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ISBN : 2070369382
Éditeur : Gallimard (01/03/2000)

Note moyenne : 3.74/5 (sur 139 notes)
Résumé :
Conseil de famille chez les von Gerlach : le père a convoqué sa fille Leni, son fils cadet Werner et johanna, sa bru, pour leur dicter ses dernières volontés. Il n'a plus que six mois à vivre, les médecins l'ont condamné. Après lui, Werner dirigera l'empire industriel des von Gerlach mais doit s'engager à ne jamais quitter Altona. Pourquoi cette condition sinon pour protéger Frantz, le fils aîné, qui se claustre dans sa chambre depuis treize ans et passe pour mort a... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
AMR
  11 février 2018
La pièce Les Séquestrés d'Altona est la dernière oeuvre théâtrale écrite par Jean-Paul Sartre et elle a été représentée pour la première fois en 1959. Quel plaisir pour moi de la relire et de me replonger dans mes anciennes notes d'étude et de lecture !
Cette pièce est ancrée dans L Histoire et l'actualité ; même si l'action se situe dans l'Allemagne nazie, après la Seconde Guerre mondiale, il s'agit pour l'auteur de dénoncer et de condamner les tortures perpétrées par les Français en Algérie ; il a lui-même déclaré en 1965 : " J'ai écrit Les Séquestrés d'Altona pendant la guerre d'Algérie. A cette époque on commettait là-bas en notre nom d'inexcusables violences et l'opinion française, inquiète et mal informée, ne réagissait guère. C'est ce qui m'avait donné le besoin de présenter la torture sans masque et publiquement. Point de thèse : il me paraissait qu'il suffisait de la montrer nue pour la faire condamner ".
La transposition en Allemagne donne une portée universelle à la pièce en mettant en lumière la répétition de l'Histoire tandis que le choix d'une période encore dans les mémoires insiste sur le fait que tout le monde est engagé et responsable de ce qui se passe.

Cette pièce est complexe ; les personnages sont ambivalents, ambigus et évoluent dans une ambiance sombre. C'est ce qu'on peut appeler un drame bourgeois, mais particulièrement long, trop sans doute pour une représentation. C'est une pièce à lire, plus qu'une pièce à voir.
Le serment du début est une parodie qui d'emblée sème le doute dans l'esprit du lecteur ou du spectateur. Par la suite, nous verrons que les personnages sont incapables de communiquer entre eux, que les couples sont mal assortis (Johanna et Werner) ou incestueux (Frantz et Léni). le thème du mensonge est récurrent tout au long de la pièce.
Frantz est une allégorie de la folie : il communique avec des personnages imaginaires et fantastiques à la nature indéfinie, hybride, mi hommes, mi crabes. À travers eux, il s'exprime et témoigne d'une histoire où il a lui-même été acteur. Il lui arrive même de s'identifier à eux. le crabe devient symbole de déraison avec sa démarche en biais. Sartre reconnaît que Frantz est une voix de l'écrivain et le définit ainsi : " mon principal personnage est un ancien officier allemand, auquel j'ai prêté beaucoup (le courage, la sensibilité, la culture, une morale puritaine) et qui prétend avoir été jusqu'au crime pour sauver son pays d'un danger mortel. Son acte est d'autant plus condamnable : on peut lui trouver des explications, pas une seule excuse. D'autre part sa séquestration volontaire, l'empressement qu'il met à se mentir et sa prétendue folie - qui n'est qu'un vain effort pour s'embrumer l'esprit - tout prouve qu'il a depuis longtemps pris conscience de son crime et qu'il s'épuise à se défendre devant des magistrats invisibles pour se cacher la sentence de mort qu'il a déjà portée sur lui-même".
Le Père, avec une majuscule, représente le type même du Pater familias ; c'est un véritable chef qui règle tout militairement, par la crainte et la fascination. Il est autoritaire, attaché à des valeurs obsolètes, mais également castrateur, empêchant toute liberté d'action sous des dehors protecteurs. Dans la pièce, il mène le jeu, comme un dramaturge intra-diégétique.
