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Éditeur : éditions de l'Ogre (21/01/2016)

Note moyenne : 4.21/5 (sur 26 notes)
Résumé :
Le Docteur Hoffman, un mystérieux savant fou, « attaque » la réalité d'une ville d'Amérique du Sud en y créant des illusions. Étrangement, au milieu du chaos et de la confusion qui règnent, Desiderio est le seul être insensible aux illusions déployées par l’infâme docteur. Non pas qu’il ne les voie pas, mais il y est profondément indifférent, comme en réalité à toutes choses. Tombé amoureux, en rêve, de la fille du docteur Hoffman, ce héros maussade reçoit pour miss... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
batlamb
  20 octobre 2020
En lisant d'autres critiques, j'ai appris que le savant Hofmann dont parle ce livre serait sans doute une référence à l'inventeur du LSD. C'est amusant, car j'étais avant cela persuadé qu'il s'agissait d'un clin d'oeil à l'écrivain allemand ETA Hoffmann, notamment après avoir repéré une référence à sa nouvelle « L'homme au sable », vers le début du roman, quand un personnage féminin est comparé à une automate. Et un automate féminin n'est-il pas un prototype de machine à désir, de même que l'oeuvre de Hoffmann est un prototype du genre fantastique, si apprécié de Carter ? Tout cela pour dire qu'il y a fort à parier que cette dernière avait les deux Hof(f)mann en tête au moment de choisir ce nom propre. Dès le titre, le roman est donc placé sous le signe d'un postmodernisme résolument tourné vers la libération de l'imaginaire, sous l'égide conjointe de la science et de la fiction.
La plume très fin-de-siècle de Carter répond à cette ambition pour produire des feux d'artifice, parfois littéraux dans le premier chapitre décrivant l'assaut d'une ville sud-américaine par les illusions issues des fameuses machines à désir du mystérieux savant (fou ?). Ce cadre urbain surréaliste, bien que prometteur, est finalement assez vite survolé, le temps du chapitre en question, après quoi le récit suit les pérégrinations du narrateur interne, le bien nommé Desiderio. le contexte change dramatiquement d'un chapitre à l'autre, et n'est soutenu que par la présence inamovible du héros, et par un sous-texte qui reprend la distinction platonicienne entre idées et formes sensibles, avec l'argument que le désir permet d'incarner directement les premières dans les secondes. Un processus que les machines de Hofmann visent à étendre à l'ensemble de l'univers (rien de moins).
L'espace-temps lui même deviendra donc instable au fil d'un récit de plus en plus grotesque, où les héros traversent toutes sortes de délices et de supplices, livrés aux excentricités de leur fantasmes incarnés dans la matière. Ce roman m'a fait penser au commentaire d'une mes anciennes enseignantes au sujet des descriptions baroques élaborées par Joris-Karl Huysmans dans À rebours : « il s'est fait plaisir ». On pourrait dire ici la même chose de Carter. Outre le symbolisme (son dada) l'héritage de Sade imprègne la seconde moitié, et s'incarne dans la figure d'un conte lituanien extravagant, chez lequel on reconnaît aussi Baudelaire et Lautréamont (et la mégalomanie qui résulte de ce mélange hautement instable n'est pas sans évoquer Dali). Un sacré numéro de cirque !
Ce délire aussi incontrôlable que le désir forme une sorte de monstre de Frankenstein littéraire, pas forcément plus grand que la somme de ses parties. Je regrette aussi que la fin marque un essoufflement, avec un dénouement expéditif. J'y ai définitivement perdu mon empathie envers les deux héros, Desiderio et son « anima » androgyne du nom d'Albertina, dotés de personnalités très succinctes et parfois peu crédibles. La suspension volontaire d'incrédulité est tellement poussée dans ces derniers retranchements qu'il s'avère ardu de s'immerger jusqu'au bout, d'autant plus que Desiderio gâche systématiquement les rebondissements principaux avec ses prolepses intempestives. À croire que Carter cherche à nous faire partager la psyché de son héros cynique, incapable de se laisser séduire par les illusions. Et si les contorsions grotesques de ce roman étaient destinées à moquer les excès des mondes imaginaires, mais non sans en offrir des échantillons orgiaques au lecteur, mêlant ainsi la souffrance au plaisir ? Dans ce cas, Carter n'est pas seulement sadienne, elle est aussi sadique.
Bref, après avoir lu ce livre, j'ai l'impression que l'on a abusé de moi, et pourtant j'en redemande. C'est grave, docteur Hofmann ?
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LeCombatOculaire
  21 mai 2018
Angela Carter fait appel à la mythologie, évoquant autant Prométhée que les centaures, et y mélange en plus les tribus "exotiques" telles que les indiens descendants des oiseaux ou les cannibales africains, les "bêtes de foires", les pirates, tout autant d'exemples d'humains et non-humains, marquant les frontières distinctes qui séparent chacun, formant une fresque variée, presque inconcevable, repoussant les limites de l'acquis, des préjugés et des cultures.
