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EAN : 9782072853296
704 pages
Éditeur : Gallimard (03/10/2019)

Note moyenne : 4.05/5 (sur 108 notes)
Résumé :
La Terre est au plus mal… Ses derniers habitants n’ont plus qu’un seul espoir : coloniser le « Monde de Kern », une planète lointaine, spécialement terraformée pour l’espèce humaine. Mais sur ce « monde vert » paradisiaque, tout ne s’est pas déroulé comme les scientifiques s’y attendaient. Une autre espèce que celle qui était prévue, aidée par un nanovirus, s’est parfaitement adaptée à ce nouvel environnement et elle n’a pas du tout l’intention de laisser sa place. ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (42) Voir plus Ajouter une critique
fnitter
  21 août 2019
Une lecture mitigée.

L'humanité s'est auto détruite, seule des arches ont pu être envoyées dans l'espace à la recherche d'une nouvelle planète pour tout recommencer. L'une de ces planètes, fruit d'une expérience ratée de l'ancienne civilisation terrestre, a permis l'évolution d'une espèce arachnide. L'affrontement est inévitable ?
Pour expliquer le roman, il suffit de mélanger Destination ténèbres de Robinson, Évolution de Baxter, Les fourmis de Werber, Aux tréfonds du ciel de Vinge et Élévation de Brin (dont l'auteur se réclame ouvertement) et vous savez tout.
Autant je me suis passionné pour l'évolution des arachnides, autant je me suis profondément ennuyé avec les humains, ce qui fait que je n'ai réellement apprécié que les deux tiers du livre.
La lecture n'est pas particulièrement exigeante, mais il faut savoir apprécier la Hard science, version biologie.
J'ai trouvé parfois ma lecture un peu froide, qu'il manquait d'un petit « je ne sais quoi » pouvant générer l'exaltation du lecteur.
Sur les différents concepts abordés dans le roman, une petite mention spéciale sur la condition masculine arachnide au travers de l'évolution de l'espèce.
J'ai bien aimé les cent dernières pages qui auraient méritées d'ailleurs un développement plus complet.
A lire donc, avec peut être une suite un jour ? Les spécialistes, ils en pensent quoi ?
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Foxfire
  18 novembre 2019
Sur une lointaine planète terraformée par les Hommes, une expérience visant à augmenter l'intelligence de singes via un nanovirus a échoué. C'est une toute autre espèce animale qui va évoluer à leur place, des araignées. Au fil du temps, ces chasseuses solitaires vont peu à peu se muer en animaux sociaux et créer une véritable société. Pendant que les arachnides évoluaient, l'humanité s'est détruite. La Terre se meurt et ne subsistent que quelques Hommes qui, à bord d'arches spatiales, parcourent l'espace à la recherche d'une planète qui pourra leur permettre un second départ.
En voyant ce résumé, on pourrait facilement s'imaginer qu'on va se retrouver face à un récit bourrin qui mettra en scène la confrontation des deux espèces. Et bien pas du tout ! Avec « Dans la toile du temps », Adrian Tchaikovsky propose un roman intelligent et subtil qui m'a littéralement soufflée.
Le récit consiste en une alternance de chapitres, tantôt du point de vue des humains, tantôt du point de vue des araignées. de façon naturelle on s'attache à ces Hommes qui sont les derniers représentants de l'humanité. Mais, et c'est là un des exploits du roman, en nous immergeant dans la civilisation arachnide l'auteur créé un véritable lien entre ces créatures et le lecteur. Dans la vraie vie, les araignées me répugnent. Lors de ma lecture, je n'ai jamais ressenti cette répulsion. Tchaikovsky est parvenu à me faire aimer ses araignées. Impossible de ne pas s'attacher à Portia, Fabian et les autres. L'auteur nous fait adopter leur point de vue et ceci en recourant très peu à l'anthropomorphisme. Peu à peu le lecteur prend conscience que ces deux espèces, bien que très différentes, ont des points communs. Humains et arachnides ont le même instinct de conservation de l'espèce, problématique qui est un des enjeux principaux du roman.
Le récit est parfaitement mené, notamment grâce l'alternance des points de vue. A chaque fin de chapitre, on est triste de quitter les uns mais heureux de retrouver les autres. L'intrigue ménage de jolis rebondissements dont l'impact est renforcé par des ellipses savamment dosées. Tout est d'une fluidité remarquable et le lecteur est happé jusqu'à un dénouement bouleversant :
« Dans la toile du temps » est un grand roman de SF alliant un propos humaniste à un côté hard-SF très bien exploité (on n'est guère surpris d'apprendre que Tchaikovsky a une formation en zoologie), le tout avec un sense of wonder ébouriffant. « Dans la toile du temps » m'a passionnée du début à la fin, j'ai été transportée par un torrent d'émotions diverses et variées. Je remercie chaleureusement Babelio et Folio SF pour m'avoir permis ce beau voyage dans l'espace et plus encore.

