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EAN : 9782070369218
364 pages
Gallimard (01/01/1977)
  Existe en édition audio
4.27/5   3383 notes
Résumé :
« J'ai formé le projet de te raconter ma vie. » Sur son lit de mort, l'empereur romain Hadrien (117-138) adresse une lettre au jeune Marc Aurèle dans laquelle il commence par donner "audience à ses souvenirs". Très vite, le vagabondage d'esprit se structure, se met à suivre une chronologie, ainsi qu'une rigueur de pensée propre au grand personnage. Derrière l'esthète cultivé et fin stratège qu'était Hadrien, Marguerite Yourcenar aborde les thèmes qui lui sont chers ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (283) Voir plus Ajouter une critique
4,27

sur 3383 notes
« Il est des livres qu'on ne doit pas oser avant d'avoir dépassé quarante ans » constate Marguerite Yourcenar dans son Carnet de notes. Or ce qui est vrai pour l'écriture vaut aussi pour la lecture, si l'on veut bénéficier de l'expérience et du recul nécessaires à l'appréciation de leur substance. Les Mémoires d'Hadrien ont ainsi patienté de longues années dans ma bibliothèque avant que je me décide à les lire pour de bon. Et la magie a opéré : ces pages jaunies par le temps viennent d'exhaler, dans une très belle langue, leur concentré d'érudition et de sagesse.

L'empereur Hadrien, malade du coeur et sentant sa mort venir, écrit une longue lettre à Marc Aurèle, qu'il espère comme successeur après Antonin. Il y relate sa jeunesse, son expérience de la guerre et des conquêtes, ses voyages, son goût pour l'art, la science, la beauté et le pouvoir, comment il succéda à Trajan et ses réalisations en tant qu'empereur, oeuvrant à maintenir la paix et la richesse de l'empire. Hadrien est grec dans l'âme mais romain dans sa discipline et sa volonté d'avancer. Il ne fait pas mystère de ses sentiments, même les plus intimes, tout en gardant la décence qui sied. En témoigne l'évocation de sa passion tragique pour le jeune Antinoüs ou, plus tard, la description de son corps affaibli par la maladie.

Marguerite Yourcenar a mûri ce roman pendant plus de 20 ans avant de trouver le point de vue sous lequel l'aborder et d'en écrire la version définitive, publiée en 1951. Pourquoi cette fascination pour le IIᵉ siècle et Hadrien en particulier ? Parce que, selon Flaubert, « Les dieux n'étant plus, et le Christ n'étant pas encore, il y a eu, de Cicéron à Marc Aurèle, un moment unique où l'homme seul a été. » Et Marguerite d'ajouter que « Si cet homme n'avait pas maintenu la paix du monde et rénové l'économie de l'empire, ses bonheurs et ses malheurs personnels m'intéresseraient moins. » En suivant le destin de ce personnage tout-puissant, vénéré comme un dieu et investi d'une mission pour ses semblables, on touche à l'essence la plus noble de l'humain. «J'étais dieu, tout simplement, parce que j'étais homme » déclare ainsi Hadrien sous la plume de l'auteur.

La manière dont Marguerite Yourcenar s'est installée dans la peau de l'empereur vieillissant, a fait siens ses souvenirs et ses sentiments, est à la fois remarquable et troublante. Ses recherches et sa culture classique ne suffisent pas à l'expliquer ; une autre dimension, irrationnelle, spirituelle, est nécessaire. L'auteur avoue ainsi avoir été « Un pied dans l'érudition, l'autre dans la magie, ou plus exactement, et sans métaphore, dans cette "magie sympathique" qui consiste à se transporter en pensée à l'intérieur de quelqu'un. »