Johanna est l'épouse et la belle-fille : étrangère à la famille et à la maison, elle est moins facile à manipuler même si elle n'échappe pas au destin tragique de la fratrie. Elle sert de révélatrice ; sa prise de conscience porte les événements à la connaissance du public ; elle pose les bonnes questions.
Léni personnalise la passerelle entre la complexité de la pièce et les spectateurs ou lecteurs ; elle donne des clés d'interprétation ; il n'est pas anodin que son prénom soit l'anagramme du mot " lien ".
Werner, quant à lui, illustre la soumission au père, l'obéissance passive, le respect filial inconditionnel. Pourtant, son bureau moderne donne une image de la reconstruction de l'Allemagne, comme un sas entre l'enfermement familial et le monde extérieur.
Sartre utilise l'espace de la scène et les décors avec originalité ; les didascalies sont développées et précises. Ainsi, la chambre de Frantz a des allures de cellule mais avec un désordre trahissant le luxe bourgeois. La salle de bain devient l'endroit où on se cache comme dans un vaudeville. La pendule joue un rôle de dérèglement essentiel.
La division de l'espace met en lumière la difficulté des échanges ; les portes sont closes entre le salon du rez-de-chaussée et la chambre de l'étage. le salon illustre le cadre " bourgeois conventionnel " et conservateur par excellence avec son luxe factice ; la chambre symbolise l'univers désintégré de la folie.
Les jeux de lumière sont importants dans tout le déroulement de la pièce.
Le thème de la claustration est récurrent : tous les personnages sont en effet enfermés dans la maison de famille et donc dans la cellule familiale, sauf le Père qui peut voyager à Leipzig pour les besoins de son entreprise ; le Père veut les retenir même après sa mort en les faisant s'engager par la parole donnée au début. Quant à Frantz, il est en état de séquestration volontaire, forme minimale de survie. de plus, la configuration de la famille, particulièrement asphyxiante est l'occasion pour Sartre de proposer une critique de l'univers étouffant des familles bourgeoises en montrant surtout les conséquences désastreuses du comportement paternel.
La littérature critique rapproche naturellement Les Séquestrés d'Altona du nouveau théâtre et d'auteurs proches de Ionesco ou Beckett en se basant notamment sur les contrastes dans les décors, sur la question de l'enfermement et sur la satire des valeurs bourgeoises et familiales. Ma formation plus classique m'entraine plutôt à rapprocher cette pièce de la tragédie : unité de lieu, de temps et d'action, cinq actes… une prédestination puisque rien ne peut plus être tenté pour réparer la faute commise, que la mort du Père est annoncée dès le début de la pièce… un choix " cornélien " pour Frantz (mettre en danger ses soldats ou torturer des partisans).
Pour conclure sur cette oeuvre magistrale, j'ai bien envie de reprendre la démarche didactique de Sartre en le citant : " aucun de nous n'a été bourreau mais, d'une manière ou d'une autre, nous avons tous été complices de telle ou telle politique que nous désavouerions aujourd'hui. Nous aussi nous nous fuyons et nous revenons sans cesse à nous demander quel rôle nous avons joué - si petit qu'il ait été - dans cette Histoire qui est la nôtre, que nous faisons et qui déchire et dévie des actions que nous devons pourtant reconnaître pour les nôtres. [...] comment les magistrats invisibles - nos petits fils - nous jugeront-ils ? En ce sens, Frantz, cas limite, fuyard qui se questionne implacablement sur ses responsabilités historiques devrait, si j'ai de la chance, nous fasciner et nous faire horreur dans la mesure même où nous lui ressemblons ".
Il s'agit bien pour l'auteur de mettre en lumière une culpabilité collective, notre proximité avec des monstres, de montrer le rôle que chacun tient dans le théâtre du monde, de réfléchir non seulement sur notre responsabilité dans L Histoire mais aussi sur l'effet de l'Histoire sur nos comportements, et peut-être sur sa possible absurdité.