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JustAWord
  21 avril 2020
Écrivain hyperactif (et c'est peu de le dire), Adrian Tchaïkovsky a déjà à son actif plus d'une vingtaine d'ouvrages.
En France, c'est avec son roman Dans la Toile du Temps, couronné en 2006 par le prix Arthur C. Clarke, que commence l'histoire éditoriale de l'anglais.
Acclamé en France comme en Angleterre, Dans la Toile du Temps est un petit pavé de près de 600 pages sorti chez Denoël Lunes D'encre en 2018 et réédité en format poche chez Folio-SF en 2019.
Roman de pure science-fiction, le livre d'Adrian Tchaïkovsky nous emmène sur une autre planète alors que l'Empire terrien est sur le point de s'embraser…
Une dernière lueur d'espoir
En Orbite, une station orbitale s'apprête à lancer la dernière phase d'une terraformation expérimentale imaginée par le Dr Avrana Kern.
Son but est simple : peupler une planète préalablement aménagée avec des milliers de primates avant de saupoudrer le tout d'un nano-virus capable d'accélérer l'évolution des singes pour leur donner les clés d'une civilisation avancée en quelques générations afin de communiquer rapidement avec le reste de l'humanité.
Seulement voilà, une partie de la population terrestre s'insurge contre ces manipulations génétiques et l'expérience tourne mal. Après l'explosion de la station et l'anéantissement de la cargaison de primates, Kern se met en stase dans un satellite-sentinelle censé l'avertir de l'apparition d'une vie intelligente sur ce que la scientifique a déjà nommé la « planète de Kern ».
Seule dans l'espace alors que les humains s'autodétruisent dans le reste de l'univers, Kern sombre lentement dans la folie tandis que la vie trouve son chemin parmi les forêts du planétoïde.
Des milliers d'années plus tard, une immense Arche, le Gilgamesh, pénètre dans le système avec à son bord les derniers représentants de l'espèce humaine en quête d'une planète habitable. Holsten, linguiste émérite, et Guyen, commandant de l'expédition, vont découvrir que la planète verte qu'ils abordent n'est pas dénuée de vie, bien au contraire.
Entre les arbres et les océans, d'autres espèces ont pu bénéficier des effets du nano-virus…
Le roman d'Adrian Tchaïkovsky se divise en plusieurs parties souvent séparées par des centaines d'années. À l'intérieur de ces parties, l'action se subdivise en deux arcs narratifs : celui des humains du Gilgamesh et celle d'une espèce d'araignée modifiée par le nano-virus.
En effet, suite à l'attentat et la disparition des primates, l'évolution accélérée ne s'est pas produite sur l'espèce attendue. Ce sont les insectes qui en bénéficient et, notamment, les araignées-chasseuses répondant au doux nom de Portia.
Dès le départ, l'humanité s'écroule et l'on découvre très rapidement que la vie humaine ne tient plus qu'à un fil : celui de l'Arche et de ses occupants.
Adrian Tchaïkovsky va donc suivre l'évolution de deux espèces en simultanée et en les confrontant à des menaces qui se font écho l'une l'autre.
Ce qui donne un récit déséquilibré.
Une épopée humaine classique…
D'un côté, on trouve donc le Gilgamesh et le principal personnage de cette partie : Holsten Mason, vieux linguiste et historien par la force des choses.
Adrian Tchaïkovsky imagine les derniers instants de l'espèce humaine qui régresse dans un habitat confiné et finit par perdre les pédales en revenant sur ses vieux démons.
La confrontation entre le Gilgamesh et Kern a quelque chose de glaçant puisque cette dernière offre une horreur baroque et cybernétique complément timbrée qui fait froid dans le dos. L'avatar de Kern répondra pourtant au destin de Guyen, commandant de vaisseau auto-proclamé sur la voie de l'immortalité et qui finit par tomber dans les mêmes travers que la scientifique démente.
L'une des thématiques les plus intéressantes du roman reste d'ailleurs ce rapport à l'immortalité et au temps qui transforme les êtres humains en fous assoiffés de pouvoirs. Au centre, la création d'un Messie, autant pour les hommes que pour les araignées, réfléchit sur le besoin religieux d'une espèce vivante.
Pourtant, il faut avouer que cet aspect humain de l'intrigue n'a pas grand-chose d'original à offrir au lecteur excepté une énième course contre la montre et une succession de lutte intestines.
C'est ailleurs que Dans la Toile du Temps puise son génie.
… des arachnides fantastiques !
En effet, si le roman explose ses propres limites science-fictives, c'est grâce à sa moitié arachnéenne qui convoque xénobiologie et entomologie pour réfléchir à la fois sur les chemins de l'évolution mais aussi sur la philosophie humaine. En jetant son dévolu sur une espèce où la femelle est supérieure au mâle, le britannique construit une société en miroir de celle des hommes.
Ici, le mâle n'est rien et la femelle est tout… jusqu'au jour où l'évolution et la civilisation s'en mêlent.
À travers plusieurs hérauts (aux noms similaires comme autant d'échos du passé), l'histoire arachnide se confronte à la guerre (civile ou non), à la maladie et au changement social. Avec une plume remarquable d'efficacité, Adrian Tchaïkovsky donne vie non seulement à de terrifiantes créatures mais arrive en plus à imaginer toute une société dont les mécanismes et les aspirations divergent des préoccupations humaines.
Sur le chemin de l'évolution, les araignées aussi auront le droit à leur version du Messie avec la Messagère. Mais tandis que les humains cherchent à détruire ou vénérer, Portia, Bianca et les autres finissent toujours d'une façon ou d'une autre par incorporer. le Savoir, en décomposition sur le Gilgamesh et fleurissant sur le monde de Kern, joue un rôle fondamental. Mieux, encore, Adrian Tchaïkovsky s'interroge sur la cohabitation entre divin et science, croyances et preuves. Les deux sont-ils vraiment antinomiques ?
Mais la plus grande prouesse de Dans la Toile du Temps, c'est d'arriver à transformer l'une des créatures les plus repoussantes de l'histoire en un compagnon de lecture attachant, émouvant et terriblement « humain ».
En faisant varier les notions de paix, de guerre, d'égalité et de progrès, les araignées trouvent leur propre voix et le roman d'Adrian Tchaïkovsky également.
Passionnant de bout en bout, le peuple à huit pattes décroche tout simplement la lune sous la plume du britannique.
Communiquer avec l'autre
Enfin, élément essentiel de cette aventure : la communication !
Que ce soit entre espèces (fourmis et araignées, araignées et coléoptères, humains et…humains) ou entre les générations, Dans la Toile du Temps utilise les siècles pour réfléchir sur l'évolution de la communication et l'importance du langage. Ce n'est pas pour rien qu'Holsten, personnage humain principal, est un linguiste.
Un large pan du roman se préoccupe de la compréhension entre les individus, qu'ils soient insectoïdes ou humains. Dès lors, Adrian Tchaïkovsky s'interroge sur ce qui crée nos différents et nos oppositions les plus meurtrières.
Au-delà des apparences, c'est la capacité à comprendre l'autre, à comprendre ses motivations et son fonctionnement, à l'intégrer et à le dépasser parfois qui offre une paix véritable.
Il est d'ailleurs tout à fait remarquable que c'est l'évolution du langage commun qui ouvrira les portes d'une coopération et non d'une destruction.
Adrian Tchaïkovsky établit lentement mais surement des ponts entre les deux espèces, emploie des événements narratifs qui se ressemblent (comme la découverte du satellite de Kern par les humains alors que les araignées découvrent une colonie de fourmis colossale prête à les anéantir) avant de confronter les deux civilisations afin d'empêcher tout manichéisme. Il n'y a pas de bons et des méchants entre les araignées et les hommes, juste deux peuples qui cherchent à survivre.
Ce qui n'empêche cependant pas certains individus mal-intentionnés ou fanatiques de nuire à leur propre espèce…
Formidable roman de science-fiction, Dans la Toile du Temps arrive à imbriquer deux histoires qui se répondent pour disséquer les particularités de l'espèce humaine grâce à des araignées super-intelligentes. Passionnant et palpitant, l'histoire d'Adrian Tchaïkovsky se dévore littéralement, chélicères ou pas.
Lien : https://justaword.fr/dans-la..
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nebalfr
  23 septembre 2018
Ces dernières années, et notamment parce que j'ai lu pas mal de choses nippones, je me suis assez peu tenu au courant de l'actualité en littératures de l'imaginaire – une seule vraie exception : la collection « Une heure-lumière » des éditions du Bélial'. Mais, même dans le cadre de Bifrost, les publications récentes que je chroniquais étaient en fait plus qu'à leur tour la réédition de vieux machins… Cela faisait pas mal de temps que je voulais changer tout ça, et mes perspectives d'avenir m'incitant à mettre un peu le frein concernant les chroniques de choses japonaises (sans les abandonner), j'espère pouvoir en retirer au moins cet avantage.

