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EAN : 9782259193313
312 pages
Plon (31/08/2000)
3.83/5   12 notes
Résumé :
« La plupart des gens ont oublié quelle sorte d'âme on possède à six ans, à huit ans, à douze ans. On tient pour acquis que l'enfant n'est que l'esquisse de l'homme. Or ce n'est pas vrai : l'enfant est un être complet en soi et très différent de l'adulte. Il a ses idées propres, sa morale, ses désirs, ses amours, sa philosophie et enfin, les armes appropriées à son état. Comme il est le plus faible, la plus utilisée de ces armes ne peut être que le mensonge. Les enf... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique

Plus connu comme homme de médias (chroniqueur de presse, sociétaire des « Grosses Têtes » de Philippe Bouvard), Jean Dutourd prend ici sa plume d'académicien pour confier ses souvenirs d'enfance. Il nous plonge dans l'ambiance de l'entre-deux-guerres et nous fait découvrir comment s'est forgée la personnalité attachante, non-conformiste, d'un homme qui s'est efforcé de construire sa vie selon ses goûts, s'affranchissant, au besoin, des conventions sociales.

« Jeannot » nous emmène d'abord dans le Paris de ses premiers pas : le quartier des Ternes (où il est né), le boulevard Magenta (où habitait « la duchesse de Magenta », sa bien-aimée grand-mère maternelle), la Nouvelle Athènes (où allaient s'encanailler les mirliflores de Janson), le XVIe arrondissement (où il croisa des célébrités roumaines, Mistinguett à cheval dans l'avenue Foch). Il n'oublie pas pour autant (sacrée mémoire !) ses expéditions provinciales : Vence (où sa mère tuberculeuse allait en cure), l'Auvergne natale de son père (où il passait ses vacances) et bien d'autres régions.

En termes choisis, il nous fait partager ses émotions d'enfant, un rythme de vie disparu (trois jours de route en « De Dion Bouton » pour se rendre de Paris à Vence !), les « grises années d'école » (sujet des remontrances paternelles), les brimades de l'abbé Bottinelli (« le Savonarole de la rue de la Pompe »), les réceptions bienveillantes chez d'accortes douairières, le zèle des « petites gens » (l'assistante du dentiste, la ravaudeuse des jeudis,...).

Hermétique aux sciences et techniques (au grand désespoir de son père chirurgien-dentiste), Jeannot clame son aversion pour le Meccano et les trains électriques,... ; il est attiré par le dessin et la peinture, il aime lire (Alexandre Dumas, Anatole France, et les grands auteurs russes), préfigurant sa carrière d'écrivain. du bel ouvrage.

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Le grand académicien nous entraine dans le monde enchanté et disparu à jamais de sa propre enfance dans les années trente . C'est un voyage merveilleux qu'il nous propose . Il entre à l'école " le cours Maintenon pour jeunes filles" à 5 ans , au moment de l'arrivée d'Hitler au pouvoir et nous abandonne l'année de ses 13 ans , l'âge où , selon lui , finit l'enfance , " où l'on perd toute l'intelligence" . Je dirai plutôt toute cette sensibilité particulière , cette formidable capacité d'émerveillement .

Le lecteur est étonné , bluffé même . Dutourd doit avoir une mémoire d'éléphant ou d'ordinateur car il n'a rien oublié de cette époque si différente de la nôtre . Il se souvient de tous les plus infimes détails : " le franc-tireur des Ternes" , le " ballon de Gambetta" , la de Dion Bouton de son père et j'en passe . Plus fort encore , il arrive à nous faire vivre de l'intérieur tous les sentiments , les idées , les passions qui l'agitaient alors . Sa mère souffrait de la tuberculose . En raison d'une cure dans le Midi de la France , à Vence , il est est séparé très jeune . Elle meurt quand il n'a que 7 ans . Une véritable tragédie pour Jeannot qui l'adorait au point d'être véritablement fusionnel avec elle . Mais le rire ou le sourire n'est jamais loin avec la période militaire de son père ou la description de ses relations avec le roi de Roumanie en exil à Paris .

Dutourd nous raconte également l'exposition coloniale , grand évènement de cette époque ainsi que son renvoi du cours de catéchisme , grand évènement de sa jeune vie .

Nous découvrons son intérêt pour les Arts Plastiques , il se dit "perverti par Boticcelli" ( quelle jolie époque !) et la littérature , nous permettant ainsi de mieux comprendre la génèse d'un grand écrivain .

