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EAN : 9782757832226
1005 pages
Points (17/05/2013)
4.05/5   117 notes
Résumé :
À la fin de 1936, Ignacio Abel, architecte espagnol de renom, progressiste et républicain, monte l’escalier de la gare de Pennsylvanie, à New York, après un périple mouvementé depuis Madrid où la guerre civile a éclaté.

Hanté par les récriminations de sa femme, Adela, et taraudé par le sort incertain de ses deux jeunes enfants, Miguel et Lita, il cherche Judith Biely, sa maîtresse américaine.

L’auteur le regarde prendre le train qui doi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (31) Voir plus Ajouter une critique
4,05

sur 117 notes

LydiaB
  07 novembre 2016
Nous ne sommes pas dans « Guerre et Paix » ici, loin de là ! Sur fond de guerre espagnole, nous assistons à la passion dévorante d'Ignacio Abel pour une jeune américaine, Judith. Ignacio est marié à Adela et a deux enfants mais sa maîtresse lui a tourné les sens. Et sa disparition brutale n'a pas mis fin aux sentiments, bien au contraire. Aussi, lorsqu'on lui offre un poste de professeur aux États-Unis, Ignacio ne réfléchit pas longtemps, espérant retrouver sa belle.
Quelle puissance ! Quel style ! C'est le tout premier roman que je lis de cet auteur, grâce à Sylvaine qui m'en a fait cadeau et que je remercie encore. Je me suis régalée ! Sans cesse, le personnage sera partagé entre les horreurs que subit son pays et les affres sentimentaux. Une phrase, dans le roman, peut résumer sa vie : « Ce que l'on a gagné en une seule minute d'éblouissement, on le perd avec autant de facilité. »
Si vous aimez les romans historiques, n'hésitez pas !
Lien : https://promenadesculturelle..
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Dandine
  25 juillet 2021
Lu en v.o. "La noche de los tiempos".
Un pave. Lourd a soulever. Mais une fois en main tu n'en sens plus le poids. C'est lui qui t'emporte et te fait partir pour une enivrante odyssee litteraire.
C'est une histoire d'amour. Enveloppee dans un roman historique. Une critique de la memoire collective de tout un peuple. Je dirais meme un traite de morale. Et malgre ses longueurs un page-turner dont on veut tourner les pages lentement pour mieux s'impregner de la psychologie des personnages, des changements insidieux qui faconneront leurs destins. Pour paraphraser un auteur celebre, les destins d'un amour en temps de cholera, en des temps alteres, malades d'une maladie collective.
C'est ecrit a la troisieme personne, par un narrateur omniscient, qui de loin en loin livre ses propres pensees. Il raconte l'histoire de l'amour d'un espagnol, Ignacio Abel, et d'une americaine, Judith Byela. Un amour cache, interdit. Parce qu'elle est jeune et libre mais lui est marie et pere de famille. Une histoire qui occupe relativement peu de pages. Beaucoup plus sont consacrees au souvenir de cette histoire. Aux pensees, aux divagations d'Ignacio quand cet amour prend la tangente. Il passe et repasse en tete les moments qu'il a passe avec elle, les missives qu'ils s'ecrivaient, et son attitude envers sa femme, envers ses enfants, quand il etait en famille, quand il ne les fuyait pas. Et Munoz Molina nous promene entre present et passe, dans les intentions d'Ignacio, ses elucubrations, ses reves, ses illusions, ses actions. Quand il se rememore son enfance pauvre, fils d'un macon et d'une concierge, et les etudes d'architecture qu'il a reussi a mener. Son mariage dans une famille bourgeoise, avec une femme plus agee que lui. Mariage d'amour ou de raison? Il ne sait pas. Il ne sait plus. Il n'a jamais su.