Mais, du coup, je suis passé à côté de plein, pleiiiiiiiiin de choses. Je vais essayer de rattraper mon retard sur quelques-unes – et, aujourd'hui, je vais donc vous causer de Dans la toile du temps, roman de science-fiction (récompensé par le prix Arthur C. Clarke 2016) de l'Anglais Adrian Tchaikovsky, autour plutôt connu en Anglosaxonie pour ses romans de fantasy ; sauf erreur, c'est sa première traduction française. On m'avait dit beaucoup, beaucoup de bien de ce roman, et je peux d'ores et déjà confirmer qu'il vaut le détour, tout à fait. C'est typiquement le bouquin qui fait avec habileté mais sans forfanterie la démonstration de ce que la science-fiction peut être merveilleusement excitante – et pour le coup d'une manière assez fédératrice, je crois, car si l'on classe généralement ce roman dans le registre « hard SF », c'est tout de même un « hard » bien plus « soft » que, mettons, du Stephen Baxter (même s'il y a une parenté, je suppose – et pas seulement avec Évolution, si c'est bien le premier titre qui vient en tête), sans même parler de Greg Egan. En même temps, Children of Time joue de thèmes classiques de la SF, le planet opera, les arches stellaires, etc., tout en comprenant son lot d'allusions et autre clins d'oeil révérencieux (dont certains qui me sont passé sous le nez because of que mon inculture) ; cela vaut notamment pour le « cycle de l'Élévation » de David Brin, au premier chef, et de manière parfaitement affichée (non, je ne l'ai pas lu non plus – mais la thématique de l'élévation m'intéresse, surtout depuis que j'y ai été plus concrètement initié par le jeu de rôle Eclipse Phase, et notamment son supplément Panopticon ; à moins qu'il ne faille remonter au génial Demain les chiens de Clifford D. Simak ?).

Dans quelque temps de cela, l'humanité se lance véritablement dans la conquête de l'espace – qui a d'autres implications, car tout est lié. Ainsi, la docteure Avrana Kern a développé un projet consistant à libérer des primates dans un environnement terraformé, dans un lointain système solaire, une planète en proie à l'action d'une sorte de virus destiné à accélérer considérablement leur évolution ; la savante folle a des ambitions démiurgiques, et l'idée est bien, à terme, que les primates évolués envisagent les humains comme étant leurs créateurs et leurs dieux. C'est typiquement le genre d'hybris qui révulse les réacs écoterroristes du groupe Non Ultra Natura… qui font tout foirer. Au cours de l'attentat, les primates sont éliminés, et tous les humains supposés veiller au succès de l'expérience – sauf la docteure Kern, qui parvient par miracle à se réfugier dans le satellite sentinelle au-dessus du « Monde de Kern » ; la scientifique lance aussitôt un appel au secours… mais tout indique qu'elle restera seule dans le vide glacé de l'espace pendant des millénaires, et probablement à jamais, en attendant vainement que quelqu'un lui réponde…

Mais, sur la planète, en l'absence des primates qui étaient sa cible initiale, le virus évolutionniste affecte une autre cible totalement imprévue – des araignées, surtout… En effet, dans ce monde terraformé, les humains avaient transplanté un écosystème terrien, ce qui incluait bien des végétaux et animaux. Plusieurs de ces derniers, en fait, sont affectés par le virus – mais c'est avec une espèce d'araignées, les portia labiata, qu'il rencontre le plus de succès. Ces araignées sauteuses connaissent ainsi un développement accéléré, qui n'était pas le moins du monde prévu par Kern, et en viennent à constituer une civilisation originale, passablement distincte des modèles de développement de l'humanité. Mais le virus prédispose en même temps ces araignées à l'idée qu'elles ont été créées par « quelqu'un » ; et elles voient, dans le ciel de leur planète, le scintillement mobile de la Messagère…

