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ISBN : 2757850083
Éditeur : Points (05/03/2015)

Note moyenne : 3.74/5 (sur 52 notes)
Résumé :
L'école obligatoire, la scolarité prolongée, la course aux diplômes, autant de faux progrès. Dévotion rituelles où la société de consommation se rend à elle-même son propre culte, où elle produit des élèves dociles, prêts à obéir aux institutions, à consommer des programmes tout faits préparés par des autorités supposées compétentes. A tout cela, il faut substituer une véritable éducation qui prépare à la vie dans la vie, qui donne le goût d'inventer et d'expériment... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
colimasson
  06 novembre 2011


Une société sans école décrit mal l'état d'esprit du titre original donné par Ivan Illich à son essai. Plus littéralement, il aurait du s'intituler : Déscolarisons la société. Ce titre, un peu moins aguicheur, aurait pourtant eu le mérite d'indiquer plus pertinemment l'objectif poursuivi par Illich dans sa réflexion sur l'institution scolaire.
Publié en 1971, cet essai doit aujourd'hui éblouir pour sa lucidité et son intuition. Au fil des décennies, le constat appuyé par Illich s'est aggravé : la reconnaissance par les diplômes est devenue la seule que l'on puisse légitimement exiger pour l'accès à l'emploi ; la course aux études longues devient de plus en plus impitoyable ; la compétition s'accroît ; la confiance que l'on accorde aux autres et à soi-même diminue ; enfin, le système scolaire n'arrive plus à cacher ses faiblesses et peine à légitimer une consommation accrue de « connaissances » qui n'assurent même plus l'accès à une profession stable.
Je ne crois pas avoir été en désaccord avec le moindre constat qu'Illich dresse de notre société « scolarisée » et, plus généralement, « institutionnalisée » (car la critique adressée à l'école peut s'étendre à toutes les autres institutions de services telles, par exemple, les institutions de la santé ou le système carcéral).
Nous sommes engoncés dans le paradigme de l'éducation obligatoire, à tel point que plus personne ne pense à remettre en question un système éducatif qui semble aller de soi. La dangerosité se situe dans cette évidence. Elle rend l'individu passif en lui faisant croire que son instruction ne peut se faire en dehors de la consommation normalisée du savoir qu'on lui impose par la fréquentation régulière des « temples » de l'éducation, et elle lui fait croire que tout savoir capturé en-dehors de ce cadre précis ne possède aucune valeur. Elle détruit ainsi l'autonomie des individus et leur capacité à croire en eux-mêmes et en leurs semblables, et les force à se tourner vers l'offre proposée par l'institution. Toutefois, comme celle-ci ne fournit pas la même qualité et la même convivialité que l'apprentissage autonome, l'individu est marqué par un sentiment de frustration et de malaise.

« L'enseignement fait de l'aliénation la préparation à la vie, séparant ainsi l'éducation de la réalité et le travail de la créativité. Il prépare à l'institutionnalisation aliénatrice de la vie en enseignant le besoin d'être enseigné. Une fois cette leçon apprise, l'homme ne trouve plus le courage de grandir dans l'indépendance, il ne trouve plus d'enrichissement dans ses rapports avec autrui, il se ferme aux surprises qu'offre l'existence lorsqu'elle n'est pas prédéterminée par la définition institutionnelle. »

L'éducation, considérée comme un produit de consommation de nos sociétés modernes, est une conception qui peut de prime abord surprendre. Cet étonnement traduit justement la pertinence de l'hypothèse : remettre en question le système de l'éducation tel que nous le connaissons aujourd'hui ? Quelle idée ! Bien installé dans notre société, revendiqué comme un héritage précieux des luttes menées par nos ancêtres pour un libre-accès à l'éducation, ce système semble aller de soi.
Cette évidence est abrutissante. Nous absorbons sans nous poser de questions. Là où le système éducatif échoue, ses consommateurs sont désignés comme responsables. Si tu n'as pas réussi à obtenir le diplôme que tu préparais, c'est à cause de ta médiocrité ; si tu n'as pas réussi à gravir l'échelle sociale, c'est parce que tu n'as pas su profiter des opportunités que l'on te proposait. L'enseignement obligatoire, dispensant des cours formatés qui ont peu de chance de correspondre aux attentes des élèves au moment où on les leur propose, est assimilé à un gavage forcé qui dégoûte plus qu'il n'éduque. Tous remplis des mêmes connaissances, englouties à la va-vite, rarement avec envie, plus souvent par nécessité (une nécessité provisoire dont le terme dépasse rarement la préparation d'un examen), l'enseignement nous rend passif et annihile l'originalité de chacun.
On pourra dire que la critique est facile, et se demander ce qu'Illich propose pour remplacer ou améliorer le système éducatif. Une société sans école propose quelques pistes, qui s'appuient sur des exemples concrets qui ont fait leurs preuves (l'apprentissage d'une langue peut se faire en quelques semaines si les élèves sont soumis à des situations concrètes de la vie quotidienne dans laquelle ils pourront ultérieurement trouver leurs intérêts).
Plus généralement, Ivan Illich souhaite avant tout abolir la notion de maître et d'élève, de programmes définis et obligatoires et de fréquentation régulière des établissements du savoir. Rien ne doit obliger l'individu à apprendre ou à enseigner. Seule sa motivation doit le guider dans son processus d'apprentissage pour que celui-ci soit efficace. le concept des universités libres répond peut-être déjà, de manière partielle, aux exigences scolaires d'Illich…

