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ISBN : 2757832220
Éditeur : Points (17/05/2013)

Note moyenne : 4.09/5 (sur 74 notes)
Résumé :
À la fin de 1936, Ignacio Abel, architecte espagnol de renom, progressiste et républicain, monte l’escalier de la gare de Pennsylvanie, à New York, après un périple mouvementé depuis Madrid où la guerre civile a éclaté.

Hanté par les récriminations de sa femme, Adela, et taraudé par le sort incertain de ses deux jeunes enfants, Miguel et Lita, il cherche Judith Biely, sa maîtresse américaine.

L’auteur le regarde prendre le train qui d... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
LydiaB
  07 novembre 2016
Nous ne sommes pas dans « Guerre et Paix » ici, loin de là ! Sur fond de guerre espagnole, nous assistons à la passion dévorante d'Ignacio Abel pour une jeune américaine, Judith. Ignacio est marié à Adela et a deux enfants mais sa maîtresse lui a tourné les sens. Et sa disparition brutale n'a pas mis fin aux sentiments, bien au contraire. Aussi, lorsqu'on lui offre un poste de professeur aux États-Unis, Ignacio ne réfléchit pas longtemps, espérant retrouver sa belle.
Quelle puissance ! Quel style ! C'est le tout premier roman que je lis de cet auteur, grâce à Sylvaine qui m'en a fait cadeau et que je remercie encore. Je me suis régalée ! Sans cesse, le personnage sera partagé entre les horreurs que subit son pays et les affres sentimentaux. Une phrase, dans le roman, peut résumer sa vie : « Ce que l'on a gagné en une seule minute d'éblouissement, on le perd avec autant de facilité. »
Si vous aimez les romans historiques, n'hésitez pas !
Lien : https://promenadesculturelle..
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caro64
  25 juin 2012
Vaste fresque sur les heures qui ont précédées la prise de Madrid par les franquistes, cet impressionnant roman de 750 pages fouille avec honnêteté les tréfonds de l'âme humaine. Un monumental récit historique qui est aussi un travail fantastique sur le temps et son écoulement.
En 1936, la République espagnole naissante est déjà en proie aux convulsions annonciatrices de l'atroce guerre civile qui s'en suivra. Ignacio Abel, célèbre architecte socialiste, est marié depuis seize ans à Adela, issue d'une vieille famille catholique, qui lui a donné deux enfants. le jour, où il fait la connaissance de Judith Biely, une jeune Juive américaine, il en tombe éperdument amoureux. Dans un Madrid bientôt assiégé par les franquistes, ces deux amants insouciants s'étreignent dans une intense passion qu'Ignacio découvre, sans jamais deviner qu'il vient de mettre le doigt dans un engrenage qui se risque fort de se révéler dramatique, à cette heure où les ténèbres s'apprêtent à assombrir l'Espagne.
Intimiste et charnel, ce roman plonge son protagoniste - entre politique et sentiments - au sein d'une infernale spirale qui le conduira à la perte à la fois de son amour, de son pays et de ses idéaux. Fin 1936, l'architecte progressiste et républicain montera les marches de la gare de Pennsylvanie, à New York, après un périple mouvementé depuis Madrid où la guerre civile a déjà éclaté. Il y cherche Judith, sa maîtresse américaine perdue, poursuivi par les lettres accusatrices de sa femme, Adela, et préoccupé par le devenir menacé de ses enfants, Miguel et Lita. le narrateur observe, mais de loin seulement. S'il nous montre l'homme à la recherche de ce train qui le conduira dans une petite ville au bord de l'Hudson, c'est pour nous révéler aussi son impressionnant parcours sur les chemins sinueux de la mémoire.
En 750 pages de passion et de guerre, Antonio Muñoz Molina revisite les grands thèmes qui lui sont si chers : l'Histoire, la morale et la complexité des sentiments. A travers un éblouissant va et vient dans le temps, Ignacio Abel, le fils de maçon devenu architecte de renom à grande force de sacrifices, revisitera son ascension, son entrée dans une bourgeoisie madrilène conservatrice et catholique, entre passion amoureuse dévastatrice et violences politiques. Et c'est avec virtuosité que Molina glisse du présent au passé, fouillant dans les tourments de son héros, emportant le lecteur de sa prose élégante, riche et tortueuse - ses phrases sont longues, il faut s'y habituer - sur le chemin sinueux et difficile qui a mené son personnage là où le lecteur fait sa connaissance.
