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Note moyenne 3.05 /5 (sur 166 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Paris , le 06/10/1979
Biographie :

Jakuta Alikavazovic est une romancière et traductrice.

Elle est née d’un père monténégrin et d’une mère poète bosniaque qui choisissent de s’installer en France dans les années 70.

Elle suit ses études à l'École normale supérieure de Cachan, séjourne aux États-Unis, en Écosse, en Italie. Agrégée d'anglais, elle enseigne à la Sorbonne tout en poursuivant une thèse sur "les cabinets de curiosités et les chambres de la mémoire".

D'abord auteur pour la jeunesse, elle publie en 2006 "Histoires contre nature", un recueil de nouvelles qui révèlent déjà un imaginaire original et une plume très prometteuse. L'année suivante paraît son premier roman, "Corps volatils", pour lequel elle reçoit le Goncourt du premier roman et des critiques très élogieuses.

En 2010, elle publie son second roman, "Le Londres - Louxor", confirmant non seulement son talent, mais également ses influences et inspirations, qui viennent aussi bien du roman noir, du cinéma muet, de l'architecture, que de l'histoire de ses propres origines. Il bénéficie d'un accueil très enthousiaste de la part de la presse et se retrouve dans la sélection du Prix du Livre Inter.

En 2012, elle publie "La Blonde et le Bunker", qui remporte la mention spéciale du jury du prix Wepler.

Elle est également l'auteur de trois livres pour enfants publiés à L'École des loisirs, et a traduit plusieurs ouvrages de l'anglais dont "L'enchanteur: Nabokov et le bonheur" de Lila Azam Zanganeh et "Au départ d'Atocha" et "10:04" de Ben Lerner.

De 2013 à 2014, elle est pensionnaire de la villa Médicis.

Son quatrième roman, "L'Avancée de la nuit", paru en 2017, est dans la sélection du prix littéraire du journal Le Monde, du Prix Medicis et du Prix Femina.

Twitter : https://twitter.com/jakutaalika?lang=fr
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Source : /livres.fluctuat.net
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Entretien avec Jakuta Alikavazovic à l`occasion de la sortie en poche de son ouvrage L`Avancée de la nuit

31/08/2018


Entre 2006 et 2012, vous avez publié un recueil de nouvelles et trois romans, aux éditions de l`Olivier. Ce dernier roman vous a demandé 5 ans de travail. L’enjeu d’écriture était-il différent cette fois ?

L`Avancée de la nuit m`a pris du temps, en effet. Mes quatre premiers livres, je les ai écrits dans une sorte d`urgence – et ce sentiment d`urgence a d`ailleurs été un outil de travail, un moteur. Cette fois, c`était différent et je me suis installée durablement dans l`écriture de ce roman. Peut-être parce qu`il touche à des questions intimes : l`identité, la transmission, la question de la liberté – féminine, surtout.


Vous situez la rencontre et l’épanouissement d’un coup de foudre dans des architectures qu’on pourrait penser impersonnelles et froides (parking, chaîne hôtelière). Est-ce une manière pour vous de ré-humaniser ces espaces, ou simplement un outil pour installer une atmosphère ?

Il se trouve que c`est le genre de lieux – « fonctionnels » et plutôt froids – où nous sommes nombreux à travailler ou à résider. L`idée qu`il faille « ré-humaniser » des espaces qui sont faits par les hommes et, a priori, pour eux : c`est quand même étrange, quand on y pense. Ces contradictions de la modernité m`intéressent. Par la force des choses, il se trouve que c`est souvent dans ces endroits que nous rêvons, que nous aimons. C`est notre désir qui les humanise. Ou même les érotise, comme pour Paul et Amélia. Ces architectures à la fois reflètent et façonnent l`esprit d`une époque. En littérature, on le voit bien, par exemple, chez James Graham Ballard ou Don DeLillo – deux romanciers que j`aime beaucoup.


Vos deux personnages principaux peuvent paraître prisonniers du passé de leurs parents, piégés par l’hérédité (classe sociale du père pour Paul, vie poétique et passionnée de la mère pour Amélia). Comment vous est venue cette envie de superposer les temps, et de hanter le présent ?

Par observation, tout simplement. Tout le monde a une histoire, non ? Mais la transmission ce n`est pas qu`une « prison » ou un « piège », au contraire c`est le sol sous nos pas, la ou les langues qu`on nous a apprises, les histoires qu`on nous a racontées et dont nous nous souvenons... D`ailleurs, Paul n`est pas tant « piégé » par la classe sociale de son père que par son silence, qui justement complique la transmission. On a tendance à considérer les fantômes, les hantises, comme des phénomènes inquiétants. Au point d`oublier, parfois, qu`ils sont en quelque sorte naturels, porteurs de présence et de mémoire. Sans doute, aussi, de créativité. L`Avancée de la nuit parle de ces héritages multiples, obscurs ou lumineux. Et de la façon dont ils façonnent, individuellement et collectivement, le monde dans lequel nous vivons.


L`Avancée de la nuit décrit la relation complexe entre deux amants, Paul et Amélia, et le glissement de leur amour passionnel vers une sorte d`épuisement réciproque. N’était-ce pas trop difficile émotionnellement de mettre cela en scène ?

