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EAN : 9782266097901
346 pages
Pocket (06/01/2000)
3.84/5   50 notes
Résumé :
Chiffonnier milliardaire, juif et collaborateur de la Gestapo, Joseph Joanovici reste une figure énigmatique de l'histoire récente.
A-t-il profité de son extraordinaire sens des affaires pour rouler l'occupant allemand et mieux soutenir secrètement la Résistance, tout en réalisant de juteuses affaires ?
Est-il simplement un escroc de haut vol sans état d'âme ?
Est-ce par goût du risque qu'il n'a pas émigré en Amérique ?
On a tout dit su... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
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Lors d'un séjour en prison, Alphonse Boudard a croisé Joseph Joanovici. Né en 1905 en Bessarabie, cet homme est arrivé en France sans le sou en 1925 ; grâce à son sens du commerce, il s'est rapidement fait un nom dans le milieu des ferrailleurs. Lorsque survint la seconde guerre mondiale il sut profiter rapidement des besoins des Allemands en métaux, qu'il récupérait et leur vendait. Joseph était juif mais entrait dans la catégorie des "juifs utiles", ce qui l'a préservé du sort réservé beaucoup de ses coreligionaires. Mais Joseph ne fut pas un simple collaborateur, il sut aussi mettre une partie de son influence et de sa fortune au service de résistants. Lors de son procès en 1949, il plaidera avoir travaillé avec les Allemands pour mieux les duper par ailleurs et pour sauver des personnes recherchées ou poursuivies pour leur judéité ou pour faits de résistance.
Ses contributions à la résistance semblent cependant minimes au regard des millions qu'il a gagnés en commerçant avec les Allemands. Un témoin dit de lui : « J'ai l'impression que ce personnage, n'ayant pas de patrie à trahir, jouait sur les deux tableaux, c'est-à-dire qu'il ménageait à la fois le présent et l'avenir ». Joseph semble en outre avoir trempé dans quelques louches assassinats, et on lui a prêté une appartenance au Kominterm... Autant dire qu'il alimente beaucoup de fantasmes et de rumeurs !

La gouaille et la personnalité de Joseph ne pouvaient que plaire à Boudard, en tout cas comme sujet d'écriture… Boudard, lui, était clairement dans le camp de la résistance pendant la guerre.

On retrouve l'ambiance des années d'après-guerre, telle que le cinéma français a pu nous la montrer (« Tractions avant, police derrière… une épopée du gangstérisme dont le cinéma s'est servi pour le meilleur et pour le navet. »)

De cet auteur, j'avais beaucoup apprécié « le banquet des léopards ». Son langage est riche, parsemé d'expressions argotiques propres aux milieux qu'il a fréquentés et qu'il décrit. J'ai sporadiquement retrouvé ces qualités ici, mais l'auteur m'a semblé parfois dépassé par la complexité des choses, avec quelques longueurs.

Ce récit a au moins le mérite de montrer que le comportement de beaucoup de Français durant l'occupation allemande fut souvent ambigu, qu'il n'y eut pas seulement de méchants collaborateurs et d'héroïques résistants (ou l'inverse pour certains !), mais aussi des gens qui firent de leur mieux pour survivre pendant des années bien troubles.
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J'ai découvert Monsieur Joseph via l'excellente série de BD de Fabien Nury et Sylvain Vallée. J'ai découvert Alphonse Boudard grâce à Monsieur Joseph... Entendons-nous bien, je connaissais Alphonse Boudard de tronche, et pour ses apparitions télé... mais je ne l'avais jamais lu.

Le style d'abord. C'est vif, cash, sans ambage, mais avec une poésie gouailleuse très folklo. On pourrait qualifier cela de "parler vrai". Beaucoup d'argot. Des néologismes de bon aloi. Quand il faut inventer un mot pour résumer sa pensée, Alphonse, il fonce.

Le fond ensuite. Alphonse Boudard a croisé Monsieur Joseph, dans les couloir d'une prison. A ce moment, Boudard ne sait pas qui est ce type qui fait tourner les geôles autour de lui, s'octroyant des avantages et des faveurs, y compris de la part des matons..