La structure de l'oeuvre est complexe et sans sophistication inutile. Elle permet aussi à l'auteur de laisser leur place à de vives et passionnantes discussions politiques. Son architecture se construit avec une implacable logique et une remarquable efficacité, à la manière des mécaniques huilées et précises des horloges.
Entre les allers retours temporels et ceux, tout aussi rythmés, de la voix très en sourdine du narrateur et de son personnage, ce roman polyphonique captive, passionne. L'aptitude à la restitution des nuances de Molina intrigue. Son art de la psychologie, sa rigueur intellectuelle et morale, son engagement éthique, humaniste et progressiste, ainsi que sa capacité à fouiller jusqu'au plus profond des minuscules détails de l'existence éblouissent.
Dans la grande nuit des temps est un roman puissant et passionnant, un grand livre. Magnifique !!
Antonio Muñoz Molina vient de recevoir le Prix Méditerranée étranger 2012 pour ce roman. Un prix bien mérité !
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horline
  01 mai 2012
Lire Dans la grande nuit des temps c'est comme entrer dans une bulle hors du temps à l'intérieur de laquelle on se laisse submerger par une sensation permanente d'irréalité vertigineuse ou encore de réalité lointaine qui laisse le temps en suspens. On est plongé dans une littérature de la lenteur, une lenteur accablante qui alimente un sentiment d'élégance glaciale ; c'est également une littérature de la rumeur, celle de la guerre civile espagnole qui résonne comme un écho et s'impose progressivement et irrémédiablement ; c'est enfin une littérature des fantômes du passé, ceux qui occupent de manière prégnante la mémoire d'un architecte espagnol, Ignacio Abel, qui quitte une Espagne sur le point de tomber entre les mains des franquistes pour Rhineberg, promesse de paix et de sérénité.
A bord du train qui le conduit de New York à cette cité inconnue où rien n'est associé à sa mémoire, le fils de maçon jusqu'à peu gagné par une lassitude bourgeoise se laisse emporter par un mouvement de flux et de reflux entre présent et passé pour scruter avec lucidité le tourbillon des évènements et les élans du coeur qui ont traversé sa vie et bouleversé son pays. Confronté à la solitude de l'exilé dans un trajet propice aux voyages intérieurs, Ignacio Abel prend conscience de son dépouillement, de la prégnance des absents sans pour autant éprouver la culpabilité du rescapé. Il ressuscite son passé comme pour y trouver refuge mais découvre en réalité la complexité humaine, les limites de sa résistance intime face à un monde vertigineux désormais capable de céder aux idées primitives et radicales et de s'abandonner aux luttes destructrices et sanguinaires.
Dans cette hystérie collective qui s'affirme de plus de plus, l'auteur s'attarde néanmoins à tisser le fil d'une passion amoureuse entre notre héros marié et une jeune américaine. C'est un fil tenu auquel Ignacio Abel tente de se raccrocher fermement : céder à l'étourdissement de l'amour pour échapper le temps de quelques heures en toute clandestinité à un mariage déliquescent, aux conflits sociaux qui s'amplifient, à une belle-famille méprisée, à un chantier ambitieux gangréné par les grèves et les difficultés… si bien qu'incessamment au fil de la lecture, on se dit vraisemblablement que l'architecte espagnol a fui l'Espagne pour rejoindre celle qui a empli son coeur d'une douce exaltation le rendant aveugle à la laideur du quotidien.

En fouillant la conscience d'un homme qui a déserté sa vie, sa famille, son pays, Muñoz Molina parvient à capter et retranscrire magistralement ce qui se dérobe à l'évidence : une vie en suspens, la fragilité de l'homme, les instants insaisissables où une vie bascule, où l'être humain apparaît dans sa nudité, sa vulnérabilité. Oui, le temps de guerre modifie tout : l'attitude, la pensée, les certitudes, la démarche assurée, le regard convaincu.
Rien n'apparaît de manière massive, baroque, imposante. Là où l'auteur excelle, c'est dans le fait d'adopter dans le ton une distance intuitive mêlée à une lucidité incorruptible qui, à travers une langue mi-grave mi-apocalyptique capte aussi bien les présences que les absences. Si bien que de l'ombre des mots reflue une image précise du passé, les souvenirs apparaissent comme des reliques fragiles et précieuses dans un récit où dominent les sentiments d'abandon, de fuite, de clandestinité et de précarité.
