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EAN : 9782843449574
Éditeur : Le Bélial' (24/10/2019)

Note moyenne : 3.9/5 (sur 10 notes)
Résumé :
Depuis la fameuse Metropolis de Fritz Lang jusqu'à la cité-planète de Coruscant dans Star Wars, en passant par les mégalopoles étouffantes de Soleil vert ou Blade Runner, les villes du futur, réelles ou imaginaires, semblent concentrer les maux : démesure et surpopulation, violence et oppression, pollution et ghettoïsation… La science-fiction aurait-elle peur des villes ? N'y aurait-il de salut que dans leur destruction ?
Telles sont les interrogations soulev... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Jipi
  22 octobre 2019
Mettez-moi de l'ordre dans ce bordel !
Cet ultimatum du Général de Gaulle survolant dans les années soixante en hélicoptère une région Parisienne en pleine urbanisation n'était-il pas pratiquement des son origine sans devenir ?
Ovide ne supportant plus Rome condamnait déjà sans le savoir la future conception de Nanterre que la virtuelle Coruscant allait réduire en son temps au rang d'atome par son gigantisme.
La cité des 4000 puissance 1000.
Georges Sand, Jean-Jacques Rousseau et Bernardin de Saint-Pierre tiraient déjà la sonnette d'alarme en valorisant les attraits d'une existence paisible loin de la promiscuité.
Une campagne calme et odorante sauvant Newton de l'invasion urbaine de la peste.
Mary Shelley mentionne que les attraits de la bourgade et de son clocher représentent le seul véritable bonheur que l'on est en droit d'espérer au contact d'un espace que l'on peut fréquenter tout en acceptant ses turbulences naturelles.
Il faut choisir entre Léon Menard (pas si bête) bon paysan aimant sa terre qu'il soit dans les champs, sur sa charrette, ou dans sa ferme ou faire partie des trois mille milliards d'habitants de Coruscant, de Tau Ceti Central ou de Dandale.
Survivre avec difficulté à Babylone sur Houston et ses escaliers croulant sous la charge de survivants cramoisis se nourrissant sans le savoir de chair humaine dans des rues bondés d'immondices ou s'imprégner de la générosité d'un paysage absent de tout relief, autre que ses collines et ses vallées que les Ewoks protègent de l'importun cachés au sommet de leurs arbres gigantesques.
Ou bien alors se rendre dans une forêt à condition qu'il en reste encore une ou l'on prend conscience de sa véritable place dans le monde loin de Mégapoles galactiques verticales, étouffantes et démentielles, déployées sur chacune de leur planète qu'Anakin et Padmé survolent en comparant leur tracé à des Mandalas Tibétains tournés vers les étoiles.
De grands ensembles futuristes insérant d'imposants hologrammes publicitaires gratifiant par leurs luminosités artificielles les prestations d'entités virtuelles modulables à souhait.
A l'image de Joi, ressource domestique n'étant plus que le contenu d'une télécommande sensitive, égayant les quelques heures de récupérations d'une machine fatiguée, au regard presque éteint, survolant une cité nébuleuse dont on distingue à peine les quelques enseignes déployant leurs rengaines sous un ciel constamment gris.
Des édifices pharaoniques écrasant de leurs volumétries sous une pluie ne s'arrêtant jamais une population hétéroclite abonnée à la nourriture asiatique, squattant d'immenses demeures sombres, curieusement vides, pendant que des concepteurs entourés de reproductions artificielles se dissimulent dans leurs solitudes au sommet d'édifices pyramidaux.
Un territoire socialement vulnérable sans lumière naturelle privé d'horizon tissant ses nouveaux concepts et leurs esclaves modernes dans le message publicitaire, le service quasi continu, la restauration rapide, la porte blindée et le digicode.
Le déclin de la génétique et de sa diversité au profit du circuit électronique soumis et programmé.
Freder Fredersen explorant les bas fonds, découvrant au milieu des gaz, des flammes et de la fumée des visages amaigris cloitrés et corvéables envers une machine grotesque ne mentionnant même pas succinctement à quoi elle sert.
