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Henry Bouillier (Éditeur scientifique)
ISBN : 2221058747
Éditeur : Robert Laffont (07/11/2002)

Note moyenne : 4.41/5 (sur 117 notes)
Résumé :
Où l'on découvre le génie de Jules Renard. Ses pensées et portraits au vitriol sur la littérature, le monde des salons parisiens, les femmes et la politique offrent une nouvelle image de l'auteur.
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
VanilleBL
  18 septembre 2013
Un journal est ce qu'il y a de plus éphémère. A la pointe de l'actualité aujourd'hui, obsolète demain. Il n'en est pas de même pour un journal d'écrivain qui, au-delà du fait quotidien, nous apporte un plaisir, nous offre une leçon, nous enrichit d'une réflexion... D'autant que Jules Renard n'a pas imaginé son journal comme une compilation d'écrits déjà publiés, ni comme un journal intime sur les mouvements de son humeur. A la lecture de son journal, qui est un vrai chef-d'oeuvre littéraire, jamais il ne se montre comme un auteur impudique tout émerveillé de son égo qui livrerait le fond de son âme. Bien au contraire, les pages de ce Journal montrent un homme qui doute, qui souvent se replie sur lui-même. Pas de romantisme ni de lyrisme dans ses écrits ; l'auteur a la dent dure et l'intransigeance des désabusés. Son style est celui d'un bourgeois de la fin du XIXème siècle, économe et lucide, elliptique et concis, ironique et sans illusion. Son écriture quasi quotidienne mêle "choses vues" et réflexions profondes, philosophiques parfois. Homme de son temps, ancré dans son époque, il fréquente le Tout-Paris des gens connus : Claudel, Toulouse-Lautrec, Guitry, Tristan Bernard ou Jaurès... On le suit dans ses rencontres, ses amitiés, sa vie dans un milieu parisien si brillant qui pourtant ne l'éblouit jamais. Il sait garder ses distances et c'est ce qui donne à son Journal cette profondeur qui distingue le simple document ou reportage de l'oeuvre littéraire. Ce Journal a bien été voulu et conçu comme tel, non comme un carnet de notes pour plus tard mais bien comme une oeuvre entière et complète en soi. En filigrane, on perçoit aussi tout ce qui relève de l'intime, si pudiquement effleuré. Jules Renard reste un pessimiste, profondément marqué par sa famille, une mère si dure et si peu aimante, le suicide de son père. La mort parcourt à pas feutrés ce Journal, jusqu'aux derniers mots écrits quelques semaines avant sa mort, le 6 avril : "...comme quand j'étais Poil de Carotte." L'écrivain a retrouvé son enfance. Il meurt le 22 mai 1910. Et parmi toutes les perles qu'il nous laisse dans ce Journal, s'il n'y en a qu'une à retenir, que ce soit celle-ci : "Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux."
Lien : http://www.paroles-et-musiqu..
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poissonrouge00
  02 août 2014
C'est une bible, un journal littéraire unique où les phrases en pointe sèche croquent toute une époque. Jules Renard parle de lui, des autres, du temps qui passe, de ses contemporains, avec une douce ironie, une tendre férocité. L'homme a le regard du peintre. Dérision, humour sont les palettes de cet auto-portrait unique. "Il y a des moments où tout réussit, il ne faut pas s'effrayer : ça passe !"
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sweetie
  03 février 2018
« Et ce Journal qui me distrait, m'amuse et me stérilise! », ainsi paraphrasait Jules Renard sur ses écrits quotidiens. J'aime beaucoup la forme littéraire du Journal, surtout lorsque rédigé par un écrivain renommé qui a marqué son époque. Lorsque François Busnel de la Grande Librairie a remis sur le tapis celui de Jules Renard, je me suis empressée d'aller m'en chercher un exemplaire à la bibliothèque. L'édition empruntée comportait une préface, une chronologie de la vie de l'auteur ainsi qu'un index des illustres écrivains évoqués dans l'ouvrage. Sur une dizaine de jours, je me suis imprégnée des tourments de Jules Renard : soucis d'inspiration, ennuis familiaux, crises existentielles et craintes de n'être pas reconnu à sa juste valeur par ses contemporains et par la postérité. le Journal s'étale de 1887 (Renard a 24 ans) à 1910 (l'année de sa mort à 46 ans) et fait surgir la Belle Époque, les théâtres de Paris, les salons littéraires, les assemblées politiques enflammées et aussi la campagne natale de Renard (département de la Nièvre), dont il décrit si bien les fulgurances et les habitants. Par des phrases lapidaires, Renard nous livre aussi des portraits sans fard de ses collègues et amis écrivains, lesquels profitent de judicieuses notes de bas de page pour se rappeler à nos mémoires (la mienne étant particulièrement déficiente). Ses mots d'esprit amusent autant qu'ils surprennent (un peu de misogynie, un soupçon d'intolérance, une goutte d'antisémitisme, peut-on dire que c'était un homme de son temps? ). Les travers humains y sont disséqués minutieusement, lui-même ne s'épargne pas et écorche au passage sa famille et le monde des arts. « Un écrivain dont l'oeil était aussi aigu que les mots », Jules Renard s'est efforcé dans son oeuvre de « donner la plante de la réalité avec ses racines ». Et un échange récent avec MarjorieD m'a convaincue d'entreprendre la lecture de Poil de Carotte...
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oiseaulire
  01 juillet 2018
Ayant souvent entendu encenser le journal de Jules Renard, c'est avec une anticipation joyeuse que je l'ai ouvert à l'année 1887 (le début.)
Ouf !
1ère page :
"Vous avez vos nerfs, madame, moi je n'en ai qu'un, mais il est de boeuf."
"La vertu des femmes, au contraire des lattes de boulanger, a d'autant moins de valeur qu'on y fait d'entailles."
"Aussi navrant que le "attendez que je mouille" d'une vierge."
"Une femme a l'importance d'un nid entre deux branches. "
2ème page :
"Meublée en arrière comme une jument de 1200 francs."
"Comme des ciseaux, la femme, avec ses cuisses qui s'ouvrent, coupe les gerbes de nos désirs."
"Appelons la femme un bel animal sans fourrure dont la peau est très recherchée."
3ème page ...
Non, je vais arrêter là et croire sur parole ceux qui crient ô merveille !
Car pour compenser tant de bêtise vulgaire, il faut en effet monter très haut et je ne doute pas qu'il le fasse (pourquoi remettre en cause l'avis unanime des lecteurs ?)
Seulement il arrive que les génies aient mauvaise haleine.
Certes il était un homme du 19 ème siècle et il était libre d'écrire ce qu'il voulait dans son journal. Comme je le suis d'en caler mon armoire, en attendant que passe ma déception.
J'avais beaucoup aimé Poil de Carotte : le talent ne devrait pas s'abaisser avec complaisance à la facilité hussardière. Une pochade en passant aurait suffi.
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gigi55
  13 février 2011
Jules Renard n'aime pas les dentelles, c'est un paysan qui va droit au but.
Il montre avec un naturalisme la vie des paysans (homme de femmes), des bourgeois parisiens, des artistes qu'il cotoie, et se montre lui-même sans fard.
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Citations et extraits (193) Voir plus Ajouter une citation
gigi55gigi55   13 février 2011
Le savant généralise, l'artiste individualise.
Journal, 17 janvier 1889

