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EAN : 9782266097901
346 pages
Éditeur : Pocket (06/01/2000)

Note moyenne : 3.88/5 (sur 37 notes)
Résumé :
Chiffonnier milliardaire, juif et collaborateur de la Gestapo, Joseph Joanovici reste une figure énigmatique de l'histoire récente.
A-t-il profité de son extraordinaire sens des affaires pour rouler l'occupant allemand et mieux soutenir secrètement la Résistance, tout en réalisant de juteuses affaires ?
Est-il simplement un escroc de haut vol sans état d'âme ?
Est-ce par goût du risque qu'il n'a pas émigré en Amérique ?
On a tout dit su... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
bdelhausse
  11 septembre 2018
J'ai découvert Monsieur Joseph via l'excellente série de BD de Fabien Nury et Sylvain Vallée. J'ai découvert Alphonse Boudard grâce à Monsieur Joseph... Entendons-nous bien, je connaissais Alphonse Boudard de tronche, et pour ses apparitions télé... mais je ne l'avais jamais lu.
Le style d'abord. C'est vif, cash, sans ambage, mais avec une poésie gouailleuse très folklo. On pourrait qualifier cela de "parler vrai". Beaucoup d'argot. Des néologismes de bon aloi. Quand il faut inventer un mot pour résumer sa pensée, Alphonse, il fonce.
Le fond ensuite. Alphonse Boudard a croisé Monsieur Joseph, dans les couloir d'une prison. A ce moment, Boudard ne sait pas qui est ce type qui fait tourner les geôles autour de lui, s'octroyant des avantages et des faveurs, y compris de la part des matons..
Bien des années plus tard, on lui commande la bio de Joseph Joanovici. Alors Boudard instruit à charge et à décharge. Il compulse, interroge, fouille, embrouille, débrouille... et quand il trouve il le dit, et quand il ne sait pas, il n'élabore pas. Il déclare tout de go qu'il ne sait pas. C'est anecdotique, sans doute, mais moi cela m'a plu cette franchise. Les supputations boudardiennes sont présentées pour ce qu'elles sont. Pas comme des faits.
Résistant ou collabo? Vrai candide ou franche ordure? Innocent ou manipulateur? Simple commerçant ou menteur patenté? Boudard ne tranche pas vraiment. Parfois on sent poindre une once d'empathie, pas de la sympathie. Mais une forme d'inclinaison. de compréhension. Voire d'admiration quand les personnes qu'il interviewe continuent à décrire le charisme, la tchatche, l'aura de Monsieur Joseph, bien des années après sa mort.
Et parfois, le Boudard, il est perdu. Il avoue son désarroi face aux manoeuvres de Monsieur Joseph. Comme quand il part en Israël avec de faux papiers, afin de se faire reconnaître comme Juste parmi les Justes. C'est vrai que ce départ, plongeant Joanovici dans l'illégalité ressemble à un coup de force de la dernière chance. S'il avait réfléchi, il se serait sans doute rendu compte qu'Israël, état naissant, n'avait pas le choix de le rejeter...
Je retiendrai l'époque troublée, les trafics, les compromissions... Jacques Delarue dans un de ses livres montre également que si Monsieur Joseph deale dans les métaux, un autre Juif va faire le même parcours dans le textile. O tempora o mores...
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helhiv
  15 janvier 2016
J'ai apprécié ce livre, non pas par sympathie pour le personnage principal ni vraiment par goût pour le style d'Alphonse Boudard, mais cette histoire n'est qu'ambiguïté (je l'écris à l'ancienne) et est complètement antimanichéenne, et ça j'adore ! Il importe peu en réalité que Joseph Joanovici ait été un collaborateur, un héros ou un opportuniste : il n'entre pas dans le cadre simple de l'histoire officielle et il est probablement tout cela en même temps en fonction du point de vue et de la situation.
Même si on sent un respect de Boudard pour le personnage, il me semble essayer d'être objectif sans nier les zones d'ombre, c'est à dire aussi les moments où on ne sait rien. Peut-être reste-t-il simplement objectif parce que la complexité du personnage et de l'époque interdit de prendre position sans avoir été soi-même impliqué.
Avec le ton sans fioriture d'Alphonse Boudard, on se laisser raconter l'histoire comme accoudée à un comptoir face à un passionné. Les BD de Nuri et Vallée, "Il était une fois en France" publiées après sont assez proches de l'histoire racontée par Boudard.
Ce livre est un bon document pour qui s'interroge sur la place et les actions des femmes et des hommes dans l'histoire, surtout tragique (mais ne l'est-elle pas toujours ?). L'autre question qui se pose est : qui sont les Joseph Joanovici d'aujourd'hui ?
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Joad
  13 mai 2020
Il faut bien s'entendre sur les mots: Monsieur Joseph est incroyable.
Rusé, il transforme la ferraille en or, paluche des mains de nazis le matin et celles de la Résistance le soir et, à la fin de l'envoi, il touche.
Au fond Alphonse Boudard l'aime ce Joanovici. Cela crève les yeux et la plume de l'auteur: il est parti de rien, a un accent vaguement roumain et va berner non seulement la police, mais aussi toute la pègre reconnaissable à ses bruits de bottes. Milliardaire, son parcours est une mine d'informations sur cette époque.