Un troupeau sans vie exécutant des taches répétitives, sécurisant la continuité d'un jardin à ciel ouvert où des nantis éloignés de profondes et interminables transpirations souterraines se défoulent dans des jeux égoïstes et insouciants.
Des bureaux à l'image de la démesure de leurs occupants contemplant à travers de larges baies vitrées la vision d'une architecture urbaine étalant sa récurrence à perte de vue.
Un réquisitoire glacial sur l'extinction d'une véritable sensibilité, remplacée par l'isolement et son luxe protecteur n'offrant qu'ironie et solitude à un produit de son époque compressé dans sa bulle d'indifférence.
L'étalage de longues théories maussades et désabusées débitées dans un isoloir ambulant transportant vers le chaos un ange déchu ayant épuré tous ses concepts moraux religieux et politiques dont les seuls repères sont la résignation et la fête effrénée.
Le tout menant vers l'aliénation un peuple sans modèle sain n'ayant plus que les ressentis de son temps pour se réaliser.
« Et les villes des nations tombèrent, et Dieu se souvint de Babylone la Grande, pour lui donner la coupe de vin de son ardente colère »
Trantor cité iceberg et sans ascenseurs dont la partie visible ne révèle que le microcosme de son immensité souterraine.
Korben Dallas survolant les grattes ciels New-Yorkais dans un taxi jaune délabré.
Johannesburg et ses crevettes de l'espace à l'image du pire des cauchemars de Lovecraft ou de Kafka.
Tout est sale, repoussant, l'humain dans le pire des états est un tyran, les traits creusés, le visage blême s'éteignant lentement sur des sites nauséabonds submergés par le câblage et les processeurs informatiques obsolètes.
Territoire quotidien d'une créature de l'espace rudoyée, parquée, pestiférée réduite au trafic engloutissant de la bouffe à chats, en faisant les poubelles, tout en espérant retourner chez elle.
Tous ensemble mais chacun à sa place.
C'est bien le cas dans ce grand huit parcourant sans discontinuer une planète entourée de glace dont les intérieurs sordides ou luxueux se visitent tels des compartiments thématiques.
Tout n'est que répressions, trahisons, indifférences et décalages de la part d'un équipage violent, moqueur, distant, excentrique à la frontière de la folie.
Devant une telle découverte et surtout une telle déception il ne reste plus qu'une chose à faire, imposer sa différence par la force.
L'acharnement de sortir de sa condition de la part d'un troupeau hirsute et malodorant croupissant en voiture finale sacrifié ou servant de combustible à la survie d'un convoi dont l'existence est menacée par une neige se décidant enfin à fondre.
On ne rêve plus que par la force de l'ordonnancement et la puissance des quatre opérations dans une cité de verre ou chaque geste environnant n'est plus que le sien.
Les dictionnaires s'amincissent d'éditions en éditions. Les chansons sont écrites par des machines. Ce qui était disparait au profit que ce que l'on veut qui soit.
Les visages creusés toussent dans des pièces exsangues en ingurgitant une nourriture abjecte. le bleu est l'habit commun, L'attention ne s'offre plus qu'à une information planifiée sur grand écran sous surveillance constante.
Le prolétaire pétard mouillé d'une révolte trop attendue n'a plus aucune force.
Débarqué loin d'un noyau décisionnel, banni d'une pensée officielle, sans possibilité d'écrire son histoire, reclus en zone interdite, impuissant, livré à la misère et à la prostitution.
Il faut se calfeutrer pour faire ressurgir un monde d'antan. Thé, café, robe et maquillage réapparaissent le temps d'un battement de cil.
Derrière une porte close des nudités se redécouvrent. Les corps à l'image de la nature s'offrent aux rayons du soleil.
La guerre n'espère aucune victoire, ingrédient principal des tyrans elle est volontairement continuelle assommant par ses bruits incessants des esprits robotisés n'ayant aucune possibilité de récupérer un apaisement.
