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ISBN : 2707316709
Éditeur : Editions de Minuit (18/03/1999)

Note moyenne : 3.61/5 (sur 37 notes)
Résumé :
Cinéma est le deuxième roman de ce jeune auteur français, après Black Note en 1998 qui fut salué par la critique. Ecrit à la première personne par un narrateur qui se présente en tant que tel, ce livre est remarquable de concision, écrit dans un style épuré et dynamique. Réduit à parler d'un seul film, un même film qu'il a vu d'innombrables fois, ce narrateur a noté toutes les remarques ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
michfred
  10 janvier 2017
Quand on dit "c'est un fondu de cinéma", on n'a pas tort : le narrateur de Cinéma est bien un fondu de cinéma.
A ceci près qu'il est totalement fondu - il est même fêlé, zinzin, marteau, dingue- et que son cinéma se résume à UN film.
Un film fétiche, qu'il a vu et revu, pris en script, dont il a annoté chaque plan sur un cahier, qu'il a disséqué, repassé au filtre de ses émotions successives, et qui lui sert de test dans sa vie relationnelle.
Il classe ses amis en deux catégories : ceux qui aiment le film et ceux qui ne le « trouvent pas formidable ». Les seconds sont rayés de la carte et disparaissent de son horizon. Les premiers ont un accessit : encore faut-il qu'ils ne dérogent pas à l'explication circonstanciée que leur en donne, pendant le film, le narrateur, et qu'ils n'aillent pas bâiller ou prendre un verre d'eau à la cuisine pendant la sacro-sainte projection du film culte, du film déifié, du film unique.
J'oubliais le plus important : il s'agit du Limier, de Mankiewicz, avec Laurence Olivier (Sir !) et Michaël Caine. Ou plutôt de Sleuth, son titre anglais, son nom quasi personnel.
Car Sleuth est une personne, dont le narrateur est véritablement obsédé.

Monomaniaque.
On n'ignore rien du film – génial, effectivement- que le récit évoque et commente plan par plan, mais au commentaire se mêle le métatexte, d'où surgit le portrait d'un cinéphile fou, littéralement possédé.
Toutefois, le récit du film- une machination diabolique où le faux finit par devenir vrai- et le portrait d'un grand malade du cinéma ne seraient rien sans la langue, toujours aussi extraordinaire, de Tanguy Viel, avec ses incises diaboliques, ses verbes sans sujet ou avec postposition systématique du sujet, -comme si le verbe primait sur tout, dans une espèce de frénésie, d'énergie vitale, jaillissante et menacée d'extinction à la fois.
Pas d'émotion, pourtant, pas de compassion, ni d'empathie pour le sujet parlant comme dans Article 353 du Code Pénal où on avait envie de prendre le vieux Kermeur dans ses bras en lui tapotant le dos et lui disant « c'est pas grave, tu as tué un salaud, tu as eu raison, on t'aime ! »– ici, à moins d'être psy, et malgré la justesse des analyses, on a plutôt envie de fuir ce psychopathe à la logorrhée maniaque et sourcilleuse.
La langue a pour effet, cette fois, de déclencher une incommensurable envie de rire : je ne me suis pas retenue d'ailleurs et ai ri à gorge déployée devant tant de dinguerie associée à tant de discernement cinéphilique !
Une nouvelle bonne surprise que ce deuxième livre - pour moi- de Tanguy Viel, recommandé par deux amis babéliotes pleins de discernement qui se reconnaîtront et que je salue au passage !
Je crois que je vais retourner faire un tour du côté de ses autres livres..Décidément j'aime beaucoup les « écuries » des éditions de Minuit ! Elle abrite de beaux pur-sang !
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Laurence64
  10 avril 2013
Ceci est un scoop : j'aime les livres. Je les aime tellement que j'évite le plus souvent leur adaptation cinématographique (d'autant plus que le bouquin n'aurait eu l'heur de me séduire). Et, ce, pour certaines raisons (hors absence de masochisme):
- l'amputation filmique m'est douloureuse. On regarde des personnages-moignons (sans carbone) dont les ramifications complexes ont subi une taille éhontée, quand l'action, elle-même, n'a pas été lavée à 90° pour des raisons de toile de temps (j'admets, le jeu de mots est totalement foireux).
- Je tiens à ma liberté inaliénable de lectrice qui projette ses images personnelles sur les mots qu'un écrivain lui a offerts. Laquelle lectrice préfère lesdits cadeaux à lady ou mister Machin, fussent-ils pourvus de talent et de charme.