Le narrateur suit Ignacio pendant une courte periode, moins d'un an. le temps que tout chamboule. Sa vie familiale, bourgeoise, est balayee par sa rencontre avec cette jeune americaine, si libre, si differente des espagnoles qui l'entourent. Et son travail, la construction d'un nouveau campus universitaire, est carrement detruit. Parce que ce sont des temps de destruction, de destructions physiques inspirees par des reves de constructions politiques. Ce sont les mois d'anarchie d'avant la guerre civile, ponctues par une frenesie de violence, par les virees de tirailleurs de tous les camps qui assassinent sans discernement. Puis les mois qui suivent l'insurrection franquiste, quand les rues de Madrid sont “assurees” par les polices autoproclamees de different partis. Un chaos que les elus et les fonctionnaires de la republique ne savent ni peuvent gerer. Une rage qui devient aveuglement, folie destructive, deraison. le narrateur, et derriere lui Munoz Molina, n'epargne aucun camp. La cruaute extreme des rebelles a son pendant dans celle des anarchistes et des communistes qui destabilise le gouvernement legitime. Un gouvernement transi, mine de l'interieur, qui tarde a s'organiser, qui envoie au front se faire tuer des recrues non entraines et mal armes.
Autour d'Ignacio foisonnent une multitude de personnages. La famille de sa femme, catholiques bien-pensants qui ont aide a la reussite de l'architecte tout en execrant ses idees de gauche. Un contremaitre de chantier devoue qui l'assiste et le protege. Des ouvriers chomeurs qui detruisent une oeuvre, esperant qu'on les embauchera pour la reconstruire. Des phalangistes qui s'embusquent pour tirer dans la foule. Un richissime americain essayant de pecher des affaires dans ces eaux glauques. Un juif allemand refugie qui finira assassine par des milices communistes. Et des personnages historiques. Cela se passant a Madrid, ce seront des personnages du camp republicain. Et rares sont ceux qui sortent agrandis sous la plume de Munoz Molina. Azana, le president quand la conflagration eclate, est aureole d'une tristesse fataliste. Par contraste, Negrin, ce scientifique qui devint le dernier president, est presente comme une force de la nature, bon vivant, le seul qui sache organiser quelque chose, le seul qui ne se laisse pas porter par des illusions, tout en restant actif et optimiste. Et comme Ignacio, professeur d'architecture, se meut dans des cercles academiques et culturels, il y a beaucoup d'ecrivains, de poetes. Garcia Lorca est imbu de lui-meme, condescendant envers ceux a qui il vole des idees, sinon des passages (envers Moreno Villa par exemple, un poete moins connu qui publia avant lui un recueil de poemes sur New-York), et peureux. La peur lui fait quitter Madrid des les premiers jours de l'insurrection pour se refugier dans son Sud. Sa peur lui coutera la vie. Juan Ramon Jimenez, le nobelise, diagnostique les evenements: “Une fete tragique et folle”. Rafael Alberti fait le clown devant des delegations etrangeres. Et Bergamin, ce fils de ministre sous la royaute, est depeint comme un enrage, un maigrichon qui s'affuble de bottes et vestes de cuir et affiche partout son pistolet a la ceinture, un intellectuel qui cautionne la violence et les meurtres: “la revolution est une chirurgie necessaire…”.
Tous ces politiques et ces intellectuels finiront par s'exiler, comme Ignacio Abel. Il acceptera in extremis l'offre d'une obscure universite americaine et, avec l'aide de Negrin, partira vers les Etats Unis. Il abandonnera sa famille, sans savoir ce qu'elle devient. Il fuit sa famille et son pays, se bercant de l'espoir, de l'illusion qu'il retrouvera Judith, que son tardif amour n'est pas lui aussi perdu. N'est-ce donc qu'une fuite ou est-ce aussi la perseverance d'accomplir son meilleur destin? L'amour avaliserait-il toutes les actions? Il nest pas sur lui-meme des fondements, des mobiles de sa fuite. Il a des pensees desenchantees: “on peut fuir le malheur et la peur aussi loin que possible, mais ou se cachera-t-on du remords?”.