La trame n'est pas simple mais elle se laisse portée par un courant lent et minutieux transformant ce qui est improbable en naturel.
J'ai découvert un texte porté par une inépuisable beauté littéraire qui cultive une élégance discrète et épurée, une esthétique lointaine. Les mots demeurent simples mais le style emprunte un raffinement instinctif, même lorsqu'ils « encourageaient le crime, à qui personne n'accordait de crédit parce qu'ils se répétaient avec monotonie et n'étaient rien de plus que des mots ».
J'ai rarement lu une oeuvre aussi envoûtante.
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gouelan
  02 mars 2017
Une histoire qui flotte, perdue dans la grande nuit des temps, lorsque l'Espagne est secouée de folie meurtrière, comme dans une immense corrida.
Ignacio Abel, architecte renommé, ne souhaite que faire de belles choses, des choses utiles et solides, qui amèneront le progrès et amélioreront le quotidien des hommes. Issu d'un milieu ouvrier et marié à une femme de la bourgeoisie espagnole conservatrice et catholique, il ne trouve pas réellement sa place, ni dans sa vie, ni dans sa maison, ni dans son pays.
Quand les rues commencent à se gorger de sang, de cadavres, à s'emplir de cris, de tracts, il ne se sait pas non plus quel rôle endosser, de quel côté se mettre. Il n'est ni lâche ni ignorant. Il est tout simplement conscient de l'absurdité de ce combat, de l'hypocrisie et de la sauvagerie des hommes qui l'entourent.
Dans cette nuit des temps, il trouve celle qui lui donnera une chance d'exister, Judith. Jeune femme Américaine, envoûtée par Ignacio et par l'Espagne, elle essaie de trouver l'inspiration dans cette vieille Europe, pour écrire un grand roman.
Quelles chances donnera l'Histoire à cette passion clandestine, alors que la terreur s'installe en Europe ?
Comment les lettres qu'ils ne cessent de s'écrire combattront les silences, effaceront les obstacles, aveugleront leur vision de cet avenir fragile, à peine esquissé dans cette nuit des temps.
Un roman comme un voyage lent à travers le temps, de Madrid à une petite ville au-delà de l'Atlantique, sur les bords de l'Hudson. Entre guerre et paix.
Il ne faut pas être pressé pour faire ce voyage, encombré d'obstacles et de frayeurs. Les mots prennent leur temps pour nous plonger dans le coeur de cet homme et de cette femme, pour nous montrer les paysages magnifiques mais aussi les horreurs qui défilent devant leurs yeux.
Les phrases s'allongent pour expliquer, sans trahir, leurs pensées les plus profondes, celles qui se révèlent difficilement, qui viennent d'un passé douloureux, et s'entrechoquent avec ce présent où les hommes sont devenus fous, où l'Histoire s'emballe comme un taureau qu'on veut assassiner dans cette corrida infernale.
Les retours en arrière sont fréquents, désordonnés, dévoilant comme par magie, mots après mots, une partie du brouillard qui cache le passé, le présent et l'avenir d'Ignacio et de Judith.
J'ai aimé tout cela, tous ces mots, toutes ces images, de cette belle histoire de ces deux personnages qui ne sont pas des héros, qui ne veulent pas l'être, dont l'avenir est ignoré et perdu dans la grande nuit des temps.
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litolff
  19 août 2012
A Madrid en 1936, Ignacio Abel, architecte socialiste, fils de maçon et fruit de l'ascension sociale républicaine, n'a connu de la vie conjugale que de ternes émois avec Adela, grande bourgeoise madrilène. Lorsqu'il rencontre Judith Biely, jeune américaine de passage à Madrid, sa perception du monde extérieur s'effiloche au point que la guerre inévitable lui semble une abstraction et que seule sa passion dévorante pour Judith donne sens à sa vie.
« Dans la grande nuit des temps », c'est une oeuvre tentaculaire dans laquelle Antonio Muñoz Molina dissèque les errements de l'âme humaine et sur le plan passionnel comme sur le plan politique.
Avec un luxe inouï de détails, il analyse le comportement erratique d'un homme dans la tourmente de la guerre, aveuglé par une passion qui le paralyse dans ses actions et ses jugements ; s'il est socialiste, Ignacio a une famille qui penche plutôt de l'autre bord, et son beau-frère, lui, est phalangiste. L'auteur expose ainsi sans manichéisme la complexité de la situation espagnole en 1936, lorsque la République peine à réformer l'Espagne que les révolutionnaires impatients viennent se substituer aux socialistes, et que le fascisme gronde.