Je suis un libre penseur qui voudrait bien avoir pour ami un bon curé.
Journal, 5 novembre 1898

Chardon
C'et peut-être parce que le chardon pique qu'il ne criant pas la sécheresse.
Il ne faut pas être trop indulgent, un peu de haine protège.
5 juillet 1905

Chien
Pendant la guerre un homme se résigne à manger son chien, regarde les os qu'il laisse et dit :
- Pauvre Médor comme il se serait régalé !
12 février 1908

Clarté
La clarté est la politesse de l'homme de lettres.
7 octobre 1892

Coccinelle
Un petite tortue qui tout à coup s'envole.
12 juillet 1903

Cochon
Tout est beau, il faut parler d'un cochon comme d'une fleur.
Journal, 9 mai 1891

Fantastique
Il faudrait (...) distinguer le fantastique précis, analytique, géométrique, justifié, de Poe, du fantastique de ceux qui imitent ce qu'il y a en lui de moins bon, de cette terreur qui consiste (...) à voir des pieds nus sous les portes, des rideaux écartés par une main, et des mains de femme fraîchement coupées sur le marchepied d'un wagon (...). Le fantastique qui n'est que le rêve d'une imagination déréglée, pas dégraissée, n'a rien de commun avec le fantastique de Poe. La vie peut se passer de logique, la littérature, pas.
25 janvier 1894


Fantec
Hier, en lui expliquant de l'Ovide, je me suis emporté jusqu'à le traiter de petit imbécile et à me donner mal à la tête et à la gorge. J'ai passé une nuit absurde. Fantec a eu la colique et s'est levé plusieurs fois. Déjà j'ai des remords.
— Il ne fallait pas l'envoyer au lycée ce matin, dis-je à Marinette.
Je sens qu'elle a quelque chose à me dire. Elle le dit enfin, les larmes aux yeux.
— Écoute, je trouve que tu cries trop. A sa place, je serais abrutie, et, sans doute, il perd la tête. Quand il rentre, je lui dis :
— Ta mère trouve que je crie trop. Si cela te paralyse, dis-le-moi franchement. Je te parle en ami. Je veux faire de toi un homme, et je suis décidé à être toujours loyal, juste, et non à user contre toi d'une autorité que je ne me reconnais pas. Trouves-tu que je crie trop ?
— Oh ! non, répond-il.
— Quelquefois, emporté par le désir que tu comprennes, je te dis : "Tu as l'air d'un petit serin, d'un idiot !" Est-ce que je te froisse ?
— Oh ! non.
— Tu as eu une phrase, un "Est-ce que je sais, moi !" qui m'a paru presque de la révolte. Est-ce de la révolte ?
— Oh ! non. (...)
— Tu vois ! dis-je à Marinette qui nous écoute étonnée et attendrie.
— Alors, je ne comprends plus, dit-elle à Fantec. Pourquoi ne réponds-tu pas à des questions auxquelles je pourrais répondre, moi qui ne sais ni le latin ni le grec ?
— Je "chais" pas, dit Fantec. (...)
Vraiment, la communication est difficile entre un père et un fils quand le père ne veut pas être le maître jusqu'à l'injustice. Il ne paraît même pas touché par cette scène.
— Alors, les coliques, dis-je, ce n'est pas moi qui te les ai données ?
— Oh ! non, papa. (...)
C'est peut-être la leçon suprême de Poil de Carotte, sa dernière épreuve. Il essaiera, pour élever ses enfants, de faire le contraire des Lepic, et ça ne lui servira de rien : ses enfants seront aussi malheureux qu'il l'a été.
6 novembre 1901