La voix off règne sans discontinuer en imposant un endoctrinement implacable et quotidien que seuls les rêves les plus insolites parviennent à conjurer pendant quelques instants.
Metropolis, le soleil vert, ravage, cosmopolis, fondation, le cinquième élément, district 9, le transperce neige la pensée unique de l'ingénieur D-503 constructeur de l'intégrale, Brazil et Big Brother sur le point de tambouriner à nos portes.
« La guerre c'est la paix, la liberté c'est l'esclavage, l'ignorance c'est la force. »
Un univers inquiétant ou seuls les plus riches peuvent espérer s'en sortir en passant entre les gouttes d'une logistique de la peur partant de bidonvilles insalubres ne s'évanouissant lentement qu'à l'approche de beaux quartiers hyper protégés.
Ce n'est plus New-York Londres ou Paris qui attirent les plus grands cataclysmes virtuels mais Shanghai ou Delhi nouvelles manne d'une industrie catastrophe se servant de la réalité de son monde pour nourrir sa fiction.
Mexico et ses trente millions d'habitants prévus dans les années quatre vingt (objectif non atteint à ce jour mais pour combien de temps?)
Sao Paulo visionné de la terrasse de l'edificio Italia et son ballet d'hélicoptères au service de notables stressés ou apeurés survolant les artères d'une ville dangereuse perpétuellement encombrée qu'ils ne veulent plus côtoyer de près.
Dark City remodelée chaque nuit par des extra terrestres se divertissant d'humains obligés de se reconstituer de nouveaux repères.
La guerre des mondes de H.G Wells et son vicaire comparant les ravages Martiens à la destruction de Sodome et Gomorrhe.
Havena capitale de l'oeil noir capitonnée de tous ses instantanés.
«Postez-vous sur une route d'Aventurie et demandez aux passants ce que le nom de Havéna évoque pour eux. Vous recevrez beaucoup de réponses différentes. Un trou de province vous répliquera le courtisan, aucun savoir vivre'. le repaire du péché vous dira le petit prêtre de Guérimm originaire des Monts Kosch, les entrailles du vice et de la corruption. le gros entrepreneur vous répondra qu'il s'agit d'un bon endroit pour les affaires»
Ce n'est plus Antoine Martin 12 Avenue des peupliers à Montargis ou Châteauroux mais DG503 Niveau 132, mégabloc 17, bloc 5, sous-bloc 12.
Le culte de la verticalité. L'horrible « beauté » des gratte-ciels dans d'immenses villes « radieuses », alimentant leur démence futuriste dans des immeubles de plusieurs kilomètres de hauteur semblable à des fusées refusant obstinément de décoller.
Libria, qui malgré ses formes élancées et ses galbes audacieux délivre un sentiment de vertige et d'écoeurement une fois sa première impression de fascination dissipée.
The world inside. Logements, bureaux, hôtels, centres commerciaux, concerts et salles de sports en milieu clos nourrissant une population soumise à un internat perpétuel acheminant malgré ses attraits une quantité non négligeable de reclus privés de parcs et de jardins vers le saut de l'ange.
Croissez et multipliez Principessa outil d'apaisement temporaire, propriété partageable et consentante appartenant de jour comme de nuit à tous les hommes de son étage.
Reykjavik, Prague et Varsovie pour les prolétaires au ras du sol. Louisville aux portes du ciel pour les plus nantis.
Que ce soit les cinq cent cinquante mètres en flammes de la tour infernale, Kong abattu sans pitié sur les cimes de l'empire state bulding ou l'atterrissage laborieux du snake sur l'une des twin towers tout n'est que soudainetés, sentences et incertitudes.

Le grand Krach d'une grosse pomme aliénée par son propre système occasionnant les comportements les plus décalés de la part de dirigeants aussi originaux qu'imprévisibles, élevés au dollar dans des bureaux gigantesques, à deux doigts d'un ciel qu'ils ne remarquent plus.