Ce tombeau littéraire érigé à la mémoire d'Hadrien est un monument inégalé qui donne ses lettres de noblesse au roman historique. Car, comme l'exprime si bien son auteur, « Ceux qui mettent le roman historique dans une catégorie à part oublient que le romancier ne fait jamais qu'interpréter, à l'aide des procédés de son temps, un certain nombre de faits passés, de souvenirs conscients ou non, tissus de la même matière que L Histoire. »
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Difficile de résumer un tel chef-d'oeuvre…
Ce roman est un joyau d'intelligence, d'érudition, de sagesse et de poésie.
Une lecture exigeante certes car très documentée et écrite dans un style soutenu avec une précision d'orfèvre mais quel prodige! Quel texte éblouissant !
La philosophie de vie qui s'en dégage est remarquable.
Marguerite Yourcenar se glisse dans la peau de l'empereur Hadrien et donne vie et voix à ce chef de guerre raffiné et cultivé de manière si incroyablement juste qu'on oublie que ce n'est pas lui qui écrit. Après vingt ans de règne, malade et mourant, Hadrien livre un ultime et puissant témoignage sous la forme d'une longue lettre destinée à son supposé successeur Marc Aurèle.
Il s'agit à la fois d'un récit politique, philosophique et historique entremêlé de réflexions existentielles.
Cet esthète à l'intelligence fine nous emporte dans une plongée introspective passionnante menant à la connaissance et l'acceptation de soi. Il a tant expérimenté les facettes de la condition humaine qu'une grande universalité se dégage de ce texte humaniste.
Ses réflexions sur la mort, la maladie, l'amour, l'amitié, le plaisir, la souffrance ou encore le temps qui passe s'ajoutent habilement au récit de ses conquêtes, ses projets, ses voyages et ses stratégies militaires. Il raconte comment il a su bâtir, unifier et pacifier tout en se faisant respecter aidé par « l'observation des autres, la lecture, l'observation de soi ».
Ses aventures nous transportent sur des champs de batailles et dans des décors impériaux antiques où oracles, courtisanes médecins et astronomes se croisent au son des cithares.
Hadrien se confie aussi sur son amour passionnel non pour sa femme mais pour son jeune amant Antinoüs qui mourra noyé dans le Nil et le laissera dans un immense désarroi. Sa résistance à la souffrance de son corps déliquescent et à la fin qui approche est admirable de lucidité et de sagesse « …Tâchons d'entrer dans la mort les yeux ouverts… ».

Un roman très riche et étincelant, d'une maitrise exceptionnelle, lisez-le, si ce n'est fait, en mémoire d'Hadrien, en mémoire de Marguerite Yourcenar, en mémoire de la Littérature
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Une visite à Hermogène, son médecin, vient d'apprendre à l'empereur Hadrien sa mort prochaine, d'une maladie de coeur.
Hadrien commence alors la rédaction d'une lettre à Marc-Aurèle. Il y relate sa vie, son régne, ses passions; mais aussi ses défauts. Il raconte aussi à Marc-Aurèle la civilisation romaine, telle qu'un empereur romain fasciné par la Grèce peut la percevoir. Car Hadrien a passé beaucoup de temps chez les Grecs, ce qui a sans doute contribué à faire de lui l'homme qu'il est devenu.
Honnête envers lui-même tout comme envers son correspondant, Hadrien avoue aussi ses faiblesses, telle que sa passion pour Antinoüs et la douleur que la mort de celui-ci lui a infligé.

Comment parler d'un roman aussi magistral que celui-ci? Difficile, mais je vais essayer.

Le récit, écrit en "je" donne vraiment l'impression que c'est Hadrien lui-même qui s'exprime, et non l'auteure. Mieux encore, au fil du texte, l'on oublie que c'est à Marc-Aurèle que l'empereur s'adresse: le lecteur est attiré dans l'esprit d'Hadrien jusqu'à avoir l'impression qu'il lui parle de son existence, qu'il lui permet de pénétrer dans son intimité, lui qui fut l'un des César. On se sent également transporté à son époque, à tel point qu'il est difficile, une fois le livre refermé, de revenir dans la réalité.
Peut-être ce sentiment est-il voulu par Marguerite Yourcenar, qui écrit à propos de ces "Mémoires":
"Portrait d'une voix. Si j'ai choisi d'écrire ces Mémoires d'Hadrien à la première personne, c'est pour me passer le plus possible de tout intermédiaire, fût-ce de moi-même. Hadrien pouvait parler de sa vie plus fermement et plus subtilement que moi."