Bien des années plus tard, on lui commande la bio de Joseph Joanovici. Alors Boudard instruit à charge et à décharge. Il compulse, interroge, fouille, embrouille, débrouille... et quand il trouve il le dit, et quand il ne sait pas, il n'élabore pas. Il déclare tout de go qu'il ne sait pas. C'est anecdotique, sans doute, mais moi cela m'a plu cette franchise. Les supputations boudardiennes sont présentées pour ce qu'elles sont. Pas comme des faits.

Résistant ou collabo? Vrai candide ou franche ordure? Innocent ou manipulateur? Simple commerçant ou menteur patenté? Boudard ne tranche pas vraiment. Parfois on sent poindre une once d'empathie, pas de la sympathie. Mais une forme d'inclinaison. de compréhension. Voire d'admiration quand les personnes qu'il interviewe continuent à décrire le charisme, la tchatche, l'aura de Monsieur Joseph, bien des années après sa mort.

Et parfois, le Boudard, il est perdu. Il avoue son désarroi face aux manoeuvres de Monsieur Joseph. Comme quand il part en Israël avec de faux papiers, afin de se faire reconnaître comme Juste parmi les Justes. C'est vrai que ce départ, plongeant Joanovici dans l'illégalité ressemble à un coup de force de la dernière chance. S'il avait réfléchi, il se serait sans doute rendu compte qu'Israël, état naissant, n'avait pas le choix de le rejeter...

Je retiendrai l'époque troublée, les trafics, les compromissions... Jacques Delarue dans un de ses livres montre également que si Monsieur Joseph deale dans les métaux, un autre Juif va faire le même parcours dans le textile. O tempora o mores...
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J'ai apprécié ce livre, non pas par sympathie pour le personnage principal ni vraiment par goût pour le style d'Alphonse Boudard, mais cette histoire n'est qu'ambiguïté (je l'écris à l'ancienne) et est complètement antimanichéenne, et ça j'adore ! Il importe peu en réalité que Joseph Joanovici ait été un collaborateur, un héros ou un opportuniste : il n'entre pas dans le cadre simple de l'histoire officielle et il est probablement tout cela en même temps en fonction du point de vue et de la situation.
Même si on sent un respect de Boudard pour le personnage, il me semble essayer d'être objectif sans nier les zones d'ombre, c'est à dire aussi les moments où on ne sait rien. Peut-être reste-t-il simplement objectif parce que la complexité du personnage et de l'époque interdit de prendre position sans avoir été soi-même impliqué.
Avec le ton sans fioriture d'Alphonse Boudard, on se laisser raconter l'histoire comme accoudée à un comptoir face à un passionné. Les BD de Nuri et Vallée, "Il était une fois en France" publiées après sont assez proches de l'histoire racontée par Boudard.
Ce livre est un bon document pour qui s'interroge sur la place et les actions des femmes et des hommes dans l'histoire, surtout tragique (mais ne l'est-elle pas toujours ?). L'autre question qui se pose est : qui sont les Joseph Joanovici d'aujourd'hui ?
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Il faut bien s'entendre sur les mots: Monsieur Joseph est incroyable.
Rusé, il transforme la ferraille en or, paluche des mains de nazis le matin et celles de la Résistance le soir et, à la fin de l'envoi, il touche.

Au fond Alphonse Boudard l'aime ce Joanovici. Cela crève les yeux et la plume de l'auteur: il est parti de rien, a un accent vaguement roumain et va berner non seulement la police, mais aussi toute la pègre reconnaissable à ses bruits de bottes. Milliardaire, son parcours est une mine d'informations sur cette époque.
La nuit tous les chats sont gris et l'auteur ne manque pas de rappeler à bon escient que les girouettes étaient légions. Dès que le vent tourne, un collabo devient amoureux de De Gaulle.
C'était aussi l'après Occupation. L'épuration partielle, l'administration en partie seulement rénovée, des ardoises épongées et des rancunes tenaces.

On ne saura jamais exactement le rôle de Monsieur Joseph, homme de lumière agissant à l'ombre.

Alphonse Boudard enquête et avoue même qu'au moment où il a écrit, plus beaucoup de personnes s'intéressaient à Joseph. Cela lui a pris "beaucoup de temps". La raison de cet acharnement? Il l'avait croisé le bougre, en prison. Et comme aux milliers de personnes croisées par Joseph, il lui avait fait forte impression.
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Alphonse Boudard nous fait découvrir un épisode de l'Occupation peu reluisante pour les Français : celle du marché noir, des trafics en tout genre, des personnes qui en ont profité pour s'enrichir.

