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Albert Bensoussan (Autre)
ISBN : 2070378233
Éditeur : Gallimard (04/05/1987)

Note moyenne : 4.32/5 (sur 120 notes)
Résumé :
Alors que le Brésil, en renversant l'empire et la société traditionnelle, se dote d'une république musclée, un prophète se lève dans le désert du Nordeste pour, rassemblant les gueux, prostituées, monstres et bandits du sertao, fonder une sorte de phalanstère mystique. Un écossais, anarchiste et phrénologue, le suit à la trace et cherche vainement à rejoindre ce paradis libertaire, mais ses pulsions humaines, trop humaines, viennent ruiner ses espoirs. Cette cité re... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
andman
23 février 2014
Bienvenue à Canudos !
Perché sur la crête d'un cactus difforme, un urubu noir scrute les pèlerins qui cheminent péniblement vers l'entrée de cette localité perdue du Nordeste brésilien, agglomération devenue en quelques mois au centre des préoccupations des plus hautes autorités du pays.

Sitôt quittés “Les chemins de la faim” du regretté Jorge Amado, me voici revenu dans le sertão bahianais avec cette fois un guide péruvien, Mario Vargas Llosa, et son roman “La guerre de la fin du monde” publié en 1981. Cette oeuvre imposante par son format retrace dans le détail une page mémorable de l'histoire brésilienne.
Dans ce 19e siècle finissant, le Brésil a connu coup sur coup l'abolition de l'esclavage en 1888 et l'année suivante le remplacement de l'Empire par l'avènement de la République.
Les premiers pas incertains de cette jeune nation et les tergiversations politiques ont incontestablement favorisé l'expansion dramatique des événements de Canudos quelques années plus tard.
Un personnage mystique et charismatique est au centre de toutes les attentions : ses disciples l'appellent le Conseiller. Il s'est installé avec ses fidèles à Canudos au mépris du droit de propriété d'un notable de la région.
Des paysans misérables en recherche d'espérance, des bandits de grands chemins en quête de rédemption, d'anciens esclaves des fazendas affluent à Canudos. Cette multitude hétéroclite écoute avec ferveur cet évangéliste, aux yeux étincelants et à la chevelure nazaréenne, propager de l'aube au coucher un message d'amour et de paix.
Mais la parole de l'oracle n'est pas seulement de fraternité universelle, toute aussi prégnante est sa vision d'une fin du monde imminente. Il assimile la République naissante à l'Antéchrist et refuse le mariage civil, le système métrique décimal, le recensement, le paiement de l'impôt…
Dans la première partie du livre, alors que les événements s'accélèrent, l'auteur introduit de temps à autre un personnage-clé et évoque dans le détail son parcours de vie. Ainsi les nouveaux protagonistes incorporent-ils naturellement le roman comme les différents instruments de musique rejoignent le tempo de la symphonie.
Les rebelles avec femmes et enfants sont estimés à trente mille en novembre 1896 et leur nombre croissant met en danger la République. La guerre est déclarée à ces illuminés et leur anéantissement est décidé en haut lieu.
Trois interventions armées se succèdent en seulement quelques mois et se soldent par autant de fiascos pour les militaires. Invisibles dans l'austère caatinga qui entoure leur bastion, les révoltés sont passés maître dans l'art de la guérilla et crient victoire.
Combien de temps encore Canudos, avec ses jusqu'au-boutistes et son temple aux fenêtres orientées en direction de l'amour, résistera-t-elle aux forces armées brésiliennes ?
Mario Vargas Llosa se garde bien de prendre partie pour un camp ou pour un autre et le lecteur s'identifie tour à tour aux idéalistes de Canudos et aux militaires chargés de faire respecter la loi républicaine. Les manoeuvres politiques liées à ces évènements sanglants sont par ailleurs dépeintes avec mesure et sans parti pris.
C'est avec bonheur que je découvre au fil des mois l'oeuvre éclectique du Nobel péruvien, cependant « La guerre de la fin du monde » se démarque des lectures précédentes par une intensité dramatique omniprésente.
Des événements historiques pour le moins insolites, de multiples personnages aux antipodes les uns des autres, ce roman met en exergue les particularités d'un pays au carrefour des cultures les plus diverses.