Yourcenar dit également, à propos de l'écriture de ce récit, commencé dans les années 1920:
"En tout cas, j'étais trop jeune. Il est des livres qu'on ne doit pas oser avant d'avoir dépassé quarante ans. (...)." C'est aussi vrai pour la lecture de ce roman. Il ne faut absolument pas attendre d'avoir quarante ans pour le lire, puisque cela reviendrait à se priver inutilement d'un moment de pur bonheur. Mais il faut en tout cas attendre d'avoir atteint la maturité nécessaire pour apprécier un récit qui n'est pas spécialement facile à lire.
Car les Mémoires d'Hadrien sont assez compliquées. Mélangeant la poésie et l'histoire, le texte aborde également de nombreuses considérations politiques de l'époque traitée. L'empereur va même jusqu'à nous faire partager certaines de ses réflexions les plus philosophiques. Il est donc compliqué d'y accrocher lorsqu'on est trop jeune pour comprendre les nombreuses idées et théories développées par Marguerite Yourcenar dans son portrait de cet "homme presque sage".

Car Hadrien est sage. Lucide aussi, quant au devenir de l'empire romain, dont il sait qu'il finira par disparaître. Et il est surtout sage et lucide envers sa propre existence et sa propre fin. Ainsi, dès le début du récit, il se réconcilie avec ce corps malade qui est le sien.
Dès les premières pages du récit, Yourcenar parvient à montrer un Hadrien courageux, ferme et honnête. le reste du roman donne la même impression. Malgré ses erreurs et ses défauts, dont il parle d'ailleurs sans tabous, Hadrien reste tout du long cet homme face auquel on se sent faible et minuscule.
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Quand l'érudition et la sagesse éclairent nos vies et nous rendent meilleurs.

Il est des livres que nous savons précieux dès les premières lignes, des livres qui ont ce pouvoir troublant de retranscrire des sentiments et sensations fugaces, que nous n'avons jamais su exprimer mais toujours ressentis confusément. de mettre noir sur blanc l'indicible auréolant le temps qui passe, la vieillesse, la mort et la vie, la dualité du corps et de l'esprit, l'amour, le sacré et le vulgaire, ou encore l'art. Les mémoires d'Hadrien est un de ces livres.
Quel trouble de lire certains passages, de les relire, bouche bée, en se disant que oui, c'est ça, c'est exactement ça, ces phrases-là, qui plus est écrites d'une écriture ciselée et poétique, sont des clés rares permettant de mieux comprendre ce monde dans lequel nous ne sommes que de passage. Permettant, par là même, de mieux nous comprendre. Même si ces lignes sont les réflexions d'un homme qui sort de l'ordinaire, celles d'un empereur, Hadrien. Enfin les écrits d'un empereur tel que le voit, le ressent Marguerite Yourcenar, femme du 20ème siècle, qui se met dans la tête de cet empereur romain du second siècle. 18 siècles les séparent, le sexe les sépare, et pourtant, nous avons véritablement l'impression de lire la biographie d'Hadrien raconté par lui-même. Un empereur à une époque charnière car, selon Flaubert, « Les dieux n'étant plus, et le Christ n'étant pas encore, il y a eu, de Cicéron à Marc Aurèle, un moment unique où l'homme seul a été ». Voilà pourquoi ce livre est une somme éminemment humaine, seulement humaine.

« J'étais seul à mesurer combien d'âcreté fermente au fond de la douceur, quelle part de désespoir se cache dans l'abnégation, quelle haine se mélange à l'amour ».