Femme
Comme avec des ciseaux, la femme, avec ses cuisses qui s'ouvrent, coupe les gerbes de nos désirs.
Nous sommes las d'avoir fauché tant de désirs dans le beau champ de notre amour.
1887

Victor Hugo
Victor Hugo seul a parlé : le reste des hommes balbutie. Quelques-uns peuvent lui ressembler par la barbe, la largeur du front, les cheveux indéracinables et casseurs de ciseaux, effroi des barbiers, et la préoccupation de jouer un rôle comme grand-père ou comme homme politique. Mais, si j'ouvre un livre de Victor Hugo, au hasard, car on ne saurait choisir, je ne sais plus. Il est alors une montagne, une mer, ce qu'on voudra, excepté quelque chose à quoi se puissent comparer les autres hommes.
13 juillet 1893

Individu
Il s'agit non d'être le premier , mais unique.
2 juin 1899

Intellect
La vie intellectuelle est à la réalité ce que la géométrie est à l'architecture. In est d'une stupide folie (…) de vouloir appliquer à sa vie sa méthode penser, comme il serait antiscientifique de croire qu'il existe des lignes droites.
11 novembre 1888

Lire
J'aime lire comme un poule boit, en relevant fréquemment la tête, pour faire couler.
20 février 1894

Mystère
Parfois, tout, autour de moi, me semble si diffus, si tremblotant, si peu solide, que je m'imagine que ce monde-ci n'est que le mirage d'un monde à venir, sa projection. Il me semble que nous sommes encore loin de la forêt et que, bien que l'ombre des grands arbres déjà nous enveloppe, nous avons encore beaucoup de chemin à faire avant de marcher sous leur feuillage.
14 novembre 1887

Nostalgie
La nostalgie que nous avons des pays que nous ne connaissons pas n'est peut-être que le souvenir de régions parcourues en des voyages antérieurs à cette vie.
1887, s. d.

Pensée
Le mot est l'excuse de la pensée.
17 avril 1896
Une pensée écrite est morte. Elle vivait. Elle ne vit plus. Elle était fleur. L'écriture l'a rendue artificielle, c'est-à-dire immuable.
15 novembre 1888
Penser c'est chercher des clairières dans un forêt.
28 mars 1894

Singe
Le singe : un homme qui n'a pas réussi.
18 aout 1905

Statue
Faites à ma statue un petit trou sur la tête afin que les oiseaux y viennent boire.
10 décembre 1899

Travail
La peur de l'ennui est la seule excuse du travail
10 septembre 1892
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DravotDravot   29 octobre 2011
La modestie va bien aux grands hommes. C'est de n'être rien et d'être quand même modeste qui est difficile.

Je sais pourquoi je déteste le dimanche : c'est parce que des gens, occupés à rien, se permettent d'être oisifs comme moi.

Il faut avoir le courage de préférer l'homme intelligent à l'homme très gentil.
Il nous vient souvent l'envie de changer notre famille naturelle contre une famille littéraire de notre choix, afin de pouvoir dire à tel auteur d'une page touchante : "frère".
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tamara29tamara29   14 décembre 2014
Je veux loyalement me réfléchir et savoir l'état de cet être qui est en moi, qui me pousse depuis 30 ans. Je ne me regarde pas sans surprise. Ce qui me frappe d'abord, c'est mon inutilité, et pourtant, je n'arrive pas à me persuader que je n'arriverai jamais à rien. [9 Octobre 1894]
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liratouva2liratouva2   29 mars 2011
1 mars 1890
Défiez-vous des sceptiques à outrance : ils sont capables de juger bien sévèrement vos moindres actions.

30 mars 1891
C’est tout de même drôle que je ne puisse pas lire sans bâiller deux pages de Thackeray, dont j’ai l’humour, paraît-il.
1er avril 1891:
Renoncer absolument aux phrases longues, qu’on devine plutôt qu’on ne les lit.
13 mai 14892
Ne jamais rien faire comme les autres en art ; en morale faire comme tout le monde.
29 mars 1894
Notre amitié ne pouvait pas durer : nous nous sommes trop vidés l’un l’autre.
31 mars 1896:
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coco4649coco4649   31 mars 2017
 
 
* Des livres disparaissent mystérieusement, comme si l'auteur, nous
jugeant indignes, nous les avait repris.


Journal 1896/30 décembre.
p.252
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