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EAN : 9782864327912
96 pages
Verdier (04/05/2015)
4/5   11 notes
Résumé :
Grand admirateur de James et de Conrad, D'Arzo sait bien que les moments essentiels sont ceux où " il ne se passe rien ". Mais ce rien engendre ici une prose tendue et scandée où chaque mot semble arraché à la plus secrète réticence. La douloureuse question que la vieille femme de Maison des autres, après maints détours et lapsus, pose au prêtre d'un village perdu de l'Apennin émilien ne peut avoir de réponse. Dans un univers minéral et désolé que rythme le retour o... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
michfred
  02 décembre 2017
Maison des autres est un petit récit tout en tension et pourtant presque dépourvu d'événements- le curé de Montelice le dit lui- même : « Ici, il n'arrive rien de rien. »
Les personnages sont des silhouettes qui hantent un paysage trop grand pour eux, un paysage de montagnes, de pluie, de ciel, où quelques maisons s'accrochent dans le brouillard violet, où les clarines des troupeaux brisent le silence, et où les chèvres semblent plus vivantes que les hommes.
Les hommes qui vieillissent et qui meurent.
Et pourtant, comment les oublier, ces fragiles silhouettes ? Comment oublier le couturier en carriole, un peu efféminé, le jeune curé de Braino, si plein de zèle, à ses débuts, la vieille Melide silencieuse et possessive, les dames patronnesses aux lèvres serrées sur leurs muets reproches, les paysans du « maggio », petite troupe théâtrale de la paroisse, pleins d'espoir et de détresse, les pleureuses aux revendications arrêtées, les ragazzi avec leurs confettis cruels- et surtout le gros « révérend » de Montelice , sorte de Falstaff aux pieds aussi fatigués que sa foi, le narrateur de ce récit, et face à lui, ployée sur son travail de lavandière, Zelinda, une pauvre vieille , misérable, obstinée, son ultime interlocutrice.
C'est que Zelinda veut lui poser une question, à ce curé de kermesse, comme il se définit lui-même.
Une question essentielle, une question fondamentale.
Mais l'usure du sacerdoce, celle de la vie rude, celle des répétitions sempiternelles , celle qui étouffe les individus derrière la règle, celle qui caparaçonne dans l'habitude les relations humaines, l'usure donc ne permet plus de répondre aux vraies questions.
Tout juste permet-elle d'en percevoir le scandale, la rébellion, le désordre. D'entrevoir l'immense désespoir de la condition humaine. Et de mesurer, face à lui, l'immense lâcheté des réponses institutionnelles.
Un petit livre pascalien, qui m'a fait penser à Un roi sans divertissement de Giono, pour la neige, la montagne et la souffrance sans réponse.
On le referme en frissonnant.
De froid, de chagrin, d'impuissance.
Et d'émotion esthétique : c'est merveilleusement écrit.
Pas un mot de trop, pas la moindre analyse, pas la moindre introspection : les aparté du curé à nous, lecteurs, se font toujours sur le mode ironique qui est la politesse du désespoir, on le sait. Ne l'appelait-on pas autrefois, du temps où il était jeune, maigre et confiant dans son sacerdoce, Docteur Ironicus ?
Rien que des faits, épurés. Mais plus on avance vers le face à face final, plus les divertissements rituels sont inopérants. Cortèges, pièces, veillées funèbres, pèlerinages, accident de convoi, premiers orages d'hiver, rien n'y fait plus. On touche presque le mystère de la condition humaine.
Rien que des mots, rares. Beaucoup d'ellipses et de silence.
Et dans ces vides, entre les faits, entre les mots, tout pèse, tout menace, tout se devine.
Magistral !
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Adriatik
  12 mars 2018
"Sept maisons. Sept maisons adossées et rien d'autre : plus deux rues caillouteuses, une cour qu'on appelle la place, un étang, un canal, et des montagnes autant qu'on veut."
Le village isolé de Montelice qui sert de toile de fond à ce court récit, se résume à ça ou presque.
Les saisons se succèdent avec les hivers rudes en prime, les gens vivent, puis ils meurent et c'est tout..
Le curé de Montelice exerce depuis trente ans et il connait ces gens qui vivent dans un désenchantement tranquille, comme s'ils n'avaient plus rien à demander à la vie. Dans cette pauvreté extrême, même les chèvres paraissent plus vivantes que les hommes.
Et puis ,la routine du prêtre va vite changer,lorsqu'il voit la veille Zelinda en train de laver le linge dans le canal. A côté d'elle une chèvre et la brouette qui lui sert à transporter le linge.
Intrigué par cette pauvre femme qui ne va jamais à l'église, il va tenter d'en savoir plus. Commence alors à s'installer petit à petit une complicité timide, jusqu'au jour où elle pose une question dont il ne pourra pas répondre.

Magistral!