Hadrien régna sur l'Empire romain entre les années 117 et 138. Ce fut un humaniste et un grand voyageur, un homme libre et visionnaire, souvent sage, parfois égaré et injuste. Marguerite Yourcenar imagine une très longue lettre écrite par l'empereur alors malade et qui sentait sa mort venir. Une lettre destinée à son petit-fils Marc-Aurèle. L'écrivaine historienne s'est identifiée au personnage, a réussi à s'insérer dans l'époque, afin de ressentir, de voir, d'entendre, de rêver et de penser, de passer en revue les faiblesses, comme si elle était cet empereur.

« le premier venu peut mourir tout à l'heure, mais le malade sait qu'il ne vivra plus dans dix ans. Ma marge d'hésitation ne s'étend plus sur des années, mais sur des mois. Mes chances de finir d'un coup de poignard au coeur ou d'une chute de cheval deviennent des plus minimes ; la peste ou le cancer semblent définitivement distancés. Je ne cours plus le risque de tomber aux frontières frappé d'une hache calédonienne ou transpercé d'une flèche parthe ; les tempêtes n'ont pas su profiter des occasions offertes, et le sorcier qui m'a prédit que je ne me noierai pas semble avoir eu raison (…) Comme le voyageur qui navigue entre les îles de l'Archipel voit la buée lumineuse se lever vers le soir, et découvre peu à peu la ligne du rivage, je commence à apercevoir le profil de ma mort ».

Il y a pour moi deux facettes au récit, deux facettes étayées de profondes et belles réflexions philosophiques. D'une part, celle liée au parcours historique d'Hadrien : son enfance, ses années de formation, son ascension vers le pouvoir, sa politique apaisée, pacifiste, ouverte et tolérante, s'inspirant des différentes contrées du monde qu'il ne cesse de parcourir et auprès desquelles il s'inspire inlassablement dans une volonté d'unification des peuples à la civilisation romaine. D'autre part, celle liée à l'homme intime, à ses sentiments, ses réflexions sur l'amour, la mort, la vieillesse, l'art de vivre, réflexions certes inscrites en leur temps (passionnants notamment ces passages sur le christianisme considéré alors encore comme une secte) et pourtant atemporelles. Ses amours avec de jeunes hommes, notamment avec Antinoüs, sont touchants. La mort de ce dernier, alors qu'Hadrien devenait presque cruel avec lui, dévasta Hadrien et rendit son regard plus sensible, plus humain, tout simplement. C'est ce deuxième aspect du livre que j'ai profondément aimé, le premier s'avérant par moment lourd et exigeant. Mais le premier alimente le second, il est vrai, deux facettes indissociables pour comprendre cet homme. Ces deux facettes, que je distinguais nettement au premiers tiers du livre, se sont mises subtilement à s'entrelacer ensuite. Mon plaisir pour ce livre a été crescendo au point, peu à peu, de déguster véritablement chaque page.

Avec pudeur et délicatesse, Yourcenar ne cache rien, ni les affres de la maladie, ni les penchants sentimentaux contradictoires de cet homme, ni les lâchetés et parvient à faire éclore des ressentis qui étaient restés en moi à l'état de bourgeons… Éclos grâce à cette plume magistrale, je sais d'ores et déjà que je reviendrai sur ces nombreux passages surlignés qui éclairent mes propres sentiments, ma propre expérience. Les livres, ce genre de livre, sont de véritables compagnons nous offrant des réponses.

« Cloué au corps aimé comme un crucifié à sa croix, j'ai appris sur la vie quelques secrets qui déjà s'émoussent dans mon souvenir, par l'effet de la même loi qui veut que le convalescent, guéri, cesse de se retrouver dans les vérités mystérieuses de son mal, que le prisonnier relâché oublie la torture, ou le triomphateur dégrisé la gloire ».