Dans la grande nuit des temps est une tragedie. La tragedie d'un homme en des temps propices aux tragedies. A travers le parcours de cet homme, Munoz Molina ecrit la tragedie d'un pays, d'un peuple. Nombreux l'ont fait avant lui. Je crois quant a moi que c'est un de ceux qui l'ont fait le mieux. Sans atermoiements mais sans parti-pris. Comme il se doit pour une tragedie. Vers la fin du livre un republicain dira: “nous avons commis de telles barbaries que nous ne meritons pas de gagner”. J'ai eu l'impression que Munoz Molina pense que dans cette tragedie aucun des camps n'a “merite” de gagner. En mots pretes a Ignacio Abel, cet anti-heros: “La raison et la justice ne s'imposent pas en tuant”.
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Sachenka
  18 janvier 2018
Dans la grande nuit des temps est une vaste fresque, un projet de lecture ambitieux. Il faut se le dire dès le début, ça frôle les 1000 pages et l'intrigue peut paraître complexe. Mais ça vaut le coup. Jamais l'idée d'abandonner ne m'est venue en tête. C'est que, dans ce roman, la petite histoire rencontre la grande Histoire. Quand l'une ralentit, l'autre prend le relais et vice-versa. En 1936, Ignacio Abel débarque à New York. Son arrivée dans la métropole américaine l'amène à penser à ce qui l'y a conduit et à ce qu'il laisse derrière lui. L'idée de satisfaire ses ambitions d'architecte et de retrouver sa maitresse Judith Biely l'enchante mais il culpabilise d'avoir abandonné sa femme Adèle et ses deux enfants dans une Espagne à feu et à sang, en pleine guerre civile. Dit ainsi, il a l'air d'un beau salaud mais c'est plus complexe. Et qui peut affirmer hors de tout doute comment il réagirait dans une situation semblable ? Tiraillé entre une profession pour laquelle il n'y a pas de débouchés à cause de la situation politique, une épouse devenue bourgeoise, une belle-famille qui le méprise, une maitresse devenue une âme soeur ? Les rêves et la réalité, quoi ! Dans tous les cas, Abel revit en pensée ces dernières années et ces retours en arrières expliquent ce qui l'a mené à cette nouvelle vie.
L'auteur espagnol Antonio Munoz Molina a reconstitué cette période troublée avec beaucoup de rigueur. Son protagoniste Abel se tient renseigné des développements politiques, lit les journaux, en parle avec ses amis et collègues. Ainsi, les noms de plusieurs personnalités publiques et organisations reviennent régulièrement. En ce sens, l'index des noms propres et abréviations, à la fin de la collection Points, est très utile. Mais cette Histoire peut parfois devenir lourde pour le lecteur. Munoz Molina lui a épargné les longs passages descriptifs mais son souci du détail peut en agacer plus d'un, surtout ceux qui ne sont pas familiers avec la guerre civile espagnole et qui n'en sont pas vraiment intéressés, cherchant plutôt une lecture plaisante. Heureusement, les événements historiques sont habituellement mis en perspective avec la trame d'Abel, lequel n'est pas lié directement aux conflits, il n'en est affecté indirectement quand l'État, le principal bâilleur de fonds des grands projets de construction, a d'autres chats à fouetter et que les dirigeants changent. Et bien sûr quand les combats se rapprochent et font rage dans la capitale espagnole. En fait, on passe constamment de la politique aux épisodes sentimentaux (la guerre et l'amour !) et c'est la grande force du roman, selon moi.
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horline
  01 mai 2012
Lire Dans la grande nuit des temps c'est comme entrer dans une bulle hors du temps à l'intérieur de laquelle on se laisse submerger par une sensation permanente d'irréalité vertigineuse ou encore de réalité lointaine qui laisse le temps en suspens. On est plongé dans une littérature de la lenteur, une lenteur accablante qui alimente un sentiment d'élégance glaciale ; c'est également une littérature de la rumeur, celle de la guerre civile espagnole qui résonne comme un écho et s'impose progressivement et irrémédiablement ; c'est enfin une littérature des fantômes du passé, ceux qui occupent de manière prégnante la mémoire d'un architecte espagnol, Ignacio Abel, qui quitte une Espagne sur le point de tomber entre les mains des franquistes pour Rhineberg, promesse de paix et de sérénité.