Et les humains ? Eh bien, ils ont quelques soucis… En fait, l'attentat auquel a miraculeusement réchappé la docteure Kern n'était d'une certaine manière qu'un parmi tant d'autres. L'humanité s'est écharpée sur son avenir, et de manière radicale – au point de son quasi-anéantissement. Quelques millénaires plus tard, l'humanité paraît pouvoir se reprendre… mais c'est un leurre : travaillée par les mêmes démons qui reviennent sans cesse, et pâtissant des dégâts considérables infligés à la Terre par des millénaires de guerre totale, l'humanité est condamnée. Dans un ultime geste défensif, l'ultime civilisation terrestre, bien moins avancée technologiquement que « l'Ancien Empire », comme on qualifie improprement le temps d'Avrana Kern (et à vrai dire le nôtre), l'ultime civilisation donc lance à travers l'espace plusieurs arches stellaires, en quête d'une nouvelle planète où survivre. le vaisseau Gilgamesh a une cargaison de 500 000 êtres humains, qui sont peut-être les derniers dans toute la galaxie ; ils naviguent pendant des millénaires, dans leurs caissons de cryogénisation. Mais, de temps en temps, l'élite de ce groupe, constituée d'experts (outre le commandant, des scientifiques, des ingénieurs, des services de sécurité…), est « réveillée » pour réagir aux situations de crise – or le Gilgamesh a capté la balise d'Avrana Kern, et espère que ce signal provient d'un monde terraformé, puisque l'on dit que la technologie de l'Ancien Empire était suffisamment avancée pour ce genre de projets totalement démesurés ! Mais l'équipage du Gilgamesh ne se doute pas le moins du monde de ce qui se trouve sur la planète en question ; à vrai dire, la scientifique folle elle-même n'en a pas idée ! Mais elle est la déesse de ces « singes », forcément… Et les autres singes, ceux qui ont l'impudence de venir déranger son expérience, ne sont pas les bienvenus !

Le roman alterne dès lors, un chapitre sur deux (avec quelques inserts çà et là), l'histoire du développement des araignées sur le Monde de Kern, et les péripéties catastrophiques qui affectent les ultimes Terriens, déprimés, à bord d'un Gilgamesh en fin de vie lui aussi. Cette histoire parallèle se déroule sur plusieurs millénaires – ce qui a de quoi donner le vertige, tout en étant un laps de temps très court pour le développement de la civilisation aranéide ; heureusement, le virus est là ! C'est notamment au regard de cette échelle que je n'ai pu que penser à l'excellent roman Évolution de Stephen Baxter.

Mais Adrian Tchaikovsky, à son tour, use d'un procédé assez pertinent pour conserver une certaine unité à son roman, à l'égard des personnages. Bien sûr, à bord du Gilgamesh, le réveil récurrent des mêmes personnes est une solution évidente à ce problème. Mais, sur le monde de Kern, l'auteur use de certains archétypes qui, au fil (aha) d'innombrables générations, conservent les mêmes noms, Portia, Bianca, Viola, Fabian – chaque nouvelle itération de ce nom correspondant à un descendant (enfin, une descendante, le plus souvent) de la précédente araignée à l'avoir porté dans le cadre narratif du roman. C'est assez pertinent, et, pour le coup, cela m'a fait penser aux archétypes réincarnés dans l'excellente uchronie de Kim Stanley Robinson Chroniques des années noires (et, comme à chaque fois, je me dois de pester contre la débilité profonde de ce titre français, grmf).

Cette structure relativement rigide n'est toutefois pas sans inconvénients – notamment celui de l'artificialité : au bout d'un certain temps, il faut introduire des développements ici pour poursuivre l'alternance avec ce qui se passe là, et cela peut déboucher sur des chapitres un peu gratuits ; pas excessivement, ceci dit, et si ce roman est long, et sans doute un peu trop long, il ne m'a pas ennuyé un seul instant.

Cela tient à ce qu'Adrian Tchaikovsky sait raconter une histoire – ceci alors même que son style est au mieux fade, disons neutre ou utilitaire ; et que ses personnages, notamment humains, manquent parfois un peu d'épaisseur – ou pas, car il s'agit sans doute délibérément de mettre en scène une bande de losers désespérés et totalement possédés par de vieux réflexes de primates : il faut qu'ils fassent connerie sur connerie pour qu'on les envisage comme humains, et c'est bizarrement ainsi qu'ils peuvent susciter une certaine pitié entre deux facepalms. Si les araignées s'en tirent plus « héroïquement », cela tient probablement à leur caractère non humain, je suppose. On pourrait être tenté, dès lors, de préférer un fil (aha) rouge à l'autre, et, globalement, c'est bien dans le développement de la société aranéide que se trouvent les apports notamment science-fictifs les lus excitants. Pour autant, le versant « humain » de Dans la toile du temps n'est à mes yeux ni inutile, ni inintéressant ; en fait, j'admire même la tension que l'auteur parvient à entretenir, dans certains chapitres où le suspense est éprouvant, dans une vraie mécanique de thriller – j'entends une mécanique qui fonctionne véritablement, au-delà des artifices de narration un peu faciles et fainéants que l'on associe souvent au genre. Et, enfin, l'alternance entre les deux narrations est pertinente, génératrice de sens en elle-même – et peut-être de plus en plus à mesure que l'on progresse dans le roman, ce jusqu'à sa conclusion… particulière. N'en disons pas plus.

Maintenant, on ne va pas se leurrer, c'est bien sur le Monde de Kern que le roman se joue véritablement – dans l'évolution accélérée de la civilisation des araignées.

,,,

Je hais les araignées. Je hais ces BESTIOLES. Elles me font PEUR ! Je suis arachnophobe jusqu'au bout des chélicères, la photo ou même le dessin d'une araignée suffisent à me faire bondir au plafond – et si je vois vraiment une de ces bestioles, qu'importe si elle ne fait que 5,2 mm, je m'enfuis en hurlant. Ce sont des MONSTRES. Avec un nombre de pattes ANORMAL.



Mais Adrian Tchaikovsky nous fait aimer ces araignées – le cruel. Mon arachnophobie ne m'a à vrai dire pas le moins du monde gêné à la lecture de Dans la toile du temps ; mais ils parlent d'une adaptation cinématographique et là NON NON NON JE REFUSE NON NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON !!!



