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ISBN : 2020309009
Éditeur : Seuil (04/01/1997)

Note moyenne : 4.05/5 (sur 65 notes)
Résumé :
L'homme qui se livre ici est coupable. Quel est son crime ? Entre les murs de sa prison, cet ancien guide de musée confesse les dessous de son enfance, bercée par la haine du père, les Pensées de Pascal, les sarcasmes et l'ennui, les rêves jamais avoués que le meurtre a libérés. La parole est acide, jouissive, douloureuse parfois, salutaire peut-être...

"J'ai horreur des confidences. La plupart du temps, elles sentent mauvais et attirent les mouches. ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
Jolap
  24 mai 2018
J'ai découvert très récemment Lydie Salvayre juste en lisant son livre : Pas pleurer
J'ai aimé la manière dont elle avait organisé son récit le rendant vivant, musical et très singulier. Alors c'est tout naturellement que j'ai voulu poursuivre ma découverte de cette auteure avec La puissance des mouches.
Lydie Salvayre excelle dans les tête-à-tête. C'est un peu comme si elle prenait en charge un personnage, un seul, pour mieux le cerner, le sonder, le triturer, le comprendre, l'entourer et trouver en lui ce qui va servir une belle histoire, une histoire digne d'intérêt. Avant de se consacrer pleinement à l'écriture, Lydie Salvayre exerçait en tant que psychiatre hospitalier. Un pont ? Oui pour moi cela ne fait pas l'ombre d'un doute. Elle fait preuve d'empathie, de compassion et expose les souffrances, les blessures, les traumatismes de ses héros, mieux elle s'en nourrit pour mieux nous les faire apprécier, dévoilant l'espace baigné dans d'ombre et suggérant leur part inévitable de lumière. Elle travaille le rythme s'emballant dans les zones de turbulence et feutrant ses propos dans les moments d'accalmie. Nous avançons à pas lents et calculés. Elle multiplie les indices et nous laisse vérifier nos doutes, apprécier nos sentiments. A nous de voir ! C'est fort je trouve.

La puissance des mouches, c'est un interrogatoire dans une prison.
Celui qui est interrogé. Un meurtrier. Nous l'apprendrons à la moitié du récit. Il est guide à l'Abbaye de Port Royal des champs. Et comme si, encore une fois, l'auteure avait besoin d'une référence de choix, d'un faiseur de morale, d'un donneur de leçons, d'un philosophe patenté, juste pour donner du corps à l'ouvrage. Elle choisit Pascal dont le meurtrier s'éprend comme pour l'aider à ne pas sombrer dans le néant d'une vie ordinaire. Qui mieux que Pascal pourrait investir l'abbaye et son fidèle serviteur ?
Oui, ce prisonnier voue une véritable admiration à Pascal et égraine cette fascination dans une vie sordide pour lui donner un peu de souffle, pour se justifier d'être ce qu'il est, pour comprendre un peu mieux cette haine qui le ronge et qui ne fait que croître.
« Les hommes sont pareils aux chiens…..et en prononçant ces mots, monsieur le juge, je repense à maman qui est morte avant de mourir…. » . Il décrit juste l'enfer dans lequel il a été baigné, quand, enfant il vivait sous le joug d'un père brutal et d'une mère qui ployait sous les coups : « Maman possède un équivalent de la ceinture à clous de Pascal : c'est papa. » et un peu plus loin il résume : »Mon père n'a d'humain docteur, que sa méchanceté. et le meurtrier de poursuivre dans cette boucle infernale de l'existence : « Chaque jour, donc, je travaille à l'éducation de ma femme. Je l'asticote. Je la pique. Je l'attaque. Je la vexe. Je l'accable de sarcasmes et de petites scélératesses. Mon but est d'obtenir qu'elle se défasse entièrement de moi. » Oui….la boucle est bouclée ! La marionnette est dépendante.
.
Celui qui interroge ? Tour à tour un juge d'instruction, un psychiatre (tiens !) l'infirmier de la prison, l'avocat resteront des personnages muets. A nous de comprendre qui ils sont ! à nous de formuler leurs questions en lisant bien les réponses du meurtrier. On le fait sans difficultés. le récit est limpide. La puissance des mouches peut-être la puissance des mots. L'auteure nous dit : « La langue française doit être mise dans un écrin pour la sortir les jours de fête."
Elle nous fait partager quelques jours de fête avec délicatesse, fougue ou n'est-ce simplement que de la générosité.