La fin d`un amour appartient également à cet amour. Et elle en dit quelque chose, elle aussi. Pour les personnages que sont Paul et Amélia, la passion qu`ils vivent très jeunes évolue, les sentiments se transforment. Pour autant, un lien persiste entre eux. Les grands amours nous laissent quelque chose, de tangible ou non – ça peut être un enfant que l`on adore ou un regard plus riche, plus vaste, sur le monde... Et le fantôme d`un amour, c`est peut-être aussi une façon d`aimer encore.


Une phrase revient à plusieurs reprises dans le livre : « Si le monde est grand, on ne peut pour autant en sortir. » Elle m’a rappelé une citation de Philip K. Dick : « Si vous trouvez ce monde mauvais, vous devriez en voir quelques autres. » Etes-vous bien sûre de cette finitude du monde ? La littérature n’a-t-elle pas justement ce pouvoir de substituer une expérience du temps, de la durée, à une contrainte spatiale ?

« Si le monde est grand, on ne peut pour autant en sortir » – reste, alors, à le changer : c`est à cela que s`emploient mes personnages, en particulier celui de Louise dans la dernière partie du roman. Et c`est aussi cela, pour moi, la visée du roman.


Jakuta Alikavazovic à propos de ses lectures



Quel est le livre qui vous a donné envie d’écrire ?

S`il n`y en avait eu qu`un, je n`aurais sans doute jamais écrit..

Quel est le livre que vous auriez rêvé d`écrire ?

Disons La Montagne magique de Thomas Mann.

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

En français, Blaise Cendrars. En anglais, William Faulkner.

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Peut-être Le Tour d`écrou, d`Henry James. : une histoire de fantômes, ou une histoire de folie, ou les deux à la fois.

Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?

J`ai enfin lu Dracula de Bram Stoker, je ne rougis donc plus de rien.

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Je vais bientôt traduire l`Américaine Eve Babitz. En France, on ne la connaît encore que pour la photographie où elle joue (nue) aux échecs avec Marcel Duchamp, mais c`est avant tout une grande auteure.

Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?

Je ne dis plus de mal des classiques car j`ai découvert qu`un livre qui me déplaît un jour peut me plaire follement dix ans plus tard. Les classiques sont par définition des livres qui ont survécu : au temps, aux modes, aux humeurs individuelles.

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

« Moi, j`avais été invité pour de vrai » dit (en substance) le narrateur de Gatsby le Magnifique de Francis Scott Fitzgerald. J`y pense à chaque fois que je me demande ce que je fais là.

Et en ce moment que lisez-vous ?

Nina Allan. Son roman La Course, paru aux éditions Tristram, est une merveille.

Découvrez L`Avancée de la nuit de Jakuta Alikavazovic aux Editions de L`Olivier et en livre de poche aux éditions Points :



Entretien réalisé par Nicolas Hecht.


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Le jeudi 25 octobre 2018, la librairie Charybde (129 rue de Charenton 75012 Paris - www.charybde.fr) recevait Hélène Gaudy en qualité de libraire invité. Elle nous présentait sept livres qui lui tiennent particulièrement à c?ur : 1. Georges-Arthur Goldschmidt, La traversée des fleuves (02:05) 2. Andrzej Stasiuk, Un vague sentiment de perte (12:15) 3. Jakuta Alikavazovic, L'avancée de la nuit (20:40) 4. Sylvain Prudhomme, Là, avait dit Bahi (32:26) 5. Jean-Christophe Bailly, Description d'Olonne (42:16) 6. Georges Perec, W ou le souvenir d'enfance (48:10) 7. Gwenaëlle Aubry, Personne (54:40) En fin de rencontre, Charybde 7 évoquait chaleureusement plusieurs ouvrages d'Hélène Gaudy (1:00:30)
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Citations et extraits (55) Voir plus Ajouter une citation
Bazart   20 décembre 2017
L'avancée de la nuit de Jakuta Alikavazovic
Le silence est un organisme. Il est vivant et il s'infiltre .
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Jumax   04 juin 2012
Irina vs Irina de Jakuta Alikavazovic
" Après le divorce ma mère m'a laissée avec mon père par ce qu'elle avait mille raisons de vivre quand lui n'a que moi."
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Annette55   01 avril 2019
L'avancée de la nuit de Jakuta Alikavazovic
« Lui, la tête lui tournait de toute son ignorance.Au fond il vécut son premier amour comme une détresse , un deuil aigu de tout ce dont il avait ignoré l’existence, de tout ce qui lui avait manqué jusque- là sans qu’il sache même que cela lui manquait , une nostalgie le dévorait qu’Amélia ne pouvait pas comprendre. »
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Jumax   04 juin 2012
Irina vs Irina de Jakuta Alikavazovic
"Etre joignable, c'est une erreur à ne pas faire. Je ne me laisse pas faire. Je veux être un loup, pas un chien. Je caresse même l'espoir, quand l'adolescence aura pleinement pris possession de mon corps, de devenir un loup garou."
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Ogrimoire   22 août 2018
L'avancée de la nuit de Jakuta Alikavazovic
Il avait coupé les ponts, ou croyait avoir coupé les ponts, ou essayait de couper les ponts avec son milieu, auquel il ne pensait pas comme à un milieu, mais comme à un incident, plus que cela même, un accident.
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Jumax   04 juin 2012
Irina vs Irina de Jakuta Alikavazovic
"Avant de mourir, mes parents ont osé m'appeler Bernard."
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VALENTYNE   05 avril 2018
L'avancée de la nuit de Jakuta Alikavazovic
Oui, jusqu’ici tout va bien, se disait Paul, ce qui n’empêcherait pas les choses – le monde – d’empirer. Il y avait, semble-t-il, trop de tout. Mais pas assez de paix. Et pas assez d’eau. Louise regardait celle qui coulait du robinet, pensive. Elle l’ouvrait, le fermait. L’observait s’écouler en petites hélices dans l’évier. Bien entendu, elle ne le savait pas, la chère âme, que le désert progressait sur le globe et dans les cœurs. L’amour pour nos enfants est un cheval de Troie, déclara Albers sur un plateau télévisé. Louise la regardait, bouche bée, elle qui passait d’ordinaire, indifférente, devant ces images qui glissaient sans cesse, de meurtre et d’enquête, ou de ruine et de guerre, ou de villes immenses qui n’étaient pas des villes mais des tentes, des rangées de tentes dans le désert, où vivaient ceux qui de ville, justement, n’avaient plus. Louise toucha la surface de l’écran, qui était et n’était pas Albers.

