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Philippe Noble (Traducteur)J. G. Gaarlandt (Auteur de la postface, du colophon, etc.)
ISBN : 2020246287
Éditeur : Seuil (18/04/1995)

Note moyenne : 4.37/5 (sur 211 notes)
Résumé :
De 1941 à 1943, à Amsterdam, une jeune femme juive de vingt-sept ans tient un journal. Le résultat : un document extraordinaire, tant par la qualité littéraire que par la foi qui en émane. Une foi indéfectible en l'homme alors qu'il accomplit ses plus noirs méfaits. Car si ces années de guerre voient l'extermination des Juifs en Europe, elles sont pour Etty des années de développement personnel et de libération spirituelle. Celle qui note, en 1942, " Je sais déjà to... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (34) Voir plus Ajouter une critique
mariecesttout
  10 mars 2014
Ce livre document est divisé en deux parties dont la plus longue est le Journal d'Etty Hillesum, de 1941 à 1943, intitulé Une vie bouleversée. Journal d'une jeune femme libre, aimant la vie et ses plaisirs , très sujette à l'introspection et à la réflexion ( aidée en cela par Julius Spier, son amant et une sorte de guide spirituel. C'est lui qui fit relire à cette jeune Juive la Bible et lui fit connaître saint Augustin. )
Réflexion sur elle-même mais aussi bien sûr réflexion très lucide sur la souffrance de l'humanité , qui n'a rien d'abstraite pour elle car , en tant que juive, elle va vivre au jour le jour les différentes et progressives brimades, et la fin programmée ( elle en est très vite consciente, contrairement à beaucoup) de son « peuple ».
"Je dis que « je me suis expliquée avec la « Souffrance de l'Humanité » ( ces grands mots me font toujours grincer des dents) mais ce n'est pas tout à fait juste. Je me sens plutôt comme un petit champ de bataille où se vident les querelles, les questions posées par notre époque. Tout ce qu'on peut faire , c'est de rester humblement disponible pour que l'époque fasse de vous un champ de bataille. Ces questions doivent trouver un champ clos où s'affronter, un lieu où s'apaiser, et nous, pauvres hommes, nous devons leur ouvrir notre espace intérieur et ne pas les fuir."
Ce Journal est destiné ( comme tous les journaux intimes, mais il prend bien sûr ici une autre résonance du fait des évènements historiques et de la précision de l'analyse personnelle ) à mettre en mots ce qu'Etty Hillesum appelle une petite mélodie personnelle:
"J'ai en moi une petite mélodie personnelle qui a parfois terriblement envie d'être convertie en paroles personnelles…. Je voudrais parfois me réfugier avec tout ce qui vit en moi dans quelques mots, trouver pour tout un gîte pour quelques mots. Mais je n'ai pas encore trouvé les mots qui voudront bien m'héberger. C'est bien cela. Je suis à la recherche d'un abri pour moi-même, et la maison qui me l'offrira, je devrai la bâtir pierre par pierre. Ainsi chacun se cherche-t-il une maison, un refuge. Et moi je cherche toujours quelques mots.
J'ai parfois le sentiment que le grand malentendu s'accroit à chaque parole prononcée, à chaque geste. Je voudrais m'immerger dans un grand silence et imposer ce silence à tous les autres. Oui, il est des moments où chaque mot accroît le malentendu , sur cette terre trop agitée."
Ce que l'on remarque à la lecture d'Etty Hillesum, c'est bien sûr ce don d'observation, de mise à distance de la réaction immédiate qui est le fait de ces rares individus passionnés par l' humain, qui parviennent à ne jamais- quelles que soient les circonstances - juger en fonction de critères simplistes… Cela force bien sûr l'admiration, mais permet peut être aussi de comprendre sa résistance à tous moments, et c'est cette résistance personnelle qui lui a permis d'aider tous ceux qu'elle a pu aider ( tous les témoignages de personnes l'ayant connue témoignent d'un être rayonnant ..):
"L'homme forge son destin de l'intérieur, voilà une affirmation bien téméraire. En revanche, l'homme est capable de choisir l'accueil qu'il fera lui-même à ce destin. On ne connaît pas la vie de quelque un si l'on n'en sait que les évènements extérieurs. Pour connaître la vie de quelque un il faut connaître ses rêves, ses rapports avec ses parents, ses états d'âmes, ses désillusions, sa maladie et sa mort."
