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ISBN : 2709660687
Éditeur : J.-C. Lattès (22/08/2018)

Note moyenne : 3.51/5 (sur 111 notes)
Résumé :
Tous les hommes désirent naturellement savoir est l'histoire des nuits de ma jeunesse, de ses errances, de ses alliances et de ses déchirements. C'est l'histoire de mon désir qui est devenu une identité et un combat.

http://alter1fo.com/claire-chazal-prete-sa-voix-a-nina-bouraoui-121311

Tous les Hommes désirent naturellement savoir, est un chant qui s’est écrit à Rennes, sous la plume de Nina Bouraoui, puis en Algérie, trouvant un écho ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (41) Voir plus Ajouter une critique
Fandol
  23 janvier 2019
Nina Bouraoui a quitté l'Algérie à l'âge de 14 ans pour venir vivre à Paris. Dans Tous les hommes désirent naturellement savoir, elle laisse remonter les souvenirs, parle de ce qu'elle vit, de ses difficultés, de son homosexualité et cela donne un livre très décousu et déroutant.
Les chapitres ont tous pour titre un verbe à l'infinitif : Devenir, Se souvenir, Savoir, Être, les deux premiers revenant le plus souvent. À Paris, elle se rend dans un club réservé aux femmes, le Katmandou, et tente de mener une double vie entre ses rencontres et sa solitude : « Elle est couverte d'épines et d'orties. »
Elle se souvient d'Alger, de la terreur qui monte, de sa mère agressée dans la rue et tente de s'affirmer : « Je sors seule, comme un homme. Je me crois libre, mais ce n'est pas ça la liberté ; personne ne m'attend, personne ne m'espère. Je ne suis rien, j'en ai conscience et j'ai honte. » Au club, qu'elle nomme familièrement le Kat, elle rencontre des ouvrières, d'anciennes détenues, des prostituées. Ces femmes ne sont pas du même milieu qu'elle mais elles ont la même orientation sexuelle.
La peur est là, dans beaucoup de pages, celle qu'elle éprouvait à Alger, la peur du sida en France mais le plus difficile est de trouver sa place : « La France c'est le vêtement que je porte, l'Algérie c'est ma peau livrée au soleil et aux tempêtes. »
Elle parle des femmes qui l'attirent, de sa mère à la fac de Rennes, des femmes à Alger et de ses grands-parents maternels, tous les deux chirurgiens-dentistes, qui n'ont jamais accepté son père. Alors, Nina Bouraoui (photo ci-contre) lâche : « J'écris pour être aimée et pour aimer à l'intérieur de mes pages. Je réalise mes rêves en les écrivant - je m'invente, ainsi, de nombreuses liaisons, vainquant ma peur des femmes et de l'inconnu. »
Drogue et alcool sont le quotidien de ces femmes qu'elle rencontre alors qu'elle n'arrive pas à connaître un bonheur complet, à s'épanouir, toujours déchirée entre les souvenirs de cette violence inouïe connue en Algérie et rêves et désirs bien compliqués à assouvir.
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Fleitour
  17 septembre 2018
Un récit émouvant comme un chant qui oscille entre l'intime et l'universel.
C'est un long poème, où l'encre dessine les creux et les silences, esquisse les vides, où le passé “étreint les autres, ceux dont l'histoire se propage à Nina Bouraoui”. C'est un assemblage de textes, plus exactement d'humeurs, de pauses et de soupirs qui s'imbriquent dans un récit, qui retourne toujours à la mer.
Ce récit “Tous les hommes désirent naturellement savoir” est une sorte de sentier initiatique où la mère de Nina est celle qui protège mais aussi celle qui porte les secrets de toute la famille, les failles et les fantômes que la jeune fille peu à peu déplient.