A bord du train qui le conduit de New York à cette cité inconnue où rien n'est associé à sa mémoire, le fils de maçon jusqu'à peu gagné par une lassitude bourgeoise se laisse emporter par un mouvement de flux et de reflux entre présent et passé pour scruter avec lucidité le tourbillon des évènements et les élans du coeur qui ont traversé sa vie et bouleversé son pays. Confronté à la solitude de l'exilé dans un trajet propice aux voyages intérieurs, Ignacio Abel prend conscience de son dépouillement, de la prégnance des absents sans pour autant éprouver la culpabilité du rescapé. Il ressuscite son passé comme pour y trouver refuge mais découvre en réalité la complexité humaine, les limites de sa résistance intime face à un monde vertigineux désormais capable de céder aux idées primitives et radicales et de s'abandonner aux luttes destructrices et sanguinaires.
Dans cette hystérie collective qui s'affirme de plus de plus, l'auteur s'attarde néanmoins à tisser le fil d'une passion amoureuse entre notre héros marié et une jeune américaine. C'est un fil tenu auquel Ignacio Abel tente de se raccrocher fermement : céder à l'étourdissement de l'amour pour échapper le temps de quelques heures en toute clandestinité à un mariage déliquescent, aux conflits sociaux qui s'amplifient, à une belle-famille méprisée, à un chantier ambitieux gangréné par les grèves et les difficultés… si bien qu'incessamment au fil de la lecture, on se dit vraisemblablement que l'architecte espagnol a fui l'Espagne pour rejoindre celle qui a empli son coeur d'une douce exaltation le rendant aveugle à la laideur du quotidien.

En fouillant la conscience d'un homme qui a déserté sa vie, sa famille, son pays, Muñoz Molina parvient à capter et retranscrire magistralement ce qui se dérobe à l'évidence : une vie en suspens, la fragilité de l'homme, les instants insaisissables où une vie bascule, où l'être humain apparaît dans sa nudité, sa vulnérabilité. Oui, le temps de guerre modifie tout : l'attitude, la pensée, les certitudes, la démarche assurée, le regard convaincu.
Rien n'apparaît de manière massive, baroque, imposante. Là où l'auteur excelle, c'est dans le fait d'adopter dans le ton une distance intuitive mêlée à une lucidité incorruptible qui, à travers une langue mi-grave mi-apocalyptique capte aussi bien les présences que les absences. Si bien que de l'ombre des mots reflue une image précise du passé, les souvenirs apparaissent comme des reliques fragiles et précieuses dans un récit où dominent les sentiments d'abandon, de fuite, de clandestinité et de précarité.
La trame n'est pas simple mais elle se laisse portée par un courant lent et minutieux transformant ce qui est improbable en naturel.
J'ai découvert un texte porté par une inépuisable beauté littéraire qui cultive une élégance discrète et épurée, une esthétique lointaine. Les mots demeurent simples mais le style emprunte un raffinement instinctif, même lorsqu'ils « encourageaient le crime, à qui personne n'accordait de crédit parce qu'ils se répétaient avec monotonie et n'étaient rien de plus que des mots ».
J'ai rarement lu une oeuvre aussi envoûtante.
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caro64
  25 juin 2012
Vaste fresque sur les heures qui ont précédées la prise de Madrid par les franquistes, cet impressionnant roman de 750 pages fouille avec honnêteté les tréfonds de l'âme humaine. Un monumental récit historique qui est aussi un travail fantastique sur le temps et son écoulement.
En 1936, la République espagnole naissante est déjà en proie aux convulsions annonciatrices de l'atroce guerre civile qui s'en suivra. Ignacio Abel, célèbre architecte socialiste, est marié depuis seize ans à Adela, issue d'une vieille famille catholique, qui lui a donné deux enfants. le jour, où il fait la connaissance de Judith Biely, une jeune Juive américaine, il en tombe éperdument amoureux. Dans un Madrid bientôt assiégé par les franquistes, ces deux amants insouciants s'étreignent dans une intense passion qu'Ignacio découvre, sans jamais deviner qu'il vient de mettre le doigt dans un engrenage qui se risque fort de se révéler dramatique, à cette heure où les ténèbres s'apprêtent à assombrir l'Espagne.
