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EAN : 9782073002518
352 pages
Gallimard (02/02/2023)
4.23/5   1776 notes
Résumé :
Mai 2016. La juge Alma Revel doit se prononcer sur le sort d'un jeune homme suspecté d'avoir rejoint l'État islamique en Syrie. À ce dilemme professionnel s'en ajoute un autre, plus intime : mariée, Alma entretient une liaison avec l'avocat qui représente le mis en examen. Entre raison et déraison, ses choix risquent de bouleverser sa vie et celle du pays...

Karine Tuil nous entraîne dans le quotidien de juges d'instruction antiterroristes, au cœur de... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (312) Voir plus Ajouter une critique
4,23

sur 1776 notes

Cette lecture confirme à quel point j'apprécie Karine Tuil et l'acuité pleine de finesse avec laquelle elle s'empare du réel par le prisme romanesque. Avec La décision, elle parvient à composer une tragédie contemporaine absolument passionnante.

C'est d'autant plus remarquable que tout est casse-gueule dans ce roman. Un sujet brûlant : le terrorisme islamisme. Un personnage principal a priori stéréotypé et très chargé: Alma, juge d'instruction antiterroriste, quinquagénaire, en pleine crise existentielle, en crise conjugale avec un mari écrivain sur la descente qui se réfugie dans le judaïsme orthodoxe. Et elle complique artificiellement l'intrigue avec une histoire d'amour entre Alma ( la juge ) et un avocat qui défend un prévenu suspecté d'allégeance à Daesh depuis son retour de Syrie alors qu'elle doit instruire son dossier . Ou comment une pulsion amoureuse pourrait influencer les deux décisions qu'elle a prendre : quitter ou pas son mari ; libérer Abdejalil Kacem au risque qu'il commette un attentat ou l'emprisonner alors qu'il est peut-être sincère dans son repentir et qu'il pourrait se radicaliser en prison ?

Karine Tuil survole ses potentiels écueils grâce à une machine narrative extrêmement précise qui plonge le lecteur en plein coeur des dilemmes de la juge Alma, dans son déroulé mental comme dans ses actions. On est dans sa tête, dans sa quête d'une vérité qui semble à impossible à trouver sans sortir de sa zone de sécurité. On doute avec elle, on varie en permanence sur la bonne décision à prendre concernant le présumé djihadiste. D'autant plus que régulièrement des incises dans le récit nous offre des extraits de son interrogatoire. L'auteur sait secouer les consciences en interrogeant le lecteur sur ses valeurs les plus profondes. Et c'est souvent dérangeant et déstabilisant de se trouver dans cette position aussi immersive car comment déceler la taqiya ( la technique de dissimulation enseignée par Daesh ) ? comment deviner la sincérité ? Derrière la raideur du code pénal, une large place est laissée à l'appréciation du juge. Convictions de chacun, contradictions de la société, tout est passé au scalpel.

Pour peu qu'on suive l'actualité, on n'apprend rien en soi sur les facteurs qui poussent de jeunes Français à se radicaliser, ainsi que le parcours de la violence sociale à la violence idéologique avec une hybridation délinquance / djihadisme qui ont été parfaitement analysés. Au delà de sa capacité à fictionnaliser des faits de société de façon intelligente et accessible, j'ai énormément aimé découvrir le métier de juge d'instruction terroriste qui instruit à charge ou pas pendant des mois en amont d'un éventuel procès. On sent à quel point Karine Tuil a compris les enjeux de ce métier sacerdoce. Alma est dévorée par le poids de la responsabilité, par la charge harassante de travail sur les dossiers, le stress inouï née de la peur de l'agression, de la douleur des familles de victimes. Et puis il y a la terreur de prendre une décision qui aura un impact sur la nation entière. Elle risque à tout moment d'être aspirée dans la noirceur.

Implacablement, la tension monte crescendo rendant le roman inlâchable malgré quelques facilités scénaristiques qui font deviner l'issue. Dans le dernier tiers, le récit devient quasi irrespirable. Les fils des Moires sont vigoureusement tirées comme dans une tragédie grecque malaxant conflits intimes, pression sociétale et urgence du choix . L'intensité du propos étreint le lecteur. J'ai refermé ce roman très secouée.

Remarquable.

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Ceux qui me suivent depuis mes débuts savent combien je suis admirative de Karine Tuil, combien ses romans me parlent et me hantent. Je sais qu'avec cette auteure, je ne serai jamais déçue. Son écriture au scalpel et son acuité dans la psychologie humaine sont fascinantes.