La narration est peut être un livre de psaumes, où il n'y pas de Dieu, mais quelque chose qui procède de l'amour. Il se vit comme une suite de chants, qui vous installe dans une méditation, une atmosphère de solitude végétative, trouble que seule les femmes ont le droit de respirer, jusqu'à la suffocation. Nina parle de la voix de Ely page 35 “ c'est à sa voix si spéciale, que je la reconnais dans la nuit, cette forêt de femmes parmi lesquelles je me fraye un chemin pour la retrouver.

Cette mosaïque de mots parle de son enfance, chahutée par les multiples va-et-vient de ses parents, lui est algérien, elle est bretonne, ils se sont mariés à Rennes, mais ne se sont pas installés. La narratrice retrace le parcours de ses parents, elle ne trouvera aucune empreinte, car ils ne leur restent que des souvenirs, souvent flous, les photos de la famille sont rares, ces rues obscures de son enfance pourraient même suggérer un couple en fuite ou du moins, un couple qui cherche à passer inaperçu.

Dans ses souvenirs, elle évoque page 29 ses peurs ; dans les années 90, c'est la mort d'un médecin psychiatre qui marque le début de la "terreur algérienne." C'est la peur encore qu'elle associe à cette femme si belle, l'épouse du Docteur, car dit-elle,  " sa femme française portait des jupes à plis, des chemisiers si fins qu'il laissait voir sa peau parsemée de taches de rousseur ; chacune d'entre elles était l'impact d'un baiser donné, un baiser du Docteur G."

On pourrait dire aussi que ces textes, rassemble des chants d'amour, la quête inlassable de l'amour, celui que la jeune fille désire mais qu'elle a tant de mal à exprimer, à expliciter. C'est une crevasse qui s'ouvre sous elle, quand aucune de ces rencontres de lui permet de trouver une passerelle entre son corps et ses désirs, ses désirs d'amour, son besoin d'être aimée. La fréquentation du Katmandou, club pour femmes homosexuelles, est une sorte de provocation, une présence semblable à celle que suggère le brouillard.

Le chemin qu'elle trace, est celui de son adolescence, l'affirmation de ce qu'elle savait sans se l'avouer, son homosexualité, et le chemin est long, depuis la honte qu'elle éprouve, une forme de honte sociale, aux premiers émois entre les bras d'une jeune femme qui l'aime sans savoir vraiment jusqu'au ira son premier amour. Elle souligne page 89," je dois quitter mon enfance pour exister."

Savoir, on aimerait savoir, tout savoir de l'amour, et même l'amour de l'amour, Nina Bouraoui nous laisse quelques parcelles de ce savoir quand elle écrit :  "je désire maintenant et je suis désirée, je suis sans passé sans avenir et sans témoins, je pourrais disparaître entre ses mains et pourtant je renais."
Le chant envoûtant d'une jeune femme dévissant sur les fissures de l'âme. 
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Nat_85
  26 mars 2019
Voguant entre ses souvenirs, de l'Algérie à la France, dans une quête d'identité bouleversante, Nina Bouraoui nous offre une part intime des nuits de sa jeunesse. Son dernier roman » Tous les hommes désirent naturellement savoir « est paru aux éditions JC Lattès en 2018.
p. 11 : » J'ai vécu en France plus longtemps que je n'ai vécu en Algérie. J'ai quitté Alger le 17 juillet 1981. «
Dans une alternance de chapitres très courts, l'auteure raconte tour à tour son enfance en Algérie et en Bretagne et ses nuits parisiennes, lorsque, jeune adulte, elle fréquente le Katmandou, un club parisien réservé aux femmes.
