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Patrick Lévy (Traducteur)
EAN : 9782070325030
384 pages
Éditeur : Gallimard (04/04/1989)

Note moyenne : 3.96/5 (sur 199 notes)
Résumé :
L'homme se tient sur une brèche, dans l'intervalle entre le passé révolu et l'avenir inconnaissable. Il ne peut s'y tenir que dans la mesure où il pense, brisant ainsi, par sa résistance aux forces du passé infini et du futur infini, le flux du temps indifférent.
Chaque génération nouvelle, chaque homme nouveau doit redécouvrir laborieusement l'activité de pensée. Longtemps, pour ce faire, on put recourir à la tradition. Or nous vivons, à l'âge moderne, l'usu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
Luniver
  20 juillet 2018
Si vous désirez une lecture légère pour la plage, fuyez ! La crise de la culture ressemble plutôt à une pierre ponce inversée : le livre n'a l'air de rien à vue de nez, mais il faut prendre une pause d'une demi-heure à chaque page pour bien assimiler ce qu'on vient de lire.
L'investissement en valait cependant la peine. L'essai met des mots précis sur des concepts un peu vagues que je ressens depuis quelque temps (et je ne parlerai donc que de ceux-là dans la suite de cette critique). Globalement, le monde occidental repose depuis des siècles sur un trio de fondements qui se renforcent mutuellement :
- la tradition : on sait qui on est, et qui on a toujours été (même si paradoxalement, ça peut changer souvent au fil des générations. Mais à tout moment donné, la majeure partie de la population a une référence unique en tête).
- l'autorité : on reconnaît qu'il y a des gens qui savent très bien quoi faire pour être encore mieux nous-même, et on leur fait naturellement confiance dans leurs prises de décision.
- la religion : on n'est pas nous-même sans raison, et il y a des transcendances qui justifient parfaitement nos comportements.
Or, ces derniers temps, toutes ces belles certitudes ont été pulvérisées par les philosophes, les scientifiques et les historiens, et souvent brillamment. On se sait plus très bien qui on est, ni même si ce « on » a bien un sens ; toutes les valeurs deviennent relatives, et il est difficile de savoir au nom de quoi on pourrait bien donner des leçons aux autres ; quant à l'autorité, vu que le respect naturel qui doit la provoquer n'a plus de base stable, elle est bien souvent remplacée par des petites crises de violence et/ou de rapports de force qui ne mèneront pas à grand-chose.
Il ne s'agit cependant pas d'être nostalgique de vérités passées : l'auteur montre que l'idée même d'un événement fondateur dans le passé dans lequel tout le corps social se reconnaît ne fonctionne tout simplement plus dans nos sociétés. Et que les tentatives d'en inventer de nouveaux se cassent la gueule encore plus vite que ceux qu'elles prétendent remplacer. Mais en tout cas, rien n'a encore émergé pour remplacer ce concept, et on gère désormais les problèmes au jour le jour, sans vraiment avoir de vision d'avenir claire. Est-ce que c'est grave ? Est-ce qu'on finira par nous découvrir une nouvelle cohésion ? Est-ce qu'on tiendra le choc face aux sociétés qui savent très bien, elles, où elles veulent aller ? L'avenir nous le dira.
L'essai demande pas mal d'efforts, mais je pense qu'il en vaut largement la peine si on veut vraiment réfléchir en profondeur à ces questions et éviter les lieux communs habituels.
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karenbzh
  22 novembre 2017
La crise de la culture, écrit par Hannah Arendt, de son titre original Between Past and Future est un recueil de pensée politique comprenant huit essais dont La crise de la culture qui s'intéresse particulièrement au rapport entre Société et Culture et étudie les phénomènes de Société et Culture de masse ; il a été publié pour la première fois en 1961.
