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Christine Le Boeuf (Traducteur)
ISBN : 2253135038
Éditeur : Le Livre de Poche (01/03/1994)

Note moyenne : 3.65/5 (sur 507 notes)
Résumé :
“Paul Auster est devenu écrivain parce que son père, en mourant, lui a laissé un petit héritage qui l'a soustrait à la misère. Le décès du père n'a pas seulement libéré l'écriture, il a littéralement sauvé la vie du fils. Celui-ci n'en finira jamais de payer sa dette et de rembourser en bonne prose le terrifiant cadeau du trépassé.” Là se trouve – Pascal Bruckner le note d'emblée dans sa lecture – la clef de voûte du système Auster. L'Invention de la solitude est le... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
Fifrildi
  23 juillet 2018
Pour ma 500ème critique, j'ai décidé de relire le livre qui a changé ma vie : L'invention de la solitude de Paul Auster que j'ai découvert en 1992.
Bien sûr, avant ce livre il y a eu de très bon livres comme Les dames du lac de Marion Zimmer Bradley, le Moine de M.G. Lewis et le Parfum de Patrick Süskind (pour ne citer qu'eux).
Mais avec ce livre, c'était différent. Pour la première fois je me suis dite - à l'instar d'Agnès Desarthe  : « Tiens, pour une fois, je comprends quelque chose à ma vie... »
J'avoue que j'ai eu très peur de me lancer… et si un quart de siècle plus tard il ne me plaisait plus ? J'ai été très émue de l'apprécier encore plus que la première fois. Il s'en passe des choses dans un quart de siècle d'une vie… cela ouvre de nouvelles perspectives.
Le livre est divisé en deux parties : Portrait d'un homme invisible et le livre de la mémoire. C'est autobiographique mais comme le dit le Maître :
« J'ai moins l'impression d'avoir d'y avoir raconté l'histoire de ma vie que de m'être servi de moi pour explorer certaines questions qui nous communes à tous. »
Tout est dit dans cette phrase, tirée de la Lecture de Pascal Bruckner.
Dans Portrait d'un homme invisible, Paul Auster rend hommage à son père et raconte un peu l'histoire de sa famille paternelle.
Le livre de la mémoire est une sorte d'inventaire de ses sources d'inspiration raconté à la troisième personne. Je suis tombée sur des passages très bouleversants. Si je ne devais qu'en retenir qu'un ce serait :
« C'est un monde perdu. A. se rend compte avec un choc que c'est un monde perdu pour toujours. le petit garçon oubliera tout ce qui lui est arrivé jusqu'ici. Il n'en restera rien qu'une vague lueur, peut-être moins encore. Les milliers d'heures que A. lui a consacrées pendant les trois premières années de sa vie, les millions de mots qu'il lui a dits, les livres qu'il lui a lus, les repas qu'il lui a préparés, les larmes qu'il a essuyées – tout cela disparaîtra à jamais de la mémoire de l'enfant. »
Mon fils, 11 ans, avait 5 ans quand son père est mort. À la dernière fête des pères il m'a avoué qu'il n'avait plus de souvenirs. Cela m'a brisé le coeur.
Ce livre donne tellement d'intensité à la vie avec toutes ces petites choses qui ont l'air de pas grand-chose.
Pour la petite histoire, mon exemplaire a été paraphé par Paul Auster lui-même le 18 juin 2008 à Bruxelles. C'était mon rêve quand j'ai commencé à lire ses livres : le rencontrer. Moment inoubliable que j'ai partagé avec le père de mes enfants.
Voilà, et pendant que je vide la boîte de kleenex je vous laisse sur cette chanson de Billie Holiday, Solitude (tirée du livre).

https://www.youtube.com/watch?v=8eLl84iMsrQ

Challenge multi-défis 2018 (72)
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latina
  26 août 2014
Tout commence par la mort du père. Un père absent, un père solitaire, un père « invisible ». Et son fils, Paul Auster, veut aller à sa rencontre, veut enfin le trouver. Difficile... Il nous relate tout ce qu'il sait de lui, ses manies, sa façon de marcher, de parler (ou de ne pas parler, plutôt), ses relations avec les autres. Il nous dévoile aussi, avec difficulté, la cause probable de son comportement étrange, un secret de famille horrible.
