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EAN : 9782707316707
123 pages
Editions de Minuit (18/03/1999)
3.64/5   69 notes
Résumé :
Cinéma est le deuxième roman de ce jeune auteur français, après Black Note en 1998 qui fut salué par la critique. Ecrit à la première personne par un narrateur qui se présente en tant que tel, ce livre est remarquable de concision, écrit dans un style épuré et dynamique. Réduit à parler d'un seul film, un même film qu'il a vu d'innombrables fois, ce narrateur a noté toutes les remarques ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Quand on dit "c'est un fondu de cinéma", on n'a pas tort : le narrateur de Cinéma est bien un fondu de cinéma.

A ceci près qu'il est totalement fondu - il est même fêlé, zinzin, marteau, dingue- et que son cinéma se résume à UN film.

Un film fétiche, qu'il a vu et revu, pris en script, dont il a annoté chaque plan sur un cahier, qu'il a disséqué, repassé au filtre de ses émotions successives, et qui lui sert de test dans sa vie relationnelle.

Il classe ses amis en deux catégories : ceux qui aiment le film et ceux qui ne le « trouvent pas formidable ». Les seconds sont rayés de la carte et disparaissent de son horizon. Les premiers ont un accessit : encore faut-il qu'ils ne dérogent pas à l'explication circonstanciée que leur en donne, pendant le film, le narrateur, et qu'ils n'aillent pas bâiller ou prendre un verre d'eau à la cuisine pendant la sacro-sainte projection du film culte, du film déifié, du film unique.

J'oubliais le plus important : il s'agit du Limier, de Mankiewicz, avec Laurence Olivier (Sir !) et Michaël Caine. Ou plutôt de Sleuth, son titre anglais, son nom quasi personnel.

Car Sleuth est une personne, dont le narrateur est véritablement obsédé.

Monomaniaque.

On n'ignore rien du film – génial, effectivement- que le récit évoque et commente plan par plan, mais au commentaire se mêle le métatexte, d'où surgit le portrait d'un cinéphile fou, littéralement possédé.

Toutefois, le récit du film- une machination diabolique où le faux finit par devenir vrai- et le portrait d'un grand malade du cinéma ne seraient rien sans la langue, toujours aussi extraordinaire, de Tanguy Viel, avec ses incises diaboliques, ses verbes sans sujet ou avec postposition systématique du sujet, -comme si le verbe primait sur tout, dans une espèce de frénésie, d'énergie vitale, jaillissante et menacée d'extinction à la fois.

Pas d'émotion, pourtant, pas de compassion, ni d'empathie pour le sujet parlant comme dans Article 353 du Code Pénal où on avait envie de prendre le vieux Kermeur dans ses bras en lui tapotant le dos et lui disant « c'est pas grave, tu as tué un salaud, tu as eu raison, on t'aime ! »– ici, à moins d'être psy, et malgré la justesse des analyses, on a plutôt envie de fuir ce psychopathe à la logorrhée maniaque et sourcilleuse.

La langue a pour effet, cette fois, de déclencher une incommensurable envie de rire : je ne me suis pas retenue d'ailleurs et ai ri à gorge déployée devant tant de dinguerie associée à tant de discernement cinéphilique !

Une nouvelle bonne surprise que ce deuxième livre - pour moi- de Tanguy Viel, recommandé par deux amis babéliotes pleins de discernement qui se reconnaîtront et que je salue au passage !

Je crois que je vais retourner faire un tour du côté de ses autres livres..Décidément j'aime beaucoup les « écuries » des éditions de Minuit ! Elle abrite de beaux pur-sang !
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Ceci est un scoop : j'aime les livres. Je les aime tellement que j'évite le plus souvent leur adaptation cinématographique (d'autant plus que le bouquin n'aurait eu l'heur de me séduire). Et, ce, pour certaines raisons (hors absence de masochisme):