Je m'égare un peu, pardon.

Adrian Tchaikovsky a fait un très beau boulot, en bâtissant toute une civilisation résolument non humaine, qui devait prendre en compte les spécificités non anthropomorphiques des araignées – ce qui inclut leur perception très particulière, la vie en trois dimensions, la communication par la toile (beau retournement de métaphore), ce genre de choses – mais aussi la domination des femelles, avec des mâles tout juste bons à être bouffés après la copulation, ce genre d'autres choses – mais aussi l'insertion dans un écosystème différent, globalement affecté par le virus d'Avrana Kern, or doit en découler le rapport des araignées aux autres espèces, et de manière non humaine. Un point particulièrement saisissant à cet égard est la technologie développée par les araignées – pas de métaux, mais beaucoup de biotechnologie… avec des fourmilières en guise d'ordinateurs ! C'est aussi fascinant qu'enthousiasmant.

Je suppose pourtant que ce caractère « non anthropomorphe » de la civilisation aranéide doit en fait être relativisé – inévitablement, je suppose, car le plus grand des génies humains ne parviendrait probablement pas à faire abstraction de son être et de sa culture pour générer un autre totalement autre, si seulement cela voulait dire quelque chose. de fait, Adrian Tchaikovsky n'est pas ce génie – et ne le prétend pas. Aussi l'opposition entre la civilisation en voie de développement rapide des araignées et la civilisation mourante et décadente des humains est-elle tout naturellement forcée, au point où l'une ne saurait faire sens sans envisager l'autre. En fait, je tends à croire que, sur le mode de l'utopie peut-être, Adrian Tchaikovsky a bâti le Monde de Kern comme un miroir – il s'agit bien de refléter ce qui se trouve en face, certainement pas de s'en détacher complètement. C'est sensible dans divers domaines et de diverses manières, mais je crois que ce qui l'illustre le mieux réside dans le caractère matriarcal de la société aranéide, avec des mâles résolument inférieurs, au point où leur meurtre n'a rien de criminel – c'est pertinent au regard du comportement réel de ces araignées, tel qu'il a pu être constaté sur notre Terre, mais, au bout d'un certain temps, cela va au-delà : quand Fabian entame son combat pour l'égalité des sexes, c'est bien à l'humanité que nous sommes renvoyés, à la condition des femmes et aux luttes féministes – le reflet dans le miroir a donc forcément quelque chose d'humain, sans quoi il ne serait pas un reflet.

Et la religion ? Je crois que c'est encore autre chose, même s'il y a forcément de ça – et que c'est un des éléments qui m'ont le plus intéressé dans le roman, à vrai dire. L'idée est que le virus prédispose les araignées à la croyance religieuse – même s'il était destiné initialement à des primates, il a conservé tout en changeant de cible sa fonction essentielle, qui était de faire en sorte que les animaux surévolués du Monde de Kern accueillent le moment venu les humains comme leurs créateurs, et leurs dieux. Consciemment ou pas, Avrana Kern en a rajouté une couche – elle est LA créatrice, elle est LA déesse. le point intéressant dans Dans la toile du temps, et qui amène sans doute à réfléchir sur le cas humain en retour, est que les araignées ont littéralement leur déesse, qui les a bel et bien créées, sous leurs yeux : nul besoin d'une révélation mystique ou de quelque autre artifice du genre, il suffit de regarder, dans le ciel, la Messagère, qui se déplace de la même manière depuis des millénaires. Mais cela va au-delà, car les araignées et la Messagère communiquent – par radio ! Dans un premier temps, c'est seulement que le satellite envoie des équations à la surface de la planète ; l'idée est qu'un jour les habitants du Monde de Kern sauront capter ce message, comprendre sa nature et être en mesure d'y répondre – ce qui déclenchera un stade ultérieur de l'expérience, préparant l'arrivée sur le monde terraformé des démiurges humains. En soi, cette idée n'est pas si originale, je suppose – c'est une variation sur « La Sentinelle » d'Arthur C. Clarke, et donc sur 2001 l'Odyssée de l'espace, etc. Mais les implications de tout ce système sont bien travaillées par l'auteur, qui, à mesure que la communication est rendue possible entre la Messagère et les araignées, montre ces dernières, non sans quelques sursauts de fanatisme meurtrier,  un autre mode du miroir humain, appréhender la possibilité que la déesse qu'elles étaient programmées pour adorer puisse être en fait folle, et puisse aussi, même en étant leur créatrice, ne pas être d'essence divine. Il y a beaucoup de choses très intéressantes dans tout cela.

Comme dans tout le roman. J'ai vraiment beaucoup aimé Dans la toile du temps : même avec ses défauts çà et là, indéniables, c'est en quelque sorte un idéal du bon roman de SF, inventif, vertigineux, troublant, excitant. Et c'est aussi, comme les meilleurs, un roman qui donne envie d'en lire d'autres.

On a parlé d'un film (NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON!!!), on a parlé d'une suite, on a parlé des romans de fantasy d'Adrian Tchaikovsky… On verra bien ce qu'il en sera de tout ça.

Sur la toile.

Aha.

Même si non je ne me ferai pas de toile.

Aha.