Karine Tuil s'approche ici au plus près de l'actualité, à travers le portrait d'Alma une juge d'instruction antiterroristes qui détient le sort d'un homme, AbdelJahil Kacem emprisonné en France pour suspicion de radicalisation suite à un retranchement en Syrie.

On suit jour après jour l'interrogatoire de la juge auprès du musulman qui jure de son innocence. Alma, une femme mariée qui entretient une liaison avec l'avocat de Kacem, elle doute, elle vacille entre raison et déraison.

Le psyché de cette femme est détaillé avec brio, l'auteure nous offre un portrait de femme des plus actuels, entre le poids des responsabilités, la pression professionnelle, les zones d'ombres entre la présomption d'innocence et la protection d'un pays, Alma aime depuis peu comme jamais. Elle écoute son amant qui fait battre son coeur, elle l'entend répéter qu'il n'y a nulle preuve d'accusation sur Kacem, que la prison c'est l'antre de la radicalisation, de la haine. Elle entend. Et se laisse peu à peu basculer dans cette humanité où l'on entend pourtant toujours et encore la haine crier à la mort.

« Le terrorisme, ce n'est pas qu'une méthode, c'est l'amour de la mort. Les terroristes ne rêvent que de ça : celle qu'ils donnent aux autres et celle qu'ils se donnent. Ils remplacent le combat des idées par la peine de mort. »

Il y a beaucoup de force dans ce livre, une émergence conflictuelle entre l'amour et la haine, un combat inégal entre la beauté et la laideur, des corps qui s'étreignent pendant que d'autres s'entretuent. Il y a un charisme fou dans l'écriture de Karine Tuil à disséquer les coeurs meurtris, les coeurs qui rêvent, les coeurs absents.

Ce contraste ombre/lumière est omniprésent, saisissant avec une montée crescendo des failles, de la fragilité. C'est un roman qui s'adresse aux vivants, aux morts, aux pays endeuillés, à ce monde qui n'est pas parfait, à ceux qui n'oublieront jamais. le ton est juste, précis, recherché, incandescent comme une main sur le coeur au milieu de l'horreur.

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C'est la tuile !

Forte indécision au moment d'étoiler ce billet. Lumières tamisées. Je me retrouve dans la situation de l'inspecteur du Guide Michelin qui a adoré l'entrée, savouré le plat principal mais qui a vomi le dessert aux toilettes.

Jusqu'à la page 220 (sur 296), j'avais plus d'étoiles dans les yeux que Thomas Pesquet après son 4000ème selfie en orbite.

La description du poids des responsabilités pesant sur Alma Revel, juge antiterroriste, qui doit décider du sort d'un jeune qui revient de Syrie en voyage organisé par l'Etat Islamique, est remarquable. La construction du récit qui alterne le quotidien compliqué de la juge, le travail d'enquête minutieux et les extraits d'interrogatoires m'a tenu en haleine fraîche. Pour corser l'affaire, le mariage de la juge avec un écrivain aigri sent le sapin et elle entretient une liaison avec l'avocat du mis en examen… de conscience.

Karine Tuil, de livres en livres, a le mérite de ne pas végéter dans l'autofiction nombriliste. Elle s'empare de son sujet et on sent son souci de l'exactitude, son immense respect pour ces femmes et ces hommes en charge de la justice dans une société qui déclare coupable par anticipation ou souhaite condamner par précaution. Elle traduit très bien le dévouement de la juge à sa fonction, ses incertitudes et la charge émotionnelle de ses décisions.

Et puis Patatras… ! Fini le réalisme au moment du dénouement. C'est le dénuement, l'éclipse totale au moment du bouquet final. Pétard mouillé et sortez les bougies. On passe d'une approche quasi documentaire et chirurgicale à un effet de manche un peu grossier pour connecter la décision du juge à sa vie personnelle. Pour servir son discours sur sa vision de la justice, l'auteure quitte le domaine du rationnel et oriente son récit autour d'une coïncidence tragique à laquelle je n'ai pas cru une minute. le roman sombre dans la caricature de personnages moins vrais que nature. le mari, juif, qui a un retour de foi tardif, une fille idéaliste dont le compagnon s'appelle Ali, ce qui ne ravit pas beau-papa, l'avocat, qui est un écorché vif qui a honte de ses gènes de grand bourgeois, et Alma qui ne sait pas si elle doit se sentir coupable mais pas responsable, responsable mais pas coupable, ou les deux.