- l'amputation filmique m'est douloureuse. On regarde des personnages-moignons (sans carbone) dont les ramifications complexes ont subi une taille éhontée, quand l'action, elle-même, n'a pas été lavée à 90° pour des raisons de toile de temps (j'admets, le jeu de mots est totalement foireux).
- Je tiens à ma liberté inaliénable de lectrice qui projette ses images personnelles sur les mots qu'un écrivain lui a offerts. Laquelle lectrice préfère lesdits cadeaux à lady ou mister Machin, fussent-ils pourvus de talent et de charme.
- Je me refuse à donner quelques euros à un professionnel du cinéma incapable de promouvoir une idée originale (a fortiori lorsque le livre n'est pas remarquable. Il est bon de le répéter)

J'aime les films aussi. Enfin, pas tous. Loin de là. Pas les adaptations littéraires par exemple. Ceci est une règle qui comporte donc quelques rares exceptions (comme les mots en "ou" qui prennent un "s" au pluriel sauf…)

Et je souffre d'un TOC qui me pousse à acquérir systématiquement tout ouvrage des Editions de Minuit qui traîne chez mon bouquiniste. Il ne s'agit pas d'un TOC dangereux. Il y a moins d'auteurs Minuit que de Musso-Lévy dans les fonds de caisse. Excepté l'Amant de Duras qui a décroché la palme du cadeau de fin d'année le plus offert après avoir décroché le prix Goncourt. Les stocks circulent encore.

Bref, j'ai ramené Cinéma.
Mal m'en a pris!
J'ai avalé cent vingt quatre pages serrées d'un livre qui n'a fait que causer d'un film! En plus, pas n'importe quel film. Non, un vrai chef d'oeuvre du cinéma vu à une époque que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Un film que je n'ai jamais oublié. Une oeuvre maîtresse.
Si les écrivains commencent à écrire pour parler d'un seul film, il est temps de lancer un boycott afin de sauvegarder le roman.

On peut m'objecter que certains auteurs écrivent pour ne rien dire, même très délicatement, et que cette délicatesse inspire l'industrie cinématographique. Soit. Mais on peut alors tout admettre. Rejeter l'exigence, porter la médiocrité au pinacle, virer Voltaire et encenser Coelho (clin d'oeil à une Laurence de Babelio).

Bien sûr, Tanguy Viel ne se borne pas à raconter le film.
On peut faire valoir qu'il glisse de la trame (grandiose) du film de Mankiewicz pour faire place à son narrateur mono-maniaque qui entretient une relation particulière au film. Ce qui constitue le coeur du livre dans les digressions en marge de la narration de Sleuth (Le limier en français).
Mais tout ceci est bien court, hors l'hommage que l'écrivain rend au réalisateur.