Avec toujours le même challenge pour chacun, progresser tel un algorithme de Gollatz, atteindre un pic, péricliter, s'effondrer avant d'en finir en se jetant dans un vide libérateur.
Lemmy Caution dans le labyrinthe futuriste d'Alphaville, nouveau contexte Parisien incorporant son futur dans son présent constitué de paysages nocturnes administrés par un ordinateur luminescent ou Aomame changeant de monde tout en restant dans le sien à l'écoute de la Sinfonieta de Leoš Janáček.
« Il faut que tout change pour que rien ne change »
Tous à Zanzibar, serré comme des saucisses manquant d'eau et de matières premières qu'il faut acheminer à grands frais dans des mégapoles à la démographie sans cesse galopante.
Un citoyen devenu clochard ou consommateur permanent formaté par la faim, les cours de l'immobilier, le spot publicitaire, le centre commercial et les chaines câblées de plus en plus loin éloigné d'un pôle de décision sain autre que la survie ou l'accumulation des biens.
« Days », le royaume du code barre. Je dépense donc je suis.
« de nos jours, le cycle constant de la consommation détermine les rapports sociaux du capitalisme »
La pauvreté et la pénurie bien plus nécessaire à résorber que l'accumulation de billets de banque ne suffisant pas à emmagasiner en temps et en heures, l'air et l'eau nécessaires à la vie.
Une nouvelle matrice moderne de plus en plus puissante se nourrissant de son déterminisme cathédrale de toutes nos surabondances délirantes grignotant lentement une religion pesante et sans miracles n'arrivant plus à colmater les envies d'ailleurs de fidèles lassés de prier.
Après tout, pourquoi se culpabiliser, à quoi ça sert d'être riche si l'on ne peut pas s'étendre spatialement ni s'exhiber dans ses plus belles parures dont le camouflage s'avère inutile tant la sécurité est au top dans ces bunkers luxueux hyper cadenassés.
Et comme le dit don Salluste Les riches sont faits pour être très riches et les pauvres très pauvres.
Notre monde ne peut se réaliser qu'à travers ses différences sociales.
Le dénuement et le paraitre sur une même surface.
La climatisation pour les uns, la canicule pour les autres ceci pour l'éternité avec comme pierre angulaire de plus en plus de murs de béton séparant leurs antagonismes.
Alors pilule rouge ou pilule bleue ? Alice dans les villes du futur ou au fond du terrier ?
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Aelinel
  06 novembre 2019
Honnêtement, je ne garde pas un souvenir impérissable de mes cours de géographie urbaine à l'université (nan, mais quelle idée d'imposer des cours de géographie à des Historiens!). Aussi, quand j'ai vu ce titre du Bélial dans la Masse critique de Babélio (que je remercie au passage pour l'envoi du livre), je me suis dite que cela serait peut-être plus fun d'étudier la géographie urbaine par le biais de la Science Fiction. Et après ma lecture, je confirme : ça l'est carrément!
Dans Station Metropolis, Direction Coruscant, le géographe Alain Musset met en avant deux types de villes représentatives de la Science Fiction :
- Les Villes imaginaires comme Métropolis du film éponyme de Fritz Lang sorti en 1927 dont la célèbre tour de Babel orne la couverture ou Coruscant, capitale de la République puis de l'Empire dans les films Star Wars sortis de 1977 à 1983.
- Les Villes réelles mais dystopiques comme Los Angeles de Blade Runner de Philip K. Dick (roman) et de Ridley Scott (film), Détroit de Robocop de Paul Verhoeven (film), New York de Soleil Vert d'Harry Harrison (roman) et de Richard Fleischer (film), Séoul de Cloud Atlas de David Mitchell (roman) et de Lana et Wes Wachowski (film) ou Londres de la Guerre des mondes de H. G. Wells (roman) et Byron Hastings ou de Steven Spielberg (film).