Le langage est donc un des piliers principaux du roman, rendant la compréhension des personnages encore plus complexe, densifiant les frontières, et pourtant chaque langage apprivoisé est beau comme le chant d'un oiseau, majestueux comme les saintes écritures, tragique et sommaire. le langage, les signes, les symboles sont triturés, mais l'écriture de l'auteure est simplement impeccable. Elle est riche, visuelle, intense, chaque mot semblant être choisi avec soin pour rendre ce spectacle presque palpable, pour mieux inviter à s'y plonger corps et âme, esprit et chair. En trois centaine de pages, c'est l'impression d'avoir vécu plein de vies, lu plusieurs livres différents, exploré les différentes facettes de la réalité, des peurs et des désirs. Un cirque à l'esthétique intrigante, dévergondée, déjantée et hallucinée dans lequel on ressent vertige, curiosité, fascination, dégoût et petite mort.
Ce qui rend le tout plus supportable qu'il ne devrait l'être - car c'est bien une véritable image de l'enfer, des tréfonds de l'inconscient et des vices, des fantasmes sensés restés inassouvis, des plaies purulentes de l'esprit -, c'est ce sentiment d'étrangeté, d'impossible, d'irréel, de surnaturel, comme les hallucinations induites au début du livre, et l'attitude de résilience et la capacité d'adaptation à toute circonstance des personnages, du personnage qui s'enfonce de plus en plus dans un marais pestilentiel d'analogies, de métaphores, d'aphorismes et de possibilités, à la fois merveilleuses et monstrueuses, autant exotiques qu'ignobles. Comme dans un trip d'acide, on passe de la joie extatique à la peur terrible, débordant à la fois d'un sentiment de vie pleinement effleuré, exploré, à la sentence de mort, aux ombres et au chaos, tout en dansant en ronde avec le réel et l'irréel, qui fusionnent pour offrir une meilleure vision des possibles.
Pour donner un point de comparaison, d'accroche, à ce roman à la fois burlesque, traumatisant, épique et métaphysique, l'éditeur cite Aleister Crowley et Lewis Caroll ; je rajouterai personnellement que ce livre m'a évoqué également Tom Robbins avec Une bien étrange attraction ou encore Féroces infirmes retour des pays chauds, Will Self avec No Smoking, John Herdman avec La Confession, mais aussi l'Imaginarium du docteur Parnassus, puis David Cronenberg pour le côté dingue, absolument improbable et anxiogène, sans oublier un petit air de William Burroughs par moment, sale et dérangé, voire même un peu de Chuck Palahniuk, et bien sûr pas mal de Sade ici et là. Et bien sûr, un clin d'oeil appuyé à ce cher Albert Hofmann, chimiste de renom et saint patron des états modifiés de conscience.
(voir la critique intégrale sur le blog)
Lien : http://lecombatoculaire.blog..
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ericdarsan
  11 février 2016
Avertissement : Toute ressemblance avec des personnes ou des oeuvres existantes, ayant existé ou pouvant exister est purement et phénoménologiquement fortuite. Lecteurs, vous qui entrez ici, abandonnez tout espoir de distinguer le vrai du faux. Aventure, érotisme, « réalisme magique féministe » et « science-fiction postmoderne », rien ne vous sera épargné de la textualité et de l'onirisme protéiformes. Entrez et laissez-vous entraîner par Les Machines à désir infernales du Docteur Hoffman d'Angela Carter, remarquablement traduit de l'anglais par Maxime Berrée et sorti en beauté chez L'Ogre le 21 février. le docteur Hoffman fait parler la foudre ! La suite de la chronique polymorphique de ce merveilleux roman ici : http://ericdarsan.blogspot.fr/2016/02/les-machines-desir-infernales-du-dr.html
Lien : http://ericdarsan.blogspot.f..
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loudarsan
  29 janvier 2016
Extrait de ma chronique :
Le livre est refermé. Après l'aventure, le désenchantement d'un vieillard dans un réel où les ombres ne se détachent pas de leurs objets. « Les fissures dans le monde solide de l'ici et du maintenant » sont colmatées. En sommes-nous sûrs ? le livre clos, posé sur le bureau. Restent les images. Leur foisonnement, leurs détails. L'étrange. Surimpression, souvenir, réminiscences de tableau lus, présents et insaisissables, vécus dans l'intime du crâne, dans l'au-delà du conscient. Angela Carter ouvre la brèche (...) (suite sur mon blog)
Lien : https://lesfeuillesvolantes...
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Charybde2
  01 février 2016
Singuliers et somptueux mémoires d'une guerre contre l'irréalité née du désir et de l'imagination.
Sur mon blog : http://charybde2.wordpress.com/2016/02/01/note-de-lecture-les-machines-a-desir-infernales-du-dr-hoffman-angela-carter/

Lien : http://charybde2.wordpress.c..