Le narrateur n'en finit plus de visionner le film sur son magnétoscope au point de définir sa vie, ses pensées, ses amis en fonction de ce qu'il imagine comprendre ou ne pas comprendre de ce jeu de pouvoir physique, psychique et social. Tout individu ne trouvant pas le film formidable est exclu. Toute personne qui oserait rire à tel moment ne sera pas rachetée. Etc.
Notre narrateur est un fondu, cinéphile d'un unique film, pas même esthète.
Habituellement, je prends grand plaisir à tout délire de doux dingue, mais ici la monomanie manque de saveur.
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Retour sur un livre qui a beaucoup marqué ma vie de lecteur et de … cinéphile. « Cinéma », le second livre de Tanguy Viel, à été pour moi un double coup de coeur. Non seulement il écrit pendant 130 pages sur un seul film, mais comme par hasard (ou non), il s'agit pour moi aussi de l'un de mes films préférés, parmi les centaines que j'ai visionnés, en particulier lors de mes jeunes années, en l'occurrence « Le limier » (titre original Sleuth), le dernier long-métrage de Joseph L. Mankiewicz, tourné en 1972, un huis clos avec Laurence Olivier et Michael Caine, à ne pas confondre avec le remake de 2007, dans lequel Michael Caine campe le personnage joué par Laurence Olivier dans la version originale, et Jude Law reprend le rôle initialement joué par Caine. A noter que ce film, le chant du cygne de Mankiewicz, est basé sur une pièce de théâtre d'Anthony Shaffer (également auteur du scénario), un des très grands dramaturges britanniques du XXe siècle.
Tout cela pour situer ce film sur le plan purement cinématographique.
Je ne vais pas vous divulguer l'histoire, je ne saurais d'ailleurs pas le faire comme Tanguy Viel, qui réussit là un coup de génie absolument époustouflant, en racontant non seulement l'intrigue du film dans un style très particulier, je dirais cinématographique, un style très personnel aussi, avec en sus moult digressions pour inoculer au lecteur son amour (le mot n'est pas trop faible) pour ce monument du cinéma, qu'il a visionné des dizaines et dizaines de fois, toujours à la recherche de nouveaux détails qu'il n'aurait pas encore observés, pour admirer encore et encore ses scènes préférées, nombreuses dans ce film dense et touffu, pour admirer le jeu de ces immenses acteurs, pour la beauté et l'originalité des décors aussi, absolument magnifiques.
Tanguy Viel parvient à envoûter le lecteur de telle manière que ce dernier peut littéralement visualiser le film par la lecture. Il va de soi que le lecteur est d'autant plus happé s'il connaît lui-même ce film et son intrigue machiavélique, a fortiori s'il apprécie le film et parvient ainsi à saisir mieux les digressions de l'auteur. Tanguy Viel veut aussi partager son engouement avec ses amis et connaissances. Ses visiteurs sont immanquablement conviés à visionner « Le limier » en sa compagnie. Et gare à celui qui ose émettre une critique: il ne sera plus invité.
Un livre très particulier écrit par un auteur particulier et parlant d'un film particulier. A vous de voir si vous voulez découvrir d'abord le film ou le livre. Personnellement, je vous conseillerais de découvrir le film en premier. Vous apprécierez alors d'autant mieux la version littéraire concoctée par l'auteur.
Bonne lecture et bon film !
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Cher Tanguy Viel

J'ai lu ce matin votre « cinéma ».
J'ai reconnu « le limier » dés la première page. Je voudrais que vous sachiez d'abord que je suis né en 1949, un an comme vous, après la sortie d'un des deux grands chefs d'oeuvre de Mankiewicz « All about Eve ». C'est une coïncidence mais elle explique ce qui suit.

Sleuth est sorti en 1972, avec le titre français « le limier » C'était ainsi de ce film comme de ceux de Hitch que j'ai connu d'abord traduits par « la mort au trousse », « les oiseaux », sans parler de l'inénarrable « pas de printemps pour Marnie » et de bien d'autres réalisateurs anglais ou américains Les italiens étaient mieux traités.(mais comment traduire la dolce vita, ou la ciocciara ?)

Dans « cinéma » le narrateur n'a pas vu le film au cinéma !
Et du reste, il ne souhaite pas tant que ça tenter l'expérience (page 60) au risque de ne plus pouvoir revenir au format vidéo. C'est tout de même quelque chose, non ?

J'ai fait le contraire et croyez moi, j'ai pris ce film en pleine figure, seul et dans le noir. Comme vous plaisez à le faire remarquer le chiffre 2 est une constante dans cette énigme et au cinéma on est deux : le film et soi.

Contrairement à vous, je n'ai fait qu'additionner les visions solitaires tant que le film est resté à l'affiche. J'y ai convié nombre d'amis, mais bien sûr, impossible de faire des commentaires pendant la projection (Chut !) tout juste un regard en biais, un coup de coude, échangés furtivement pour retourner vers l'écran. Impossible d'enquêter comme vous l'avez fait avec tant d'ingénuité et d'obstination.

La sortie VHS (détail amusant la version que je possède est une version française remastérisée s'il vous plait, toujours pas de sleuth donc .D'où tenez vous la vôtre ?) date de 1999, comme votre livre…(une passion urgente en somme). le film avait quitté les salles depuis vingt ans.