Dans ce contexte complexe et dangereux, Ignacio oublie tout ce qui n'est pas Judith et se noie sans état d'âme dans une passion coupable.
La structure du livre, complexe, multiplie les allers-retours dans le passé, l'écriture, absolument sublime, décrypte avec un talent incomparable la complexité de l'âme humaine, comme l'émerveillement amoureux, la pauvreté de Madrid ou la beauté des paysages américains.
Alors oui, c'est très gros, 750 pages denses, riches et puissantes que j'ai mis 3 semaines à lire ! Mais ce sont 750 pages certainement inoubliables !
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Les critiques presse (4)
Lexpress   03 décembre 2012
Ce roman est un somptueux office des ténèbres où la tragédie d'une nation rejoint celle d'un homme contraint de sacrifier ses espérances sous le gibet de l'Histoire.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LeMonde   03 février 2012
Dans la grande nuit des temps est un roman au fantastique pouvoir d'incarnation. S'y retrouve une société où les protagonistes portent chacun, sans caricature, avec leurs origines, un reflet de l'époque.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LesEchos   17 janvier 2012
« Dans la grande nuit des temps » est un chef-d'oeuvre narratif d'une beauté fracassante relatant une histoire politique et sentimentale sur fond de guerre civile espagnole. Le narrateur y décrit les événements avec une extrême précision, adoptant successivement plusieurs points de vue afin de saisir la réalité dans toutes ses dimensions. Il fait remonter à la surface sensations, odeurs, doutes et sentiments de l'Espagne meurtrie.
Lire la critique sur le site : LesEchos
Lexpress   13 janvier 2012
Dans La grande nuit des temps, Antonio Muñoz Molina écrit l'hystérie de l'Espagne des années 30. Juste et implacable.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations & extraits (68) Voir plus Ajouter une citation
michelekastnermichelekastner   04 juin 2013
Tout ce qu'on avait détruit avec tant d'acharnement devrait être reconstruit ; replantés les arbres déracinés par les bombes ou coupés pour avoir du bois à brûler ; réparées les canalisations éclatées ; réinstallés les rails tordus au-dessus des montagnes de pavés ; rebâtis les ponts dynamités par les armées en retraite ; replacés les poteaux et les fils du téléphone dont la pose avait demandé tant de travail. Mais qui ressusciterait les morts ou rendrait leurs bras et leurs jambes aux mutilés, qui peindrait les tableaux ou imprimerait les livres uniques brûlés dans les brasiers, qui apaiserait le deuil ou la haine, qui reconstruirait les bibliothèques et les églises et les laboratoires, les immeubles d'habitation qui avaient tant coûté à bâtir et qui avaient été rasés en un après-midi ou une nuit. Et l'Espagne pourrait-elle être gouvernée par les mêmes fous, les mêmes criminels, les mêmes hallucinés qui l'avainet poussée au désatre, chacun à son niveau d'irresponsabilité et de déraison et tous, à l'exception de quelques-uns, incapables de remords et de l'amère droiture de celui qui s'est amendé. Il y avait une chose que son métier lui avit apprise : il faut longtemps pour qu'un bâtiment finisse par être achevé, parce que les choses grandissent avec une lenteur organique, quels que soient les efforts qu'on y consacre ; mais l'instantanéité de la destruction est éblouissante : le jet d'essence et la flamme qui monte et dévore tout, le coup de feu qui abat un homme fort comme un arbre. Il lui disait que ce qui l'étonnait le plus était de s'être tellement trompé sur lui-même, se croyant un rationaliste, un pragmatique, assistant avec ironie aux délires idéologiques de ceux qui prédisaient avec le plus grand séreiux l'imminence de la dictaure du prolétarait ou du communisme libertaire, de ceux qui étaient convaincus qu'en abolissant l'argent et en pratiquant le nudisme ou l'espéranto ou l'amour libre on instaurerait le paradis sur terre, des idolâtres de Staline ou de Mussolini, de ceux qui criaient le poing serré ou la amin ouverte ; en se croyant lui-même sceptique il avait été plus rêveur que n'importe lequel d'entre eux ; en s'imaginant qu'il ne s'occupait que de ce qui pouvait être calculé et mesuré, de ce qui produisait un bienfait modeste mais indiscutable, un progrès.