« Il serait possible de concevoir une solution plus révolutionnaire en créant une sorte de « banque ». Ainsi, on donnerait à chaque citoyen un premier crédit lui permettant d'acquérir des connaissances de base. Ensuite, pour bénéficier de nouveaux crédits, il lui faudrait lui-même enseigner, soit dans les centres organisés, soit chez lui, voire sur les terrains de jeu. le temps passé à enseigner par l'exemple et la démonstration serait celui-là même qui lui permettrait de bénéficier des services de personnes plus instruites. Une élite entièrement nouvelle apparaîtrait, constituée de ceux qui auraient gagné leur éducation en la partageant avec autrui. »

Peut-être pourra-t-on reprocher à Illich de proposer des solutions irréalisables. Lui-même en est conscient, et il sait qu'une remise en question du système de l'éducation ne pourra se réaliser sans un chamboulement profond de toutes les institutions et valeurs qui façonnent notre société (autrement dit, il y a du boulot à l'horizon). Frisons-nous l'utopie ? Peut-être, mais je ne pense pas que cela soit rabaissant car Illich, même s'il frôle souvent l'idéalisation, a au moins le mérite de remettre en question un système dont rares sont ceux qui osent critiquer le caractère quasi-sacré.
Sa réflexion, loin de toucher uniquement aux problèmes de l'éducation, s'étend également à la condition de l'homme dans la société institutionnalisée moderne, et ouvre de nombreuses oeillères que nous conservions parfois par manque de regard critique. Si Illich ne convaincra pas tout le monde par l'extrémisme de ses idées, il mérite tout du moins qu'on le respecte pour sa détermination.
« le but qu'il faut poursuivre, qui est réalisable, c'est d'assurer à tous des possibilités éducatives égales. Confondre cet objectif et la scolarité obligatoire, c'est confondre le salut et l'Eglise. »


