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Marguerite de Gramont (Autre)
ISBN : 2070368092
Éditeur : Gallimard (11/06/1976)

Note moyenne : 3.96/5 (sur 314 notes)
Résumé :
Comment un écrivain américain s'est transformé en Noir avec l'aide d'un médecin, pour mener pendant six semaines la vie authentique des hommes de couleur.

Maintenant le témoignage est là, tangible, solide, prêt à prendre place dans les rayons de toute bibliothèque qui se respecte (Robert Escarpit, Le Canard enchaîné).
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Critiques, Analyses et Avis (38) Voir plus Ajouter une critique
meeva
  04 août 2015
Nous nous sommes connues Christelle et moi, au lycée, par le hasard de quelques amies communes.
Nous nous sommes fréquentées, parce que nous n'avions rien en commun, à part cela : pas d'incompréhension, pas de jugement.

Elle était, au collège, de celles qui harcèlent les autres filles dans les chiottes, le genre dur et pas fréquentable.
Elle avait un père qui tapait sa femme, alcoolique, chasseur, raciste, pas forcément dans cet ordre. Ça fait cliché, je sais, mais c'était ça. Juste ça.
Sa mère était une « pauvre femme », alcoolique et joueuse (elle taxait de l'argent à ma mère pour le jouer au PMU).

Sa révolte à Christelle consistait à fréquenter de « mauvais garçons », fumeurs, tolards, ce genre là… à découcher la nuit, à conduire sans avoir le permis (sans avoir 18 ans), à fumer des joints.

Invitée à son anniversaire, toute la soirée, je m'étais demandé ce que je faisais là : je ne connaissais personne d'autre qu'elle, j'étais hyper timide et je ne comprenais toujours pas pourquoi elle m'avait proposé de venir.
Non motorisée, je devais dormir chez elle. La nuit, on a entendu sa mère se plaindre, geindre, « arrête », disait-elle à son mari. Christelle s'était assise sur son lit, les jambes repliées, le menton sous les genoux et elle se balançait d'avant en arrière en se bouchant les oreilles avec ses mains. Bon anniversaire, Christelle.

Un jour, Christelle m'a dit que quand son père s'endormait sur une chaise du jardin, avec son fusil sur les genoux, elle rêvait de le tuer d'un coup de fusil. Elle détestait savoir qu'il tuait des animaux, elle qui les aimait tant.
Un jour, son père a ramené de la chasse un marcassin. Ils avaient tué la mère, par erreur. Elle a nourri cette bête au biberon, il vivait dans la cuisine, je l'ai vu. Puis quelques semaines après, quand elle m'a remontré la bête, j'étais enfermée dans l'abri de jardin et elle munie d'une barre de fer, parce qu'il était un peu brutal… un sanglier qu'elle câlinait comme si c'était un chien.

Mais elle avait le genre BB, Christelle. Son racisme à elle, c'était les arabes.

Je me souviens d'une conversation dans la cour du lycée. Enfin, je ne me souviens pas vraiment de la conversation, juste de sa fin, quand Christelle m'a dit :
« Quand tu te seras fait violée par un arabe, tu ne diras plus la même chose. »
Là, il n'y a pas à discuter, j'ai juste dit « t'es conne » et je me suis barrée.

Je me suis souvent demandée si ça valait le coup de discuter, de se fâcher. Et puis j'ai pensé que non.
En ma présence, Christelle évitait les remarques racistes qu'elles faisaient ordinairement avec sa copine Stéphanie, du genre « accélère » quand il y avait un type basané sur un passage piéton.
C'était peut-être de l'hypocrisie et c'était juste moche.
Mais c'était peut-être pour épargner ma sensibilité et alors ça prouvait bien qu'elle en avait une de sensibilité.

Encore maintenant, il m'arrive de me demander ce qui me rapprochait de Christelle.
Ce qui m'énervait par-dessus tout, c'était qu'elle déteste autant son père mais qu'elle ait gardé de lui un de ses principaux défauts : le racisme.
Mais la vérité, c'est que Christelle était une fille épatante et super attachante pour tout un tas d'autres raisons.

Bref ! Quand j'étais jeune, j'ai essayé la peau d'une raciste et elle ne m'allait pas.