La plume de Marguerite Yourcenar est exceptionnelle. Elle excelle tout autant à exprimer un sentiment universel, à révéler certains ressentis très intimes qui aussitôt approchés, par nous, souvent partent en fumée, voire des pensées davantage inavouables, à décrire avec brio un paysage. Cette lettre faite livre recèle de mille et une pépites comme en attestent les milles et un passages soulignés, commentés, aimés.
J'ai eu la troublante sensation parfois de lire un mélange de secret et de sacré, comme peut l'être l'amour, une forme d'initiation à la vie dans toute sa globalité. Et quelle poésie pour narrer la beauté…

« Ma main glissait sur sa nuque, sous ses cheveux. Dans les moments les plus vains ou les plus ternes, j'avais ainsi le sentiment de rester en contact avec les grands objets naturels, l'épaisseur des forêts, l'échine musclée des panthères, la pulsation régulière des sources. Mais aucune caresse ne va jusqu'à l'âme ».

Sans doute Marguerite Yourcenar, femme du 20ème siècle, était-elle plus proche d'Hadrien que nous le pensons de prime abord pour avoir réussi ainsi à transmettre avec une telle acuité les pensées de cet homme. Finalement, comme lui elle était libre, amoureuse d'une personne du même sexe avec laquelle, loin des convenances de l'époque, elle a vécu changeant même, pour elle, de nationalité, érudite…sage tout simplement, solaire et humaine.

En conclusion, si l'explication détaillée de l'ascension au pouvoir et du pouvoir de l'empereur peut s'avérer parfois fastidieuse, mais le plus souvent passionnante, passionnante de façon croissante, quand elle relate notamment les relations avec les autres peuples ou les mesures économiques et sociales prises, le récit convoque avec érudition tout autant la philosophie, la poésie, l'astrologie, l'ésotérisme, tels que les oracles et la chiromancie, les arts, la mythologie, pour nous livrer un récit solaire qui conte l'humanité dans toute sa globalité et complexité par l'intermédiaire d'un seul homme, d'un grand homme, à travers ses ambitions, ses désirs, sa grandeur d'âme mais aussi via les interstices sombres de ses failles, de ses blessures, de ses lâchetés. le tout au moyen d'une écriture magnifique, ciselée et poétique, une écriture de toute beauté. Un livre rare, compagnon de vie, compagnon de beautés, compagnon de maladie, compagnon d'agonie lorsque, déjà, nous naviguons sur les eaux brumeuses du Styx…

« L'âme n'est-elle que le suprême aboutissement du corps, manifestation fragile de la peine et du plaisir d'exister ? Est-elle au contraire plus antique que ce corps modelé à son image, et qui, tant bien que mal, lui sert momentanément d'instrument ? Peut-on la rappeler à l'intérieur de la chair, rétablir entre elles cette union étroite, cette combustion que nous appelons la vie ? Si les âmes possèdent leur identité propre, peuvent-elles s'échanger, aller d'un être à l'autre, comme le quartier de fruit, la gorgée de vin que deux amants se passent dans un baiser ? »…