Pour conclure, un très beau passage de cet essai :
« Vivre à New-York suppose l'apparition d'une conception particulière de la nature de l'existence et de ses possibilités. Sans cette vision, la vie à New-York devient impossible. Un enfant des rues n'y touche jamais rien qui n'ait été scientifiquement conçu, réalisé et vendu à quelqu'un ; les arbres qui existent encore sont ceux que le service des jardins publics a décidé de planter. Les plaisanteries que l'enfant entend à la télévision ont été programmées à grand frais. Les détritus avec lesquels il joue dans les rues de Harlem ne sont que les emballages conçus pour attirer le consommateur. L'éducation elle-même se définit comme la consommation de diverses matières, faisant partie de programmes, objets de recherche, de planification et de promotion des ventes. Tous les biens sont le produit de quelque institution spécialisée et ce serait sottise, par conséquent, que d'exiger quelque chose qu'une institution quelconque ne saurait produire. L'enfant de la ville n'a rien à attendre, rien à espérer, sinon ce que lui promet le développement possible des méthodes de fabrication. Pour satisfaire son imagination, on lui fournit au besoin quelque récit d' « anticipation » ! Et que connaît-il, d'ailleurs, de la poésie de l'imprévu ? Son expérience en ce domaine se limite à quelque découverte dans le caniveau : une pelure d'orange qui flotte sur une flaque. Il en vient à attendre l'instant où l'ordre implacable s'interrompra : une panne d'électricité, une échauffourée dans la rue. »
Lien : http://colimasson.over-blog...
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jcamille
  02 janvier 2018
Un titre provocateur et qui va à l'encontre des idées reçues sur l'école écrit en 1971.
En vrac, dénonce la toute puissance du diplôme encore plus criant aujourd'hui que les emplois se font rares.
Critique du monopole de la transmission de la connaissance vs réseau de pairs ayant des connaissances à partager.
Fait écho d'un certain côté aux mouvements Do It Yourself / FabLab /logiciel libre qui prône le contrôle des objets qui font notre quotidien par le plus grand nombre.
Fait aussi écho aux nouvelles formes de partage des connaissances via le réseau et les MOOC (décloisonne les lieux de partage des connaissance).
Critique des enseignants décrit comme tout puissant dans leur classe, avec leur manuel, les programmes officiels et la transmission sous forme de gavage horizontal.
Critique aussi de la société qui est organisée en corporation de professionnels possédant un savoir faire et le privatisant.
Donne aussi des pistes pour expliquer le taux de jeunes en situation d'échec ou déscolarisé dans une société ou l'on leur demande d'être étudiants "hors sol" jusqu'à leur 25 ans.
L'école est décrite comme producteur de consommateurs dans une société consumériste de biens et de services aliénants et profondément inégalitaire qui ne peut déboucher que sur une frustration généralisée des individus.
Pour conclure, une lecture déstabilisante, remettant en cause une des institutions la plus structurante/centrale de notre société mais terriblement d'actualité.
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anacl
  10 avril 2018
Plus que les propositions d'Illich pour une société déscolarisée, qui semblent aujourd'hui irréalisables, j'ai apprécié son questionnement sur le sens de l'école et de l'éducation. L'école ayant fondé un monopole de cette dernière, les hommes ont abandonné l'idée qu'ils pouvaient par eux-même s'éduquer et apprendre, sans avoir pour seul objectif d'obtenir un diplôme, fameux sésame d'entrée dans la société et permettant la reconnaissance des pairs. Illich nous rappelle que l'on apprend d'abord par envie, par notre curiosité naturelle. Il nous montre l'importance de recréer des liens entre les hommes, et dans sa critique de l'école c'est une critique de la société en général qu'il dépeint. Malgré quelques longueurs, c'est un essai accessible et enrichissant. Illich fait partie de ces hommes qui, il y a près de cinquante ans, ont sur porter un regard lucide sur l'avenir de nos sociétés et son essai résonne aujourd'hui avec beaucoup de justesse.
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Adalarasi
  12 juillet 2016
A lire absolument pour mieux comprendre le malaise que l'on ressent à l'école sans trop savoir pourquoi.
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Citations et extraits (49) Voir plus Ajouter une citation
enkidu_enkidu_   18 août 2016
Sans y réfléchir, nous avons accepté l’idée qu’il existe des « enfants », et nous décidons qu’ils doivent aller à l’école, qu’ils sont soumis à nos directives, qu’ils n’ont pas de revenus personnels et ne peuvent en avoir. Nous attendons d’eux qu’ils restent à leur place et se conduisent en « enfants ». Il nous arrive, d’ailleurs, de nous souvenir avec nostalgie ou amertume, du temps où nous étions enfants, nous aussi. Il nous faut donc considérer avec tolérance, sinon envie, leur conduite « enfantine ». L’espèce humaine, selon nous, est celle qui a la lourde responsabilité et le privilège de s’occuper de ses petits. Nous oublions, ce faisant, que l’idée que nous nous faisons de l’enfance n’est apparue que récemment en Europe occidentale, et qu’elle est encore plus récente dans les deux Amériques(1).

L’enfance, que nous distinguons de la petite enfance, de l’adolescence ou de la jeunesse, n’apparaît pas en tant que notion distincte au cours du développement historique de la plupart des civilisations. Au cours de l’ère chrétienne, on semble souvent ne pas avoir eu une vision exacte des proportions du corps de l’enfant. Voyons, par exemple, ces représentations d’adulte miniature dans les bras de leur mère. Les « enfants » apparurent en Europe à la même époque que la montre de gousset et le prêteur d’argent chrétien. Vêtements d’enfant, jeux d’enfant, protection légale de l’enfance, voilà des choses que ne concevaient autrefois ni les pauvres, ni les riches. Ces idées commencèrent d’apparaître avec le développement de la bourgeoisie. Garçons et filles du tiers état et de la noblesse s’habillaient tous de la même façon que leurs parents, jouaient aux mêmes jeux, et les fils pouvaient, comme leur père, être décapités ou pendus haut et court ! La bourgeoisie découvrit l’ « enfance », et tout allait changer. Seules, quelques Églises continuèrent de respecter quelque temps encore la dignité et la maturité des enfants. Jusqu’au deuxième concile du Vatican, on continuait d’enseigner qu’un chrétien accède au discernement moral et à la liberté dès l’âge de sept ans, et qu’ensuite certains péchés l’exposent à la damnation éternelle. De nos jours, les parents veulent épargner à leurs enfants la sévérité d’une telle doctrine, et la catéchèse de l’Église aujourd’hui reflète ce sentiment.