Ce qu'il y a d'épatant dans le livre de John Howard Griffin, ce n'est pas le style, qui m'a paru un peu pataud – comme d'hab, je ne saurais pas analyser pourquoi et ne tenterai donc pas de le faire.
Par contre, par son contenu, il est épatant.
John Howard Griffin, un homme blanc, se dit qu'il faut prouver, prouver j'insiste, que le racisme existe dans certains états, et de prouver, prouver j'insiste encore, que ce racisme est injustifié.

Il décide de se transformer en noir, à l'aide d'un médicament, de rayons et de crèmes colorantes, pour se fondre parmi les noirs, s'immerger dans les ghettos noirs.
Et ce qu'il décrit, ce n'est pas seulement la ségrégation, ce ne sont pas seulement les privations, ce n'est pas seulement la pauvreté, c'est aussi le changement d'état d'esprit, le changement de comportement, le changement de ressenti qui s'opère presque immédiatement en lui lorsqu'il est devenu noir.
Alors il nous montre, par son exemple, que les noirs sont tout à fait égaux aux blancs… jusque dans leurs défauts. Une fois redevenu blanc, il ne sera pas mieux accepté par les noirs…
Mais bien sûr, la force, à ce moment et en ce lieu, est aux blancs. Ce sont eux qui détiennent le pouvoir et son but est bien de forcer la population américaine à ouvrir les yeux, en leur donnant accès par les médias à la réalité, indiscutable à ses yeux : il n'y a aucune différence entre un noir et un blanc de par la couleur de la peau.
Par contre, il ne nie pas les différences de comportement, mais les explique par un accès inégal à l'éducation, à la culture, par la réaction à la ségrégation et au racisme…
Et il demande de comparer un mauvais noir à un mauvais blanc, un bon noir à un bon blanc, pour constater qu'alors, il n'y a pas de différence.

Inutile de chercher à tout dire de ce livre en quelques lignes…
A lire pour ceux que ça intéresse.