Ce passage du réalisme à une fiction aussi crédible que la probabilité d'acheter le ticket gagnant à l'euro-million sans jouer, ne m'a pas du tout convaincu. J'ai ressenti comme un choc thermique. Bain glacé par temps de canicule.

Dommage, ce roman méritait un meilleur générique de fin. Il a eu le mérite de ne pas me laisser indifférent.

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Après avoir été récompensée par le prix Goncourt des lycéens pour « Les Choses humaines », qui invitait à réfléchir sur le mouvement #MeToo et sur l'ambiguïté de cette frontière à ne pas franchir, Karine Tuil s'intéresse à la menace du terrorisme islamique.

Pour ce faire, l'autrice nous plonge dans la peau d'une juge d'instruction du pôle antiterroriste, un an après les attentats du Bataclan. Outre un mariage qui bat de l'aile, la magistrate Alma Revel, doit également se prononcer sur une affaire particulièrement délicate: le dossier Abdeljalil Kacem. Doit-elle remettre en liberté ce jeune musulman qui avait rejoint la Syrie avec sa femme enceinte et qui affirme s'être fait berné par la propagande de l'Etat islamique et vouloir dorénavant seulement vivre en paix avec sa femme et son fils ?

Les deux décisions que l'héroïne de Karine Tuil doit prendre, l'une privée, l'autre professionnelle, ne sont pas évidentes et pourraient bien faire des sérieux dommages collatéraux. Quel sera l'impact sur ses trois enfants si elle décide de quitter son mari et surtout, quel risque fait-elle courir aux citoyens français si jamais elle libère Abdeljalil Kacem ? le risque zéro existe-t-il… et si oui, à quel prix ?

En alternant le quotidien harassant de cette juge d'instruction avec des retranscriptions d'interrogatoires du prévenu, l'autrice invite intelligemment le lecteur à se faire sa propre idée, tout en l'invitant à se rendre compte de la difficulté du choix qui s'offre à lui.

Si cette plongée dans les coulisses de la justice antiterroriste s'avère très documentée et particulièrement didactique, elle est malheureusement servie par un ton journalistique légèrement trop distant, qui freine l'empathie envers les personnages, privilégiant une narration qui lève certes le voile sur le fonctionnement de l'instruction, mais qui oublie de venir cueillir nos émotions… malgré une conclusion plus humaine, qui tente de corriger le tir.


Lien : https://brusselsboy.wordpres..
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Alma Revel est juge antiterroriste. En cette année 2016, elle doit prendre deux décisions majeures : l'une quant au sort d'un jeune homme suspecté d'avoir rejoint l'État islamique en Syrie ; l'autre pour sortir du conflit d'intérêt auquel l'expose sa liaison avec l'avocat de la défense.

Endossant le « je », Karine Tuil se glisse – et nous aussi, par la même occasion – dans la tête de la coordinatrice du pôle antiterroriste de Paris. Cette femme, campée de façon très humaine dans le contexte compliqué de sa vie privée et sentimentale qui nous la rend particulièrement proche dans ses doutes et ses déchirements, est face à un choix cornélien : maintenir un jeune en détention, sur la seule base de suspicions après son séjour en Syrie, ou prendre le risque de libérer un terroriste en puissance. Autrement dit, juger ce garçon pour la crainte qu'il inspire, ou strictement pour ce qu'il a fait.

Directement confronté à ce bien délicat cas de conscience, le lecteur, frappé d'un effroi mêlé d'admiration et de respect, découvre l'éprouvant quotidien des juges du « terro », amenés à prendre des décisions écrasantes de conséquences, sous la pression politique et médiatique, mais aussi sous les menaces qui les contraignent à vivre sous protection constante. Karine Tuil a mené une enquête minutieuse pour nous faire toucher du doigt les réalités de cette profession méconnue, exigeante et dangereuse, n'occultant rien de la violence et de la haine auxquelles elle se retrouve confrontée, et explicitant les différents points de vue adoptés par les uns ou les autres selon leurs convictions et sensibilités.

L'écriture est remarquable, et le récit, captivant, ne laissera personne indifférent. Peu importe si l'intrigue construit son paroxysme sur un jeu de circonstances peut-être improbable, elle excelle à embrasser toute la complexité de son sujet, à nous plonger dans un questionnement dérangeant, à remuer nos consciences et à interroger nos valeurs profondes. Un livre brillant.