La nuit tous les chats sont gris et l'auteur ne manque pas de rappeler à bon escient que les girouettes étaient légions. Dès que le vent tourne, un collabo devient amoureux de De Gaulle.
C'était aussi l'après Occupation. L'épuration partielle, l'administration en partie seulement rénovée, des ardoises épongées et des rancunes tenaces.
On ne saura jamais exactement le rôle de Monsieur Joseph, homme de lumière agissant à l'ombre.
Alphonse Boudard enquête et avoue même qu'au moment où il a écrit, plus beaucoup de personnes s'intéressaient à Joseph. Cela lui a pris "beaucoup de temps". La raison de cet acharnement? Il l'avait croisé le bougre, en prison. Et comme aux milliers de personnes croisées par Joseph, il lui avait fait forte impression.
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JoyeuxDrille
  21 avril 2015
Découverte d'un des personnages les plus ambigus de la période de l'Occupation. le destin romanesque d'un opportuniste prêt à tout pour gagner de l'argent. le tout magnifié par la plume et la verve canailles d'Alphonse Boudard.
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Mamaillou
  14 septembre 2019
Lecture suite à la BD il était une fois en France. Découverte d'Alphonse Boudard. De l'argot, faut s'accrocher au début.Se lit vite. Et puis ça éclaire sur l'histoire : "une certitude maintenant, on sait qu'on ne saura jamais". Quelle époque !
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
moraviamoravia   15 février 2018
Pour bien comprendre toute cette affaire, comme toujours, il faut la replacer dans son contexte. 1947. Une paye ! Plus de cinquante ans. Au train de T.G.V. où vont les choses çà devient presque aussi lointain de mœurs, us, coutumes et mentalités que Louis quatorzième ou Fanfan la Tulipe. Certes, à grands coups de procès, on nous ramène plus souvent l’époque de l’Occupation. Les médias à la rescousse. Ça donne une idée plutôt simpliste avec les bons et les méchants, les héros et les traîtres.
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rkhettaouirkhettaoui   10 mai 2016
Les races se diluent, se dispersent… toutes les coucheries édulcorent les épidermes. Les Arabes sont sémites. Alors ? On verra bientôt que les hitlériens vont innover dans la pratique, mais si on y réfléchit bien, ils tentaient d’instaurer une nouvelle religion ni plus ni moins. Comme les communistes. Rien de plus semblable qu’un militant marxiste et un catholique ou un protestant pratiquants.
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rkhettaouirkhettaoui   10 mai 2016
Nous n’en sommes pas encore aux femmes libérées qui vous attaquent directo à la braguette. Faut se transpirer de la chansonnette pour séduire, se gominer la chevelure… un toutime qui vous permet de rêvasser, et c’est peut-être le principal.
On les appelle les fritz, les chleus, les boches. Dans mon quartier de Choisy Italie, mon XIIIe loquedu, ils s’aventurent rare. C’est pas la joie garantie pour leurs pennes. Les radasses du coin, celles de la rue Godefroy et de la rue Fagon, à culbuter dans leurs turnes, elles coûtent pas cher vu le change du mark, mais elles sont si déjetées, si laides, maritomes et vioques que ça leur donne plutôt l’envie de rejoindre, repartir à la conquête des plaines, ô ma plaine de papa Staline…
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rkhettaouirkhettaoui   10 mai 2016
Pour tuer le temps, je lis quand je peux… quand j’ai un bon livre et que mes voisins de cellule cessent de jacter, péter, chantonner, se gratter, chier ou pleurnicher. Puisqu’il faut pointer les « i », je rappelle qu’en ce temps-là sous M. Vincent Auriol, dans les taules, il était pas question de radio, de journaux et que la télé n’existait qu’en prototype je ne sais où. On était coupé du monde. Dehors la IVe République faisait ses premiers pas. C’était la guerre d’Indochine où j’avais quelques potes dans le corps expéditionnaire. C’étaient les grèves insurrectionnelles depuis que les communistes avaient été virés du gouvernement. C’était l’affaire Hardy, la grande énigme de la Résistance.
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rkhettaouirkhettaoui   10 mai 2016
Je le perçois flou ce Monsieur Joseph. La presse se déchaîne contre lui depuis son inculpation… Ce qui ressort à présent, c’est qu’il n’est pas poursuivi pour intelligence avec l’ennemi, sinon il serait à Fresnes avec les collabos. On raconte qu’il ne s’est rendu aux autorités françaises qu’en posant ses conditions… qu’il ne répondrait devant la justice que pour ses magouilles, ses trafics et bénéfices avec les Allemands.
Ici on le respecte, c’est un malin, ça se lit sur son visage. S’il a réussi à baiser tout le monde, les boches et les résistants, c’est qu’il est fortiche. Chapeau ! Casquette ! Béret ! Casque !
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Videos de Alphonse Boudard (16) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Alphonse Boudard
21 novembre 2009 :
Mot de l'éditeur :
« Je regrette de ne pas lavoir butée pendant quil en était encore temps. Nul besoin de réfléchir ni délaborer le crime parfait. Plus cest gros mieux ça passe.