Intimiste et charnel, ce roman plonge son protagoniste - entre politique et sentiments - au sein d'une infernale spirale qui le conduira à la perte à la fois de son amour, de son pays et de ses idéaux. Fin 1936, l'architecte progressiste et républicain montera les marches de la gare de Pennsylvanie, à New York, après un périple mouvementé depuis Madrid où la guerre civile a déjà éclaté. Il y cherche Judith, sa maîtresse américaine perdue, poursuivi par les lettres accusatrices de sa femme, Adela, et préoccupé par le devenir menacé de ses enfants, Miguel et Lita. le narrateur observe, mais de loin seulement. S'il nous montre l'homme à la recherche de ce train qui le conduira dans une petite ville au bord de l'Hudson, c'est pour nous révéler aussi son impressionnant parcours sur les chemins sinueux de la mémoire.
En 750 pages de passion et de guerre, Antonio Muñoz Molina revisite les grands thèmes qui lui sont si chers : l'Histoire, la morale et la complexité des sentiments. A travers un éblouissant va et vient dans le temps, Ignacio Abel, le fils de maçon devenu architecte de renom à grande force de sacrifices, revisitera son ascension, son entrée dans une bourgeoisie madrilène conservatrice et catholique, entre passion amoureuse dévastatrice et violences politiques. Et c'est avec virtuosité que Molina glisse du présent au passé, fouillant dans les tourments de son héros, emportant le lecteur de sa prose élégante, riche et tortueuse - ses phrases sont longues, il faut s'y habituer - sur le chemin sinueux et difficile qui a mené son personnage là où le lecteur fait sa connaissance.
La structure de l'oeuvre est complexe et sans sophistication inutile. Elle permet aussi à l'auteur de laisser leur place à de vives et passionnantes discussions politiques. Son architecture se construit avec une implacable logique et une remarquable efficacité, à la manière des mécaniques huilées et précises des horloges.
Entre les allers retours temporels et ceux, tout aussi rythmés, de la voix très en sourdine du narrateur et de son personnage, ce roman polyphonique captive, passionne. L'aptitude à la restitution des nuances de Molina intrigue. Son art de la psychologie, sa rigueur intellectuelle et morale, son engagement éthique, humaniste et progressiste, ainsi que sa capacité à fouiller jusqu'au plus profond des minuscules détails de l'existence éblouissent.
Dans la grande nuit des temps est un roman puissant et passionnant, un grand livre. Magnifique !!
Antonio Muñoz Molina vient de recevoir le Prix Méditerranée étranger 2012 pour ce roman. Un prix bien mérité !
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critiques presse (4)
Lexpress   03 décembre 2012
Ce roman est un somptueux office des ténèbres où la tragédie d'une nation rejoint celle d'un homme contraint de sacrifier ses espérances sous le gibet de l'Histoire.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LeMonde   03 février 2012
Dans la grande nuit des temps est un roman au fantastique pouvoir d'incarnation. S'y retrouve une société où les protagonistes portent chacun, sans caricature, avec leurs origines, un reflet de l'époque.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LesEchos   17 janvier 2012
« Dans la grande nuit des temps » est un chef-d'oeuvre narratif d'une beauté fracassante relatant une histoire politique et sentimentale sur fond de guerre civile espagnole. Le narrateur y décrit les événements avec une extrême précision, adoptant successivement plusieurs points de vue afin de saisir la réalité dans toutes ses dimensions. Il fait remonter à la surface sensations, odeurs, doutes et sentiments de l'Espagne meurtrie.