Ma grande, Lili, a appris cette chanson cette année. C'est dire que je la connais par coeur moi-même…
« Armstrong je ne suis pas noir
Je suis blanc de peau
Quand on veut chanter l'espoir
Quel manque de pot
Oui j'ai beau voir le ciel, l'oiseau
Rien, rien, rien ne luit là-haut
Les anges… zéro
Je suis blanc de peau
[…]
Armstrong, un jour, tôt ou tard
On n'est que des os
Est-ce que les tiens seront noirs ?
Ce s'rait rigolo
Allez Louis, alléluia !
Au-delà de nos oripeaux
Noirs et blancs
Sont ressemblants
Comme deux gouttes d'eau. »
Extrait de « Armstrong », Claude Nougaro :
https://www.youtube.com/watch?v=TqzmrgBU6bE
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HORUSFONCK
  10 décembre 2017
Jamais je n'ai oublié ce livre-choc, lu à la fin des années 70.
Un récit aussi exemplaire que scrupuleux pour le petit blanc français que j'étais et que la ségrégation révoltait.
Un reportage en immersion totale chez "l'autre", hors du commun, par un écrivain aussi courageux qu' engagé.
Bien sûr, Griffin n'est pas noir mais il le devient le temps de son enquête: Il se met en situation autant qu' en danger. le red-neck raciste et possible lyncheur ne fera pas la différence avec un "vrai noir".
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Under_The_Moon
  21 janvier 2013
Une de mes premières lecture de fac.
Le souvenir que j'en garde est celui d'un rapport assez méticuleux de l'expérience menée par cet auteur. Expérience des plus utopiques : se mettre dans la peau de l'Autre.
Cela a permis à John Howard Griffin de vivre au quotidien et d'endurer les humiliations subies par les Afro-Américains dans les années 1960, considérés à l'époque comme des citoyens de seconde zone.
Le rapport est accablant et sans appel, surtout lorsqu'il passe dans les Etats du sud.
L'épisode le plus marquant pour moi a été celui du voyage en bus , les passagers noirs - y compris le journaliste - sont vraiment traités comme des animaux. Malheureusement, il n'y avait pas de Rosa Parks à bord ce jour-là.
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OmbreetPoussiere
  12 juillet 2018
Ce livre était là, sur le comptoir de la librairie, attendant d'être rangé sur son étagère. Moi, j'étais à côté, patientant pour retirer une commande. Mon regard s'est posé sur la couverture et sur le visage du garçonnet au visage tendu et au point levé, puis j'ai lu le titre et j'ai demandé si je pouvais ajouter ce livre à ma commande.
John Howard Griffin, l'auteur est un homme que j'aurais aimé rencontrer. Il a bourlingué, connaît la France, a pris part à la Résistance durant la deuxième guerre mondiale entre autres choses et surtout est convaincu que la ségrégation qui perdure en cette seconde moitié de XXeme siècle dans le Sud des USA est une aberration. Il décide d'avoir recours à des moyens médicamenteux pour transformer son apparence physique et devenir Noir afin de pouvoir évoluer dans la société Noire et se faire une idée de ce qu'est réellement la condition de personne de couleur en 1959 dans les Dixielands.
C'est un livre qui me semble bouleversant et dérangeant car il peut faire resurgir de chacun d'entre nous des pensées très profondément enfouies. Il invite à « Se voir, tel que l'on est ». Et pas uniquement en fonction de la couleur de sa peau mais également en tant qu'homme ou femme confronté(e) à la misère, à la détresse, à la différence, à d'autres qui voudraient nous ressembler mais n'y parviennent pas.
Je vous invite à découvrir cette belle expérience de vie que nous offre l'auteur et pourquoi pas à en discuter ultérieurement.
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Junie
  11 mai 2018
En nous faisant le récit de sa douloureuse mutation, John Griffin veut nous convaincre que la ségrégation raciale est une monstrueuse injustice.
En 1959, dans les Etats du Sud, un Noir ne peut ni boire, ni manger, ni voyager à côté d'un Blanc, ni fréquenter les lieux réservés aux Blancs. Les écoles, les théâtres, les cinémas, les toilettes publiques sont pour "White only".
Les Noirs sont relégués comme des pestiférés, victimes de tous les préjugés sur l'infériorité supposée des personnes de couleur: ils sont stupides, aiment le vice et la saleté, ivrognes, brutaux, en proie aux pulsions les plus bestiales, et ne sont bons qu'à faire les basses besognes. Ils sont une menace pour les braves fermiers, les bons citoyens qui ne doivent pas hésiter à les lyncher, les chasser, les insulter, les reléguer. Dans les anciens Etats Confédérés, les Afro-américains vivent avec la peur, n'osent pas lever les yeux sur un Blanc, ni répondre aux insultes et aux humiliations.
Un siècle a passé depuis la victoire des Yankees sur les Sudistes. Des lois ont été votées, mais ne sont pas appliquées. Dans les faits, on continue de marginaliser et d'opprimer les coloured people. "Tu es Noir; tu es condamné." C'est l'absurdité de ce sort misérable auquel des millions de personnes sont vouées que ressent profondément l'homme qui a osé endosser la peau d'un autre. Dans d'autres Etats, les droits des citoyens noirs sont mieux respectés.
"Des images sorties de livres et de films me revinrent- les dentelles, les vérandas ombragées aux colonnes blanches avec des mint juleps servis par des Nègres impeccables en livrée, les privilèges, le parfum des magnolias, les champs de cotonniers où "des Nègres joyeux et satisfaits" travaillaient le jour et ensuite se réunissaient chez leurs maitres blancs bien-aimés pour leur chanter des spirituals après dîner....
Ici, ce soir, j'étais assis sur une planche en bois, j'avais les lèvres barbouillées de graisse de viande, je devais me cacher aux regards méprisants des Blancs..."
Après la publication de ses articles, Griffin et sa famille sont obligés de s'éloigner et de se cacher, il est pendu en effigie et des menaces de mort lui sont adressées, ses voisins et amis se détournent de lui. Il a trahi les Blancs, il s'est souillé et on le traite de communiste! Mais il est soutenu par certains écrivains et journaliste et reçoit aussi 6000 lettres de sympathie.
Son livre est un témoignage extraordinaire, et l'idée sera reprise plus tard par un journaliste allemand qui écrira "Tête de Turc", en 1986. Cette méthode d'infiltration dans un milieu pour en dénoncer les abus et les irrégularités préfigure le mouvement des "lanceurs d'alerte" et du journalisme d'investigation comme contre-pouvoirs dans la société.
Rendons hommage à J.H. GRIFFIN, à G. WALLRAFF et à ceux qui vont au fond du puits pour en faire sortir la vérité.
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
OmbreetPoussiereOmbreetPoussiere   12 juillet 2018
Le 24 novembre