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Ce livre est un chef d'oeuvre!
Sous forme de lettre adressée à son petit-fils adoptif Marc Aurèle, Hadrien livre un état des lieux de sa vie, se sachant condamné par la maladie.
Grand homme, visionnaire et grand stratège il a maintenu la paix du monde et rétabli l'économie de l'empire.
Il retrace le travail accompli et aussi ses pensées sur la vie, la mort, l'amour, la religion.
A la lecture de ses mémoires, il est frappant de constater que certaines choses, remises dans leur contexte, n'ont pas vraiment changé, alors qu'il vécut au deuxième siècle ; et nul doute qu'un homme de l'envergure d'Hadrien, serait le bienvenu à notre époque...
Marguerite Yourcenar a acquis une réputation mondiale grâce à ce roman historique, elle la méritait à coup sûr.
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critiques presse (1)
OuestFrance
27 septembre 2023
La réussite indéniable du livre tient dans le prodigieux travail d’érudition auquel Yourcenar dut se plier pour faire revivre de l’intérieur la vie d’un empereur romain disparu il y a quatorze siècles, tout en donnant à sa vie une résonance à la fois humaine et politique et en rendant sa voix audible pour un lecteur contemporain.
Lire la critique sur le site : OuestFrance
Citations et extraits (761) Voir plus Ajouter une citation
Je ne méprise pas les hommes. Si je le faisais, je n'aurais aucun droit, ni aucune raison, d'essayer de les gouverner. Je les sais vains, ignorants, avides, inquiets, capables de presque tout pour réussir, pour se faire valoir, même à leurs propres yeux, ou tout simplement pour éviter de souffrir. Je le sais : je suis comme eux, du moins par moment, ou j'aurais pu l'être. Entre autrui et moi, les différences que j'aperçois sont trop négligeables pour compter dans l'addition finale. Je m'efforce donc que mon attitude soit aussi éloignée de la froide supériorité du philosophe que l'arrogance du César. Les plus opaques des hommes ne sont pas sans lueurs : cet assassin joue proprement de la flûte ; ce contremaître déchirant à coups de fouet le dos des esclaves est peut-être un bon fils ; cet idiot partagerait avec moi son dernier morceau de pain. Et il y en a peu auxquels on ne puisse apprendre convenablement quelque chose. Notre grande erreur est d'essayer d'obtenir de chacun en particulier les vertus qu'il n'a pas, et de négliger de cultiver celles qu'il possède.
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Je t'offre ici comme correctif un récit dépourvu d'idées préconçues et de principes abstraits, tiré de l'expérience d'un seul homme qui est moi-même.

(p.29)

Une partie de chaque vie, et même de chaque vie fort peu digne de regard,
se passe à regarder les raisons d'être, les points de départ, les sources.

(p.35)

Le plus dangeureux de mes adversaires était Lucius Quietus, Romain métissé d'Arabe, dont les escadrons numides avaient joué un rôle important dans la seconde campagne dace, et qui poussait sauvagement à la guerre d'Asie. Je détestais tout du personnage : son ame barbare, l'envolée prétentieuse de ses voiles blancs ceints d'une corde d'or, ses yeux arrogants et faux, son incroyable cruauté à l'égard des vaincus et des soumis.

(p.86)

C'est avoir tort que d'avoir raison trop tôt.

(p.97)

... je savais que tout le bien comme le mal est affaire de routine, que le temporaire se prolonge, que l'extérieur s'infiltre au-dedans, et que le masque, à la longue, devient visage. Puisque la haine, la sottise, le délire ont des effets durables, je ne voyais pas pourquoi la lucidité, la justice, la bienveillance n'auraient pas les leurs.

(p.111)

Je doute que toute la philosophie du monde parvienne à supprimer l'esclavage: on en changera tout au plus le nom. Je suis capable d'imaginer des formes de servitude pires que les nôtres, parce que plus insidieuses ...

(p.129)

Mais je n'ignore pas qu'il faut compter avec les décisions de ce bel étranger que reste malgré tout chaque être qu'on aime.

(p.189)

Ce fut alors qu'une mélancolie d'un instant me serra le coeur: je songeais que les mots d'achèvement, de perfection, contiennent en eux le mot de fin.

(p.192)

Tout croulait, tout parut s'éteindre. Le Zeus Olympien, le Maître de Tout, le Sauveur du Monde s'éffondrèrent, et il n'y eut plus qu'un homme à cheveux gris sanglotant sur le pont d'une barque.

(p.216)

J'ai utilisé de mon mieux mes vertus; j'ai tiré parti de mes vices.

(p.273)

...je songeais avec un serrement de coeur que rien n'est plus lent que la véritable naissance d'un homme...

(p.278)

Toute ma vie, j'ai fait confiance à la sagesse de mon corps; j'ai tâché de goûter avec discernement les sensations que me procurait cet ami : je me dois d'apprécier aussi les dernières.

(p.302)

Hadrien, jusqu'au bout, aura été humainement aimé.

