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Natalia Zaremba-Huzsvai (Traducteur)Charles Zaremba (Traducteur)
EAN : 9782742754359
218 pages
Éditeur : Actes Sud (02/03/2005)
3.57/5   15 notes
Résumé :

Trois récits pour évoquer trois expériences cruciales de l'auteur, en Hongrie, à partir des années 1950. Le Drapeau anglais se situe à Budapest, pendant l'insurrection hongroise de 1956, et met en scène les affres et les détours de la mémoire.

Le Chercheur de traces (publié séparément par Actes Sud en 2003) raconte le retour d'un homme dans une région où, longtemps auparavant, ont eu lieu d'indicibles crimes.

Et Procès-ver... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
araucaria
  26 octobre 2019
Le titre de ce récit autobiographique d'une petite cinquantaine de pages est issu d'une courte anecdote vécue en 1956, lors des répressions sanglantes à Budapest.
L'auteur raconte, en fait, à des amis, ce qu'il était ou plutôt ce qu'il pensait être du temps de sa jeunesse; des difficultés rencontrées dans la vie quotidienne de la Hongrie stalinienne, mais aussi plus légèrement de sa rencontre avec la musique et de la naissance de sa passion pour la lecture.
Ce texte présente beaucoup de digressions et de répétitions volontaires et sa lecture n'en est pas facile, car Imre Kertész s'exprime souvent en écrivant de très longues phrases (à la manière de Marcel Proust).
Cependant ce témoignage est digne d'intérêt et j'ai plus particulièrement apprécié certains passages du texte pour leurs descriptions très imagées ou pour leur sensibilité.
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djathi
  03 juin 2016
Citation :
Il faudrait presque que je raconte ma vie entière. Or c'est impossible, car je manque non seulement de temps mais aussi des connaissances nécessaires à une telle entreprise : en effet, qui donc pourrait se targuer, avec les quelques connaissances trompeuses qu'il croit posséder concernant son existence, de connaître vraiment sa vie, ce processus dont le déroulement et l'issue (de secours ou fatale) sont totalement inconnus (...)si bien que le mieux serait que je commence l'histoire du drapeau anglais par Richard Wagner»
Voilà , c'est du Imre Kertesz "tout craché" .
Donc l'histoire du drapeau anglais ? Eh bien c'est Kertesz qui raconte qu'il a raconté à un groupe d'amis ce moment fugitif , une anecdote parmi tant d'autres pour pointer de la plume, la machine infernale du régime totalitaire .
Mais comme de bien entendu avec Kertesz , la narration ,non pas se perd , mais se retrouve et prend tout son sens dans une tentative de décrire la globalité de ce moment , à travers ce qu'il est , son histoire , ses douleurs et sa quête .
Quête de pouvoir témoigner de l'informulable . Et l'inverse aussi car n'est-il pas vrai que ce serait se renier : oui , Quête de silence aussi , parce que mettre des mots serait pure trahison par rapport "l'anéantissement total", celui là seul qui lui permet d'exister .
Kertesz déroute par son système de pensée si personnel et extrêmement élaboré pour traduire en un langage unique et d'une saveur incomparable ses questionnements concernant le devoir ou pas d'écriture , le sens du témoignage face à l'histoire , face à l'existence . Et d'en conclure que
Citation :
"Vivre, ai-je pensé, est une faveur qu'on fait à Dieu».
La deuxième nouvelle " Le chercheur de traces nous plonge dans un univers quasi apocalyptique : Nous suivons cet "envoyé " , "cet émissaire " dans un climat inquiétant , où la menace se cache derrière une apparence morte . Que cherche t-il donc ce personnage qui semble être le seul vivant planté dans un décor de faux-semblants , vide , factice ?
Des traces ....Mais ce jeu de pistes est loin d'être simple car il faudra déchirer le voile proprement tendu par les nouveaux "morts-vivants" . C'est si facile d'oublier , de nettoyer et de continuer à jouer la comédie humaine .
Une fois le but atteint ,
Citation :
"l'envoyé fut pris d'une volonté d'agir inconhérente :indiscutablement , cette route , ce paysage , cette charogne impuissante lui appartenaient ; les choses n'attendaient que sa venue ; esclave de la volonté , il pouvait les créer ou les annihiler ; les précipiter dans la misère informe de l'inexistence ou leur donner une existence à partie de la sienne pour ,les ayant sauvés de leur matérialité anonyme , les appeler à la vie : cela dpendait uniquement de sa volonté ou de ses facultés ."