Sa prise de parole est difficile, oui. C'est étonnant pour un écrivain aussi talentueux que lui. Mais c'est compréhensible aussi, puisqu'il s'agit du très intime.
J'ai beaucoup aimé cette première partie intitulée «Portrait d'un homme invisible » , tout entière sincère et naturelle.
Par contre, la seconde partie, « le livre de la mémoire » m'a complètement déconcertée : la narration en je a fait place à celle à la 3e personne, et les personnages n'ont plus d'identité, ils s'appellent « A » (ici, ce A représente l'écrivain, en l'occurrence), S, T....Et je ne comprends vraiment pas où ce A veut en venir. Ce sont des réflexions décousues, de toutes sortes, mais où le thème de la mémoire revient continuellement. Même s'il fait preuve d'érudition, ce qui est très intéressant, je suis désolée de dire que j'ai abandonné, la rage au coeur. Peut-être y reviendrais-je un jour, quand mon taux de bienveillance sera au beau fixe. Ce n'était pas le moment pour moi d'opérer un recul sur les choses, sur Auster, sur moi-même.
Je ne conseille donc pas ce livre (très bon dans la 1e partie mais décousu dans la 2e) à ceux qui veulent faire connaissance avec l'univers austérien. Qu'ils se tournent plutôt vers des romans comme « Brooklyn Follies », « Invisible », « Moon palace », à la fois érudits, explosifs, sacrément sensés et très habiles.
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doyoulikefrogs
  21 novembre 2015
Paul Auster est un auteur érudit, et ça se lit...
Pour ceux qui voudraient un livre sans prise de tête, passez votre chemin.
Pour ceux qui voudraient lire un livre qui leur révèle quelque chose, les illumine et les entraîne dans le cerveau d'un auteur, voilà le bon choix.
En explorant le deuil, deuil du fils pour son père, l'auteur dresse un portrait de l'homme face à sa solitude, face à "ses solitudes". L'auteur, comme sous la forme d'un essai, passe en revue toutes les formes que prend son deuil: deuil dans l'écriture, deuil dans la vie personnelle, familiale, deuil à travers la mémoire, soit un voyage passionnant dans le passé de son père et dans le sien.
Pour se libérer, comprendre la solitude de son père et comprendre sa propre vie, l'auteur cite de nombreux auteurs, ce qui reste très enrichissant et instructif/
Pour que son propre fils prenne une forme de vie individuelle et différente de la sienne, l'auteur, désormais père "sans père", exorcise ses démons et nous amène poésie et réflexion.
C'est presque une psychanalyse!
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Louis_LUCAS
  06 mai 2018
"L'invention de la solitude", premier livre de Paul Auster publié sous son nom, peut être considéré comme la pierre fondatrice de son oeuvre. Dans cet essai, on retrouve tous les éléments et thèmes constitutifs qu'il développera tant dans ses romans que dans ses essais.
"L'invention de la solitude" est né d'une urgence, celle pour l'écrivain d'évoquer la mort de ce père étrange qui avait fait de la solitude un mode de vie, un père absent même lorsqu'il était aux côtés de sa famille. Alors que l'auteur peinait à vivre de sa plume, le décès prématuré de son père va paradoxalement lui donner une bouffée d'air salvatrice qui prendra la forme d'un petit héritage. Sans ce cadeau d'adieu, Paul Auster n'aurait peut-être pas connu la même trajectoire. Avec cet essai, il tente d'appréhender la figure fuyante de ce père dont il a vécu la disparition comme un tribut à payer.
"L'invention de la solitude" se décompose en deux parties qui se distinguent à la fois par leur forme et par leur longueur. Tandis que "Portrait d'un homme invisible" se consacre uniquement à la figure du père et assemble pêle-mêle des souvenirs, des sensations et des éléments autobiographiques, "Le livre de la mémoire" prend des atours plus philosophiques, introspectifs et lorgne régulièrement du côté de la psychanalyse à l'image de la narration exclusivement à la troisième personne du singulier.