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gouelangouelan   01 mars 2017
Dans les livres d'histoire, les sons ont une sonorité évidente et les faits se succèdent comme un enchaînement sans appel de causes et d'effets. Dans le pur présent qu'on voudrait être capable d'imaginer, dans la palpitation intime et véritable du temps, tout ressemble à une méticuleuse agitation, à un étourdissement de voix qui se superposent, de pages de journaux précipitamment tournées et lues à moitié, aussitôt oubliées, mélangées entre elles, se désagrégeant presque au moment où elles semblaient s'ordonner pour prendre un sens intelligible, un jour puis un autre, des vagues de mots qui viennent l'une après l'autre se briser contre la frontière de ce qui est encore inconnu, de ce qui arrivera le lendemain même et que personne ne peut prévoir.
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SachenkaSachenka   22 juillet 2017
Il ne peut exister de bâtiment qui soit aussi beau qu'un pont, une forme aussi pure et en même temps aussi artificielle, superposée à l'immensité de la nature comme une feuille de papier transparent où l'on aurait tracé une esquisse. Pendant quelques secondes il peut apprécier de très près, par la fenêtre, la surface travaillées des grosses pierres de taille, aussi superbes que celles d'un palais de Florence ou de Rome, ou que des blocs de roche primitive, [...]. L'échelle du pont est à la mesure de celle du fleuve, large et puissant comme une mer, de celle des rives escarpées et des forêts où le train pénètre maintenant, plus vite à mesure que la ville s'éloigne derrière lui.
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caro64caro64   25 juin 2012
Depuis des mois, il y a certaines choses dont on ne peut plus être
sûr : on ne sait pas si quelqu’un dont on se souvient bien, ou qu’on a
vu quelques jours ou seulement quelques heures plus tôt, est encore
vivant. autrefois la vie et la mort avaient des frontières plus nettes,
moins mouvantes. D’autres ne savent sans doute pas s’il est lui-même
vivant ou mort. On envoie des lettres ou des cartes postales et on ignore
si elles arriveront à destination et si, quand elles arriveront, celui qui
devrait les recevoir sera vivant ou habitera encore à l’adresse indiquée.
On compose des numéros de téléphone et personne ne répond ou bien
la voix dans l’appareil est celle d’un inconnu. On décroche le combiné
avec le besoin urgent de dire ou de savoir quelque chose et il n’y a pas
de tonalité. On ouvre un robinet et l’eau peut ne pas jaillir. les gestes
autrefois automatiques sont annulés par l’incertitude. Des rues fami-
lières de Madrid se terminent soudain par une barricade, une tranchée
ou l’avalanche de décombres laissés par l’explosion d’une bombe. sur
un trottoir, en tournant le coin d’une rue, on peut voir dans la première
lueur du jour le corps déjà rigide d’un homme qu’on a poussé pendant
la nuit contre un mur transformé dans l’urgence en mur d’exécution, les
yeux entrouverts dans un visage jaune, la lèvre supérieure contractée
en une espèce de sourire qui découvre les dents, le haut du crâne emporté
par un coup de feu tiré de trop près. la sonnerie du téléphone retentit
au milieu de la nuit et on a peur de décrocher. On entend le moteur de
l’ascenseur ou la sonnette de la porte au milieu d’un rêve et on ne sait
si c’est une véritable menace ou seulement un cauchemar. si loin de
madrid et des nuits d’insomnie et de peur des derniers mois, Ignacio
abel se rappelle encore ce présent. le temps verbal de la peur n’est
pas annulé par la distance.


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gouelangouelan   28 février 2017
Ce que vous ne savez pas ne peut pas vous blesser, et peut même n'avoir pas existé. La curiosité était par avance une capitulation, le signal du danger, de la panique. De par son éducation, Adela avait l'habitude de ne pas poser de questions et de ne pas mettre en doute le comportement des hommes hors de la sphère familiale. L'honorabilité des personnes n'était pas soumise à un examen trop exigeant. Sinon, on aurait permis et même encouragé l'irruption du vulgaire et de l'inacceptable, de ce que, une fois exposé en pleine lumière, on ne peut plus feindre de ne pas avoir vu. À présent, en Espagne, le vulgaire s'étalait aux yeux de tous avec une matérialité offensante, sans que personne ne s'en inquiète.
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