Lire la critique sur le site : LesEchos
Lexpress   13 janvier 2012
Dans La grande nuit des temps, Antonio Muñoz Molina écrit l'hystérie de l'Espagne des années 30. Juste et implacable.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (134) Voir plus Ajouter une citation
enjie77enjie77   14 novembre 2021
L'ampleur de ce qu'on est soi-même capable de ne pas voir est surprenante, surtout lorsqu'on s'entête dans un aveuglement d'autant plus implacable qu'il est volontaire. Personne ne vous attache les mains, ne vous pousse à l'intérieur d'une cellule, ne ferme ensuite du dehors la clef et le verrou, personne ne vous met de force un bandeau sur les yeux et ne vous le noue si serré derrière la tête que vous ne puissiez pas vous en débarrasser sans que vous ayez pour autant les mains attachées. On tisse soi-même son bandeau, on tresse sa propre corde, on tend délibérément les mains pour que le nœud soit bien serré, on construit soi-même les murs de la cellule en la fermant de l'intérieur et en s'assurant que le cadenas est bien en place. On fait les pas nécessaires, l'un après l'autre, et si quelqu'un attire votre attention pour vous avertir du danger, il ne parvient qu'à renforcer votre entêtement plus encore du désastre. Parfois on est soulagé de savoir qu'on n'a pas encore touché le fond, d'autres fois qu'il n'y a pas de retour en arrière possible. Le doute devient une trahison inavouable qu'au fond de soi on ne reconnaît même pas.

Page 190
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enjie77enjie77   17 novembre 2021
Aux enterrements des morts de gauche, il y avait des forêts de drapeaux rouges et de poings levés et des cortèges de jeunes miliciens en uniforme ; aux enterrements des autres s'élevaient la fumée de l'encens répandue par des prêtres et la clameur des voix récitant le rosaire. L'étonnant était que personne ne semblait se rendre compte de la ressemblance extraordinaire entre les rituels funéraires de ceux qui se déclaraient ennemis, la célébration exaltée du courage et du sacrifice, l'âpre refus du monde réel et du présent au nom du Paradis sur Terre ou du Royaume des Cieux ; comme s'ils voulaient accélérer la venue du Jugement dernier et qu'au fond, ils haïssaient les incrédules et les tièdes beaucoup plus que les illuminés du camp adverse. Après l'enterrement du policier qui avait protégé Jimenez de Asua, la foule qui revient du cimetière attaque une église et y met le feu, les pompiers qui arrivent pour éteindre l'incendie sont accueillis à coups de fusil, l'un d'eux est tué d'une balle et le lendemain il y a un autre enterrement mais cette fois avec des chemises bleues et des curés en chasuble, des fumées d'encens et les prières du rosaire.

page 304
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enjie77enjie77   15 novembre 2021
Ignacio Abel s'obstine à pratiquer une lucidité rétrospective plus inutile encore pour le soulager de ses remords que pour corriger le passé. Il aurait voulu savoir à quel moment le désastre était devenu inévitable, quand ce qui est monstrueux avait commencé à paraître normal, était graduellement devenu aussi insignifiant que les actes les plus banals de la vie ; quand les mots qui encourageaient le crime, à qui personne n'accordait de crédit parce qu'ils se répétaient avec monotonie et n'étaient rien de plus que des mots, s'étaient transformés en crimes ; quand les crimes étaient devenus habituels au point de faire désormais partie de la vie publique normale. Aujourd'hui l'armée est le point d'appui et la colonne vertébrale de la patrie. Quand la guerre civile éclatera, nous n'accepterons pas d'être éliminés comme des lâches en tendant le cou à l'ennemi. Il existe un instant précis, unique, un point au-delà duquel le retour est impossible.