"Portrait d'un homme invisible" plaira plus volontiers à ceux qui ont lu et apprécié "Le diable par la queue", "Pourquoi écrire" ou "Constat d'accident". "Le livre de la mémoire" est plus difficile à appréhender. Dans cette deuxième partie, Paul Auster s'interroge sur la mémoire et l'on sent à chaque raisonnement développé qu'il est à une époque charnière de sa vie, qu'il est en phase de questionnement perpétuel et surtout qu'il a accumulé une culture littéraire si immense qu'elle l'empêche d'avancer. Dans cet exercice philosophique autour de la mémoire, il pose les bases de ce que sera sa trilogie new-yorkaise à commencer par le thème central de cette dernière, l'enfermement physique et mental qu'il nomme souvent ici claustration.
Comme s'il était perdu dans un cercle, Paul Auster ébauche à n'en plus finir des hypothèses qu'il tente de prouver, une succession de pensées brillantes, de déductions qui en entraînent inlassablement d'autres. Pour parfaire sa pensée, l'auteur convoque des figures extraites de l'imaginaire, de la religion, cite nombre d'auteurs, parle abondamment de la mort, de la perte d'un enfant. Dans ce méandre de pensées, on croise Anne Franck, Pascal, Mallarmé, Beckett, Proust ou Dostoïevski et à l'image de ce "melting-pot littéraire", on passe de la lumière à l'obscurité, on dévore quelques pages avant de peiner sur les suivantes. Etrange lecture que ce deuxième livre dans le livre dont on sort exsangue tant le questionnement de l'auteur, forcément universel, finit par nous contaminer.
Je referme donc "L'invention de la solitude" avec un sentiment mitigé. Si je reconnais l'importance qu'il revêt dans l'oeuvre de l'auteur, j'avoue que je me suis un peu perdu dans la deuxième partie qui remue souvent mais ennuie parfois.
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Kriss2015
  06 avril 2015
Tout Simplement Vertigineux & SUBLIME !!!
Il s'agit probablement du meilleur livre de Paul Auster. C'est un roman qui vous perd dans le labyrinthe du souvenir, dans la recherche énigmatique et désespérée du père. Ce sont peut-être des thèmes récurrents dans l'univers de Paul Auster, mais ils n'avaient jamais été articulés avec autant de brio. C'est un livre déroutant et génial.
Ce Roman, divisé en deux "cahiers", est une pure merveille. le premier cahier est la pierre fondatrice de toute l'oeuvre d'Auster, avec cette quête à travers le père du soi. Attention toutefois le deuxième cahier peut apparaître, plus confus et parfois indigeste, c'est une forme de story board de l'écriture du roman via la construction et les incidences de la mémoire. Quoi qu'il en soit ces deux parties sont indissociables en ce qu'elles sont les clés de l'univers de cet auteur à la plume exceptionnelle. un seul mot pour finir c'est Sublime...!!!
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Citations et extraits (91) Voir plus Ajouter une citation
lireanimeslireanimes   04 mai 2008
Il trouve extraordinaire, même dans l’ordinaire de son existence quotidienne, de sentir le sol sous ses pieds, et le mouvement de ses poumons qui s’enflent et se contractent à chaque respiration, de savoir qu’il peut, en posant un pied devant l’autre, marcher de là où il est à l’endroit où il veut aller. Il trouve extraordinaire que, certains matins, juste après son réveil, quand il se penche pour lacer ses chaussures, un flot de bonheur l’envahisse, un bonheur si intense, si naturellement en harmonie avec l’univers qu’il prend conscience d’être vivant dans le présent, ce présent qui l’entoure et le pénètre, qui l’envahit soudain, le submerge de la conscience d’être vivant. Et le bonheur qu’il découvre en lui à cet instant est extraordinaire. Et qu’il le soit ou non, il trouve ce bonheur extraordinaire.
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FRANGAFRANGA   09 janvier 2013
Il a rêvé toute sa vie de devenir millionnaire, l'homme le plus riche du monde.