(p.316)
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Je me disais qu'il était bien vain d'espérer pour Athènes et pour Rome cette éternité qui n'est accordée ni aux hommes ni aux choses, et que les plus sages d'entre nous refusent même aux dieux. Ces formes savantes et compliquées de la vie, ces civilisations bien à l'aise dans leurs raffinements de l'art et du bonheur, cette liberté dans l'esprit qui s'informe et qui juge dépendaient de chances innombrables et rares, de conditions presque impossibles à réunir et qu'il ne fallait pas s'attendre à voir durer. Nous détruirions Simon ; Arrien saurait protéger l'Arménie des invasions alaines. Mais d'autres hordes viendraient, d'autres faux prophètes. Nos faibles efforts pour améliorer la condition humaine ne seraient que distraitement continués par nos successeurs ; la graine d'erreur et de ruine contenue dans le bien même croîtrait monstrueusement au contraire au cours des siècles. Le monde las de nous se chercherait d'autres maîtres ; ce qui nous avait paru sage paraîtrait insipide, abominable ce qui nous avait paru beau. Comme l'initié mithriaque, la race humaine a peut-être besoin du bain de sang et du passage périodique dans la fosse funèbre. Je voyais revenir les codes farouches, les dieux implacables, le despotisme incontesté des princes barbares, le monde morcelé en états ennemis, éternellement en proie à l'insécurité. D'autres sentinelles menacées par les flèches iraient et viendraient sur le chemin de ronde des cités futures ; le jeu stupide, obscène et cruel allait continuer, et l'espèce en vieillissant y ajouterait sans doute de nouveaux raffinements d'horreur. Notre époque, dont je connaissais mieux que personne les insuffisances et les tares, serait peut-être un jour considérée, par contraste, comme un des âges d'or de l'humanité.
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La lettre écrite m’a enseigné à écouter la voix humaine, tout comme les grandes attitudes immobiles des statues m’ont appris à apprécier les gestes. Par contre, et dans la suite, la vie m’a éclairci les livres. Mais ceux-ci mentent, et même les plus sincères. Les moins habiles, faute de mots et de phrases où ils la pourraient enfermer, retiennent de la vie une image plate et pauvre ; tels l’alourdissement et l’encombrement d’une solennité qu’elle n’a pas. D’autres, au contraire, l’allègent, font d’elle une balle bondissante et creuse, facile à recevoir et à lancer dans un univers sans poids. Les poètes nous transportent dans un monde plus vaste ou plus beau, plus ardent ou plus doux que celui qui nous est donné, différent par là même, et en pratique presque inhabitable. Les philosophes font subir à la réalité, pour pouvoir l’étudier pure, à peu près les mêmes transformations que le feu ou le pilon font subir au corps : rien d’un être ou d’un fait, tels que nous l’avons connu, ne paraît subsister dans ces cristaux ou dans cette cendre. Les historiens nous proposent du passé des systèmes trop complets, des séries de causes et d’effets trop exacts et trop clairs pour avoir jamais été entièrement vrais. Je m’accommoderais fort mal d’un monde sans livres, mais la réalité n’est pas là, parce qu’elle n’y tient pas tout entière
Commenter  J’apprécie          390
quand on aura allégé le plus possible les servitudes inutiles, évité les malheurs non nécessaires, il restera toujours, pour tenir en haleine les vertus héroïques de l'homme, la longue série de maux véritables : la mort, la vieillesse, les maladies non guérissables, l'amour non partagé, l'amitié rejetée ou trahie, la médiocrité d'une vie moins vaste que nos projets et plus terne que nos songes : tous les malheurs causés par la divine nature des choses
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*RÉFÉRENCE BIBLIOGRAPHIQUE* : _La poudre de sourire : le témoignage de Marie Métrailler,_ recueilli par Marie-Magdeleine Brumagne, précédé de _lettres de Marguerite Yourcenar de l'Académie française à Marie-Magdeleine Brumagne,_ Lausanne, L'Âge d'Homme, 2014, pp. 179-180, « Poche suisse ».
#MarieMétrailler #LaPoudreDeSourire #LittératureSuisse
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