Puis, il étudie leur géographie en partant de leur morphologie urbaine et de son évolution (Partie 1 : de la Mégalopole à la Monstruopole) pour aborder leur population (Partie 2 : Castes et classes dans la ville de demain) et leur manière d'occuper l'espace et de se le représenter (Partie 3 : Géographies de la peur) pour finir sur la gestion et le contrôle de ce territoire (Partie 4 : Villes sous contrôle).
Station Metropolis, Direction Coruscant est un ouvrage bien documenté…
Alain Musset est spécialisé en Géographie urbaine, notamment des espaces urbains en Amérique Latine (surtout le Mexique) et en Géo-Fiction pour ce qui concerne des villes imaginaires présentes dans les ouvrages de Science-Fiction. Toutefois, Station Metropolis, Direction Coruscant n'est pas son premier essai car il avait déjà publié des ouvrages sur ce thème comme en 2005, de New York à Coruscant, essai de géo-fiction ou en 2012, le syndrome de Babylone, Géofictions de l'Apocalypse.
Il s'avère que Station Metropolis, Direction Coruscant est pointu, précis et complet comme en témoigne non seulement la bibliographie exhaustive de douze pages à la fin de l'ouvrage mais aussi les très nombreuses références dans le texte de livres ou de films appartenant au genre de la Science Fiction. le géographe n'hésite pas à faire des comparaisons entre la Science Fiction et notre réalité : par exemple, lorsque Minority report aborde le sujet de l'identification des individus par reconnaissance faciale dans l'espace public, Alain Musset le compare avec la situation de la Chine actuelle qui utilise également ce procédé pour contrôler ses citoyens.
Toutefois, j'aurais juste un petit bémol à formuler : l'auteur doit considérer que son ouvrage s'adresse à des connaisseurs dans le genre de la Science Fiction et a un peu tendance à spoiler l'intrigue de certains romans ou films (comme la fin de Soleil vert par exemple), j'ai trouvé cela dommage.
…de Géographie urbaine appliquée à la Science Fiction
Alain Musset démontre qu'il est tout à fait possible d'étudier les villes fictives comme le géographe pourrait le faire avec des villes réelles :
En effet, il peut utiliser le même vocabulaire spécifique. Par exemple, la plupart des villes de Science Fiction se caractérise par le fait qu'elles sont gigantesques : on peut leur appliquer le terme de « mégapole », littéralement « grande ville ». On pourrait citer Los Angeles dans Blade Runner ou New York dans Soleil Vert. Mais, certaines villes grossissent tellement qu'elles finissent pas se regrouper et former des « mégalopoles » comme c'est le cas de Washington, Philadelphie, Baltimore et New York dans des Cavernes d'acier d'Isaac Asimov. Enfin, « l'Oecuménopole » est un autre concept qui désignerait le fait que toutes les villes d'une planète se seraient rejointes et formeraient une « ville-monde » comme Coruscant dans Star Wars, Trantor dans le cycle de Fondation d'Isaac Asimov ou Tau Ceti Central dans Hypérion de Dan Simmons.
Le géographe peut également compter sur des modèles déjà pré-existants :
– Les villes verticales. Il s'agit de constructions en hauteur dans lesquelles la population se répartit en fonction de son niveau social. Par exemple, à Coruscant dans Star Wars, les plus riches habitent en haut des immeubles car ils bénéficient de plus de lumière, d'espace et d'air pur tandis que les plus modestes sont relégués en bas, dans la pollution, la promiscuité et l'obscurité.
– Les villes fragmentées. L'espace urbain est éclaté en plusieurs fragments, c'est à dire en quartiers bien délimités (avec des murs ou des frontières) et hiérarchisés dans lesquels les populations ne sont pas libres de circuler de l'un à l'autre. Par exemple, dans la série Trepalium, la cité d'Aquaville est divisée en deux par un mur séparant ainsi les quartiers riches du bidonville.
… et montre que les villes fictives sont le reflet des peurs de notre société actuelle.