Lire ce livre c'est revisiter le territoire enchanté de l'enfance . " On tient pour acquis que l'enfant n'est que l'esquisse de l'homme . Or ce n'est pas vrai : l'enfant est un être complet en soi , et très différent de l'adulte ."

"J'ai tâché , dit Dutourd , de peindre un enfant totalement enfantin , à la manière dont Jack London peignait les chiens de traineaux , en se mettant dans sa peau , qui n'est pas la mienne ." Et c'est parfaitement réussi .


Lien : http://www.etpourquoidonc.fr/
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Paris 1930. XVIIème arrondissement. Un jeune garçon de la bourgeoisie nous raconte sa vie et ses émotions d'enfant et ce récit est réellement attendrissant. Jean Dutourd évoque ses souvenirs dans le Paris de l'entre -deux guerres, un monde paisible et « bien rangé » à jamais disparu. le livre s'ouvre sur la description du quartier de l'église St Ferdinand avec en face la statue du Franc-Tireur armé de son chassepot et plus loin le Ballon ( en fonte ) de Gambetta. L'enfant , sur le chemin de l'école, (d'abord le cours Maintenon puis le lycée Janson de Sailly )découvre dans les vitrines des magasins des objets insolites qui l'étonnent, fait toutes sortes de rencontres qui forgent sa personnalité sans qu'il s'en rende compte. Souvent l'ennui le guette car peu d'activités l'émerveillent mais il va très vite se passionner pour la lecture et la peinture.

L'auteur nous fait aussi le portrait de ses maîtres et professeurs qui n'obtiennent chez lui des résultats que s'ils lui manifestent de la sympathie ( ça n'a pas changé) .

Les liens familiaux avec ses tantes en particulier, sont très étroits et son père lui fait découvrir les musées parisiens mais aussi la province et ses auberges de campagne qui enrichissent son imagination.

Il règne dans ces « mémoires » une nostalgie , une mélancolie mais aussi une candeur qui semble ne pas avoir quitté le grand écrivain qu'est Jean Dutourd. La langue est belle et lumineuse . J'ai été très émue par ce récit dont je garderai longtemps le souvenir.

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Citations et extraits (4) Ajouter une citation

Ce qui me charma dans le lycée Janson, c’est que l’existence y était rythmée de façon militaire. Toutes les heures, le concierge se plantait au milieu de la cour de récréation ou, s’il pleuvait, sous le préau, et faisait entendre un long roulement de tambour. Il se servait de cet instrument en virtuose tantôt avec force, tantôt avec subtilité, accumulant, comme pour le plaisir, les concetti et les roulades. Le son du tambour , répercuté et amplifié par les bâtiments entourant la cour, était puissant et exaltant comme l’orgue accompagnant «  l’Ite missa est ». Et il avait une signification voisine puisqu’il nous apprenait que la messe pédagogique était finie.

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Ce qu’on appelle à présent „ les enseignants“ qui ont succédé aux professeurs, me semblent avoir, en matière d’éducation , les mêmes conceptions que moi lorsque j‘avais dix ans. Je pensais, en effet, alors, que la mémoire n‘était rien, qu‘il fallait s‘adresser directement à l’esprit, lequel était apte à tout comprendre. Mon expérience est que je n’ai rien retenu ou fort peu de ce qu’on voulait me faire absorber à l’aide du raisonnement et de la logique, mais au contraire je n’ai rien oublié de ce que l’on m’a fait rabâcher vingt fois( …). Peut-être le seul profit que j’ai tiré de mes études est-il cet entraînement de la mémoire, qui s’est fortifiée de telle manière que les gens d’aujourd’hui, qui n’ont pas eu cette chance, en sont tout ébahis.

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J'ai tâché de peindre un enfant totalement enfantin , à la manière dont Jack London peignait les chiens de traineaux , en se mettant dans sa peau , qui n'est pas la mienne .

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C'est à treize ans révolus que je commençai à entrevoir mon véritable destin, que je pressentis de quel domaine j'allais hériter. Néanmoins, à huit ans j'avais quelques-uns des traits qu'une vocation peut façonner, quand ce n'eût été que mon goût du passé et mon attirance pour ce qui était beau ou me semblait tel. J'avais également un don marqué pour le dessin.

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Balzac aujourd'hui ? - Maurice Bardèche, Jean Dutourd. Emission "En toutes lettres", 29 octobre 1968.
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