Elle faisait le ménage monsieur le commissaire. Elle a dû glisser sur le carrelage quelle venait dastiquer. On pouvait lui reprocher bien des choses, mais une vraie petite fée du logis, une maîtresse-femme. Quest-ce qui sest passé? on ne le saura jamais. Mauvais contrôle du pied dappui, fort justement monsieur le commissaire, le coup du lapin. La faute à pas de chance, encore une fois.

Jaurai dû lui mettre un grand coup derrière sa gueule alors que tout le monde ignorait encore notre différent. Les Boulard ? Un exemple pour tous les couples modernes. Jamais un mot plus haut que lautre, aimables avec les voisins, bonjour et bonsoir. Jaurai utilisé le cendrier en granit de Bénodet. Jaurai pris mon élan, de toutes mes forces et de toute ma rage, pour la frapper à larrière de son crâne vide. Plus tard, bien plus tard, jaurai appelé le SAMU. Oui, ça a dû se passer il ny a pas bien longtemps docteur. Mais jétais en train de bricoler dans le garage, je nai rien entendu parce je perçais des trous dans de la tôle. Cest que je construis un cabanon pour abriter les outils de jardin. Ce nest pas que jai beaucoup de terrain, mais ça me détend de pratiquer lart potager. Et puis, cest pas les légumes quon trouve dans le commerce. Des saveurs et des parfums incomparables. Ah oui, ma femme. Quand jai constaté, il devait déjà être trop tard. Enfin, je ne suis pas médecin. Je ne peux pas juger, mais elle était très pâle. Quest-ce que vous en pensez docteur?

Lélectrocution à la machine à laver, cest pas mal non plus. Combien de femmes disparaissent chaque année alors quelles accomplissaient leurs tâches domestiques? Elle avait grand soif, mais elle avait la manie de stocker les produits pour déboucher les cabinets dans des bouteilles deau minérale. Elle faisait les vitres au troisième étage un jour de grand vent. Elle préférait le bain à la douche, pourtant elle sétait toujours refusée à apprendre à nager. Elle avait la manie de garder près delle une bougie pour la sieste.

Ca fait trois lignes, dans les journaux, à la page des faits divers. Personne ne sen émeut. Sinon les proches, évidemment, car le plus dur cest toujours pour ceux qui restent.
elle est tombée à la renverse, sa tête a porté contre le rond des chiottes. Une belle mort, elle ne sest pas vue partir. Exactement, comme vous dites »

Lorsquil écrit, lorsquil se laisse porter par le jaillissement des mots, Serge le Vaillant ne manque pas de soumettre ses textes à lépreuve du « gueuloir » de Flaubert, de les lire à haute voix pour mieux les fignoler. Ancien capitaine au long cours, grand homme de radio, grand chef dorchestre des nuits de France Inter, cet orpailleur de la langue française, quelle soit verte ou noire, est un magicien. Il na pas seulement le talent de conteur dun Gérard Sire ou dun Jean-Pierre Chabrol. le culte des mots ciselés, des mots torchés, la faconde dune prose féconde, le sens de lorgie verbale.
Ses textes ont le verbe acide et tendre, le verbe au goût de pomme dApi, celui qui baptise et qui tue, qui bénit et qui excommunie, qui conjure et qui absout, qui enfante et qui explose, qui hurle et qui chuchote, qui pleure et qui pavoise. Serge Levaillant appartient à la lignée des Rabelais, des Villon, des Rostand, et plus près de nous des Céline, Léon Bloy, Auguste le Breton , Albert Simonin, Francis Blanche, Alphonse Boudard, Michel Audiard, et autres Frédéric Dard. Il est un magicien, un orpailleur de la langue, quelle soit verte ou noire, ciselée ou torchée : avec lui les mots croustillent. Ils mordent, ils aboient, ils cajolent. Ils sont tour à tour tendres et cruels, nourris de vinaigre et de miel, de gifles et de caresses. Ils décapent. Ils émeuvent. Ils déchaînent des crises de rires et de jubilation. Ils touchent à la fois nos coeurs et nos zygomatiques.
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