Nous ne saurons le nom de la victime qu'à la dernière ligne du dernier chapitre, juste avant de fermer le livre.
L'Espagne malmenée en toile de fond, les Pensées de Pascal, la haine, tout est savamment articulé pour donner au lecteur un plaisir actif. Il est témoin dans un coin de la pièce avec une immense fenêtre ouverte sur des horizons de différentes formes et de différentes couleurs.
J'ai lu ce matin une critique de Rabanne qui déclare avoir abandonné sa lecture avant la fin de : Fugitive parce que reine. Trop cruel, trop dur, enfance trop bousculée, et trop c'est trop. J'ai bien compris le ressenti de rabanne et je le partage, mais là, ce n'est pas la même violence du-tout. le personnage gère lui-même cette brutalité et nous laisse en paix. Je ne comprends même pas pourquoi ce ressenti de cruauté tranquille. Je ne saurai l'expliquer. Un savoir-faire. La magie de l'écriture où les mots sont posés au bon endroit?

Pendant des années cette auteure a laissé parler ses patients. Elle a écouté certainement avec une attention toute professionnelle, mais plus encore. Elle a accumulé les vies, a empilé les fonctionnements et les réactions diverses, les expériences, les plaies béantes et les façons de voir. Elle les a gardés en mémoire comme un matériau fondamental qui, ajouté à sa solide formation littéraire et à son histoire familiale forment le creuset d'une source inépuisable de sujets romancés aux accents de vérité et aux touches autobiographiques.
Elle ajoute sa recette personnelle faite d'une infinie puissance et d'une infime légèreté….Exactement comme les mouches.
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Sylviegeo
  31 octobre 2017
Blaise, Blaise Pascal pense mouche, pense "La puissance des mouches". Un tout petit roman qui fait mouche (Oh , facile !)
Un homme se confie, en altenance, à son juge, son avocat, son docteur. Cet homme parle à tous ces gens de sa prison, accusé de meurtre. On ignore jusqu'à la fin qui est sa victime....
Son enfance? Terrorisé par un père violent, hargneux, ivrogne, monstrueux.
Sa vie adulte? Marié, sans enfant, sans amour.
Son métier? Guide à l'Abbaye Port Royal, il instruit, s'instruit, il réfléchit et fait réfléchir.
Son avenir? Outre le néant, n'importe quoi mais surtout ne pas être comme son père. Ne pas devenir cet être ignoble, plein de haine envers tout et tout le monde car:
"Savez-vous , monsieur Jean, que lorsque la haine vous atteint, elle s'empare de votre être? Et l'infeste. Et le mange tout entier. La haine, monsieur Jean, a la puissance des mouches... La haine , monsieur Jean, est sans discernement. Elle a la bêtise des mouches. ... La haine aime la merde, monsieur Jean. Sa parenté avec les mouches réside encore dans ce trait" (p. 85-86)
Cet homme, en se racontant mord tout autant dans l'ironie, la dérision, l'humour dans une langue variée au vocabulaire riche et érudit.
Avec Lydie Salvayre, Blaise Pascal et l'homme, on discute, on s'interroge et on passe un excellent moment.
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Herve-Lionel
  22 novembre 2014
N°833 – Novembre 2014.
La puissance des mouchesLydie Salvayre – le Seuil.
« Familles, je vous hais » cet apophtegme d'André Gide pourrait servir d'exergue à ce roman, et pas que la famille d'ailleurs. Jugez plutôt.
Il est des personnages de roman qui n'ont vraiment pas de chance. le héro de celui-ci est non seulement un meurtrier mais quand il s'adresse au juge d'instruction d'une manière un peu cavalière il est vrai, celui-ci ne peut que lui trouver des circonstances atténuantes. Il poursuit d'ailleurs ce dialogue avec l'infirmier de la prison, le psychiatre chargé d'évaluer son degré de responsabilité, l'avocat chargé de le défendre. En fait c'est une sorte de monologue, conséquence de questions posées mais qu'on ne connaît pas .
Apparemment le narrateur qui est aussi l'accusé a été conçu à la suite d'un viol puisque son père, gardien du camp d'Argelès après la défaite républicaine espagnole, a d'un seul coup dépucelé et engrossé sa mère. le couple qu'ils forment n'a rien d'idyllique, lui devenant un tyran domestique brutal et borné et elle une femme soumise et bientôt martyre. Ce fils a donc de qui tenir ! Pourtant il a fait ce qu'il a pu pour être différent de ce père. La preuve il lit Pascal simplement peut-être parce qu'il est guide au musée de Port-Royal, mais peut-être aussi parce qu'il aime lire, tout simplement. Pourtant la pensée de ce philosophe ne l'a pas empêché de devenir un meurtrier même si la victime n'est pas forcément celle qu'on à laquelle on s'attend.