Je ne trouve pas les mots exacts pour exprimer les émotions vécues par la lecture de ce récit.Une écriture magnifique, où chaque mot a son importance, et où mêmes les silences parlent à leur manière. Silvio d'Arzo, implique le lecteur et n'a pas peur de frapper là où ça fait mal. Car même que l' histoire est fictive, les sujets évoqués interpellent .Je dois avouer que cette histoire m'a bouleversé et ce livre restera pour moi un des meilleurs souvenirs de la littérature classique italienne.
Un chef - d'oeuvre incontestable.
J'avais repéré ce livre il y a quelques années dans les éditions ' Einaudi' que j'apprécie beaucoup, mais le temps passe vite et je n'y ai plus pensé.. Finalement c'est dans la version française que je l'ai trouvé et je n'ai pas à me plaindre. La traduction de Bernard Simeone est parfaite.
A lire et à relire pour saisir toutes les couches de compréhension et toutes les pistes de réflexion.
PS: Pour les lecteurs qui connaissent la langue italienne, il existe un documentaire très intéressant sur youtube. Il y a des extraits de" Casa d'altri" accompagnés d'images. (cultBook - casa d'altri.)
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Fapifap
  11 juillet 2015
"Les moments essentiels sont ceux où ils ne se passent rien"
En ce sens, ce livre est essentiel car de l'action il n'y en a pas mais alors pas du tout. Cela dit l'action n'est pas forcément essentiel pour apprécier un livre alors même si ce dernier relate des choses simples de la vie avec ou sans action si le tout est bien emmené moi je dis allons y!
Il s'agit d'un prêtre habitant une province italienne isolée a une époque mystérieuse qui va rencontrer une vieille dame que le temps allié au durs labeurs n'ont pas épargné.
Dans un climat rendu austère et oppressant par la plume de l'auteur, ces deux la vont se tourner autour. le prêtre attendant la question de sa vieille, question qui ne trouvera pas de réponse.
J'ai apprécié le talent d'écriture puis je me suis ennuyé ensuite j'ai su ré apprécié le talent d'écriture puis... je me suis ennuyé et enfin...! Ah non, je me suis ennuyé.
Un livre qui a reçu des critiques favorables mais pour ma part je n'ai pas compris ou l'auteur voulait en venir si ce n'est que pour rien au monde je voudrais aller dans cet endroit froid et rugueux avec des gens à l'image de l'endroit. Je note cependant une réelle qualité d'écriture et les dialogues entre le prêtre et la vieille dame sont les points centraux du livre. Un livre qui se veut court mais qui, par moment, m'a assommé comme s' 'il faisait 800 pages !
Maison des autres est un livre que je qualifierais sauvagement "d'intellectuel" dans le sens ou il faut comprendre une ambiance, un message plus ou moins dissimulé entre les lignes mais au dépend du divertissement et quand un livre ne me divertit pas je passe la main.
Un livre qui me plaît est un livre qui me marque et que je garde en tête des jours, des mois durant ici je fais la critique à peine quelques jours après l'avoir lu et je peine déjà à me reimprégner de l'histoire.
Merci a babelio ainsi qu'à la maison d'édition pour ce livre car il n'y a pas plus grand plaisir de découvrir les univers d'auteurs méconnus, que nous les apprécions ou pas cela reste un grand enrichissement.
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leslylove
  16 juin 2015
Silvio D'Arzo, de son vrai nom Ezio Comparoni naquit le 6 février 1920 et mourut le 30 janvier 1952. Durant sa bien brève vie, il fût soldat et enseignant. D'un milieu modeste, Ezio Comparoni se montre brillant. Il saute plusieurs classes et passe très tôt sa licence.Maison des autres est considéré comme le plus beau récit paru en Itali depuis quarante ou cinquante ans, bien que son auteur soit très peu médiatisé. La préface d'Attilio Bertolucci se montre extrêmement élogieuse autant en ce qui concerne l'oeuvre que l'auteur.
Le livre : Format poche à 6,20 euros, couverture bleu sombre et sobre, épurée.
88 pages au total pout 2 récits :
1) Maison des autres (p.17 à 72)
2) Un moment comme ça (p.75 à 88)
Maison des autres : p.17 à 72 : le narrateur est un curé de campagne. L'histoire se passe en Italie, dans un petit village où "il n'arrive rien de rien" p.24 Un jour, le curé croise une vieille qu'il n'avait jamais vu. Il attend qu'elle vienne le voir afin de se présenter. Mais, elle ne vient pas. C'est finalement lui qui se décide à aller vers elle. Cette vieille est un mystère pour le curé. Il sent qu'il y a quelque chose. Une lettre qu'elle lui laisse à la cure puis qu'elle vient reprendre avant le retour du curé.
Cette nouvelle relate la vie, la vie des gens simples et des chèvres. Et la mort aussi qui plane froide comme l'hiver dans les montagnes.