- Je me refuse à donner quelques euros à un professionnel du cinéma incapable de promouvoir une idée originale (a fortiori lorsque le livre n'est pas remarquable. Il est bon de le répéter)
J'aime les films aussi. Enfin, pas tous. Loin de là. Pas les adaptations littéraires par exemple. Ceci est une règle qui comporte donc quelques rares exceptions (comme les mots en "ou" qui prennent un "s" au pluriel sauf…)
Et je souffre d'un TOC qui me pousse à acquérir systématiquement tout ouvrage des Editions de Minuit qui traîne chez mon bouquiniste. Il ne s'agit pas d'un TOC dangereux. Il y a moins d'auteurs Minuit que de Musso-Lévy dans les fonds de caisse. Excepté l'Amant de Duras qui a décroché la palme du cadeau de fin d'année le plus offert après avoir décroché le prix Goncourt. Les stocks circulent encore.
Bref, j'ai ramené Cinéma.
Mal m'en a pris!
J'ai avalé cent vingt quatre pages serrées d'un livre qui n'a fait que causer d'un film! En plus, pas n'importe quel film. Non, un vrai chef d'oeuvre du cinéma vu à une époque que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Un film que je n'ai jamais oublié. Une oeuvre maîtresse.
Si les écrivains commencent à écrire pour parler d'un seul film, il est temps de lancer un boycott afin de sauvegarder le roman.
On peut m'objecter que certains auteurs écrivent pour ne rien dire, même très délicatement, et que cette délicatesse inspire l'industrie cinématographique. Soit. Mais on peut alors tout admettre. Rejeter l'exigence, porter la médiocrité au pinacle, virer Voltaire et encenser Coelho (clin d'oeil à une Laurence de Babelio).
Bien sûr, Tanguy Viel ne se borne pas à raconter le film.
On peut faire valoir qu'il glisse de la trame (grandiose) du film de Mankiewicz pour faire place à son narrateur mono-maniaque qui entretient une relation particulière au film. Ce qui constitue le coeur du livre dans les digressions en marge de la narration de Sleuth (Le limier en français).
Mais tout ceci est bien court, hors l'hommage que l'écrivain rend au réalisateur.
Le narrateur n'en finit plus de visionner le film sur son magnétoscope au point de définir sa vie, ses pensées, ses amis en fonction de ce qu'il imagine comprendre ou ne pas comprendre de ce jeu de pouvoir physique, psychique et social. Tout individu ne trouvant pas le film formidable est exclu. Toute personne qui oserait rire à tel moment ne sera pas rachetée. Etc.
Notre narrateur est un fondu, cinéphile d'un unique film, pas même esthète.
Habituellement, je prends grand plaisir à tout délire de doux dingue, mais ici la monomanie manque de saveur.
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jeandubus
  13 décembre 2013
Cher Tanguy Viel
J'ai lu ce matin votre « cinéma ».
J'ai reconnu « le limier » dés la première page. Je voudrais que vous sachiez d'abord que je suis né en 1949, un an comme vous, après la sortie d'un des deux grands chefs d'oeuvre de Mankiewicz « All about Eve ». C'est une coïncidence mais elle explique ce qui suit.
Sleuth est sorti en 1972, avec le titre français « le limier » C'était ainsi de ce film comme de ceux de Hitch que j'ai connu d'abord traduits par « la mort au trousse », « les oiseaux », sans parler de l'inénarrable « pas de printemps pour Marnie » et de bien d'autres réalisateurs anglais ou américains Les italiens étaient mieux traités.(mais comment traduire la dolce vita, ou la ciocciara ?)
Dans « cinéma » le narrateur n'a pas vu le film au cinéma !
Et du reste, il ne souhaite pas tant que ça tenter l'expérience (page 60) au risque de ne plus pouvoir revenir au format vidéo. C'est tout de même quelque chose, non ?
J'ai fait le contraire et croyez moi, j'ai pris ce film en pleine figure, seul et dans le noir. Comme vous plaisez à le faire remarquer le chiffre 2 est une constante dans cette énigme et au cinéma on est deux : le film et soi.
Contrairement à vous, je n'ai fait qu'additionner les visions solitaires tant que le film est resté à l'affiche. J'y ai convié nombre d'amis, mais bien sûr, impossible de faire des commentaires pendant la projection (Chut !) tout juste un regard en biais, un coup de coude, échangés furtivement pour retourner vers l'écran. Impossible d'enquêter comme vous l'avez fait avec tant d'ingénuité et d'obstination.
La sortie VHS (détail amusant la version que je possède est une version française remastérisée s'il vous plait, toujours pas de sleuth donc .D'où tenez vous la vôtre ?) date de 1999, comme votre livre…(une passion urgente en somme). le film avait quitté les salles depuis vingt ans.
La vidéo est pour moi plus décevante et je vous rejoins page 60 par mon chemin. D'autant que les détails n'apparaissent pas d'emblée comme au cinéma. Il faut voir et revoir et surtout observer et consigner, comme vous l'avez fait, la réaction des autres (télé) spectateurs dans une pièce éclairée et se navrer de tel ou telle qui va boire trois verres d'eau en deux heures, celui qui fume, celle qui baille où simplement ceux qui parlent (la passion intolérante pour un…film).