(1) Dans son ouvrage l’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, Seuil, 1973, Philippe Ariès établit un parallèle entre le développement du capitalisme moderne et celui de la conception de l’enfance. (pp. 53-54)
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gavarneurgavarneur   27 juillet 2018
Je me souvins alors de l'attitude de Marx face à un projet présenté dans le programme de Gotha. Il s'agissait d'interdire le travail des enfants. Marx protesta, disant que l'éducation des jeunes ne pouvait se faire que dans le travail. Si l'on considère que le fruit le plus important du labeur de l'homme, c'est l'éducation qu'il en reçoit et la possibilité qu'il y trouve de participer à l'éducation d'autrui, alors l'aliénation de la société moderne dans une perspective pédagogique est encore pire que l'aliénation économique.
Page 48
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alzaiaalzaia   05 août 2014
Je connais un homme qui a vécu cette peur, cette réprobation de la société face à des possibilités nouvelles d'éducation, je veux parler de Paulo Freire. Il s'aperçut qu'il suffit d'une quarantaine d'heures pour que la plupart des analphabètes commencent à savoir lire et écrire, à condition que les mots qu'ils déchiffrent en premier aient pour eux une résonance profonde, j'entends qu'ils les fassent réflechir sur les problèmes de leur vie immédiate (constatons également que ces mots expriment le plus souvent une réalité politique) (...) Freire organise des réunions le soir où l'on parle de ces mots clefs, où il les fait apparaître sur un tableau noir et chacun de s'apercevoir que le vocable ne résonne plus, mmais qu'il est encore là présent devant eux, comme siles lettres permettaient de saisir la réalité et de la faire apparaître en tant que problème qu'il convient de résoudre. J'ai assisté moi-même à de telles séances, au cour desquelles on sentait se préciser chez les participants une conscience sociale qui les pousse à une action politique, en même temps qu'ils apprennent à lire. C'est commme s'ils prenaient la réalité en charge, à mesure qu'ils la déchiffrent et l'écrivent.
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colimassoncolimasson   07 novembre 2011
L’enseignement fait de l’aliénation la préparation à la vie, séparant ainsi l’éducation de la réalité et le travail de la créativité. Il prépare à l’institutionnalisation aliénatrice de la vie en enseignant le besoin d’être enseigné. Une fois cette leçon apprise, l’homme ne trouve plus le courage de grandir dans l’indépendance, il ne trouve plus d’enrichissement dans ses rapports avec autrui, il se ferme aux surprises qu’offre l’existence lorsqu’elle n’est pas prédéterminée par la définition institutionnelle.
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alzaiaalzaia   07 août 2014
L'école prétend séparer le savoir en matières distinctes, puis de ces blocs préfabriqués bâtir, conformément à un programme donné, enfin mesurer le résultat par quelque mètre-étalon universel. Les hommes qui s'en remettent à une unité de mesure définie par d'autres pour juger de leur développement personnel, ne savent bientôt plus que passer sous la toise. Il n'est plus nécessaire de les mettre à une place assignée, ils s'y glissent d'eux-mêmes, ils se font tout petits dans la niche où leur dressage les a conduits. Au reste, ils n'imaginent plus qu'ils puissent en aller autrement pour leurs semblables : tout doit trouver sa juste place, toute chose et tout être s'assembler sans heurts.
Une fois rabaissés à cette taille médiocre, comment pourraient-ils saisir l'expérience non mesurable ? Elle leur glisse entre les doigts. Ce qui ne peut se mesurer, d'ailleurs, ils ne s'y intéressent pas, ou ils y voient une menace. Inutile maintenant de les dépouiller de leur possibilités créatrices, ils ont retenus la leçons, ils ont désappris à faire ou à être eux-mêmes; ils n'accordent plus de valeur qu'a ce qui est fabriqué ou le sera.
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