Un moment comme ça : p.75 à p.88 : le narrateur est un instituteur de campagne. Un soir, il croise Cloanti "un petit homme minable qui avait un champ et une vigne au sommet de la colline: il ne connaissait personne, parce qu'il était venu habiter là depuis peu ; et par-dessus le marché, il ne descendait jamais au village. Il avait trop d'esprit pour un paysan et trop peu pour qui que ce soit d'autre." p.77
L'instituteur accompagne, à contre coeur, Cloanti jusqu'à ses terres. Là, Cloanti fait une révélation à notre narrateur-personnage. Mais, certaines révélations doivent rester enfouies sous terre avec, peut-être, un cerisier ou un saule planté dessus.
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MyriamOrazzo
  19 juin 2015
Quelques pages pour faire un retour en arrière dans le temps.
C'est saisissant. Je me demandais si Silvio d'Arzo aurait la moindre chance d'être édité de nos jours.
Quand je lis ou j'entends des éditeurs réputés déclarer que ce qu'ils recherchent en priorité ce sont des textes à l'écriture facile, sans artifice et sans recherche littéraire. Sans effets. Des histoires mettant en scène des personnages confrontés à une difficulté de l'existence mais y faisant face avec humour ou du moins légèreté… alors là… je crois réellement que Maison des autres, ne trouverait jamais preneur.
C'est écrit au scalpel. le monde en question est noir, impassible et déchiré sporadiquement par des bruits chargés de sens, porteurs de nouvelles qui résonnent comme des battements de coeurs soudains. La vie est lourde, asphyxiante. Il n'y a plus rien qu'une espèce de beauté sauvage, terrible et brûlante. Quel destin pour ce curé de campagne ? Quel secret pour cette vieille femme ? A quel secret la menaçant de l'enfer sommes-nous disposés à croire, nous en 2015?
Quand nous le serons, quand Silvio d'Arzo nous le dira enfin, nous comprendrons que son monde et le nôtre sont devenus étrangers l'un à l'autre, que les ponts sont définitivement rompus. Que nous n'avons plus rien à nous dire, et que finalement nous sommes encore plus seuls.
Evidemment, rien à voir avec les romances de certains de nos auteurs actuels.
Moi, j'ai aimé lire ce livre. Il m'a demandé du courage, le lire est presque un défi.
Je vous le recommande. Il est court, vous ne souffrirez pas longtemps (si jamais c'est ce que vous redoutez ) mais vous aurez un aperçu de ce que peut-être un pur diamant littéraire.
Traduction impériale de Bernard Simeone
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
michfredmichfred   01 décembre 2017
Et si un arbre peut de quelque façon servir à évoquer un humain, eh bien c'était un vieil olivier des fossés qui lui convenait. À la voir ainsi, il me semblait que ni la fatigue ni l'ennui ne pourraient désormais rien contre elle: elle se laissait vivre et cela suffisait, voilà tout.
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michfredmichfred   01 décembre 2017
Une minute passa, puis une autre. La lune elle aussi semblait regarder. Dans le silence, on entendait le bruit de l'eau, le crépitement d'une branche déjà morte et ce nombre infini de bruits dont personne ne sait ce qu'ils sont et qui semblent monter peu à peu du coeur même de la nuit et des montagnes. Une troisième minute passa, à grand-peine. Soudain, on entendit des pas sur le sentier. Je me hissai sur la pointe des pieds et me mis prudemment à la fenêtre. Au virage du sentier d'en haut apparurent une chèvre, puis une brouette et une vieille.
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AifelleAifelle   06 janvier 2017
J'ai une chèvre que j'emmène toujours avec moi : et ma vie, c'est exactement la sienne. Elle vient au fond de la vallée, elle remonte à midi, elle s'arrête avec moi au bord du fossé, et puis je l'emmène au canal et quand je vais dormir, elle va dormir aussi. Et même pour la nourriture, il n'y a pas grande différence, parce qu'elle mange de l'herbe et moi de la chicorée et de la salade, et la seule différence c'est le pain. Et dans quelque temps, je ne pourrai même plus en manger... Comme moi... comme moi. Voilà la vie que je mène : une vie de chèvre. Une vie de chèvre et rien d'autre.
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michfredmichfred   01 décembre 2017
Je l'interrompis en souriant:
"Ma foi, depuis quelque temps, il ne souffle pas un trop bon vent pour nous les prêtres, je sais bien. Mais il me semble que nous n'en sommes pas encore là. "
Et je dis cela sur un ton propre à lui faire comprendre que tout ce qu'un homme peut apprendre sur un autre: nom, rue, métier, ainsi de suite, je l'avais appris depuis un bout de temps. Le reste, c'était justement d'elle que je l'attendais.
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michfredmichfred   01 décembre 2017
Le couloir était plus noir qu'un four et à la vue de cette raie de lumière qui sortait par la fente de la porte, je me sentis comme en dette: le créancier est là qui attend et on ne sait quoi faire parce qu'on a déjà dépensé tous ses sous depuis un bon bout de temps et tout ce qu'on a, c'est quelques quelques pièces de cuivre qui tiennent dans une main.
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