Ce film est un chef d'oeuvre, une mécanique « formidable » et vous en parlez bien puisqu'on parle bien de ce qu'on aime. Et je vous suis sur votre interprétation du suicide programmé de Milo (A propos avez-vous lu les bouquins de Pierre Bayard chez votre éditeur, oui, sûrement)
Est-ce pour cela que vous avez fait suivre « cinéma » de deux mécaniques vouées à l'échec dés la page 10 et qui me ravissent. Est-ce le « syndrome sleuth » ?
Paris Brest est une pause. C'est bien de penser un peu à la famille…
Me reste à lire le Black note si je le trouve et j'aurai réuni quelques fragments de votre énigme.
Je vous remercie de votre attention
Cordialement



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krol-franca
  14 mai 2017
Quel livre ! J'ai été bluffée du début à la fin. Ce texte est un OLNI (objet littéraire non identifié) ! le narrateur ne parle que d'un film et un seul, Sleuth de Mankiewicz (Le limier en version française), il l'analyse, le décortique, en montre toutes les ficelles, les subtilités, avec le ton du fan absolu, de celui qui ne peut garder pour ami quiconque n'aura pas trouvé ce film formidable. Il l'a vu des dizaines de fois en en découvrant chaque fois un détail nouveau. C'est une obsession.
Ce film, je suis sûre que je l'ai vu lorsque j'étais très jeune, des images me sont revenues à la lecture du livre de Tanguy Viel mais bien sûr, je ne m'en souvenais pas suffisamment. Cependant, il n'est absolument pas nécessaire de connaître le film, le narrateur en parle avec tellement de chaleur, de détails, de persuasion, de virtuosité qu'on a l'impression de voir le film. Et paradoxalement, ce livre n'est qu'un apéritif, parce que les mots ne sont pas les images et qu'ils ne donnent qu'une interprétation de la mise en scène. Alors, une fois le livre refermé, on se demande bien où on va pouvoir trouver ce film en version originale bien sûr !
Ce petit livre est un chef d'oeuvre d'intelligence parce qu'il est capable d'emporter le lecteur dans cette folie obsessionnelle sans être nullement ennuyeux. Et je confirme mon attachement pour la folle écriture de cet auteur. le pouvoir des mots est puissant et décidément les phrases longues aux nombreuses incises me ravissent.
Lien : https://krolfranca.wordpress..
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Lune93
  30 mai 2018
Obsession d'un homme pour un film. Celui-ci a regardé ce film une quarantaine de fois, il a pris des notes et il juge ses amis selon s'ils ont aimé ou pas. Je crois bien que le narrateur a un problème d'ordre psychologique pour ne pas dire plus.
Je ne suis pas fan de ce livre mais c'est le deuxième roman de Tanguy Viel, donc, on dit toujours que le second est plus difficile à écrire.
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
michfredmichfred   10 janvier 2017
C'est comme une faille dans sa forteresse, un talon d'Achille. Quand Achille n'est pas du tout Achille par son talon, Andrew n'est pas du tout Andrew par sa sexualité , et il devient vulgaire et susceptible comme Milo. C'est une chose, j'avoue, que j'ai mis longtemps à m'expliquer à moi-même, comment un aristocrate pouvait ne pas être un aristocrate sur tous les plans, et c'est une chose que je n'ai pas fondamentalement résolue, je m'en suis accommodé, voilà, mais ça reste curieux.
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michfredmichfred   10 janvier 2017
Là aussi c'est comme une double négation et je ne veux pas me répéter, mais voilà la clé de toute l'histoire : il"fait comme si" il enquêtait, et il "fait comme si" il était mort, et du coup, il est mort pour de vrai.
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michfredmichfred   10 janvier 2017
C'est comme, disent des amis à moi, des amis qui pourtant estiment réellement Sleuth, c'est comme un métafilm, disent ces amis-là, et me l'ont dit pendant qu'on regardait le film, exprès pendant le film, pour me montrer que c'est effectivement un métafilm qu'on construit dans sa tête(....) Mais , quand j'ai dit que je n'avais pas ce problème avec Sleuth, que je n'avais jamais rencontré de métaSleuth, alors ils se sont tus. Et j'ai trouvé une parade encore plus efficace contre ceux-là, contaminés par les métafilms: je ne réponds pas, je n'écoute pas leurs discours, et très vite ils retournent à leur métasilence, comme ils disent.,
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michfredmichfred   10 janvier 2017
Moi-même, si j'étais raisonnable, je ferais une version épurée, je ferais des coupes dans le discours si j'étais raisonnable, j'arrêterais de gaspiller, comment dire, de la pellicule vocale, mais ce n'est pas mon film, alors c'est délicat d'épurer encore, je préfère tout expliquer.
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LiisaLiisa   05 mars 2012
" Ce film, je le refais tout seul dans ma tête, avec mon cahier pour simplifier"
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