Ce qui est assez paradoxal, c'est que plus de la moitié des habitants de la Terre vit en ville (et ce taux atteindra presque 65% en 2050) et pourtant, l'espace urbain comme lieu de vie est décrié depuis longtemps par des discours urbanophobes. Dès l'Antiquité, par exemple, le poète romain Juvénal fustigeait déjà la ville de Rome au Ier siècle après Jésus-Christ pour sa violence et sa saleté.
Or, Alain Musset constate que cette vision pessimiste des villes est amplifiée dans les récits de Science Fiction : elles seraient ainsi polluées (le brouillard permanent de la ville de Los Angeles, dans Blade Runner), avec peu d'espaces verts (Coruscant dans Star Wars), surpeuplées (dans le New York de Soleil vert, la population meurt de faim), pratiquent la ségrégation spatiale (voir ci-dessus les concepts de villes verticales et villes fragmentées), sont violentes (Robocop sécurise la ville de Détroit en proie aux criminels de tous genres) ou restreignent les libertés (avec la « panoptique », c'est à dire le fait de contrôler les habitants comme la Tour de Babel dans Metropolis surveille les ouvriers). Ainsi, l'espace urbain est maîtrisé par le pouvoir et de ce fait peut glisser vers la dictature (1984 de George Orwell). Cet aspect négatif dans les récits de Science Fiction cristallise en réalité les peurs de notre société actuelle. Cette façon d'imaginer le pire dans le futur est un moyen d'amener les lecteurs à non seulement prendre conscience que des dérives sont possibles mais aussi de l'amener à réfléchir à des solutions.
En conclusion, Alain Musset a fait le pari osé d'étudier les villes issues de la Science Fiction par le prisme de la Géographie Urbaine. J'ai trouvé cette idée plutôt audacieuse et finalement très aboutie car cet ouvrage est complet, fouillé et recherché. de plus, il met en valeur le fait que la Science Fiction permet de réfléchir aux travers de notre société tout en aidant les lecteurs à trouver des solutions pour faire en sorte que nos villes actuelles ne deviennent pas aussi cauchemardesques. Bref, à mettre entre toutes les mains et pas seulement entre celles des étudiants géographes (et historiens!).
Lien : https://labibliothequedaelin..
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laulau06_M_lire
  23 novembre 2019
Station Metropolis Direction Coruscant de Alain Musset ou "Tout le monde descend... et restez bien enfermé dans votre mini-studio au millième étage".
Alain Musset, géographe francais, nous apporte un récit, une vision de la géographie urbaine entre réalité et imaginaire, entre la vie réelle et la science fiction. Il se base sur une riche bibliographie (à la fin du livre elle comporte 7 pages recto-verso) d'auteurs littéraires et de cinématographie notamment du film Star Wars qui sert de fil conducteur au récit, et dont l'histoire et les personnages servent à l'analyse de ces villes par rapport à la science-fiction et aux science-sociales.
L'impression est celle d'être transportée dans un métro ou une navette spatiale qui va s'arrêter à chaque station de toutes ces villes du futur (des géantes, à celles vertigineuses, ou aux insoutenables).
Outre l'architecture qui se fait de plus en plus haute, vertigineuse, en verrière et d'appartements plus petits afin de loger la surpopulation, il en découle un problème d' insécurité. L'auteur nous fait l'analyse des bidonvilles du futur, des villes criminogènes, où comment ne pas avoir peur. D'après le philosophe Michel Foucault : "il établissait un ordre cosmologique en établissant une certitude physique et psychologique entre "un intérieur supposé civilisé et un extérieur nécessairement sauvage et donc menaçant ".
Avec cette démographie plus que croissante, et ces villes si insécures, il s'y ajoute aussi un problème de pollution et de déchets urbains. Dans la réalité les déchets entourent les villes en forme d'immenses décharges à ciel ouvert comme à Mexico entre autre. Dans la science fiction le problème est résolu en les exportant dans des planètes poubelles.