La « Culture de masse » est la culture de la « Société de masse » ; ces deux termes ont longtemps été péjoratifs : En effet, la « Société de masse » désignait au départ une forme débauchée de la Société, le terme de « culture de masse » apparaît donc antinomique. La culture étant représentative de la classe sociale dirigeante et cultivée, à contrario de la masse englobant la classe inférieure, jugée inculte. le premier but de ce concept est d'intellectualiser le « kitsch », en partant du principe que la Société de masse va devenir universelle. Ce phénomène provoque l'inquiétude des intellectuels ; on ne peut envisager de laisser la « culture populaire » au petit peuple. La question qu'Hannah Arendt pose est de savoir si ce qui est vrai pour la « Société de masse » l'est aussi pour la « Culture de masse ». Les rapports entre la culture et la Société ont toujours été ambigus. En Europe, le snobisme et le goût de la bonne culture sont apparentés au rang social. La littérature et la peinture américaines ont eu une forte influence sur le développement de l'art moderne, y compris dans des pays adoptant des attitudes anti-américaines. Sur le continent américain, il y a moins de rapport entre la culture et la position sociale, d'où une forte influence de cette culture sur l'art moderne qui est le fruit d'une rébellion à l'égard de la Société bien pensante européenne. La « Société de masse » est apparue lorsqu'on a englobé toutes les catégories sociales dans la Société, y compris la masse de la population ; auparavant, la Société n'était représentée que par les individus jouissant de richesses et de loisirs et donc ayant des moyens et du temps à accorder à la culture. L'apparition du terme de « Société de masse » semble indiquer que l'ensemble du peuple, libérée de ses travaux harassants, peut désormais disposer de loisirs pour la culture. Il semblerait que l'origine de cette bonne société remonte à l'époque des cours européennes absolutistes et en particulier celle de Louis XIV, qui sut, en rassemblant sa cour à Versailles assujettir la noblesse en faisant d'eux de courtisans, les écartant ainsi de tout pouvoir politique. le précurseur de l'homme de masse serait l'individu découvert par Rousseau ou John Stuart Mill, auteurs en rébellion contre la Société bien pensante. Depuis, la Société et ses individus n'ont cessé d'être en conflit, tant dans la fiction que dans la réalité. L'homme, partie intégrante de cette Société qui n'a de cesse de lui « prendre le meilleur de lui-même » et à laquelle il cherche continuellement à se démarquer. Auparavant, la Société n'était restreinte qu'à certaines classes de la population ; l'englobement de certaines classes faisant alors partie de la « non-société » crée alors un malaise chez ses individus qui ne se trouvent plus d'échappatoire. On peut souligner que l'artiste est le dernier individu de la « Société de masse ». Il faut bien distinguer la Société de la « Société de masse ». Paradoxalement, l'artiste s'est détourné de la Société, qui le rejetait en tant qu'individu. C'est ce rejet qui a conduit à l'art moderne, qui n'était au départ qu'un refus à l'égard de cette Société. Curieusement, et c'est là qu'est toute l'ambivalence de ce rapport, la Société s'intéresse à toutes formes de culture présumée. La Société s'accapare la culture, qui devient signe de position sociale et de qualité. La culture devient, dès lors, un moyen de réussite sociale et « d'éducation ». de tous temps, les rapports entretenus entre Société et Culture ont été ambivalents : la Société recherche la Culture dont elle a besoin, tout en rejetant l'artiste qui la crée et se sent donc menacé par cette même Société et cherche à s'en éloigner. Ce phénomène est cependant bien plus présent en Europe que sur le sol américain. L'Europe est dominée par un philistinisme qui veut que l'utilité passe avant la nature et l'art jugés inutiles. Ce qui n'empêche pas la Société de rechercher la Culture et de se l'approprier. La « Société de masse », à l'inverse de la Société classique englobe l'ensemble de la population, ce qui peut parfois provoquer des tensions entre les différentes couches de la Société et conduire à des rébellions de la part des classes lésées qui se cherchent une échappatoire qu'ils ne trouvent plus dans la « Société de masse ». La « Culture de masse » est donc la culture de cette « Société de masse », sans pour autant être laissée à la « masse » du peuple, mais à l'ensemble des couches sociales, donc inévitablement à la classe dirigeante.
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Fx1
  31 mars 2014
De tout temps la culture a toujours était un élément prépondérant. du reniement de celle - çi dépend l'avénement d'une vision populiste de la société. La culture est l'ennemie la plus faouche des populistes et autres démagos. La lutte pour le maintien d'une culture digne de ce nom n'occupe que trop peu de place dans la société contemporaine . L'aliénation de masse la détruit et la place dans une position trés compliquée. Hannah Arendt a choisie de porter ce difficile combat dans une oeuvre qui aborde avec force les différentes problématiques rencontrées par la culture dans un monde ou elle passe clairement au second plan. Hannah Arendt organise son livre en plusieurs mouvements , qui aborde la liberté , la culture , l'éducation , l'autorité , ect. le spectre des thématiques est ici trés large et cela demande une lecture attentive afin d'assimiler concrétement tout ces éléments . Hannah Arendt traite ici de la confrontation entre la perte de latradition et le nouvel age de la culture et du chemin a parcourir entre le passé dont l'on ne veut plus forcément et l'avenir que l'on ne souhaite pas forcément connaitre car l'on en a peur. Cette aventure de la culture est particuliérement passionante et Mme Arendt la fait vivre de la maniére la plus riche que l'on puisse connaitre. Une oeuvre fondamentale de plus à l'actif de cette grande dame de la pensée.