C'est ainsi qu'après un interrogatoire dans les locaux de la Gestapo, elle note:
"En fait, je n'ai pas peur. Pourtant je ne suis pas brave , mais j'ai le sentiment de toujours avoir à faire et la volonté de comprendre autant que je le pourrai le comportement de tout un chacun. C'était cela qui donnait à cette matinée sa valeur historique: non pas de subir les rugissements d'un misérable gestapiste, mais bien d'avoir pitié de lui au lieu de m'en indigner, et d'avoir envie de lui demander: « as-tu donc eu une enfance malheureuse, ou bien est ce que ta fiancée est partie avec un autre? »Il avait l‘air tourmenté et traqué, mais aussi, je dois le dire, très désagréable et très mou.…
J'aurais voulu commencer tout de suite un traitement psychologique sachant parfaitement que ces garçons sont à plaindre tant qu'ils ne peuvent faire de mal, mais terriblement dangereux, et à éliminer, quand on les lâche comme des fauves sur l'humanité. Ce qui est criminel, c'est le système qui utilise des types comme cela.
Autre leçon de cette matinée: la sensation nette qu'en dépit de toutes les souffrances infligées et toutes les injustices commises, je ne parviens pas à haïr les hommes. Et que toutes les horreurs et les atrocités perpétuées ne constituent pas une menace mystérieuse et lointaine,extérieure à nous, mais qu'elles sont toutes proches de nous et émanent de nous-mêmes, êtres humains. Elles me sont ainsi plus familières et moins effrayantes. L'effrayant c'est que les systèmes, en se développant, dépassent les hommes et les enserrent dans leurs poigne satanique, leurs auteurs aussi bien que leurs victimes , de même que de grands édifices ou des tours, pourtant bâtis par la main de l'homme, s'élèvent au dessus de nous, nous dominent et peuvent s'écrouler sur nous et nous ensevelir."
Et c'est toujours cette faculté d'essayer d'aller dénicher chez l'autre les raisons de son comportement, cette curiosité incessante pour la chose humaine qui est prodigieuse chez cette très jeune femme, et crée la différences avec d'autres récits.
Et toujours, pourtant, ce sentiment: la vie est si « intéressante » à travers toutes ses épreuves." Une observation détachée, presque démoniaque des évènements reprend toujours le dessus chez moi. Une volonté de voir, d'entendre, d'être là, d'arracher tous ses secrets à la vie, d'observer froidement l'expression des visages humains jusque dans leurs derniers spasmes. le courage aussi de se retrouver face à soi-même et de tirer beaucoup d'enseignements du spectacle de son âme au milieu des troubles de l'époque. Et, plus tard, trouver les mots pour dire tout cela.."
C'est , je crois, cette capacité d'observation, de synthèse immédiate intellectuelle, avec mise en pratique en actes ( c'est beaucoup moins courant…) beaucoup plus que la dimension un peu mystique de certains écrits qui m'ont interpellée. Car si Etty Hillesum croit à un Dieu, et qu'elle lui parle d'ailleurs, c'est plus à un Dieu qui est en l'homme qu'à une image vraiment religieuse. Ce n'est que par la force du raisonnement qu'elle en arrive aux principes fondateurs d'une religion.
"Et je répétai une fois encore, avec ma passion de toujours ( même si je commençais à me trouver ennuyeuse à force d'aboutir toujours aux mêmes conclusions): » C'est la seule solution, vraiment la seule, Klaas, je ne vois pas d'autre issue: que chacun de nous fasse un retour sur lui-même et extirpe et anéantisse en lui tout ce qu'il croit devoir anéantir chez les autres. Et soyons bien convaincus que le moindre atome de haine que nous ajoutons à ce monde nous le rend encore plus inhospitalier qu'il n'est déjà. »
Et Klaas, le vieux partisan, le vétéran de la lutte des classes dit, entre l'étonnement et la consternation: « Mais.. mais ce serait un retour au christianisme! »Et moi, amusée de tant d'embarras, je repris sans m'émouvoir: « Mais oui, le christianisme, pourquoi pas?"
Suivent ce journal les lettres envoyées du camp de Westerbork: " Ici, l'on pourrait écrire des contes. La détresse, ici, a si largement dépassé les bornes de la réalité courante qu'elle en devient irréelle.." Camp d'où elle partira , elle sait comment, pour où et pour quel destin. Avec ses parents et un de ses frères.
Jamais dans ces lettres elle ne se permettra le moindre laisser-aller, la moindre plainte , si ce n'est pour constater qu'il lui est plus difficile de supporter la souffrance de ses proches, que la sienne..