Ce roman relate le combat intérieur d'une femme qui cherche à comprendre l'origine de son homosexualité dans ses liens de filiation.
p. 12 : » Je veux savoir qui je suis, de quoi je suis constituée, ce que je peux espérer, remontant le fil de mon histoire aussi loin que je pourrai le remonter, traversant les mystères qui me hantent dans l'espoir de les élucider. «
Intimement persuadée que cette lutte intérieure a été conditionnée dès sa plus jeune enfance, la narratrice se remémore l'agression dont sa mère a été victime.
p. 27 : » Plus tard, je m'infligerai le devoir de protéger toute femme du danger, même s'il n'existe pas. «
Le déclenchement semble-t-il de son détachement à un quelconque désir au sexe opposé. C'est à dix-huit ans, au moment des premiers désirs entre les bras des femmes, que Nina Bouraoui entreprend l'écriture, comme une délivrance, un exutoire.
p. 43 : » L'écriture agit comme un élixir, son geste m'apaise, me rend heureuse. «
Garçon manqué enfant, elle peine à trouver une position dans une famille déjà atypique, composée d'une mère bretonne et d'un père algérien. Sa soeur aînée semble s'être attribuée la place de fille, au sens le plus large du terme, alors que Nina ne sait comment se placer.
p. 61 : » Il y a une histoire de l'homosexualité, des racines et un territoire. Elle ne vient pas du désir, du choix, elle est, comme on pourrait le dire de la composition du sang, de la couleur de la peau, de la taille du corps, de la texture des cheveux. Je la vois organique, cela me plaît de l'envisager ainsi. L'enfant homosexuel n'est pas l'être raté, il est l'être différent, hors norme et à l'intérieur de sa norme à lui, dont il ne comprendra que plus tard qu'elle le distingue des autres, le condamnant au secret, à la honte. «
Si elle envie les garçons du quartier dans la liberté de leurs attitudes, elle méprise leur violence. Particulièrement proche de sa soeur pendant ses années d'enfance, ses amies attireront déjà son regard. le regard d'une jeune fille à la recherche de son identité sexuelle.
p. 31 : » Je souffre de ma propre homophobie. «
Les mots sont forts, mais sont le reflet d'une lutte intérieure, d'un certain dégoût – ou du moins rejet – d'elle-même. Mais combien de tourments, de nuits d'insomnie et de douleurs pour s'accepter, enfin, dans son entièreté ? Accepter cette différence qui deviendra une évidence et une force. Car lutter contre sa propre sexualité, c'est lutter contre soi-même.
p. 251 : » […] je n'y arrive pas, je ne m'assume pas, c'est éprouvant d'être différente, même si je ne peux plus faire autrement, j'ai fait un pas, je suis fière de moi, mais j'en veux à la terre entière, je trouve cela difficile d'être homosexuelle, personne ne s'en rend compte, ne mesure ça, cette violence. «
Cette immersion dans l'intimité de l'auteure est d'une touchante sincérité. L'évolution vers l'acceptation de son homosexualité passe par de nombreuses phases, comme l'atteste ce roman. Tout ce temps, ces années à lutter contre la naissance d'un désir, mais un désir qui diffère de la norme, est le témoignage d'un mal être intérieur d'une grande violence. Un roman bouleversant, qui peut contribuer à trouver un apaisement intérieur vers ce qui ne doit pas être un combat, mais une acceptation de soi.
Lien : https://missbook85.wordpress..
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sonfiljuliesuit
  06 février 2019
«Tous les hommes désirent naturellement savoir.» C'est par ces célèbres mots que commence la Métaphysique d'Aristote. C'est aussi cette célèbre citation qui donne son titre au 15ème roman de Nina Bouraoui, qui à travers ces lignes, livre son enfance, son histoire familiale entre l'Algérie et la France.
L'auteur se plonge dans ses errances et nous emmène avec elle à travers sa honte, sa culpabilité d'être une femme différente. Une femme qui découvre son homosexualité. Une femme à la recherche de ses désirs et de ses amours. Mais surtout une femme qui cherche à se faire aimer.
Une quête de soi, en parallèle d'une quête identitaire, entre l'Algérie de son enfance et la France de ses années étudiantes. C'est avec la violence née en Algérie que sa honte fait surface et devient viscérale au point qu'elle cherche à s'effacer, à s'engloutir dans ses conquêtes, dans ses errances.
Des errances qui la mènent, peu à peu, à l'acceptation de ses différences.