Monsieur Joseph est juif. il est arrivé en France dans les années 20 et devient un ferrailleur réputé. Quand éclate la guerre, il comprend immédiatement que les Allemands vont avoir besoin de métal. Ses relations avec les nazis lui permettent d'aider des résistants et de faire libérer des centaines de prisonniers en échange de plusieurs millions qu'il paye à la Gestapo. Il a également fourni l'essentiel des armes ayant servi à l'insurrection de Paris et à la Libération. Bref, ses relations avec les nazis sont extrêmement ambiguës. Tout ce qui est sûr, pourtant, c'est qu'il a gagné beaucoup d'argent, mais jamais il ne s'est fait payer pour sauver quelqu'un des camps. Finalement, ce personnage est le reflet parfait de toutes les ambiguïtés de la société française de l'époque.
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Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
Pour bien comprendre toute cette affaire, comme toujours, il faut la replacer dans son contexte. 1947. Une paye ! Plus de cinquante ans. Au train de T.G.V. où vont les choses çà devient presque aussi lointain de mœurs, us, coutumes et mentalités que Louis quatorzième ou Fanfan la Tulipe. Certes, à grands coups de procès, on nous ramène plus souvent l’époque de l’Occupation. Les médias à la rescousse. Ça donne une idée plutôt simpliste avec les bons et les méchants, les héros et les traîtres.
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Les races se diluent, se dispersent… toutes les coucheries édulcorent les épidermes. Les Arabes sont sémites. Alors ? On verra bientôt que les hitlériens vont innover dans la pratique, mais si on y réfléchit bien, ils tentaient d’instaurer une nouvelle religion ni plus ni moins. Comme les communistes. Rien de plus semblable qu’un militant marxiste et un catholique ou un protestant pratiquants.
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Pour tuer le temps, je lis quand je peux… quand j’ai un bon livre et que mes voisins de cellule cessent de jacter, péter, chantonner, se gratter, chier ou pleurnicher. Puisqu’il faut pointer les « i », je rappelle qu’en ce temps-là sous M. Vincent Auriol, dans les taules, il était pas question de radio, de journaux et que la télé n’existait qu’en prototype je ne sais où. On était coupé du monde. Dehors la IVe République faisait ses premiers pas. C’était la guerre d’Indochine où j’avais quelques potes dans le corps expéditionnaire. C’étaient les grèves insurrectionnelles depuis que les communistes avaient été virés du gouvernement. C’était l’affaire Hardy, la grande énigme de la Résistance.
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Nous n’en sommes pas encore aux femmes libérées qui vous attaquent directo à la braguette. Faut se transpirer de la chansonnette pour séduire, se gominer la chevelure… un toutime qui vous permet de rêvasser, et c’est peut-être le principal.
On les appelle les fritz, les chleus, les boches. Dans mon quartier de Choisy Italie, mon XIIIe loquedu, ils s’aventurent rare. C’est pas la joie garantie pour leurs pennes. Les radasses du coin, celles de la rue Godefroy et de la rue Fagon, à culbuter dans leurs turnes, elles coûtent pas cher vu le change du mark, mais elles sont si déjetées, si laides, maritomes et vioques que ça leur donne plutôt l’envie de rejoindre, repartir à la conquête des plaines, ô ma plaine de papa Staline…
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Je le perçois flou ce Monsieur Joseph. La presse se déchaîne contre lui depuis son inculpation… Ce qui ressort à présent, c’est qu’il n’est pas poursuivi pour intelligence avec l’ennemi, sinon il serait à Fresnes avec les collabos. On raconte qu’il ne s’est rendu aux autorités françaises qu’en posant ses conditions… qu’il ne répondrait devant la justice que pour ses magouilles, ses trafics et bénéfices avec les Allemands.
Ici on le respecte, c’est un malin, ça se lit sur son visage. S’il a réussi à baiser tout le monde, les boches et les résistants, c’est qu’il est fortiche. Chapeau ! Casquette ! Béret ! Casque !
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Vidéo de Alphonse Boudard
21 novembre 2009 :
Mot de l'éditeur :
« Je regrette de ne pas lavoir butée pendant quil en était encore temps. Nul besoin de réfléchir ni délaborer le crime parfait. Plus cest gros mieux ça passe.