C'est vrai que son existence est minable même si ce n'est pas vraiment de sa faute, coincé entre une épouse sans intérêt et un travail certes passionnant mais encadré par de petits chefs suffisants et condescendants qui lui font constamment sentir sa condition d'inférieur. Et comme si cela ne suffisait pas, il doit aussi faire face aux hommes importants qui parfois passent dans sa vie, mais sans le voir, il doit aussi supporter des visiteurs ignorants ou trop érudits, et même ses collègues. Bref, il méprise tout le monde et finit par soliloquer et par s'adonner à la boisson. La haine qu'il conçoit de tout cela a « la puissance des mouches »selon l'expression du même Pascal. On peut supposer que c'est cette haine des autres qui l'a amené à tuer mais en réalité on n'est sûr de rien, un peu comme lui sans doute, comme s'il cherchait lui aussi la raison de son geste. Ce dont on est sûr seulement c'est qu'il est un meurtrier.
C'est un personnage complexe pourtant que ce criminel et on a du mal à suivre son raisonnement. Qu'il haïsse l'espèce humaine ce n'est sans doute pas extraordinaire dans son cas, mais qu'il choisisse, dans ces conditions, Pascal comme livre de chevet est sans doute un peu étonnant. Et puis « prendre appui sur le néant » comme il dit, c'est un règle de vie que j'ai un peu de mal à comprendre. Si j'avais à être juré dans son procès, j'aurais sans doute du mal à m'y retrouver pour sanctionner un geste certes condamnable mais que son enfance et sa vie, sans l'excuser, pouvait largement l'expliquer.
Je ne connaissais pas cette auteur dont c'est le quatrième roman. J'ai bien aimé le ton sur lequel elle décline cette intrigue autant que le suspens qu'elle distille tout au long de ces pages. Avec elle, le roman policier prend une dimension psychologique que je préférerai toujours aux polars sanguinolents.
©Hervé GAUTIER – Novembre 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com
Lien : http://hervegautier.e-monsit..
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patrick75
  08 janvier 2015
Muni d'un humour noir, Lydie Salvayre nous livre un monologue, un récit doté de qualités littéraires indéniables.
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Christw
  27 janvier 2018
L'homme éperdu tient un monologue volubile face au juge, devant son avocat et son psychiatre, ainsi qu'avec monsieur Jean, gardien à l'infirmerie de la prison. Car l'homme est en détention, on ne sait pour quel méfait, il faut attendre le dernier quart du livre pour l'entendre se dire meurtrier et la toute dernière ligne pour connaître sa victime. La dimension de suspense n'est qu'une composante subsidiaire : le récit caustique et sombre analyse la généalogie complexe d'un homicide à travers le discours détaché de son auteur. L'écrivaine française réussit à inoculer de l'humour à ce portrait d'adulte instable dont se dégage progressivement une détresse consternante. Les écrits de Blaise Pascal font figure de bouée tragique pour un être captif de déterminations déplorables, conçu dans un camp pour réfugiés espagnols fuyant la guerre civile, un père tyran, une mère écrasée. D'où la haine, une haine vorace qui agit comme les mouches, dont Pascal disait "La puissance des mouches : elles gagnent des batailles, empêchent notre âme d'agir, mangent notre corps", haine que Lydie Salvayre prête à son personnage "Savez-vous, monsieur Jean, que lorsque la haine vous atteint, elle s'empare de votre être ? Et l'infeste. Et le mange tout entier. "
Ce passionné de l'oeuvre de Blaise Pascal a fini par s'intégrer socialement, se marier et devenir guide au musée de l'abbaye de Port-Royal. Mais son couple court vers la catastrophe de ses parents: "Maman possède un équivalent de la ceinture à clous de Pascal : c'est papa". Comment prendre appui sur le néant, relativiser grâce à des lectures ?
"Faut-il considérer, monsieur Jean, la lecture de Pascal comme un divertissement ?"
Aux touristes qui attendent des anecdotes légères, le guide sert de pesants extraits pascaliens. À la suite d'autres maladresses (il indispose une sommité politique – c'est hilarant – avec des passages des "Trois discours sur la condition des Grands"), il entre en opposition avec son chef, Molinier. Cette opposition va le précipiter dans un repli inéluctable.