Pardon.
Lien : http://nebalestuncon.over-bl..
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LeScribouillard
  13 novembre 2019
« Bonjour, je m'appelle Sylvain… Je suis un jeune étudiant… Et je suis tombé dans la hard-SF à 17 ans.
— Bonjour, Sylvain. »
*Oh non… Les gens vont se désabonner… Pourquoi je leur refais la blague trop faite des Alcooliques Anonymes ?*
« Depuis qu'je suis tout p'tit, j'aime trop les trucs de l'imagination… du coup, je me suis mis à lire des trucs de sense of wonder avec des personnages de plus en plus transparents et des intrigues simplettes… Tout ce qui était des théorèmes scientifiques, j'y comprenais rien mais ça m'amusait ! J'ai même ouvert un blog…
— Mais tu sais, Sylvain, c'est pas grave si t'aimes la hard-SF ! Serge, lui, aime la SF militaire technique, Kevina aime le melodic death metal, Géraldine… bon, elle aime Guillaume Musso, mais peut-être qu'on pourra la sauver aussi, avec les progrès de la médecine… »
*Je dois arrêter ça tant que quelqu'un lit encore cet article… Trouver une issue de secours tout en catharsisant un peu de toutes ces affaires… Mais je peux y parvenir !*
« Mais vous ne comprenez pas ! Vous, vous êtes des personnages que j'ai inventé pour le blog ! Vous n'existez pas ! Vous êtes dans ma tête !
— Il délire ! Que quelqu'un fasse quelque chose ! »
Cinq minutes plus tard, je me retrouve avec une camisole quelque part dans les sous-sols de l'hôpital. Mon chariot est conduit par un type qui m'a l'air d'être un infirmier autant que le pape ressemble à un rugbyman. Personnellement, ça ne m'étonnerait pas qu'il opère avec un marteau et une scie, mais alors le marteau piqueur et la scie sauteuse, vu la tête qu'il tire.
« Bon ! On est suffisamment loin du reste de l'hosto ! m'explique le mec en blouse blanche. Je t'explique : je suis le docteur Masse-Critique ! Et le Comité des Scientifiques Incongrus te rend la liberté… à condition que tu lises ça ! »
Il ouvre sa blouse et me montre tous les livres de hard-SF qu'il cache sur le revers.
« Désolé frère, mais c'est khene ! J'ai dit que j'arrêtais avec ce truc depuis au moins une semaine !
— Tu vas me lire ça tout de suite ! qu'il me dit en me plaquant un bouquin sous le nez. Ou sinon le Padrone viendra te chercher… »
Une première impression très mitigée
Dans la toile du temps, donc, c'est un bouquin qu'on doit à Adrian Tchaikovsky, romancier qui s'est imposé dans la dernière décennie en SFFF anglo-saxonne de par son éclectisme et ses idées remarquables ! Nous voici donc embarqués dans son ouvrage considéré comme un des meilleurs par la critique, où des scientifiques inconscients luttent contre des fanatiques encore plus inconscients pour savoir ou non si des singes vont être envoyés dans l'espace afin de coloniser des planètes expérimentales à la place des humains. Et forcément, ça part en cacahuète.
Et là où le livre est génial dans son postulat, c'est justement que ces singes doivent évoluer artificiellement avec un nanovirus qui les rendra plus beaux, plus forts et plus intelligents à chaque génération. le problème, c'est que toutes les bestioles vont rapidement se faire destroy, et qui qui c'est qui survit, c'est les araignées dans la cale. Or, celles-ci évoluent, et deviennent de génération en génération plus belles, plus fortes et plus intelligentes…
Vous l'aurez compris, quand les humains vont arriver sur cette planète, ils vont avoir une drôle de surprise. La grosse question étant évidemment : à quoi ressemblerait notre monde si c'était les araignées qui le dominaient, et pas des espèces de singes roses ? Et encore mieux : Qu'est-ce qui se passerait si ces deux types de civilisations radicalement différentes allaient se friter ensemble ?
Le problème, c'est qu'à côté de tout ça, autant c'est bien décrit niveau scientifique, autant pour vraiment s'embarquer dans l'aventure à fond les ballons il faut des personnages auxquels on s'attache, ou au minimum comme dans les trois quarts de la hard-SF des qui soient pas trop pénibles à suivre. Dans Gravité par exemple, j'avais fini par passer l'éponge, Rees étant pas un perso très folichon, mais même sans être approfondi, il faisait son job de poisson hors de l'eau, un archétype figurant parmi les plus universels ; il y a une différence entre une absence de qualité (des persos sans plus) et un défaut (des persos vraiment pénibles). Là, on se retrouve pas seulement avec une des protagonistes écrite de manière très sobre, mais carrément insupportable. Kern est la scientifique à l'origine de tout ce bardaf, une savante orgueilleuse et déterminée dans ses convictions d'élever l'Humanité au rang de dieux (tout en la détestant copieusement, allez savoir pourquoi). Alors d'abord, on se dit que c'est subjectif, mais l'auteur en rajoute une couche. J'ai eu donc un gros problème avec la première partie.
Et on peut pas dire que ça pousse les potards à fond niveau hard-SF non plus. Les explications du nanovirus sont à peine esquissées, on nous dit pas comment est-ce qu'il pourrait élever les animaux quand c'est juste un virus, donc pas porteur de gènes mais qui en bouffe* ; et d'abord pourquoi nano ? Qu'est-ce que ça a de plus, et comment un organisme de la taille de quelques atomes pourrait-il exister ? Et puis bon c'est un point mineur parce que l'auteur a pas franchement le temps de s'attarder dessus, mais entre les scientifiques et les fanatiques, les deux visions de la science sont pas franchement approfondies là où elles auraient pu avoir un traitement nettement plus profond ; espérons qu'on en saura plus dans la suite. Est-ce qu'on a le droit de manipuler le génome comme ça ? Pourquoi pas envoyer des humains, tout simplement, parce que des animaux, ça souffrirait moins ? Qu'est-ce qui nous dit que là-bas y'a pas des virus qui vont nous buter direct ? Est-ce que c'est une si bonne idée que ça, de se prendre pour Dieu ?
*Bon, OK, moi aussi j'ai fait exactement la même chose, mais je prétendais pas faire de la hard-SF.
Une suite nettement plus convaincante
Un traitement de la science magistral