Là encore on retrouve les obsessions de Kertesz dans son devoir ou pas de mémoire .
Une nouvelle que je considère comme un pur bijou d'écriture grâce à une puissance onirique frisant le fantastique pour réveiller l'ironie de l'histoire porté par une écriture extraordinaire .
Enfin le recueil se termine par une nouvelle plus sobre ,Le procès -verbal , moins travaillée mais qui apporte l'ultime écho pour laisser une empreinte plus tangible : il s'agit d'un homme qui sera arrêté dans un train par les autorités du pays pour un prétexte absurde , à l'image de la vie sous les régimes totalitaires . Bien sûr autobiographique cette histoire sans appel : vivre est interdit en certain temps et certain lieu .
Je ne saurais trop recommander la lecture de cet écrivain exceptionnel aux lecteurs qui rechercheraient "un autre regard" sur l'histoire . Et découvrir un vrai talent d'écriture .
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ASAI
  14 novembre 2020
Une édition constituée de trois écrits, le Drapeau anglais, le Chercheur de traces et enfin Procès Verbal.
Comme trois nouvelles.
J'ai commencé ma lecture par la fin, soit Procès Verbal.
Puis, j'ai lu le Drapeau anglais et enfin Chercheur de traces.
En fait peu importe.
Comment commencer cette chronique ? Lire Imre Kertesz est un immense bonheur, un plaisir incomparable. Son écriture est une musique. Pas une mélodie. Non trop simple. Des phrases longues, symphoniques, d'un coup un instrument se réveille et tempête, puis calme, repos, une petite flûte peut être ou quelques cordes pincées sur une harpe, et à nouveau comme une sorte de tonnerre.
Je ne suis pas littéraire, je ne suis pas non plus critique ni littéraire ni autre. Mais l'écriture d'Imre Kertesz a ce pouvoir de m'emporter, au-delà, dans un espace infini où l'être humain essaie de trouver une place. Imre Kertesz me dit (me dit à moi mais vous lecteur entendrez autre chose), qu'il n'y a aucune place. Mais il se débat. Il ne cesse de tenter de quérir une place digne, indiscutable, informulable, car elle serait. Point.
Je suis absolument fascinée par l'écriture de Imre Kertesz, elle rappelle forcément celle de Thomas Bernhardt (d'ailleurs Imre en parle beaucoup dans ses livres)... une écriture que je dirai longue, digressive, comme si je randonnais, la différence entre une course de 200 mètres et une randonnée de 20 kms. Kertesz c'est au moins 20 kms. Il est nécessaire pour en jouir de prendre le rythme, le tempo, et avoir un sens musical. Mais quand on y est, quel plaisir, plaisir d'une langue ciselée, un travail d'orfèvre.
Bon après il y a le fond, alors c'est dans les trois nouvelles, l'absurdité systémique de nos sociétés. Et la perte d'identité que cela confère.
Lire Kertesz c'est pour moi accéder à quelque chose de rare, hors système, c'est accéder à une humanité exceptionnelle.
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nathalie_MarketMarcel
  28 janvier 2013
Ces récits me paraissent former une très bonne clef de voûte à l'édifice romanesque bâti par Kertész. La presque impossibilité de dire le génocide mais l'impossibilité de ne pas sans cesse le dire, le jeu infini sur la langue et l'attention aux mots, la faible vie de l'individu sous des régimes politiques absurdes, autant de noeuds de son oeuvre. L'Holocauste devenu accessoire de mauvais romans, une insurrection incarnée dans un drapeau agité au vent. Rien ne sert d'indiquer les noms de lieux, les époques, les noms des personnages (beaucoup de ses romans sont anonymes), c'est le récit et le mouvement de la langue qui comptent.
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MARTINE300645
  08 juillet 2019
Imre Kertész, prix Nobel en 2002 pour "Etre sans destin" nous livre ici 3 récits pour évoquer 3 expériences cruciales de l'auteur à partir des années 1950, en Hongrie. Un premier récit se déroule à Budapest pendant l'insurrection de 1956. Un autre relate un voyage de Budapest à Vienne après la chute du mur de Berlin. Très belle écriture de cet auteur que j'adore.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
araucariaaraucaria   26 octobre 2019
A supposer que je veuille malgré tout vous raconter l'histoire du drapeau anglais, ainsi que m'y encourageaient des amis il y a quelques jours, à moins que ce ne soit quelques mois, il faudrait que je mentionne le texte qui m'a inspiré pour le drapeau anglais, une admiration, comment dire, agacée, il faudrait que je vous parle de ce que je lisais à l'époque, de ma passion pour la lecture, de ce dont cette passion se nourrissait, de quels hasards elle dépendait - au même titre d'ailleurs que de toutes les choses dans lesquelles, avec le temps, nous reconnaissons la logique du destin ou bien son inconséquence, mais en tout état de cause notre propre destin -, il faudrait que je vous dise quand cette passion a débuté et où elle m'a mené, bref, il faudrait presque que je raconte ma vie entière.
