refermant le placard, s’éloignant, se dirigeant vers la porte, apercevant encore alors un gilet, ou un soulier d’homme, le ramassant, criant de nouveau à l’adresse de la porte : « Voilà ! », tandis qu’elle revient en courant au placard, le rouvre, lance sauvagement à l’intérieur, sans regarder, ce qu’elle vient de ramasser, le panneau de la porte résonnant maintenant sous les terribles coups d’épaules (la porte que tu as entendue voler en éclats sous les furieux assauts d’un homme – mais ce n’était pas le valet !) puis elle, là, puérile, innocente, désarmante, se frottant les yeux, souriant, lui tendant les bras, lui expliquant qu’elle s’enferme à clef par crainte des voleurs tandis qu’elle se presse contre lui, l’enlace, l’enveloppe, la chemise glissant comme par hasard sur son épaule, dénudant ses seins dont elle presse, froisse des tendres bouts meurtris sur la tunique poussiéreuse qu’elle commence déjà à dégrafer de ses mains fébriles, lui parlant maintenant bouche à bouche pour qu’il ne puisse voir ses lèvres gonflées sous les baisers d’un autre, et lui se tenant là, dans ce désarroi, ce désespoir : défait, désorienté, désarçonné, dépossédé de tout et peut-être déjà détaché, et peut-être déjà à demi détruit…
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Charybde2Charybde2   10 avril 2013
Et son père parlant toujours, comme pour lui-même, parlant de ce comment s'appelait-il philosophe qui a dit que l'homme ne connaissait que deux moyens de s'approprier ce qui appartient aux autres, la guerre et le commerce, et qu'il choisissait en général tout d'abord le premier parce qu'il lui paraissait le plus facile et le plus rapide et ensuite, mais seulement après avoir découvert les inconvénients et les dangers du premier, le second, c'est-à-dire le commerce qui était un moyen non loin déloyal et brutal mais plus confortable, et qu'au demeurant tous les peuples étaient obligatoirement passés par ces deux phases et avaient chacun à son tour mis l'Europe à feu et à sang avant de se transformer en sociétés anonymes de commis voyageurs comme les Anglais mais que guerre et commerce n'étaient jamais l'un comme l'autre que l'expression de leur rapacité et cette rapacité elle-même la conséquence de l'ancestrale terreur de la faim et de la mort, ce qui faisait que tuer voler piller et vendre n'étaient en réalité qu'une seule et même chose un simple besoin celui de se rassurer, comme les gamins qui sifflent ou chantent fort pour se donner du courage en traversant une forêt la nuit, ce qui expliquait pourquoi le chant en choeur faisait partie au même titre que le maniement d'armes ou les exercices de tir du programme d'instruction des troupes parce que rien n'est pire que le silence quand,...
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armand7000armand7000   16 avril 2019
Et Blum : "Et alors ..." (mais cette fois Iglésia n'était plus là : tout l'été ils le passèrent une pioche (ou, quand ils avaient de la chance, une pelle) en main à des travaux de terrassement puis au début de l'automne ils furent envoyés dans une ferme arracher les pommes de terre et les betteraves, puis Georges essaya de s'évader, fut repris (par hasard, et non par des soldats ou des gendarmes envoyés à sa recherche mais - c'était un dimanche matin - dans un bois où il avait dormi, par de paisibles chasseurs), puis il fut ramené au camp et mis en cellule, puis Blum se fit porter malade et rentra lui aussi au camp, et ils y restèrent tous les deux, travaillant pendant les mois d'hiver à décharger des wagons de charbon, maniant les larges fourches, se relevant lorsque la sentinelle s'éloignait, minables et grotesques silhouettes, avec leurs calots rabattus sur leurs oreilles, le col de leurs capotes relevé, tournant le dos au vent de pluie ou de neige et soufflant dans leurs doigts tandis qu'ils essayaient de se transporter par procuration c'est-à-dire au moyen de leur imagination, c'est-à-dire en rassemblant et combinant tout ce qu'ils pouvaient trouver dans leur mémoire en fait de connaissances vues, entendues ou lues, de façon-là, au milieu des rails mouillés et luisants, des wagons noirs, des pins détrempés et noirs, dans la froide et blafarde journée d'un hiver saxon - à faire surgir les images chatoyantes et lumineuses au moyen de l'éphémère, l'incantatoire magie du langage, des mots inventés dans l'espoir de rendre comestible - comme ces pâtes vaguement sucrées sous lesquelles on dissimule aux enfants les médicaments amers - l'innommable réalité dans cet univers futile, mystérieux et violent dans lequel, à défaut de leur corps, se mouvaient leur esprit: quelque chose peut-être sans plus de réalité qu'un songe, que les paroles sorties de leurs lèvres: des sons, du bruit pour conjurer le froid, les rails, le ciel livide, les sombres pins".