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lecassin
  17 octobre 2012
Les Séquestrés d'Altona est une pièce en cinq actes de Jean-Paul Sartre, représentée pour la première fois au théâtre de la Renaissance le 23 septembre 1959
Après l'insuccès de Nekrassov en 1955, qui l'a meurtri, Jean-Paul Sartre revient au théâtre. On sait que de gaulle est revenu au pouvoir en 1958, avec « les pleins pouvoirs », justement et que les troubles en Algérie ne font que s'aggraver…Sartre décide de traiter à travers cette pièce « Les sequestrés d'Altona » de la guerre d'Algérie en général, et en particulier de la torture…
L'action de la pièce se situe dans une famille d'Allemagne de l'Ouest, treize ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale. le père est mourant. Il convie son fils cadet, Werner, pour lui signifier qu'il sera l'héritier de ses affaires... en même temps qu'il devra prendre l'engagement solennel que lui et sa femme Johanna resteront habiter à vie dans la maison familiale dans le but de s'occuper de Frantz, l'aîné de la famille qui vit cloîtré dans sa chambre, au grenier, depuis qu'il est rentré du front soviétique, et qu'il a été déclaré mort.
« Les séquestrés d'Altona », c'est « Huis-clos » élargi, car il s'agit bien là d'un huis-clos… Quel est le secret de Frantz ? On sera amenés à le découvrir dans toute son horreur. Un secret qui ne peu que conduire à une fin tragique, on s'en doute…
Pour ma part, une des meilleures pièces de Sartre.
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Darkcook
  03 janvier 2013
Ah la la... C'est avec l'étude de cette oeuvre que je découvrai cet auteur, et j'avais été transcendé, il y a de cela quatre ans. Malheureusement, les cours ont ensuite été annulés, et je n'ai jamais pu avoir d'analyse aboutie professorale. Mais elle avait su faire son impact. le souvenir est un peu flou, je me rappelle surtout de mes impressions de lecture.
Le concept, un personnage fou, Hamletien, enfermé dans sa chambre, traumatisé à jamais par la seconde guerre mondiale, avec la maison qui fait semblant de vivre autour de lui, ne pouvait que me plaire. J'ai surtout été marqué par le conflit avec son père, le salut qu'il pouvait potentiellement trouver dans une histoire d'amour impossible avec Johanna (prénom féminin magique) et la fin magnifique, évoquée par la force des mots, qui a lieu en dehors de la scène... Un des classiques de mes débuts à la fac, à relire dans un contexte plus éduqué!
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Leps
  14 décembre 2010
Pièce de théâtre phare que Jean Paul Sartre a écrit en 1959, Les Séquestrés d'Altona aborde le thème de la possibilité de commettre ce que Sartre et nombre d'intellectuels considèrent le mal absolu en temps de guerre, la torture. Il n'est en effet pas anodin que Sartre ait écrit cette pièce au lendemain de la bataille d'Alger de 1957, tristement célèbre par les moyens employés par l'armée française pour venir à bout du FLN à Alger.
Sartre situe l'action en Allemagne de l'Ouest, treize ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale. le père de famille, qui est mourant, convie son fils cadet, Werner et lui demande de prendre en héritage son industrie. En contrepartie, Werner et sa femme Johanna doivent jurer qu'ils resteront jusqu'à la fin de leur vie dans le manoir familial afin de s'occuper de Frantz, frère aîné de Werner qui vit cloîtré dans sa chambre depuis qu'il est rentré du front soviétique, et qui a été déclaré mort.
Le centre de gravité de cette pièce est Frantz, de ce mystérieux personnage, qui entretient des liens malsains avec la seule personne qu'il daigne voir, sa soeur. Ce Frantz, dont on ne sait jamais s'il est complètement fou ou s'il simule sa folie pour s'exonérer d'un crime horrible commis alors qu'il était officier dans la Wehrmacht…
Frantz, que son père adore autant qu'il méprise Werner, s'est engagé en 1941 afin de protester contre la soumission volontaire de son père aux Nazis. Mais c'est au cours de cette guerre que Frantz va commettre l'irréparable et perdre la raison, lui s'insurgeait contre le sort réservé aux Juifs en Allemagne.
On ne révèlera pas le dénouement de la pièce, dont on sent bien qu'il ne peut être que tragique. On peut néanmoins saluer le travail de Sartre qui au travers de cette oeuvre, souligne les nombreux paradoxes de la société allemande de l'après guerre : parmi les pires collaborateurs figuraient des gens en apparence respectable, des industriels n'ayant aucun lien avec les nazis, pour qui la guerre n'était qu'une période comme une autre pour faire de bonnes les affaires.