L'auteur aborde en dernier le problème de la politique, "villes sous contrôle, puisque le hasard ne peut pas répondre à toutes nos exigences de justice, pourquoi ne pas confier notre destin à des machines impartiales et à des intelligences artificielles qui sauront calculer en toute impartialité ce qui est bon pour nous ?".
Alain Musset nous livre à la fois une analyse construite entre la réalité et l'imaginaire mais il nous sensibilise aussi sur notre quotidien et nous éclaire sur l'évolution géographique, sur l'écologie, une gestion informatisée politisée ?
Ce livre s'adresse à tout public, et nous permet de nous poser les bonnes questions, de nous sensibiliser, et nous éclairer.
Je trouve qu'il laisse quand même une impression bien pessimiste de l'avenir, en espérant que ce pessimisme reste de la science fiction. Mon côté "villageoise" me laisse un peu loin de toutes ces mélagopoles ou monstruopoles, qui m'apparaissent éloignées de mon quotidien, et elles me donnent envie de me rebeller pour que jamais nos beaux villages ne deviennent ainsi.
J'ai été admirative de ce travail de recherche de Mr Musset il y a une riche bibliographie, chaque analyse est concrète et nommée par un livre ou un film. La couverture du livre graphique est sublime, et spatiale.
Un livre qui ne laisse pas indifférent, à lire même s'il est hors de notre confort littéraire.
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Les_Lectures_du_Maki
  24 novembre 2019
Station Métropolis direction Coruscant est le deuxième essai de la collection Parallaxe que je lis. Après l'excellent Comment parler à un Alien ? de Frédéric Landragin qui explorait la linguistique, cet opus d'Alain Musset s'intéresse aux sciences sociales à travers la science-fiction et ses mégalopoles.
Après une courte introduction sur l'urbanophobie dans les oeuvres de science-fiction, la première partie est consacrée à la découverte de ces immenses villes et à leurs différentes morphologies. de ces mégapoles existantes souvent malmenées comme Los Angeles et New York, aux villes sorties tout droit de l'imagination fertile des auteurs comme Métropolis et Coruscant, Alain Musset nous dresse une carte des cités possibles agrémentée de nombreuses références cinématographiques et littéraires.
La seconde partie s'intéresse à la population qui vit dans ces mégalopoles et aux discriminations qui en découlent. le pouvoir et l'argent emmènent dans les hauteurs. Pour les autres ce sera les bas-fonds des buildings. La verticalité dans toute sa splendeur.
La troisième partie concerne les laissés-pour-compte, ceux qui vivent comme le dit l'auteur dans la merde et de la merde. Des pans entiers de ces cités laissées à l'abandon où les hommes survivent à défaut d'y vivre, voient les mafias prendre le pouvoir. Là encore, les similitudes entre oeuvre de fiction et réalité sont nombreuses, à se demander laquelle influence l'autre.
Surveillance et technologies au coeur de la ville, temple de la consommation, sont à la base de la réflexion de la dernière partie. Les auteurs de Science-Fiction ont les idées, les "progrès scientifiques" les mettent en application, le tout au détriment de ceux qui y habitent. Dictature et totalitarisme deviennent la norme dans ces villes supposées idéales.
Station Métropolis direction Coruscant est un ouvrage très documenté, la bibliographie d'une dizaine de pages en atteste mais Alain Musset se réfère aussi au cinéma. Il fait également un parallèle entre fiction et réalité et démontre que les pires cauchemars des auteurs prennent petit à petit vie dans nos sociétés actuelles. Les auteurs et autrices de SF sont en quelque sorte les lanceurs d'alertes de notre futur.
Encore une fois, le Bélial sort des sentiers battus en nous mettant dans les mains un ouvrage intelligent et passionnant. Après la linguistique voilà que je m'intéresse à la géographie, j'attends avec impatience le prochain opus de la collection Parallaxe. D'ici là, je relirais bien Les Monades Urbaines de Robert Silverberg, l'une de mes premières lectures au coeur de ces vertigineuses cités.

Lien : https://les-lectures-du-maki..