Ce qu'il convoitait n'était pas tant la fortune que ce qu'elle représente : non seulement le succès aux yeux des autres mais aussi une possibilité de se sentir intouchable. Avoir de l'argent, ce n'est pas seulement pouvoir acheter : cela signifie être hors d'atteinte de la réalité. L'argent en tant que protection, non pour le plaisir. Parce que dans son enfance il en avait été démuni, et donc vulnérable aux caprices de l'existence, l'idée de richesse était devenue pour lui synonyme d'évasion : échapper au mal, à la souffrance, ne plus être une victime. Il ne prétendait pas s'acheter le bonheur mais simplement l'absence de malheur. L'argent était la panacée, la matérialisation de ses désirs les plus profonds, les plus difficiles à exprimer. Il ne voulait pas le dépenser mais le posséder, savoir qu'il était là. Moins qu'élixir qu'antidote : la petite fiole à emmener au fond d'une poche si on va dans la jungle-au cas où on serait mordu par un serpent venimeux.
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FRANGAFRANGA   04 janvier 2013
Que je réussisse ou non ne comptait guère pour lui. J'existais pour lui en fonction de ce que j'étais, non de ce que je faisais, et cela signifiait que jamais la perception qu'il avait de moi ne changerait, nos rapports étaient déterminés de façon inaltérable, nous étions séparés l'un de l'autre par un mur. Je comprenais surtout que tout cela n'avait pas grand-chose à voir avec moi. Lui seul était en cause. Comme tous les éléments de son existence, il ne me voyait qu'à travers les brumes de sa solitude, à grande distance. L'univers était pour lui, à mon avis, un lieu éloigné où jamais il ne pénétrait pour de bon, et c'est là-bas, dans le lointain, parmi les ombres qui flottaient devant lui, que j'étais né et devenu son fils, que j'avais grandi, apparaissant et disparaissant comme une ombre de plus dans la pénombre de sa conscience.
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lireanimeslireanimes   04 mai 2008
On a parfois l’impression d’être en train de déambuler sans but dans une ville. On se promène dans une rue, on tourne au hasard dans une autre, on s’arrête pour admirer la corniche d’un immeuble, on se penche pour inspecter sur le trottoir une tache de goudron qui fait penser à certains tableaux que l’on a admirés, on regarde les visages des gens que l’on croise en essayant d’imaginer les vies qu’ils trimbalent en eux, on va déjeuner dans un petit restaurant pas cher, on ressort, on continue vers le fleuve (si cette ville possède un fleuve) pour regarder passer les grands bateaux, ou les gros navires à quai dans le port, on chantonne peut-être en marchant, ou on sifflote, ou on cherche à se souvenir d’une chose oubliée. On a parfois l’impression, à se balader ainsi dans la ville, de n’aller nulle part, de ne chercher qu’à passer le temps, et que seule la fatigue nous dira où et quand nous arrêter. (…) en réalité, ce qu’on fait quand on marche dans une ville, c’est penser, et on pense de telle façon que nos réflexions composent un parcours, parcours qui n’est ni plus ni moins que les pas accomplis, si bien qu’à la fin on pourrait sans risque affirmer avoir voyagé et, même si l’on ne quitte pas sa chambre, il s’agit bien d’un voyage, on pourrait sans risque affirmer avoir été quelque part, même si on ne sait pas où.
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FRANGAFRANGA   16 janvier 2013
A l'époque de son troisième anniversaire, les goûts littéraires du fils de A. ont commencé à évoluer, passant des simples livres d'images pour tout-petits à des ouvrages pour enfants plus élaborés. Les illustrations en étaient encore une grande source de plaisir, mais ce n'était plus décisif. L'histoire en elle-même suffisait à soutenir sont attention, et quand A. arrivait à une page dépourvue du moindre dessin, il était ému de voir le petit garçon fixer intensément devant lui le vide de l'air, un mur blanc, rien, en se représentant ce que les mots lui suggéraient. "C'est amusant d'imaginer ce qu'on ne voit pas", a t-il dit à son père , un jour qu'ils marchaient dans la rue. Une autre fois, il était allé à la salle-de-bain, s'était enfermé et ne ressortait plus. "Qu'est-ce que tu fais là-dedans ?" a demandé A. à travers la porte. "Je pense, a répondu l'enfant. Pour ça, il faut que je sois seul."
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