Et pourtant la misère est un fardeau, le fardeau prédominant, écrasant. Je compris pourquoi ils avaient tant d’enfants. Cette heure de la nuit, lorsqu’ils étaient environnés par les marécages et l’obscurité, évoquait pour eux une profonde solitude, une angoisse, l’impression d’être exilés du reste de l’humanité. Quand un homme prend conscience de cela, ou il éclate de désespoir ou il se tourne vers sa femme et s’y cramponne, pour la consoler et y puiser sa consolation. Leur union est une évasion momentanée des profondeurs marécageuses de la nuit, de la complète désespérance de leur situation sans perspective d’amélioration. C’est en fin de compte un acte tragique dans lequel les désespérés cherchent l’espoir.
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OmbreetPoussiereOmbreetPoussiere   12 juillet 2018
Une loi n’est pas bénéfique simplement parce que le corps législatif l’a votée, mais le corps législatif a l’obligation morale de ne voter que pour ce qui est bénéfique.
Cette tendance à édicter des lois commodes ou avantageuses plutôt qu’équitables s’est répandue dans les corps législatifs du Sud. Il en est résulté des lois d’un cynisme à peine croyable dans une société civilisée. Même après avoir été examinées et rejetées par des tribunaux supérieurs et rejetées comme illégales, elles ont été renforcées dans certaines juridictions d’instance parce qu’ « elles n’ont pas été rayées des rôles des causes ».
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OmbreetPoussiereOmbreetPoussiere   11 juillet 2018
7 novembre 1959

Dans un flot de lumière reflété par le carrelage blanc, le visage et les épaules d’un inconnu - un Noir farouche, chauve, très foncé - me fixait avec intensité dans le miroir. Il ne me ressemblait en aucune façon. La transformation était complète et bouleversante. Je m’attendais à me trouver déguisé, ceci était tout autre chose. J’étais emprisonné dans le corps d’un parfait étranger, peu attirant et à qui je ne me sentais lié en rien. Tout ce qui pouvait subsister du John Griffin antérieur était anéanti. Ma personnalité elle-même subissait une métamorphose tellement totale que j’en éprouvait une détresse profonde. Je regardai dans le miroir qui ne reflétait rien du passé de John Griffin, homme blanc. Non, cette image était un retour à l’ Afrique, aux masures et au ghetto, aux luttes stériles contre l’anathème noir.
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OmbreetPoussiereOmbreetPoussiere   11 juillet 2018
Le 14 novembre 1959

Joe revint avec des cacahuètes à vendre. Je leur annonçai mon intention d’aller dans le Mississippi. Ils s’élevèrent contre ce projet presque avec colère. « Pourquoi diable veux-tu aller là-bas ? protesta Joe. Ce n’est pas la place d’un Noir - surtout en ce moment avec cette histoire de Parker.
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OmbreetPoussiereOmbreetPoussiere   11 juillet 2018
30 octobre 1959.

Je décidai de ne changer ni mon nom, ni mon identité. Je me contenterais de modifier ma pigmentation, et je laisserais les gens tirer leurs propres conclusions. Si l’on me demandait qui j’étais, ou ce que je faisais, je répondrais la vérité. « Est-ce que vous croyez qu’ils me traiteront comme John Howard Griffin, sans se soucier de ma couleur, ou comme un Noir inconnu, bien que je sois toujours le même homme ? demandais-je.

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Video de John Howard Griffin (1) Voir plusAjouter une vidéo

Exclusif : moi, un blanc
Interview de John HOWARD GRIFFIN, écrivain blanc vivant au Texas qui s'est fait passer pour un Noir pour comprendre et dénoncer la ségrégation entre Noirs et Blancs dans le sud des Etats-Unis. Il explique pourquoi il a fait cela, comment il a procédé, ce qu'il a ressenti, les humiliations éprouvées, le sentiment de peur, ce qui a changé dans son regard.
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