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CineKino
  21 septembre 2020
Après avoir beaucoup apprécié "La science fait son cinéma", j'ai tenté un autre livre de la récente collection d'essais sur la science-fiction du Bélial', ici sur l'urbanisme et surtout la sociologie des villes. Moins SF et plus intellectuel, ce livre m'a nettement moins enthousiasmé que le précédent, d'autant plus que je n'avais pas trop la tête à ce genre au moment de le lire. Mais ça ne l'empêche pas d'être très intéressant et de qualité !
On est donc là dans un véritable essai sociologique, avec une prédilection pour les strates et classes de populations, qui se traduisent souvent par une ségrégation verticale, en tout cas depuis "Metropolis" (la ville-film de Fritz Lang, pas la cité de Superman !). Parmi les thèmes abordés, on traitera de la taille des villes et de la surpopulation, des bidonvilles, de la criminalité ou encore du contrôle et de la surveillance des habitants. Pour chaque thème, le texte s'appuie sur de nombreuses références littéraires et surtout cinématographiques (on a même droit à quelques photos, malheureusement de qualité très moyenne).
A l'image de Jean-Pierre Andrevon et de sa récente "Anthologie des dystopies", l'auteur a une grande culture des livres et films… mais a une prédilection pour Coruscant et l'univers "Star wars". Un peu trop à mon goût, la ville-planète servant à illustrer tous les thèmes (forcément, quand on pioche dans la quantité industrielle de romans écrits par de multiples auteurs dans cet univers, on trouve de tout…). Une autre référence revient aussi plusieurs fois pour illustrer le dernier chapitre sur le contrôle et la surveillance, c'est le roman d'Alain Damasio "La zone du dehors" et sa ville Cerclon ; cela m'a amusé car je venais justement de commencer à lire ce livre, un peu par hasard ! J'ai pour le coup parfaitement compris la référence, ce qui n'est évidemment pas le cas pour tout malgré mon assez bonne culture science-fictionnesque. Je précise cependant que cette culture, si elle est bienvenue pour profiter pleinement du livre et bien visualiser les exemples donnés, n'est pas indispensable à la bonne compréhension de ce qui, encore une fois, est avant tout un ouvrage de sociologie urbaine appliqué aux cités du futur.
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
YuyineYuyine   26 novembre 2019
Aujourd’hui, alors que le citadin apparaît de moins en moins comme un citoyen et de plus en plus comme un simple consommateur d’espaces et de territoires urbains, s’interroger sur ce que représente la ville dans nos sociétés modernes devient une nécessité à la fois sociale, culturelle et politique dont la science-fiction a su s’emparer.
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Videos de Alain Musset (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Alain Musset
Géographe et directeur d'études à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, Alain Musset s'est intéressé, au fil de ses travaux, à la question de la ville et des sociétés urbaines, tout particulièrement au Mexique. Passionné de science-fiction, fan ultime de Star Wars, il a publié récemment, dans la collection Parallaxe, “Station Metropolis direction Coruscant”, un ouvrage référencé sur les villes, réelles ou de SF, et les sciences sociales. L'un des rôles de la SF est d'accompagner, voire d'anticiper les évolutions de la société, et les villes font partie du sujet. S'emparant de ces villes imaginaires, Alain Musset les étudie comme si elles étaient réelles, avec les méthodes issues de la sociologie, de l'anthropologie et de la géographie urbaine, pour mieux appréhender le monde contemporain et ses enjeux futurs — avec en filigrane cette question lancinante : pourquoi la SF propose-t-elle si souvent des villes qui craignent ?
La rencontre sera animée par Roland Lehoucq, astrophysicien et directeur de la collection « Parallaxe » entre autres, et sera suivie d'un quiz, pour tenter de gagner des exemplaires de “Station Metropolis direction Coruscant”
https://www.belial.fr/alain-musset/station-metropolis-direction-coruscant
Illustrations : Cedric Bucaille (https://www.instagram.com/cedricbucaille/)
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