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samir_t7samir_t7   22 juin 2018
Il me semblait de nouveau que cela n’aurait pas ne pouvait pas avoir de fin mes mains posées, appuyées sur ses hanches écartant je pouvais le voir brun fauve dans la nuit et sa bouche faisant Aaah aaaaaaaah m’enfonçant tout entier dans cette mousse ces mauves pétales j’étais un chien je galopais à quatre pattes dans les fourrés exactement comme une bête comme seule une bête pouvait le faire insensible à la fatigue à mes mains déchirées j’étais cet âne de la légende grecque raidi comme un âne idole d’or enfoncée dans sa délicate et tendre chair un membre d’âne je pouvais le voir allant et venant luisant oint de ce qui ruisselait d’elle je me penchai glissai ma main mon bras serpent sous son ventre atteignant le nid la toison bouclée que mon doigt démêlait jusqu’à ce que je le trouve rose mouillé comme la langue d’un petit chien frétillant jappant de plaisir sous laquelle l’arbre sortant de moi était enfoncé sa gorge étouffée gémissant maintenant régulièrement à chaque élan de mes reins combien l’avaient combien d’hommes emmanchée seulement je n’étais plus un homme mais un animal un chien plus qu’un homme une bête si je pouvais y atteindre connaître l’âne d’Apulée poussant sans trêve en elle fondant maintenant ouverte comme un fruit une pêche jusqu’à ce que ma nuque éclate le bourgeon éclatant tout au fond d’elle l’inondant encore et encore l’inondant, inondant sa blancheur jaillissant l’inondant, inondant sa blancheur jaillissant l’inondant, pourpre, la noire fontaine n’en finissant plus de jaillir le cri jaillissant sans fin de sa bouche jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien sourds tous les deux tombés inanimés sur le côté mes bras l’enserrant toujours...
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samir_t7samir_t7   20 juin 2018
Blum : « Comme ça devait être chouette d’avoir autant de temps à perdre, comme ça doit être chouette d’avoir tellement de temps à sa disposition que le suicide, le drame, la tragédie deviennent des sortes d’élégants passetemps », disant : « Mais chez moi on avait trop à faire. Dommage. Je n’ai jamais entendu parler d’un de ces distingués et pittoresques épisodes. Je me rends compte que c’est une lacune dans une famille, une déplorable faute de goût, non pas qu’il n’y ait pas eu un ou famille, une déplorable faute de goût, non pas qu’il n’y ait pas eu un ou deux ou peut-être même plusieurs Blum qui aient dû être tentés de le faire un jour ou l’autre, mais sans doute n’ont-ils pas trouvé un moment, la minute nécessaire, pensant sans doute Je le ferai demain, et remettant de jour en jour parce que le lendemain il fallait de nouveau se lever à six heures et se mettre aussitôt à coudre ou tailler ou porter des ballots de tissus enveloppés dans un carré de serge noire : après la guerre il faudra que tu viennes me voir, je te ferai visiter ma rue, il y a d’abord un magasin peint en jaune imitation bois avec écrit en lettres dorées sur fond de verre noir au-dessus des vitrines : Draperie Tissus Maison ZELNICK Gros Détail, et à l’intérieur rien que des rouleaux de tissus, ...
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Conférence exceptionnelle à l?ESCP Europe avec Branko Milanovic, économiste serbo-américain à l?occasion de la sortie de son livre « Les inégalités mondiales. le destin des classes moyennes, les ultra-riches et l?égalité des chances ». Avec également Emmanuel LEVY, journaliste économie à Marianne et la participation de Claude SIMON, professeur émérite à l'ESCP Europe, co-auteur de "Stop au mirage de la croissance" (L?Atelier) et "L'idéologie néolibérale" (Temps présent).
Branko Milanovic est un des chercheurs les plus reconnus sur les inégalités, ex-économiste en chef à la Banque mondiale (1993-2001), senior scholar au Luxembourg Income Study Center (LIS) et visiting presidential professor à la City University of New York (CUNY). Il viendra présenter en français son livre devenu un classique d?économie « Global Inequality : A new approach for the age of Globalization » qui sera disponible en français dès le 7 février (La Découverte).
Branko Milanovic intervient dans cette conférence sur les grandes tendances économiques qui guident notre monde à partir d?un constat majeur : les gagnants de la mondialisation sont les 1 % des pays riches et les classes moyennes en formation des pays émergents, tout particulièrement la Chine ; et les perdants sont les classes populaires et moyennes des pays avancés. Son analyse empirique sur une longue période et à grande échelle donne les perspectives nécessaires pour révéler les évolutions déterminantes de nos sociétés ces prochaines décennies.
Pour aller plus loin : Lire "Les inégalités mondiales" https://bit.ly/2RJAAFJ
Conférence organisée par les éditions La Découverte et l'ESCP Euope le 7 février 2019.
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