Oeuvre où se mêlent passion et violence avec des touches d'humanité et de sensualité parfois, « La guerre de la fin du monde » devrait enthousiasmer celles et ceux attirés par l'immensité mystérieuse du Brésil !
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stcyr04
10 mars 2017
C'est autour d'Antonio Vicente Mendes Maciel, figure historique et christique, ascétique et hallucinée, celle d'un fou doublé d'un saint, surnommé le Conseiller par ses disciples, qu'un jour se format un mouvement millénariste et messianique, dans la region de Bahia, à la fin du XIXème siècle, alors que le Brésil venait d'abolir l'esclavage et se trouvait encore aux balbutiements d'une démocratie, passé depuis moins de dix ans de l'Empire à la République. Cette cour des miracles, cet ensemble hétéroclite de pauvres indigènes, de mendiants, de pèlerins, de paysans miséreux, d'esclaves marrons, d'affranchis, de bandits et de meurtriers repentis, refusait de se plier au nouveau pouvoir en place, rejetant le recensement, le marriage civil, le système métrique décimal, de verser des impôts, bannissant la propriété privée et l'argent dans un collectivisme absolu, restaurant les églises, les cimetières et les lieux saints et voyant dans la république l'incarnation de l'antéchrist. Cette "cité de dieu" réussit à mettre en déroute trois expéditions militaires pour finalement céder sous le nombre. La Guerre de la fin du monde, fresque historique bouleversante et dure, s'attache à faire revivre ce moment particulier, par son souffle épique, par la grande richesse de ces personnages bien campés. En s'affranchissant des limites du temps et de l'espace, Mario Vargas LLosa retrace méticuleusement les circonstances et les motivations ayant entraîné tous ces êtres démunis, disgraciés, à errer à travers le Sertao, région particulièrement inhospitalière du Nordeste Brésilien, pour partager sans retour le sort de cet illuminé qu'il voit comme un prophète, décrit l'organisation et les préparatifs des belligérants des deux camps, les manoeuvres d'instrumentalisation des républicains et des autonomistes d'inspiration monarchique et des organes de presse à la solde de leur commanditaires, pour se renvoyer la responsabilité de la prolifération de ce mouvement sébastianiste séditieux.
Un excellent roman ayant pour sujet une guerrilla, une forme de guerre civile dont l'histoire de l'Amérique Latine regorge; un livre particulièrement poignant dont on ne sort pas indemne.
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SophieChalandre
08 février 2017
Mario Vargas LLosa ne puise pas son inspiration dans son pays d'origine, le Pérou, mais met en scène avec brio la rébellion de Canudos (1896-1897), communauté de personnes misérables, exclues de la société, adeptes du fanatique Antonio Maciel, le Consejero, qui fascine ses fidèles par ses prêches messianiques, dans l'aride sertao du Nordeste brésilien. A partir d'un considérable travail de documentation historique et de la chronique de cette rébellion, Hautes Terres, du brésilien Euclide da Cuhna, Mario Vargas LLosa, selon la théorie du roman total, crée un monde foisonnant d'aventures et de personnages.
A travers ces protagonistes multiples, paysans sans terre, assassins repentis, parias et ceux de l'autre camp, militaires, anarchistes et journalistes, Mario Vargas Llosa, au travers de ces prismes aussi variés qu'opposés, tente de cerner le phénomène Canudos : Etat dans l'Etat, porté par un rêve millénariste, Canudos ose braver les lois de la toute jeune république brésilienne avant d'être anéanti. Ce passionnant roman historique aborde une problématique inhérente à la naissance de toutes les nations latino-américaines : utopies, fédéralisme ou centralisme, mais s'inscrit aussi dans le contexte latino-américain de l'époque de son écriture, les années 1980 : violence, fanatisme religieux et politiques, les sujets majeurs des romans postérieurs de Mario Vargas Llosa.
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jsgandalf
20 avril 2012
Ça c'est gigantesque. Un roman que l'on n'oublie pas. On ne rentre pas dedans tête la première, il faut de la persévérance, de l'envie, mais la récompense est au bout. La littérature dans ce qu'elle a de meilleur. Encore un livre de rébellion, de religion, mais que de style, que de brutalité. de l'amour, de la haine et en plus une histoire.