On entame la deuxième partie et je suis déjà un peu plus séduit par le style qui se permet quelques touches de poésie ou d'ironie. Je vais pas d'office vous dire que c'est un sans-faute : les personnages humains sont toujours pas développés de ouf, même s'ils sont désormais potables. Les vestiges de l'Humanité, après une guerre qui a défoncé l'Humanité, partent à la recherche d'une nouvelle Terre, et se dirigent on le devine vers la planète des araignées. Adrian Tchaikovsky sait faire ressentir à son personnage les émotions universelles de l'homme face à l'immensité de l'espace, et sa solitude de faire partie de l'un des derniers, même si certaines relations profondes entre les personnages sont à peine esquissées alors qu'elles seront plus tard cruciales dans le récit. Mais l'intérêt est réveillé.
Et surtout la partie sur les araignées va en qualité croissante avec le nombre d'idées remarquables et leur traitement. On découvre la psychologie des araignées et des descriptions de leur morphologie et leur mode de vie très complètes, un peu comme faisait avec les fourmis notre bon vieux Bernard Werber avant qu'il se lance dans la Sylvain-Durif-SF. Si vous voulez voir à quoi ressemblerait l'apparition des religions, de la technologie, des relations inter-classes et espèces chez les insectes et arachnides, il s'agit clairement d'un livre mettant en scène un travail sérieux sur l'ethnologie.
Aspect divertissant
Mais bon, c'est pas tout ça, l'amateur de SF pas forcément hard sait qu'au-delà des théorèmes scientifiques, il y a un roman, et donc forcément un peu d'action. Alors, part du contrat remplie ?
Eh bien j'avais franchement eu peur que le livre avance à un rythme géologique avec ses 700 pages, sachant qu'une bonne partie se déroule sur le voyage des humains partant migrer chez les araignées qui dure des millénaires. Mais l'auteur parvient à surprendre, réutilisant des tropes habituels aux vaisseaux-congélation / génération, mais quand on s'attend pas à les voir débouler, à peine l'un d'eux étant résolu qu'il en déboule un autre de manière brutale. de sorte que l'on découvre que ces deux schémas ne sont pas incompatibles, les différentes sociétés qui pourraient y émerger, comment gérer un vaisseau à la dérive loin de toute planète habitable de plusieurs siècles de navigation… Oui, ça avance parfois pas vite, mais Tchaikovsky ne se perd pas en dialogues inutiles.
De même, l'aspect psychologie des personnages se révèle comme souvent en hard-SF moins rudimentaire qu'elle ne prête à croire. La plume va s'affinant à mesure que l'on découvre le héros Holsten Mason confronté à diverses situations, avec son lot de traumatismes et de questionnements. de même, si Kern semblait au départ le poids mort du récit, on la voit peu à peu sombrer dans la folie et tenter d'en sortir, ce qui en fait enfin un personnage humain à nos yeux.
Aspect militant
Enfin, on ne pourra pas dire que le livre reste seulement pour les S et les nerds en regardant un peu son sous-texte politique : c'est bien de l'acceptation de l'autre que le roman traite au final. Et ce avec deux angles majeurs : le féminisme et la xénophilie.
Féminisme, car comme vous le savez, les araignées en bonnes conjointes bouffent leurs maris après la nuit de noces histoire de récupérer des protéines et de payer la pension moins cher. C'est donc l'inverse de notre société qui se produit là, avec d'un côté les mâles qui veulent s'émanciper et de l'autre côté les femelles qui s'occupent des tâches importantes et prennent toute la bière. Je sais qu'on a déjà tenté ce genre d'inversions, et que mal fait ça peut donner de très gros sabots, mais là c'est justifié par le background : dans la nature, il est normal que les femelles chez les insectes, les arachnides, les poissons…, et en fait énormément d'espèces, soient de constitution plus solides que les mâles et donc plus aptes à gouverner. Ça n'a donc rien de gratuit et la révolte du sexe faible (en l'occurence ici masculin) se voit envisagé comme une conséquence logique.
Et xénophilie, parce que les araignées n'ont physiquement rien d'humain. C'est ça qui les rend si bizarres et effrayantes, en plus du fait qu'elles soient carnivores : donc, vous vous retrouvez avec ce genre de bestioles taille XXL, vous faites quoi ? Vous avez plus envie de lui faire la peau que de discuter avec (et vu les crises d'hystérie de certains jeunes dès qu'une petite bête s'introduit dans une salle de classes, on commence à avoir des doutes sur la prédisposition de l'Homme pour l'harmonie avec la Nature…) ; de sorte que dans 75-90% de la SF, les méchants extraterrestres, c'est ceux qui ont des pattes, des tentacules et des gros yeux globuleux, et les gentils extraterrestres, c'est ceux qui sont bien comme nous et qui mangent terroir comme tout le monde.
Dans la toile du temps vient défoncer cette vision de la réalité : une apparence monstrueuse n'est jamais que de notre point de vue, et aussi différent soit l'extraterrestre, l'intraterrestre ou le GM auquel vous avez affaire, il n'en reste pas moins une créature aussi légitime à exister que vous, avec laquelle nous nous devons de tenter de tendre des ponts plutôt que lancer directement des missiles. « le barbare, c'est celui qui croit en la barbarie ! »
Ainsi les 100 dernières pages sont vraiment passionnantes car on se demande comment les civilisations humaines et araignées vont faire pour cohabiter. Est-on destinés à ne jamais comprendre l'Autre, comme dans Alien ou Solaris ? Ou y'a-t-il moyen de communiquer autrement que par la violence même avec des créatures aussi étrangères à toutes nos perceptions ? Chaque camp croit que l'autre est monstrueux, les araignées parce que les hommes n'ont que quatre pattes, les hommes parce qu'elles n'en ont que huit. Mais par-delà ce côté absurde, reste un véritable questionnement sur si nous sommes prédisposés à un premier contact : parviendrions-nous à communiquer avec un alien, même sans xénophobie, si celui-ci n'utilise même pas les mêmes procédés que nous pour communiquer ?
Tout ça pour nous prouver une fois de plus s'il le fallait que si la hard-SF se montre des fois maladroite ou négligente envers l'aspect humain, celle-ci n'en tente pas moins d'explorer ses questionnements les plus profonds. On pourra accuser ce livre d'être trop froid, éloigné par moment d'une psychologie convaincante ; il reste néanmoins à des années-lumière d'une intrigue simpliste et n'en creuse pas moins des problèmes sociologiques et de tous temps d'actualité. Et rien que pour ça, le final est haletant.