Pièce dérangeante mais passionnante, très bien écrite, dont on ne peut que recommander la lecture.

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chartel
  09 octobre 2007
Encore une pièce de théâtre assez insupportable à lire. Et comme toujours, je me pose la question: une pièce de théâtre difficile à lire n'est-elle pas justement intéressante à jouer? Les acteurs peuvent ainsi donner libre cours à leur imagination et dévoiler la palette de leur jeu, puisqu'ils ne sont pas bridés par la beauté du texte.
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Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
jojobegoodjojobegood   24 septembre 2014
Je te l’interdis ! Je mourrai, je suis déjà morte et je t’interdis de plaider ma cause. Je n’ai qu’un seul juge : moi, et je m’acquitte. O témoin à décharge, témoigne devant toi-même. Tu seras invulnérable, si tu oses déclarer “J’ai fait ce que j’ai voulu et je veux ce que j’ai fait“.
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gillgill   18 avril 2012
J'ai cru forger le nom de Gerlach. Je me trompais : c'était une réminiscence. Je regrette mon erreur d'autant plus que ce nom est celui d'un des plus courageux et des plus notoires adversaires du National-Socialisme.
Hellmuth von Gerlach a consacré sa vie à lutter pour le rapprochement de la France et de l'Allemagne et pour la paix. En 1933, il figure en tête des proscrits allemands ; on saisit ses biens et ceux de sa famille. Il devait mourir en exil, deux ans plus tard, après avoir consacré ses dernières forces à secourir ses compatriotes réfugiés.
Il est trop tard pour changer le nom de mes personnages, mais je prie ses amis et ses proches de trouver ici mes excuses et mes regrets.
(Note préliminaire insérée en début de l'édition parue chez "Folio" en 1972)
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jojobegoodjojobegood   24 septembre 2014
-Les fous disent la vérité, Werner.
-Vraiment ? Laquelle ?
-Il n’y en a qu’une : l’horreur de vivre.
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jojobegoodjojobegood   24 septembre 2014
Elle voulait tout, je suppose : c’est jouer au perdant. Elle a tout perdu et s’est enfermée dans sa chambre pour faire semblant de tout refuser.
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poupoumafiapoupoumafia   06 avril 2014
Le Mal, Messieurs les Magistrats, le Mal, c'était l'unique matériau. On le travaillait dans nos raffineries. Le Bien, c'était le produit fini. Résultat : le Bien tournait mal. Et n'allez pas croire que le Mal tournait bien.
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Vidéo de Jean-Paul Sartre
"Prête à tout pour former un couple mythique avec un grand écrivain"
En librairie le 17 octobre 2018 144 pages ? 15 ?
« Ma chambre se prête à la volupté. C?est là que j?écris. J?ai ce rêve fou de mettre des plumes sous ma couette. de mêler amour et littérature en faisant couple avec un grand écrivain. Grâce à ses confidences sur l?oreiller, peut-être parviendrai-je à percer les secrets de fabrication d?un best-seller?Madame de Staël faisait salon. Moi, je ferai chambre. » Anne rêve de rencontrer le Henry Miller ou le Jean-Paul Sartre d?aujourd?hui qui fera d?elle la nouvelle Anaïs Nin ou Simone de Beauvoir de sa génération. Elle part (ainsi) à la conquête de Saint-Germain-des-Près avec l?intention de séduire journalistes, éditeurs et écrivains branchés. Hélas, ses aventures érotico-littéraires ne se déroulent pas tout à fait comme elle se l?était imaginé? Avec un humour caustique, l?auteur brosse le portrait de personnalités du monde littéraire parisien. Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé ne serait pas purement fortuite?
Amandine Cornette de Saint Cyr a été l?assistante de Stéphane Bern au Figaro Madame et a travaillé à la télévision. Elle a publié deux romans : Bonne à rien (Anne Carrière, 2007) et Les dents de ma mère (Plon, 2012). Elle est la fille de la galeriste Sylvana Lorenz et l?ex-belle-fille du commissaire-priseur Pierre Cornette de Saint Cyr. Elle réside à Paris et se rend souvent à Nice.
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