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Tagrawla
13 juin 2014
Wahou. Je vous accorde qu'il s'agit là d'un commentaire fort peu littéraire, mais c'est tout de même la première chose qui m'a traversée la tête à la lecture de l'ultime page de ce long roman.
La Guerre de la fin du Monde, c'est la guerre de Canudos : conflit armé bien réel de la fin du 19e siècle, au coeur de la toute jeune république du Brésil. D'un côté, il y avait les républicains. de l'autre, une communauté hétéroclite unie autour d'un prédicateur, perçu comme un messie, qui s'oppose à la république, au mariage civil et au système métrique décimal. Autour, apparaît une théorie de complot monarchiste financé par l'Angleterre. Voilà pour le décor.
La suite sur mon blog :
Lien : http://tagrawlaineqqiqi.word..
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Citations & extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
andmanandman20 février 2014
Le fleuve de soldats, chevaux, canons, charrettes est sans fin. "C'est un crotale", pense Parjeù. Chaque bataillon en constitue les anneaux, les uniformes les écailles, la poudre des canons le venin avec lequel il empoisonne ses victimes.
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mesrivesmesrives21 novembre 2014
« - Es-tu Pajeu ? demanda-t-il à la fin.
- Oui, acquiesça l'homme.
Aristarco demeurait derrière lui comme une statue.
- Tu as fait autant de ravages sur cette terre que la sécheresse, dit le baron. Avec tes vols, tes crimes, tes pillages.
- C'était autrefois, répondit Pajeu sans ressentiment, avec une pitié secrète. J'ai commis dans mon existence des péchés dont j'aurais à rendre compte. Maintenant je ne sers plus le Chien mais le Père.
Le baron reconnut ce ton: c'était celui des prédicateurs des Saintes Missions, celui des sectes itinérantes qui arrivaient à Monte Santo, celui de Moreira Cesar, celui de Galileo Gall. Le ton de la certitude absolue, pensa-t-il, celui de ceux qui ne doutent jamais. Et pour la première fois, il sentit la curiosité d'entendre le Conseiller, cet individu capable de transformer un coquin en fanatique.
- Pourquoi es-tu venu ? Que veux-tu ?
- Brûler Calumbi, dit-il d'une voix neutre.
- Brûler Calumbi ?
La stupeur changea l'expression, la voix et l'attitude du baron.
- La purifier, expliqua le caboclo lentement. Après avoir tant sué, cette terre mérite le repos. »
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moklosmoklos07 juin 2008
La raison avait pu soumettre le sexe dans la veille, non dans les rêves. Bien des nuits ces années-là, quand il s’endormait, des formes féminines tentatrices se glissaient dans son lit, se collaient contre son corps et lui arrachaient des caresses. Il rêva ou pensa qu’il lui en avait coûté plus d’effort pour résister à ces fantômes qu’aux femmes en chair et en os et il se rappela qu’à l’instar des adolescents ou compagnons enfermés en prison de par le vaste monde, bien des fois il avait fait l’amour avec ces silhouettes impalpables que fabriquait son désir.
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moklosmoklos07 juin 2008
Ces gens-là ne volent, ne tuent ni n’incendient quand ils sentent un ordre, quand ils voient que le monde est organisé, car personne ne sait mieux qu’eux respecter les hiérarchies, dit le baron d’une voix ferme. Mais la République a détruit notre système avec des lois irréalistes, remplaçant le principe d’obéissance par celui des enthousiasmes dans fondement. Une erreur du maréchal Floriano, mon colonel, parce que l’idéal social réside dans la tranquillité, non dans l’enthousiasme.
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moklosmoklos07 juin 2008
Le Chien ou le Père, l’Antéchrist ou le Bon Jésus. Ils savaient à l’instant quel fait procédait de l’un ou de l’autre, s’il était bénéfique ou maléfique. Ne les enviez-vous pas ? Tout devient facile si l’on est capable d’identifier le mal ou le bien derrière chaque chose qui se produit.
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Vidéo de Mario Vargas Llosa
Mario Vargas Llosa: 2012 National Book Festival
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