"Car il dut avaler un nombre considérable de livres avant de chasser avec une inlassable patience les tournures locales et l'accent du terroir. Non. Pas rose : rôse. Rôse Melrôse dit de la prôse.
Mais comme tout cela est loin !
À présent M. Molinier est au fait.
Il a vu la dernière exposition consacrée à. Remarquable. Il a lu le dernier livre de. Et l'a jeté. Les noms des écrivains lui viennent à la bouche plusieurs fois dans le mois. Pour les louer ou les descendre. Selon le vent.
Car M. Molinier, à présent, a des avis tranchés."
L'exclusivité de la connaissance, au coeur du conflit avec le chef paternaliste et de plus en plus despotique, est un élément secondaire mais déterminant de la puissance des mouches. Lorsque Molinier s'aperçoit que le guide en sait beaucoup sur Pascal, au point de lui disputer le privilège de la référence culturelle, il engage un rapport de force afin de démontrer sa supériorité. L'apanage du savoir culturel est un pouvoir que certains ne supportent pas de voir disputé, surtout si l'on s'entend décocher par le subalterne l'apophtegme : "Voulez-vous qu'on croie du bien de vous, n'en dites pas."
Si l'on consent à la noirceur de ce soliloque éclairci de sourires corrosifs, voici un livre emporté, d'une plume savoureuse et énergique. Il efface largement le souvenir mitigé que m'a laissé le Goncourt "Pas pleurer". Notons que le procédé efficient du monologue choisi par Lydie Salvayre présente des similitudes avec celui repris par Tanguy Viel dans "Article 353 du Code pénal" (le dessein et le ton des romans restant différents).

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Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
LaRueMeurtLaRueMeurt   18 janvier 2016
Le propriétaire nous avait prévenu dès le jour de notre arrivée : Hennequin, notre voisin de droite, était un individu dangereux.

Tout avait commencé, avait dit notre propriétaire, par la construction d'un pigeonnier. Hennequin s'était rendu compte, une fois le pigeonnier de son voisin achevé, que celui ci bouchait la vue. En fait nous dit elle, Hennequin se moque totalement de la vue d'un village qu par ailleurs ils déteste. S'il est furieux, c'est pour une question de principe et uniquement pour une question de principe.

Ici, les gens détruisent leur vie pour des questions de principe, il faut que vous le sachiez. La construction du pigeonnier, ajouta-t-elle, a déclenché chez Hennequin la maladie de la persécution, maladie à laquelle les paysans sont particulièrement sujets, vous vous en rendrez compte, par vous même. Pour en guérir il aurait du partir, s'expatrier en Amérique, oublier les pigeons et leurs fientes. Mais il a fait tout le contraire. Il est resté sur place afin de pouvoir observer sans répit l'objet de son tourment et remâcher interminablement son préjudice. Ça l'a rendu méchant. C'était fatal. On dit qu'il a voulut étrangler sa femme, qu'il a crevé les pneus d'une voiture qui stationnait devant sa porte et versé du sucre dans le réservoir à essence de la Peugeot du boulanger. Il contrôle en permanence les alentours de sa maison dans un état d'alarme qui fait pitié. Tous les matins, quand il a finit de s'occuper de ses bêtes, il feint de travailler dans son jardin. Il arrache les mauvaises herbes, il bêche, il pioche, il arrose, mais en vérité, il est aux aguets, à l'instar des animaux auprès desquels il vit. Et quand il taille ses haies, dit la propriétaire, ce n'est pas, vous pensez bien, pour l'esthétique dont il se fout complètement, c'est pour inspecter et contrôler tous ce qui se passe derrière ses clôtures. Car les clôtures sont l'unique passion de sa vie. S'il le pouvait, Hennequin, passerait sa vie embusqué derrière ses clôtures, à les tailler, à les émonder, et à repérer derrière leur feuillages les moindres mouvements de l'ennemi. Rien ne lui échappe, dit elle. Il paraît qu'il s promène tout le jour armé d'une carabine.

Le plus simple, me disais je , pour obtenir le respect de notre voisin de droite, serait de commencer mes pourparlers par une agression préalable, comme cela se pratique avec succès chez les chiens et chez certains hommes d’État.