Fille d'un couple mixte, elle grandit dans l'amour familiale mais elle se sent étrangère entre ses deux pays, mais aussi étrangère au sein de ses propres désirs.
Elle couche les mots pour raconter sa haine d'elle-même, sa haine de ses désirs homosexuels. Elle est tour à tour homosexuelle et homophobe, tiraillée entre ses désirs et son éducation. Grandir dans un pays musulmans laisse des traces, elle devient schizophrène à force de se perdre dans ses choix, ses idées et ses désirs.
Comment trouver sa place, à la fois dans son esprit et dans son quotidien ? Nina Bouraoui exprime avec brio ce tiraillement entre l'éducation et les désirs et enfin l'acceptation de soi.
Un livre qui raconte, comme une histoire, racontée à haute voix et même si cela semble parfois décousu,cette manière de se livrer fait que le lecteur s'immerge dans ses souvenirs.
J'ai grandi en Tunisie et par beaucoup d'aspects, je me suis retrouvée dans ce que raconte l'auteur. La place de le femme, ses désirs, les rejets, mais surtout dans l'opposition que l'on ressent entre éducation et aspirations profondes.
L'auteur se livre et nous parle du déracinement, de son enfance et de sa quête identitaire.
Je ne suis pas fan d'autobiographie et je dois dire que lorsque j'ai sollicité le livre sur NetGalley je n'avais pas compris que cela en serait une. Pour autant, je ne regrette pas cette lecture, qui même si elle m'a déstabilisé par sa construction, a été agréable à lire.

Lien : https://julitlesmots.com/201..
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isabelleisapure
  06 septembre 2018
Pour ma première rencontre avec Nina Bouraoui je ressors de ma lecture avec une impression mitigée.
Je n'ai pas vraiment réussi à m'intéresser à cette histoire très personnelle que nous propose l'auteure.
J'ai eu du mal à suivre ces souvenirs d'enfant et d'adolescente ballotée entre deux cultures, Française et Algérienne.
Lorsqu'en grandissant, elle découvre son homosexualité, l'auteure est également dans le doute et le reniement et même si elle va régulièrement passer ses soirées au Kat, club réservé aux femmes, elle éprouve de la honte en regardant les filles enlacées ce qui ne fait qu'accroître son malaise.
Même si j'ai apprécié cette lecture dans sa première partie, je me suis rapidement lassée de cette confession intime.
Les autofictions me laissent en général indifférente, je n'y vois qu'une thérapie pour l'auteur.
Je note cependant une écriture élégante et précise qui permet une lecture facile.
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critiques presse (6)
LeDevoir   17 décembre 2018
On oscille entre son enfance algérienne, son histoire familiale et sa jeunesse parisienne, on s’immerge avec elle, pleine de honte et de culpabilité mais assoiffée d’amour, dans un monde parallèle de femmes entre elles, la nuit, dans le Paris des années 1980. Et on est ébloui par cette écriture aussi fine que dure.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
LeFigaro   22 octobre 2018
Avec ce nouveau titre emprunté à Aristote, Nina Bouraoui excelle dans la géographie intime. C'est un tour de force que de se dévoiler ainsi sans paraître indécente, d'évoquer sa sexualité sans être impudique.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LaPresse   12 octobre 2018
Dans son 16e roman, Nina Bouraoui raconte le douloureux chemin de l'acceptation de son homosexualité. Une acceptation qui ne va pas de soi lorsqu'on est Algérienne et qu'on a grandi dans un milieu plutôt conservateur. Car oui, on peut être homosexuel et homophobe, se détester soi-même et rejeter cette communauté de femmes qui finira par devenir la nôtre.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LaCroix   05 octobre 2018
Dans un très beau roman de formation, Nina Bouraoui scrute les images de sa vie passée.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Actualitte   14 septembre 2018
Elle se cherche, elle se souvient, elle avance et devient, se trouve pas à pas, au fil des rencontres. Elle fouille son enfance et sa jeunesse, dans le pire comme le meilleur à la recherche du sens de son désir et de ses amours. Nina Bouraoui nous livre une écriture des abysses de l'être, cet univers profond qu'on méconnaît souvent et qui pourtant nous fait tenir debout et parfois bancals.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LaPresse   22 août 2018
L'écrivaine d'origine algérienne est un phénomène littéraire en France. Ses romans, très autobiographiques, parlent souvent d'identité (culturelle, sexuelle, etc.). Elle écrit également des chansons - elle a entre autres écrit pour Céline Dion et Garou.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Citations et extraits (102) Voir plus Ajouter une citation
nadejdanadejda   06 septembre 2018
.... il ne suffit pas de se travestir pour être un autre, de se cacher les yeux pour s'inventer, de garder le silence pour ne pas trahir le secret, la nuit ne suffit pas à voiler le jour et le jour ne recouvre pas la nuit, tout circule et se mélange, tout révèle et se contredit, tout se répond et s'oppose, les mots sont des oiseaux sauvages. (...) il y aura toujours du mystère et de l'inconnu, nous ne saurons ni les racines ni la terre, nous ne saurons ni les raisons du bonheur ni celle des chagrins ; une seule certitude demeure - nous espérons.