Elle faisait le ménage monsieur le commissaire. Elle a dû glisser sur le carrelage quelle venait dastiquer. On pouvait lui reprocher bien des choses, mais une vraie petite fée du logis, une maîtresse-femme. Quest-ce qui sest passé? on ne le saura jamais. Mauvais contrôle du pied dappui, fort justement monsieur le commissaire, le coup du lapin. La faute à pas de chance, encore une fois.

Jaurai dû lui mettre un grand coup derrière sa gueule alors que tout le monde ignorait encore notre différent. Les Boulard ? Un exemple pour tous les couples modernes. Jamais un mot plus haut que lautre, aimables avec les voisins, bonjour et bonsoir. Jaurai utilisé le cendrier en granit de Bénodet. Jaurai pris mon élan, de toutes mes forces et de toute ma rage, pour la frapper à larrière de son crâne vide. Plus tard, bien plus tard, jaurai appelé le SAMU. Oui, ça a dû se passer il ny a pas bien longtemps docteur. Mais jétais en train de bricoler dans le garage, je nai rien entendu parce je perçais des trous dans de la tôle. Cest que je construis un cabanon pour abriter les outils de jardin. Ce nest pas que jai beaucoup de terrain, mais ça me détend de pratiquer lart potager. Et puis, cest pas les légumes quon trouve dans le commerce. Des saveurs et des parfums incomparables. Ah oui, ma femme. Quand jai constaté, il devait déjà être trop tard. Enfin, je ne suis pas médecin. Je ne peux pas juger, mais elle était très pâle. Quest-ce que vous en pensez docteur?

Lélectrocution à la machine à laver, cest pas mal non plus. Combien de femmes disparaissent chaque année alors quelles accomplissaient leurs tâches domestiques? Elle avait grand soif, mais elle avait la manie de stocker les produits pour déboucher les cabinets dans des bouteilles deau minérale. Elle faisait les vitres au troisième étage un jour de grand vent. Elle préférait le bain à la douche, pourtant elle sétait toujours refusée à apprendre à nager. Elle avait la manie de garder près delle une bougie pour la sieste.

Ca fait trois lignes, dans les journaux, à la page des faits divers. Personne ne sen émeut. Sinon les proches, évidemment, car le plus dur cest toujours pour ceux qui restent.
elle est tombée à la renverse, sa tête a porté contre le rond des chiottes. Une belle mort, elle ne sest pas vue partir. Exactement, comme vous dites »

Lorsquil écrit, lorsquil se laisse porter par le jaillissement des mots, Serge le Vaillant ne manque pas de soumettre ses textes à lépreuve du « gueuloir » de Flaubert, de les lire à haute voix pour mieux les fignoler. Ancien capitaine au long cours, grand homme de radio, grand chef dorchestre des nuits de France Inter, cet orpailleur de la langue française, quelle soit verte ou noire, est un magicien. Il na pas seulement le talent de conteur dun Gérard Sire ou dun Jean-Pierre Chabrol. le culte des mots ciselés, des mots torchés, la faconde dune prose féconde, le sens de lorgie verbale.
Ses textes ont le verbe acide et tendre, le verbe au goût de pomme dApi, celui qui baptise et qui tue, qui bénit et qui excommunie, qui conjure et qui absout, qui enfante et qui explose, qui hurle et qui chuchote, qui pleure et qui pavoise. Serge Levaillant appartient à la lignée des Rabelais, des Villon, des Rostand, et plus près de nous des Céline, Léon Bloy, Auguste le Breton , Albert Simonin, Francis Blanche, Alphonse Boudard, Michel Audiard, et autres Frédéric Dard. Il est un magicien, un orpailleur de la langue, quelle soit verte ou noire, ciselée ou torchée : avec lui les mots croustillent. Ils mordent, ils aboient, ils cajolent. Ils sont tour à tour tendres et cruels, nourris de vinaigre et de miel, de gifles et de caresses. Ils décapent. Ils émeuvent. Ils déchaînent des crises de rires et de jubilation. Ils touchent à la fois nos coeurs et nos zygomatiques.
+ Lire la suite
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