Lien : https://leslecturesdecanneti..
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critiques presse (12)
LeMonde
20 juillet 2022
Analyser un milieu, raconter ses codes, documenter les coulisses du pouvoir politique ou judiciaire… tel est l’un des talents de l’autrice parisienne.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Après Les choses humaines, la romancière française Karine Tuil nous revient avec un livre percutant.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
Culturebox
29 avril 2022
La romancière Karine Tuil s'est penchée sur le parquet national antiterroriste dans un livre intitulé "La décision", qu'elle a écrit en se documentant à la manière d'une enquêtrice.
Lire la critique sur le site : Culturebox
LaPresse
24 mars 2022
Dans La décision, Karine Tuil nous plonge dans la tête et le quotidien d'une juge antiterroriste.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LaLibreBelgique
07 février 2022
Très documenté, l’ouvrage est particulièrement percutant.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeMonde
13 janvier 2022
La romancière se fait l’ethnologue du métier de magistrat du pôle d’instruction antiterroriste du tribunal de Paris. Un sujet brûlant.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Bibliobs
12 janvier 2022
Peu à peu on pénètre dans sa tête, son cœur, tout est difficile à jauger, car les apparences, par essence, sont trompeuses.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Culturebox
12 janvier 2022
Très documenté, "La décision", dernier roman de Karine Tuil, plonge le lecteur dans le quotidien d'une juge antiterroriste confrontée à un double choix, l'un dans sa vie professionnelle, l'autre dans sa vie intime.
Lire la critique sur le site : Culturebox
LaCroix
10 janvier 2022
Karine Tuil, Prix Goncourt des lycéens 2019, décrit les tourments conjugaux et professionnels d’une juge antiterroriste, adultère et confrontée à la taqiya des accusés.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LaLibreBelgique
09 janvier 2022
Dans son nouveau roman "La Décision", Karine Tuil met en scène une juge d’instruction antiterroriste. Cette dernière doit décider du sort d’un jeune homme suspecté d’avoir rejoint l’État islamique en Syrie. Très documenté, l’ouvrage est particulièrement percutant.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeFigaro
08 janvier 2022
Après Les Choses Humaines, Prix Interallié et Goncourt des lycéens en 2019, adapté au cinéma en 2021, elle publie La Décision, un roman inouï qui met en scène une juge antiterroriste. Décryptage d’une méthode.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Elle
07 janvier 2022
Dans « La Décision », Karine Tuil explore cette face noire de l’âme qui pousse un homme à commettre un attentat. Elle écrit tendu, vise juste, nous plonge dans le quotidien d’Alma, une juge antiterroriste, dont chaque décision peut avoir des conséquences dramatiques.
Lire la critique sur le site : Elle
Citations et extraits (307) Voir plus Ajouter une citation

Il y a toujours un moment, quand on est parent d'un jeune enfant, où ce dernier disparaît de votre vue dans un parc, un supermarché, au bord de la mer, ça dure en général quelques minutes- des minutes insoutenables qui compriment les pires angoisses: le rapt, l'accident, la mort; on ne se maîtrise plus, c'est une peur indicible, d'une férocité sans égale dont on reste marqué à jamais et que l'on espère ne plus jamais revivre, et c'est elle que je sens renaître à présent, je ne sais pas où est ma fille, si elle est vivante, si je la reverrai un jour et dans un instant de désespoir, je dis à Emmanuel qu'il doit être heureux de ne pas avoir d'enfant, de ne pas connaître cette angoisse.

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Tout dans la société se jouait dans un rapport de forces disruptif et inégal. Il fallait être performant, compétitif (tout en restant sensible), se montrer indépendant (mais affectif), savoir s'affranchir de la souffrance, affirmer ses ambitions (sans être opportuniste) paraître confiant, sûr de soi en toutes circonstances (même quand on doutait, même quand on se tenait au bord du gouffre, on en crevait d'être évalués comme des produits de grande consommation avec date de péremption, remplacer/remplaçable, jeter après usage du jour au lendemain, il suffisait de disparaître, de supprimer/bloquer le contact. Les relations amoureuses devenaient pathétiques. Seuls les liens amicaux et familiaux assuraient un semblant de vie affective Quant aux relations professionnelles elles prenaient généralement fin le jour où elles n'étaient plus imposées par la fonction, on organisait des pots de départ avec cadeau commun, on promettait de se revoir, on se revoyait éventuellement une fois, deux si on était sentimental, mais la magie des interactions quotidiennes n'opérait plus, on échangeait quelques messages sur WhatsApp avant de se mettre en mode silencieux pour finir par brutalement quitter le groupe). p.178