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nadejdanadejda   05 septembre 2018
"On ne sait jamais de quoi sont faits l'amour, les êtres, personne ne connaît vraiment l'autre, on est toujours surpris en bien ou en mal, c'est ça la vérité : quand le réel devient plus fort que le lien, que le désir, que l'hypnose amoureuse. Il faut savoir l'accepter, la vie n'est pas un rêve, nous ne sommes pas sur terre pour avoir sans cesse du plaisir, la part qui pèse est supérieure à la légèreté", répond ma mère quanq je l'interroge sur sa définition du bonheur.
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nadejdanadejda   04 septembre 2018
Incipit
Je me demande parmi la foule qui vient de tomber amoureux, qui vient de se faire quitter, qui est parti sans un mot, qui est heureux, malheureux, qui a peur ou avance confiant, qui attend un avenir plus clair. Je traverse la seine, je marche avec les hommes et les femmes anonymes et pourtant ils sont mes miroirs. Nous formons un seul coeur, une seule cellule. Nous sommes vivants.
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nadejdanadejda   06 septembre 2018
Être
J'écris les travées et les silences, ce que l'on ne voit pas, ce que l'on n'entend pas. J'écris les chemins que l'on évite, et ceux que l'on a oubliés. J'étreins les Autres, ceux dont l'histoire se propage dans la mienne, comme le courant d'eau douce qui se déverse dans la mer. Je fais parler les fantômes pour qu'ils cessent de me hanter. J'écris parce que ma mère tenait ses livres contre sa poitrine comme s'ils avaient été des enfants.
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rkhettaouirkhettaoui   28 août 2018
Je rencontre Nathalie R. au Kat, je vais partir, elle me suit, me donne son numéro de téléphone, me fait promettre de l’appeler, je promets, je prends le ticket de vestiaire sur lequel est écrit son numéro, elle ne me croit pas, elle est sûre que je ne l’appellerai pas, au moins elle aura essayé, le dit, n’a pas honte de le dire, cela me touche, je ne sais pas pourquoi, d’habitude c’est moi la faible, je déteste d’ailleurs, ce n’est pas ça la vie, la vraie vie des sentiments, d’égal à égal, sans rapports de forces et de pouvoir ; je m’en vais, je l’appelle, quelques heures plus tard nous avons rendez-vous aux Deux Magots, j’ai peur de ne pas la reconnaître, qu’elle ne me reconnaisse pas, nous nous reconnaissons, c’est une bulle dans le café, c’est une bulle dans la ville, c’est une bulle au-delà, ça existe et ça n’existe pas, elle porte une veste en cuir et une jupe, j’aime ses mains et son alliance, je baisse les yeux à chaque fois qu’elle me parle, je ne suis pas timide, je n’ai pas honte, je suis troublée, je ne sais pas qui elle est, je n’ai pas besoin de savoir, parce que je sais qui je suis, c’est moi que j’aime près d’elle, je veux la suivre, je n’ai plus peur, c’est aussi ça qui me trouble, j’ai changé, je veux tout connaître, tout comprendre, tout essayer, je n’ai rien à perdre, mais je ne veux pas me perdre, je veux tout gagner, tout prendre ; elle habite impasse Passy, je peux passer la nuit avec elle si je le désire, parce qu’elle, elle le désire vraiment, je me dis que je n’ai pas le choix, je dois la