La vidéo est pour moi plus décevante et je vous rejoins page 60 par mon chemin. D'autant que les détails n'apparaissent pas d'emblée comme au cinéma. Il faut voir et revoir et surtout observer et consigner, comme vous l'avez fait, la réaction des autres (télé) spectateurs dans une pièce éclairée et se navrer de tel ou telle qui va boire trois verres d'eau en deux heures, celui qui fume, celle qui baille où simplement ceux qui parlent (la passion intolérante pour un…film).

Ce film est un chef d'oeuvre, une mécanique « formidable » et vous en parlez bien puisqu'on parle bien de ce qu'on aime. Et je vous suis sur votre interprétation du suicide programmé de Milo (A propos avez-vous lu les bouquins de Pierre Bayard chez votre éditeur, oui, sûrement)

Est-ce pour cela que vous avez fait suivre « cinéma » de deux mécaniques vouées à l'échec dés la page 10 et qui me ravissent. Est-ce le « syndrome sleuth » ?

Paris Brest est une pause. C'est bien de penser un peu à la famille…

Me reste à lire le Black note si je le trouve et j'aurai réuni quelques fragments de votre énigme.
Je vous remercie de votre attention

Cordialement






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Je ne savais rien de ce roman avant de le commencer. Très vite on comprend que le narrateur nous raconte un film, qu'il juge d'une importance capitale dans l'histoire du cinéma. En réalité, pour lui, c'est même la seule oeuvre digne d'être revue sans cesse. Et il la commente inlassablement dans un cahier. Son monde intérieur s'est complètement fixé sur ce film. Et sa vie sociale aussi.

Le texte est d'un seul bloc. Il n'y a pas de chapitres, pas même de pause dans cette logorrhée.

Assez vite la narration m'a fait penser à « le limier » de Mankiewicz, un film que je n'ai vu qu'une seule fois (et que pour tout dire j'ai eu beaucoup de mal à regarder en entier). Adapté d'une pièce de théâtre le film souffre à mon avis de cette origine. Il est extrêmement verbeux, daté, et la confrontation Michael Caine / Laurence Olivier pénible, même si elle réserve plus que son lot de surprises.

Mon sentiment final est mitigé. J'applaudis l'audace formelle de ce roman mais je m'y suis beaucoup ennuyé, presque autant que dans le film !
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
C'est comme une faille dans sa forteresse, un talon d'Achille. Quand Achille n'est pas du tout Achille par son talon, Andrew n'est pas du tout Andrew par sa sexualité , et il devient vulgaire et susceptible comme Milo. C'est une chose, j'avoue, que j'ai mis longtemps à m'expliquer à moi-même, comment un aristocrate pouvait ne pas être un aristocrate sur tous les plans, et c'est une chose que je n'ai pas fondamentalement résolue, je m'en suis accommodé, voilà, mais ça reste curieux.
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Là aussi c'est comme une double négation et je ne veux pas me répéter, mais voilà la clé de toute l'histoire : il"fait comme si" il enquêtait, et il "fait comme si" il était mort, et du coup, il est mort pour de vrai.
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C'est comme, disent des amis à moi, des amis qui pourtant estiment réellement Sleuth, c'est comme un métafilm, disent ces amis-là, et me l'ont dit pendant qu'on regardait le film, exprès pendant le film, pour me montrer que c'est effectivement un métafilm qu'on construit dans sa tête(....) Mais , quand j'ai dit que je n'avais pas ce problème avec Sleuth, que je n'avais jamais rencontré de métaSleuth, alors ils se sont tus. Et j'ai trouvé une parade encore plus efficace contre ceux-là, contaminés par les métafilms: je ne réponds pas, je n'écoute pas leurs discours, et très vite ils retournent à leur métasilence, comme ils disent.,
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Moi-même, si j'étais raisonnable, je ferais une version épurée, je ferais des coupes dans le discours si j'étais raisonnable, j'arrêterais de gaspiller, comment dire, de la pellicule vocale, mais ce n'est pas mon film, alors c'est délicat d'épurer encore, je préfère tout expliquer.
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" Ce film, je le refais tout seul dans ma tête, avec mon cahier pour simplifier"
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