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« C’est ce que je déteste dans notre société ce besoin de transparence, tout le temps. Il y aura toujours un espace entre soi et l'autre, pourquoi chercher à l'occuper ? » p.211

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J'avais vingt-huit ans quand il est né. L'accouchement s'est bien passé, il était en bonne santé mais en quarante-huit heures, tout a basculé. Les médecins nous ont annoncé qu'il était porteur d'une maladie génétique très rare qui le destinerait à rester handicapé moteur et cérébral. On nous a dit aussi qu'il ne vivrait pas longtemps, peut-être jusqu'à l'adolescence, pas au-delà, et serait dépendant d’une aide extérieure. Sylvie venait de commencer sa vie professionnelle, elle ne l'a pas supporté. Mes parents nous ont mis une pression énorme, ce sont des gens qui ne sont que dans la représentation, ça n'était pas possible pour eux d'assumer ça. Tu vois qui est ma famille ?

L'imperfection n'est pas une option. Mes parents nous ont encouragés, je pourrais dire forcés, à abandonner notre enfant, c’est ce que nous avons fait, en secret, nous étions jeunes, paniqués. Ils ont annoncé à tous nos proches que notre fils était mort d’une infection, ils ont fait paraître une publication dans la presse et précisé que nous voulions l'enterrer dans l'intimité.

Il s'interrompt, allume une cigarette, m'en propose une - que je prends.

— Mais quand tu abandonnes un enfant, tu as un mois pour revenir sur ta décision. Au vingt-huitième jour, nous avons voulu le récupérer. C'est ce que nous avons fait. Mais nous n'avons pas osé avouer la vérité à nos proches. Nous l'avons élevé dans l'ombre, elle et moi, sans que personne de notre entourage n'en sache rien : comment aurions-nous pu revenir en arrière ? Sous la pression de ma famille, parce que nous avions peur aussi du gouffre qui se présentait à nous, nous nous étions piégés.

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Mon père avait été un grand lecteur et un étudiant de Foucault qu'il citait souvent : « II est laid d'être punissable mais peu glorieux de punir. » Je suis la fille unique de Robert Revel, l'histoire a oublié mon père, il fut pourtant l'un des militants les plus actifs de la gauche prolétarienne dans les années 60, proche de Jean-Paul Sartre dont il avait failli être le secrétaire avant de tomber dans la drogue et le gangstérisme.

Il me racontait que mes grands-parents, des résistants communistes, cachaient des armes et des tracts antinazis dans son berceau ; Je crois que tout part de là, de l'idée que le pire est toujours possible mais qu'il ne faut jamais se coucher devant l'adversaire. Ma mère, il l'avait rencontrée sur les bancs de Normale sup. C'était l'un de ces couples passionnés qui croyaient en la révolution à une époque où intellectualité et sexualité fusionnaient, où l'on considérait encore que la littérature et les idées pouvaient changer le monde et qu'il fallait penser contre soi pour avoir une possibilité de construction et d'élévation personnelles - des convulsions de l'histoire, ils avaient fait la matrice de leur vie commune.

L'histoire familiale aurait pu être glorieuse si mon père n'avait pas choisi, du jour au lendemain, de suivre Pierre Goldman, fils de résistants juifs, icône rebelle de la gauche intellectuelle, un type brillant, fiévreux mais instable, convaincu que l'engagement passait par la lutte armée et qui l'a incité à prendre les armes pour rejoindre la guerilla au Vénézuela au milieu de l'année 1968.

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Vidéo de Karine Tuil
À l'occasion de la parution des "Cours de poétique" de Paul Valéry, les Matins consacrent une émission à la poésie, art de la sensibilité, de la beauté et de l'éternité, d'hier à d'aujourd'hui.
Guillaume Erner reçoit reçoit William Marx, éditeur de Paul Valéry, Cours de poétique, Karine Tuil, écrivaine et le comédien Philippe Torreton.
#poésie #paulvaléry #litterature __________ Découvrez tous les invités des Matins de France Culture ici https://www.youtube.com/playlist?list=PLKpTasoeXDroMCMte_GTmH-UaRvUg6aXj ou sur le site https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins
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