suivre, lui faire confiance, je dois vivre ce qu’il y a à vivre, des minutes ou des heures, des instants ou un avenir, peu importe, seul le plaisir compte, ce ne sera peut-être pas pour une nuit, il y aura peut-être des jours aussi, plus beaux, plus doux, il faut essayer, même s’il se peut que l’on se trompe, qu’elle se trompe, que je me trompe, si on n’y va pas, on ne saura pas, si l’on ne se jette pas à l’eau, on ne sait pas que l’on sait nager ; elle règle l’addition, elle m’emmène, je dois me laisser faire, l’écouter, sa main à mon cou, le cuir sous la mienne, dans la vie il ne faut pas trop réfléchir, sinon on manque sa chance et on déçoit son espoir, elle m’a repérée depuis longtemps, ne devrait pas le dire, mais puisqu’elle dit tout, elle est ainsi, elle a toujours foncé, tant pis pour les accidents, les erreurs, les faux pas, elle s’est étonnée de voir une fille si jeune dans ce genre d’endroit, cela lui a plu, lui plaît, je suis courageuse ou très sûre de moi, elle ne veut pas le savoir, mais c’était plutôt touchant de me regarder au bar, assise, seule, à attendre que quelque chose arrive, qu’une main se tende, elle n’a jamais trouvé ça triste, bien au contraire, la tristesse c’est de ne pas oser ; elle conduit une Fiat 500 bleu marine, la main posée sur ma cuisse, Paris est une terre étrangère et ma campagne, je vois des fleurs et des dunes, je vois l’océan et les falaises, je vois la pierre et l’eau qui ruisselle place de la Concorde, je sens l’odeur du parfum, la vitesse dans les virages, le vent qui n’est ni gifle ni caresse quand je baisse la vitre de sa voiture, je suis l’air et le métal, l’asphalte et l’oxygène, je suis l’esclave libre de mon désir ; dans sa chambre le jour se lève déjà, les nuages forment des ombres sur les murs, j’occupe le centre du monde, je suis le roi, je suis la reine, je suis mariée à moi, mon corps contre son corps, ma peau contre sa peau, son souffle et ses silences, son odeur se mélange à mon odeur, je suis avec elle et elle est avec moi, elle est en moi et je suis en elle, rien ne nous sépare et tout s’éloigne, le bruit de la ville qui bouge, l’aube et ses mauves, le vent sous le toit, le poids de l’inconnu, je suis toujours la même et pourtant différente parce que je m’abandonne à l’emprise du rêve éveillé, je désire maintenant et je suis désirée, je suis sans passé, sans avenir et sans témoin, je pourrais disparaître entre ses mains et pourtant je renais.
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Vidéo de Nina Bouraoui
Pour son quinzième roman Tous les hommes désirent naturellement savoir chez JC Lattès, Nina Bouraoui retourne à ses premiers amours pour l'autofiction et dresse le portrait de l'Algérie du milieu des années 1980. Elle revient sur ses premiers émois homosexuels dans un livre magnifique. Elle sera accompagnée par Abnousse Shalmani, journaliste et romancière iranienne qui fait paraitre chez Grasset Les exilés meurent aussi d'amour. Elle y raconte son exil à Paris avec sa famille au moment de la révolution islamique. Avec : Abnousse SHALMANI : Journaliste et romancière, Nina BOURAOUI : Romancière. Présenté par Adèle VAN REETH.
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