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Citations et extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   01 février 2016
C’était une ville imposante, austère, mais pas désagréable. Le commerce y prospérait. Elle était lourdement, obtusément masculine. Certaines villes sont des femmes qu’il faut aimer ; d’autres, des hommes qui ne veulent qu’être admirés et faire des affaires. Ma ville était un parvenu en pantalon de toile vulgairement affalé dans un fauteuil en cuir, les poches remplies de billets et la panse de nourriture trop grasse. Historiquement, il avait suivi un chemin tortueux pour parvenir à un niveau d’aisance et de suffisance aussi incompréhensible ; il avait démarré dans la vie comme négrier, proxénète, trafiquant d’armes, meurtrier et pirate, parmi les gueux et la canaille, la lie exilée d’Europe – et regardez comme il se pavanait ! La ville avait été construite sur les rives d’un fleuve soumis à la marée, et les bas quartiers ainsi que la zone autour des quais pullulaient toujours de Noirs, de métis et d’Orientaux vivant dans une misère pittoresque que les fondateurs de la ville s’arrangeaient pour ne pas voir depuis leurs terrasses dans les faubourgs. La ville était riche désormais, à défaut d’être propre ; mais ça ne l’empêchait pas de rester nerveuse.
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loudarsanloudarsan   29 janvier 2016
« Le docteur Hoffman avait détruit le temps et se jouait des objets qui nous servaient à le réguler. Quand je regardais ma montre, je découvrais en général que les aiguilles avaient été remplacées par de vigoureuses boutures de lierre ou de chèvrefeuille, lesquelles, tandis que je les observais, se tortillaient impudemment sur toute la surface qu'elles recouvraient. »
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Charybde2Charybde2   01 février 2016
C’est parce que j’ai survécu que je suis devenu un héros. Et j’ai survécu parce que je m’abandonnais pas au flux des mirages. J’étais tout bonnement incapable de fusionner avec eux, de me fondre en eux ; je n’arrivais pas à renoncer à ma réalité pour me laisser emporter, comme le faisaient tant d’autres que l’artillerie brutale de la déraison faisait sombrer dans le néant. J’étais trop sarcastique. Trop hostile. (…)
Le Ministre avait envoyé la police de la Détermination casser tous les miroirs afin de mettre un terme aux images frauduleuses qu’ils faisaient proliférer. Les miroirs offrant des alternatives, ils étaient devenus comme des brèches ou des fissures dans le monde solide de l’ici et du maintenant, et par ces brèches s’insinuaient en rampant toutes sortes d’apparitions amorphes. Sous leur déguisement, ces apparitions étaient les guérilleros du docteur Hoffman, des soldats, et bien qu’absolument irréels, ils étaient.
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batlambbatlamb   20 octobre 2020
AMBASSADOR: (…) Time and space are the very guts of nature and so, naturally, they undulate in the manner of intestines.
MINISTER: I see you make a habit of analogies.
MBASSADOR: An analogy is a signpost.
MINISTER: You have taken away all the signposts.
AMBASSADOR: But we have populated the city with analogies.

L’AMBASSADEUR : (…) Le temps et l’espace sont les entrailles de la nature, et donc, naturellement, ils ondulent à la manière des intestins.
LE MINISTRE : Je vois que vous avez la manie des analogies.
L’AMBASSADEUR : Une analogie est comme un panneau indicateur.
LE MINISTRE : Vous avez enlevé tous les panneaux.
L’AMBASSADEUR : Mais nous avons peuplé la ville d'analogies.
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Charybde2Charybde2   01 février 2016
Je me souviens de tout.
Oui.
Je me souviens parfaitement de tout.
Pendant la guerre, la ville était pleine de mirages et j’étais jeune. Aujourd’hui, tout est très calme. Les ombres tombent comme on s’y attend. Comme je suis vieux et célèbre, on m’a dit que je ferais bien de coucher sur le papier tous mes souvenirs de la Grande Guerre, et aussi parce que je me souviens de tout. Il me faut donc rassembler toutes ces expériences confuses et les remettre dans l’ordre, telles qu’elles se sont déroulées, en commençant par le commencement. Je dois démêler la pelote de ma vie et trouver dans cet écheveau le fil original et unique de mon moi, le moi qui était un jeune homme, qui est devenu un héros et qui a vieilli. Mais d’abord, laissez-moi me présenter.
Je suis Desiderio.
J’habitais la ville lorsque notre adversaire, le diabolique docteur Hoffman, la remplit de mirages pour nous rendre fous. Plus rien en ville ne ressemblait à ce qu’il avait été – rien du tout ! Car le docteur Hoffman, voyez-vous, menait une guerre sans merci à la raison humaine. Rien de moins. Oh, les enjeux de la guerre étaient immenses – bien plus que je ne le réalisais alors, parce que j’étais jeune et sardonique et que je n’aimais pas beaucoup la notion d’humanité, pour tout dire, même si on m’expliqua par la suite, une fois devenu un héros, que j’avais sauvé le genre humain.
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The Magic Toyshop by Angela Carter (1987)
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