page 263
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michelekastnermichelekastner   04 juin 2013
Tout ce qu'on avait détruit avec tant d'acharnement devrait être reconstruit ; replantés les arbres déracinés par les bombes ou coupés pour avoir du bois à brûler ; réparées les canalisations éclatées ; réinstallés les rails tordus au-dessus des montagnes de pavés ; rebâtis les ponts dynamités par les armées en retraite ; replacés les poteaux et les fils du téléphone dont la pose avait demandé tant de travail. Mais qui ressusciterait les morts ou rendrait leurs bras et leurs jambes aux mutilés, qui peindrait les tableaux ou imprimerait les livres uniques brûlés dans les brasiers, qui apaiserait le deuil ou la haine, qui reconstruirait les bibliothèques et les églises et les laboratoires, les immeubles d'habitation qui avaient tant coûté à bâtir et qui avaient été rasés en un après-midi ou une nuit. Et l'Espagne pourrait-elle être gouvernée par les mêmes fous, les mêmes criminels, les mêmes hallucinés qui l'avainet poussée au désatre, chacun à son niveau d'irresponsabilité et de déraison et tous, à l'exception de quelques-uns, incapables de remords et de l'amère droiture de celui qui s'est amendé. Il y avait une chose que son métier lui avit apprise : il faut longtemps pour qu'un bâtiment finisse par être achevé, parce que les choses grandissent avec une lenteur organique, quels que soient les efforts qu'on y consacre ; mais l'instantanéité de la destruction est éblouissante : le jet d'essence et la flamme qui monte et dévore tout, le coup de feu qui abat un homme fort comme un arbre. Il lui disait que ce qui l'étonnait le plus était de s'être tellement trompé sur lui-même, se croyant un rationaliste, un pragmatique, assistant avec ironie aux délires idéologiques de ceux qui prédisaient avec le plus grand séreiux l'imminence de la dictaure du prolétarait ou du communisme libertaire, de ceux qui étaient convaincus qu'en abolissant l'argent et en pratiquant le nudisme ou l'espéranto ou l'amour libre on instaurerait le paradis sur terre, des idolâtres de Staline ou de Mussolini, de ceux qui criaient le poing serré ou la amin ouverte ; en se croyant lui-même sceptique il avait été plus rêveur que n'importe lequel d'entre eux ; en s'imaginant qu'il ne s'occupait que de ce qui pouvait être calculé et mesuré, de ce qui produisait un bienfait modeste mais indiscutable, un progrès.
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caro64caro64   25 juin 2012
Depuis des mois, il y a certaines choses dont on ne peut plus être
sûr : on ne sait pas si quelqu’un dont on se souvient bien, ou qu’on a
vu quelques jours ou seulement quelques heures plus tôt, est encore
vivant. autrefois la vie et la mort avaient des frontières plus nettes,
moins mouvantes. D’autres ne savent sans doute pas s’il est lui-même
vivant ou mort. On envoie des lettres ou des cartes postales et on ignore
si elles arriveront à destination et si, quand elles arriveront, celui qui
devrait les recevoir sera vivant ou habitera encore à l’adresse indiquée.
On compose des numéros de téléphone et personne ne répond ou bien
la voix dans l’appareil est celle d’un inconnu. On décroche le combiné
avec le besoin urgent de dire ou de savoir quelque chose et il n’y a pas
de tonalité. On ouvre un robinet et l’eau peut ne pas jaillir. les gestes
autrefois automatiques sont annulés par l’incertitude. Des rues fami-
lières de Madrid se terminent soudain par une barricade, une tranchée
ou l’avalanche de décombres laissés par l’explosion d’une bombe. sur
un trottoir, en tournant le coin d’une rue, on peut voir dans la première
lueur du jour le corps déjà rigide d’un homme qu’on a poussé pendant
la nuit contre un mur transformé dans l’urgence en mur d’exécution, les
yeux entrouverts dans un visage jaune, la lèvre supérieure contractée
en une espèce de sourire qui découvre les dents, le haut du crâne emporté
par un coup de feu tiré de trop près. la sonnerie du téléphone retentit
au milieu de la nuit et on a peur de décrocher. On entend le moteur de
l’ascenseur ou la sonnette de la porte au milieu d’un rêve et on ne sait
si c’est une véritable menace ou seulement un cauchemar. si loin de
madrid et des nuits d’insomnie et de peur des derniers mois, Ignacio
abel se rappelle encore ce présent. le temps verbal de la peur n’est
pas annulé par la distance.


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