Et jamais la moindre révolte..
"Mais la révolte qui attend pour naître le moment où le malheur nous atteint personnellement n'a rien d'authentique et ne portera jamais de fruits… Et l'absence de haine n'implique pas nécessairement l'absence d'une élémentaire indignation morale.
Je sais que ceux qui haïssent ont à cela de bonnes raisons. Mais pourquoi devrions nous choisir la voie la plus facile, la plus rebattue?"
Et ceci dans une des dernières lettres… qui est une sorte de conclusion de ce livre, démontrant qu'elle a fait le tour des choses et que ce qu'elle écrit est mûrement réfléchi:
"Les gens ne veulent pas l'admettre: un moment vient où l'on ne peut plus "agir", il faut se contenter d'"être" et d'accepter. Et cette acceptation, je la cultive depuis bien longtemps…"
"On me dit parfois: " Oui, mais tu vois toujours le bon côté des choses. » Quelle platitude! Tout est parfaitement bon. Et en même temps parfaitement mauvais. Les deux faces des choses s'équilibrent, partout et toujours. Je n'ai jamais eu l'impression de devoir me forcer à en voir le bon côté, tout est parfaitement bon, tel quel. Toute situation, si déplorable soit-elle, est un absolu et réunit en soi le bon et le mauvais."
Tout est dit…
Etty Hillesum est morte à Auschwitz le 30 novembre 1943. Elle avait 27 ans.
Beaucoup de citations, je sais,c'est long mais le texte vaut la peine que je le recopie.




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ericbo
  12 juillet 2018
Lire ce journal est une grande leçon de vie. Etty Hillesum nous fait part de son quotidien, de ses angoisses, de ses réflexions sur sa vie, sur l'humain. Tout cela à une époque où , en tant que Juive, elle voyait ses libertés se restreindre de jour en jour. Sans jamais se plaindre, en acceptant les contraintes, quasiment dans un amour universel. Se référant toujours à Dieu, se remettant en question chaque jour, en pensant toujours aux autres. Jusqu'à se faire enfermer dans un camp de d'internement, risquant un départ pour Auschwitz, rien que pour aider son prochain. Elle atteint presque l'état de sainteté dans sa dévotion ultime aux autres. S'oubliant totalement.
C'est un livre également très riche d'un point de vue philosophique. Les quelques citations que j'en ai relevées démontrent la richesse de son questionnement intérieur. Sa recherche du sens de la vie et l'orientation qu'elle a donné à sa vie sont hors du commun et témoignent d'une immense rigueur morale et intellectuelle.
Ce journal se lit aisément, comme un roman. Ce n'est pas seulement un témoignage sur la Shoah mais aussi un recueil de réflexions qui peut s'appliquer aussi bien à toutes les époques.
Les lettres de Westerbork sont peut-être un peu plus factuelles mais offrent un témoignage sur l'enfer qu'était ce camp d'internement.
Un livre essentiel à lire absolument.
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paroles
  24 septembre 2015
C'est un voyage, un voyage intime qu'entreprend Etty Hillesum. Elle vit à Amsterdam et dans son journal, elle écrit, expose librement ce qu'elle vit, ses amours, ses pensées, ses choix. Etty est cultivée, libre, sensible, croyante, ouverte aux autres et juive. Malgré la tension extérieure en ces années 1941-1943, elle continue de croire en l'Humanité et en Dieu. Elle cherche le bien dans l'ignoble et refuse de condamner tout un peuple. Pourquoi haïr et choisir la solution la plus facile, la plus rebattue ? Elle sait déjà ce qui attend son peuple et elle-même...
Cette première partie est donc la quête spirituelle d'Etty qui se cherche dans le chaos du monde. Et sa quête passe par les mots dans lesquels elle cherche un abri, un refuge, mais aussi par la connaissance de Dieu.
La seconde partie de ce témoignage est constituée des lettres d'Etty. Cette partie est plus historique puisqu'elle nous fait découvrir le camp de Westerbrock dans lequel elle travaille. Au début, elle peut en sortir et retourner dans la "vraie vie", mais bientôt elle y sera enfermée et partira pour Auschwitz. C'est là que la vie d'Etty s'arrêtera à l'âge de 27 ans.