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nathalie_MarketMarcelnathalie_MarketMarcel   28 janvier 2013
Je communiquais avec le monde à travers la lecture, cet épiderme des strates de mon existence, comme à travers un vêtement de protection.
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Videos de Imre Kertész (9) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Imre Kertész
Imre Kertész (1929-2016), l’Holocauste comme culture : Une vie, une œuvre (France Culture). Photographie : L'écrivain hongrois Imre Kertész, à Paris en 2010. © Olivier Roller/Divergences. Son site internet : http://www.olivierroller.com. Un documentaire de Virginie Bloch-Lainé, réalisé par Clotilde Pivin. Diffusion sur France Culture le 30 mars 2019. L'écrivain juif hongrois Imre Kertész a transformé son témoignage de la déportation en fiction, car selon lui le vocabulaire ne peut rendre compte de la folie qu'il y a connue. Plongée dans une œuvre clairvoyante et pessimiste, qui lui a valu le prix Nobel de littérature en 2002. « J’avais 24 ans quand je me suis réveillé à moi-même. Ce fut un moment irréel, d’ordre mystique. Cet appel que je ne comprenais pas bien était en totale contradiction avec ma façon de vivre, mais il fallait que j’y réponde : je devais écrire un livre qui serait tout à fait le mien. » Imre Kertész Auteur d’“Être sans destin”, le juif hongrois Imre Kertész n’a pas écrit de témoignage sur sa déportation, mais bien une fiction. Il jugeait impossible de témoigner sur Auschwitz, ne serait-ce que parce que le vocabulaire ne pouvait rendre compte de la folie qu’il y a connue. Son œuvre réfléchit à l’existence d’une éthique et à l’éventualité, pour l’Europe, de remettre en route la mise à mort à échelle industrielle. Dans “L’Holocauste comme culture”, Imre Kertész écrit : « Je peux dire peut-être que cinquante ans après, j’ai donné forme à l’horreur que l’Allemagne a déversée sur le monde (…), que je l’ai rendue aux Allemands sous forme d’art. » Né à Budapest en 1929 dans une famille juive modeste, Imre Kertész part à 5 ans dans un pensionnat car ses parents se séparent, et aucun ne décide de le garder avec lui. Lorsqu’il a 14 ans, en 1944, alors qu’il avait été chassé de l’école parce qu’il était juif, il est arrêté par les gendarmes, et déporté à Auschwitz. Il ignore ce qui l’attend. Il reste un an en détention et doit sa survie au fait d’avoir menti sur son âge : en prétendant avoir 16 ans et non 14, il est déclaré apte au travail et donc utile au camp, et ainsi, sauvé. Une fois libéré par les Américains et de retour en Hongrie où il apprend que son père est mort en déportation, Kertész vit sous le joug d’un second totalitarisme, et ce pendant 40 ans. On entend l’écrivain, dans ce documentaire, dire que cette autre dictature est peut-être ce qui l’a obligé à survivre au lieu de se suicider, comme Primo Levi et tant d’autres. Imre Kertész crée pour se sentir libre tout en vivant sous un régime autoritaire. Il gagne très modestement sa vie en écrivant de mauvaises comédies musicales, et met 13 ans à terminer “Être sans destin”, commencé en 1959. Publié en France en 1998, le roman se distingue d’autres textes de déportation par son absence de pathos. La psychanalyste Laurence Kahn explique en quoi ceci est la marque de fabrique de Kertész : il veut davantage que l’empathie et la plainte, qui autorisent la bonne conscience et la mémoire courte. D’autres romans suivront : “Liquidation”, “Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas” et “Le Refus”. Que ce soit dans ses textes de fiction ou dans ses journaux, “Journal de galère” et “L’Ultime auberge”, Kertész est pessimiste, féroce et sans moralisme.
Avec :
Clara Royer, biographe de Imre Kertész Guillaume Métayer, spécialiste de littérature hongroise, chercheur au CNRS Laure Barillas, docteure en philosophie, enseignante Laurence Kahn, psychanalyste
Lectures faites par Thibault de Montalembert.
Source : France Culture
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