Un cheval de Troie. L’amour pour nos enfants est la façon dans un monde indéfendable paraît défendable et est, pour finir défendu. Accueilli. Les mensonges. La surveillance globale. La militarisation insidieuse. Qui ne voudrait pas savoir ses enfants en sécurité ? Qui n’accepterait pas de payer le prix fort pour cela ? C’est par amour que nous équipons nos villes, nos rues et nos maisons. Mais c’est le mal qui s’infiltre. C’est le mal et toutes nos erreurs reviendront nous hanter. Elles viendront nous ronger le sommeil et les os. Nous vivons dans un monde qui a entièrement cédé à la brutalité à l’injustice. Chacun pour soi. Chacun pour soi et ses propres enfants. Son propre petit matériel génétique. Et pendant ce temps, le principe directeur du monde est devenu l’expulsion. Des familles à la rue. Des villes rasées, des pays entiers contraints de prendre la route. Je regarde autour de moi est ce que je vois, c’est l’irruption de l’irréel dans le réel. Le fantastique est devenu la condition de nos existences, martela Albers, obstinée, et tout ce que Paul vit, ce fut une vieille femme, butée sous sa frange blanche.
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salsifi   01 avril 2013
Bienvenue en Transylvanie de Jakuta Alikavazovic
Rien n'excluait que je sois mort. C'était sans doute ça l'explication. J'aurais pu m'en alarmer mais le fait que personne ne s'en soit rendu compte en trente ans prouvait que c'était une nouvelle d'importance mineure. J'étais mort et ça ne changeait pas grand-chose.
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Charybde2   17 mai 2016
La blonde et le bunker de Jakuta Alikavazovic
Gray héritait d’une ligne.

Il pensa au départ que c’était une façon de parler – mais non ; l’avoué n’avait pas coutume de jouer avec les mots. Gray héritait d’une ligne. Dans le document (par ailleurs incontestablement valide, rédigé par le testateur, le mort lui-même, avec une précision maniaque et une connaissance inquiétante, presque surnaturelle, du genre), il était littéralement interpellé. Ou était-ce une erreur ? Quoi qu’il en soit, il était mentionné à la fin d’une longue liste de récipiendaires.

À ma fille Estella ________

À ma première épouse Anna _______

Ces dispositions tombaient sous le coup du secret professionnel, mais le notaire, qui en avait pourtant vu d’autres, avait été si troublé par un point en particulier qu’il en fit part à Gray, alors même que cette indiscrétion ne lui ressemblait pas : il lègue les murs à l’une et les sols à l’autre – il faudra tout arracher (du si beau marbre ; du si beau bois) – mais qui fait cela ? Il était visiblement ému de ce vandalisme gratuit, de ce démembrement pervers intimé d’outre-tombe.

C’était tout à fait dans l’esprit du défunt, estima Gray.



Omission ou parti pris, la ligne qui lui était léguée ne respectait pas la structure habituelle. Gray : elle prétendra avoir tout détruit. Elle mentira. Je ne suis pas sûr d’en savoir plus (Collezione Castiglioni ?). Gray se sentit interpellé. Il sut immédiatement de quoi le mort l’entretenait. Au reste, cela faisait longtemps qu’il ne l’avait pas gratifié d’une phrase complète, leurs échanges vers la fin tenant de grognements ironiques et de regards sournois.

Gray prit sa ligne d’héritage, ou son héritage d’une ligne – ce qui revient au même – et quitta la ville.
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rkhettaoui   23 décembre 2012
La blonde et le bunker de Jakuta Alikavazovic
Venise hors saison était parfaite, Venise et son eau qui dévorait tout.
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