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SylviegeoSylviegeo   02 novembre 2017
C'est que le nez, au cours de son histoire, n'a jamais acquis la noblesse du regard, l'érotisme de la bouche ou la puissance féconde du gros intestin. Il est et reste un instrument non seulement utile (il parait toujours malséant de s'en servir) mais encombrant (je pense surtout au mien qui est long et triste, à l'instar de ma queue qui est longue et triste, de mon cou qui est long et triste, et à l'instar de toute ma personne qui est longue et triste et qui attire davantage le rejet dans toutes ses variantes que l'immédiate sympathie).
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SamousseSamousse   27 juin 2014
Un jour qu'une bande de rugbymen éméchés, que diable venaient-ils faire là? je ne m'en souviens plus, un jour, disais-je, qu'une bande de rugbymen éméchés perturbait l'ordonnance de ma visite par des ricanements, des remarques idiotes et les grimaces qu'ils faisaient dans mon dos (un guide de musée accompli a des oreilles dirigeables, monsieur le juge, et des yeux derrière la tête), je fis usage de tout l'ascendant que me donnait mon uniforme pour leur lancer d'une voix terrible Vous n'êtes pas ici, messieurs, pour vous divertir. Pascal, ajoutai-je, avait horreur du divertissement. Horreur. Le divertissement, messieurs, n'est là que pour nous faire oublier que nous sommes petits. Et mortels. C'est de la poudre, leur dis-je, jetée aux yeux de la mort. C'est un peu de néant en moins dans l'éternité du néant.
Les rugbymen se regardèrent avec des mines effarées.
Mais, dans sa rage de se distraire, l'homme est abominable, leur dis-je. Il ne veut pas reconnaître qu'il n'est rien. Rien, martelai-je. Les rugbymen étaient pétrifiés. De la crotte de bique, lançai-je. L'homme est de la crotte de bique, répétai-je. Mais est-il plus avancé quand il le sait? Non, dis-je. L'homme est voué indéfiniment à se mordre la queue. Et je partis d'un formidable éclat de rire.
Les rugbymen étaient atterrés. Ils croyaient avoir affaire à un fou. Et les rugbymen, malgré leur diamètre, sont, en règle générale, atterrés par les fous.
Inutile de préciser que le restant de la visite se déroula dans une ambiance de sépulcre.
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violette17violette17   06 mai 2012
Pour une déposition ? Et que dois-je déposer, je vous prie? Si je puis me permettre, monsieur le juge, ces détails n'ont aucune importance. A votre place, je n'en tiendrais pas compte. Vous connaissez votre métier? Je l'espère, monsieur le juge, je l'espère.
Puisque vous insistez, voici donc comment je pratique le mien. J'entreprends ma visite par la salle du bas. Je me poste devant le portrait de la Mère Angélique. Et d'une voix majestueuse,
Observez ce visage, leur dis-je. Il est laid. Moustachu. La bouche est avare et posée de travers. La mâchoire est énorme. On pourrait penser qu'il s'agit d'un travelo. Cependant, le visage de cette femme qui fut abbesse de Port-Royal exerça sur les esprits de son temps un magnétisme considérable. Pourquoi? leur dis-je. Parce que ce visage fut touché par la grâce divine.
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filsdejoiefilsdejoie   22 novembre 2014
A lire sans fautes ou à relire, après avoir refermé "Pas pleurer" et surtout faire connaitre cette écrivaine à la qualité de prose parfois inégale, mais tellement délicieuse, fine, maniant un francais subtil, poétique, riche et contemporain.
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Vidéo de Lydie Salvayre
Même pendant l?été, l?équipe du FIG et de l?AFIG reste mobilisée pour préparer le festival ! Le nom des personnalités invitées pour cette 28ème édition a été annoncé lors d?une conférence de presse lundi 17 juillet à Saint-Dié-des-Vosges : - Président du Festival : Michel Pastoureau - Présidente du salon du livre : Lydie Salvayre - Grand Témoin : Jean-Claude Guillebaud, La thématique sur les relations entre les animaux et les hommes fera l?écho d?une actualité portée sur l?annonce d?espèces animales en voie de disparition et les changement de mode de consommation : végétarisme, véganisme. La conférence de presse s?est déroulée en présence du : - Maire de Saint-Dié-des-Vosges, David Valence - Président fondateur du Festival, Christian Pierret - Gilles FUMEY, Professeur à l?université Paris-Sorbonne - Olivier HUGUENOT, Libraire Coordinateur du Salon du Livre Président de l?ADFIG Rendez-vous, prochainement, à Saint-Dié les 29, 30 septembre et 1er octobre 2017 pour suivre cette nouvelle édition du FIG !
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