Quelques mots sur l'édition française
Écoutez, les gars. Achetez l'édition Lunes d'encre. C'est plus cher, mais au moins la couv est magnifique. Tandis que FolioSF, bon, déjà c'est pas terrible, mais ils ont épaissi le papier pour des raisons inconnues (je vais vraiment finir par penser que des gens dans l'ombre jouent à le-premier-qui-finit-de-massacrer-l'Amazonie-a-gagné).
Et je dis ça, mais je sais même pas si y'a pas les mêmes erreurs de traduction grossières : le conditionnel passé est remplacé par du futur presque systématiquement dans le premier chapitre. Alors déboîtez les forêts primaires autant que vous voulez, mais ne touchez pas à la langue de ma patrie natale que j'aime de tout mon coeur.
Conclusion
Dans la toile du temps est loin d'être un mauvais livre, et je peux comprendre qu'on puisse le considérer comme un chef-d'oeuvre. Au final, après un très mauvais premier chapitre, force est d'avouer qu'on est tout le temps sur du quatre, voire du cinq-étoiles. Bref, si je serais plus frileux que mes confrères à le considérer comme un bouquin exceptionnel, nous avons là un ouvrage incontestablement méritant qui me donne envie de prolonger ma découverte de cet auteur passionnant. Et n'hésitez pas vous non plus, car après tout, c'est pour votre culture…
Lien : https://cestpourmaculture.wo..
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Citations et extraits (30) Voir plus Ajouter une citation
fnitterfnitter   21 août 2019
Les gènes veulent absolument se reproduire dans une nouvelle génération, quoi qu’il arrive. Et des générations entières ont déjà grandi sur l’arche. Tu sais comment sont les gosses. Même quand tu leur offres des moyens de se protéger, ils ne les utilisent pas la moitié du temps. Ce sont des petits baiseurs ignorants.
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JustAWordJustAWord   21 avril 2020
C’est le seul moment où il est vraiment admis qu’un mâle puisse être tué, ce qui montre à quel point l’espèce a évolué. Cependant, il est vrai que des bandes de femelles — surtout les plus jeunes, peut-être pour renforcer les liens d’un clan formé depuis peu — descendent quelque fois dans les bas quartiers afin de s’adonner à la chasse aux mâles. Cette pratique est officieusement tolérée — après tout, les filles seront toujours des filles — mais officiellement réprouvée. Tuer un mâle, même sans encourir de sanction, ce n’est pas comme tuée une bête.
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DoryenisDoryenis   16 juin 2020
Les araignées ont elles-mêmes été responsables de l'extinction de quelques espèces, mais les débuts de leurs relations avec les fourmis les ont menées sur une autre route. Elles ont envisagé l'option de la destruction, mais ont vu également la manière dont les insectes utilisaient leur environnement. Tout peut servir d'outil. Tout est utile. Elles n'ont jamais anéanti les Cracheuses ni les fourmis, et par la suite ces décisions ont favorisé l'essor de leur technologie.
Confrontées à l'arrivée des humains, des créateurs, des géants de la légende, les araignées n'ont pas songé Comment pouvons-nous les détruire ? mais Comment pouvons-nous les prendre au piège ? Comment pouvons-nous les utiliser ?
Quelle est la barrière qui nous sépare et qui les pousse à vouloir nous éliminer ?
Les araignées tiennent un raisonnement comparable au dilemme des prisonniers, mais leur réflexion s'appuie sur des notions d'interconnexion ; le monde ne se limite pas à ce qu'elles voient, mais inclut la perception constante de vibrations et d'odeurs. Pour elle, l'idée que deux captifs sont incapables de communiquer n'est pas pertinente ; ce n'est pas un postulat mais un problème à résoudre : le dilemme des prisonniers, comme le nœud gordien, doit le recevoir une solution tranchante.
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DoryenisDoryenis   16 juin 2020
Et, pendant ce temps-là, des dizaines de milliers de personnes qui représentaient le reste de l'humanité continuaient à dormir, ignorant que la bataille pour leur futur était perdue. On ne faisait pas de cauchemar en hibernation artificielle. Holsten se demanda s'il devait les envier. Non, mieux vaut affronter les derniers moments avec les yeux ouverts.
"Ça ne se présente pas très bien." C'était un piètre euphémisme, une tentative pour soulager un instant l'esprit de Lain. L'ingénieure tourna vers lui son visage flétri et fatigué, puis elle serra les mains de Holsten dans les siennes.
"Nous avons fait un si long voyage." Difficile de savoir si elle parlait d'eux ou du vaisseau.
[...]
Il ne reste plus que nous. Ou alors, les ordinateurs sont encore en panne. En fin de compte, nous avons vécu trop longtemps. Holsten le linguiste sentit qu'il était uniquement qualifié pour regarder en arrière sur la route que le temps leur avait assignée. Quelle longue histoire ! Du singe à l'homme, en passant par l'emploi des outils, la famille, la communauté, la maîtrise de l'environnement, la compétition, la guerre, l'anéantissement de tant d'espèces avec lesquelles nous avions partagé la planète. Et il y eut le fragile pinacle de l'Ancien Empire, quand les humains étaient devenus comparables à des dieux, voyageaient parmi les astres et créaient des abominations sur des mondes lointains. Et se massacraient mutuellement, par des moyens que leurs ancêtres primates n'auraient jamais imaginés.
Et enfin nous ; les héritiers d'une planète ravagée, qui se lançaient vers les étoiles alors que la Terre mourait sous leurs pieds ; le pari désespéré de l'espèce humaine, qui avait placé tous ses atouts dans les arches. Dans l'unique arche, puisque nous n'avons pas de nouvelles des autres. Et là encore ils se sont chamaillés, se sont battus, ont laissé libre cours à leurs ambitions personnelles, aux querelles intestines, à la guerre civile. Et pendant ce temps, notre ennemi inconnu devenait plus fort.
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fnitterfnitter   22 août 2019
Avoir besoin n’est pas la même chose qu’avoir envie.
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