Cette partie m'a beaucoup plus intéressée. On y apprend comment les Juifs des Pays-Bas survivaient avant leur transfert dans les camps d'extermination. C'est beaucoup moins personnel, quoique... Ses lettres sont pleines d'observation et d'empathie pour ses proches, jamais une plainte à son propos n'apparaît dans son discours. Elle possède en elle "une petite mélodie intérieure" qui lui permet de faire face à l'adversité et d'accepter son sort car "un moment vient où l'on ne peut plus agir".
Une belle rencontre forte et pleine d'humanité malgré le contexte.

Lien : http://mes-petites-boites.ov..
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Vianna
  06 février 2014
Bien moins connu que le journal d' Anne Franck, le journal de Etty Hillesum écrit entre 1941 et 1943 n'a été découvert que tardivement et publié seulement en 1981 aux Pays Bas, où elle vécut.
Etty, jeune juive de vingt sept ans est une jeune femme cultivée, dynamique, émancipée mais en quête de sens. Elle vit à Amsterdam dans une petite chambre entourée de ses livres. Sa rencontre avec Julius Spier va être déterminante dans sa destinée. Après une analyse de formation avec Jung, Spier s'est installé comme psychologue et c'est dans ce cadre que Etty va faire sa connaissance.
Ce journal retrace dans une écriture belle et stylée, le parcours lumineux d'un cheminement intérieur qui conduira Etty jusqu'au camp Auschwitz...
Un témoignage d'une très grande humanité.
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PiertyM
  21 septembre 2014
Comme le titre l'indique, voici le destin d'une femme qui, diplômée, engagée et déterminée qui se retrouve cloîtrée séquestrée par la folie de la deuxième guerre mondiale, va être sauvagement détruit comme dans un cauchemar ou par simple revers de main..non mais c'est la plus grosse bêtise humaine...on le découvre dans son journal qu'elle tient de 1941 à 1943, ses origines, sa racine, sa famille et toutes les atrocités que nous savons déjà de cette période...
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Citations et extraits (129) Voir plus Ajouter une citation
MacabeaMacabea   18 mai 2019
Je vais me donner autant d'exercice physique que je le pourrai, je ferai de la gymnastique et ne me laisserai pas miner par ce qui m'entoure. Dix pas d'un bout à l'autre de ma cellule représentent déjà quelque chose; répétés cent cinquante fois, ces dix pas font une verste. Je me proposai de parcourir chaque jour sept verstes: deux verstes le matin, deux avant le déjeuner, deux après, et une avant de me coucher.
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MacabeaMacabea   18 mai 2019
La plupart des problèmes sont en grande partie résolus dès lors qu'on les évoque. Du moins c'est vrai en psychologie, dans la vie il en va peut-être autrement.
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MacabeaMacabea   18 mai 2019
Ce qui distinguait toutes ces vies entre elles, c'était l'attitude intérieure de chacun.
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MacabeaMacabea   18 mai 2019
Chaque être humain a sa réalité propre, je le sais, mais je ne suis ni une illuminée ni une rêveuse, mon Dieu, ni une "belle âme" attardée dans une interminable puberté.
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moklosmoklos   15 octobre 2007
La femme cherche toujours l’homme unique à qui elle donnera son savoir, sa chaleur, son amour, son énergie créatrice. Elle cherche l’homme, non l’humanité. Cette question féminine n’est pas si simple. Parfois, en voyant dans la rue une jolie femme, élégante, soignée, hyper-féminine, un peu bête, je sens mon équilibre vaciller. Mon intelligence, mes luttes avec moi-même, ma souffrance m’apparaissent comme un poids oppressant, une chose laide, anti féminine, et je voudrais être belle et bête, une jolie poupée désirée par un homme. Etrange, de vouloir ainsi être désirée par un homme, comme si c’était la consécration suprême de notre condition de femmes. L’amitié, la considération, l’amour qu’on nous porte en tant qu’être humain, c’est bien beau, mais tout ce que nous voulons, en fin de compte, n’est-ce pas un qu’un homme nous désire en tant que femme ?
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Videos de Etty Hillesum (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Etty Hillesum
Anne Freyer présente Les Ecrits d'Etty Hillesum .Enfin l?intégralité des écrits d?Etty Hillesum ! Ils nous révèlent l?image authentique d?une jeune femme d?exception, un écrivain capable d?humour comme de gravité qui nous confronte au mystère d?un cheminement intérieur, lumineux, véritable refuge au pire moment de notre Histoire. http://www.editionsduseuil.fr/livre/ecrits_hillesum/9782020568333
>Histoire, géographie, sciences auxiliaires de l'histoire>Biographie générale et généalogie>Biographie générale et généalogique (557)
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