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vincentf
  24 février 2013
Que reste-t-il dans le monde déboussolé d'aujourd'hui des grandes notions qui en ont façonné la pensée, comme la liberté, l'autorité, la vérité, la tradition ou l'histoire? Les analyses serrées d'Hannah Arendt montrent à quel point celles-ci sont ébranlées, que les expériences politiques et scientifiques radicales du vingtième siècle ont mis à mal tous les repères. Elle montre aussi l'écart qui existe entre la pensée solitaire du philosophe et la vie dans la cité, où la vérité importe beaucoup moins que l'action, où l'éducation, en voulant épouser les besoins de l'enfant, devient vide de sens, où la culture, en se démocratisant, se transforme en banal objet de consommation. le monde nous échappe, et nous ne pouvons que le penser sans coller à lui, que faire semblant de l'adapter à la faiblesse de nos sens imparfaits. La crise ouverte est loin d'être refermée.
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LePetitBleuDeLaCoteOuest
  03 juillet 2020
C'est à cela que l'on est un grand penseur : son esprit visionnaire.
Ce livre est composé de huit essais et a été publié en 1968.
Dans le dernier essai, Hannah exprime la crainte que si l'Homme continue à manipuler la nature comme il le fait, sans réfléchir.
Pratiquant la science sans conscience, on pourrait dire, il va à sa perte (« La conquête de l'espace et la dimension de l'homme).
Pour Hannah, nous vivons sur une brèche, entre passé et futur.
Pour supporter d'être sur cette brèche, une seule solution : la pensée.
Alors pensons…
A travers plusieurs textes, abordant :
La pensée politique, l'histoire, l'autorité, l'éducation, la culture, la liberté et la vérité en politique.
Ce qui relie ces textes c'est la référence à l'Antiquité principalement et le traitement par le biais de la politique qui passionnait Hannah, elle se définissait d'ailleurs comme politologue.
Dans son premier texte, justement, la pensée politique qui commence avec Platon et Aristote qui se détournent de la politique pour rejoindre le ciel clair des idées éternelles et se termine avec le philosophe Marx qui, lui, inversement va rejeter la philosophie pour faire de la politique.
La société idéale de Marx, affranchie de tout travail, rejoint en partie celle de l'Antiquité. C'est-à-dire, une société presque sans travail, dans laquelle on peut se consacrer à des choses plus élevées…
Mais Hannah relève les contradictions de la pensée marxiste : plus de philosophie, plus de violence, plus de travail. Alors quoi ?
Elle met ensuite dos à dos Nietzsche, Kierkegaard et Marx qui ont contesté le passé mais en se servant de ses outils conceptuels, ne provoquant qu'un retournement.
Il est ensuite question d'histoire.
Le père de l'Histoire occidentale, c'est Hérodote.
Il veut faire briller dans ses guerres médiques les actions glorieuses des Grecs et des barbares.
Il voulait « sauver les actions humaines de la futilité qui vient de l'oubli »
Laisser une trace des mortels que nous sommes dans un monde immortel.
Car si le problème de l'immortalité ne se pose pas, par exemple, pour les chrétiens, elle se pose pour les autres...
Il est ensuite question d'autorité, de liberté, de culture.
En ce qui concerne l'autorité, elle repose depuis les romains sur deux autres piliers : la religion et la tradition.
C'est une erreur de croire que l'on peut se passer de l'un des trois, pense-t-elle.
Robespierre et Machiavel, se sont inspirés des Romains.
Mais les Romains se servaient des violences passées, eux y ont légitimé la violence.
Sur la crise de l'éducation. Hannah prend l'exemple les States.
L'éducation est primordiale dans un pays qui accueille beaucoup de nationalité. La crise en Amérique, dit-elle, annonce celle des autres pays. Et elle est en lien avec celle de l'autorité.
Concernant la liberté, il y a la liberté en nous mais pour la tester, il faut d'abord une société libre.
Évoquant ensuite la culture de masse, ce qui inquiète Hannah, ce n'est pas que la culture se démocratise, mais que cette démocratisation se fasse au détriment de la culture elle-même.
Pour Kant, la pensée est solitaire alors que le goût se partage. Comme la politique, complète Hannah.
Il est aussi question de vérité et de politique avec cette phrase terriblement d'actualité : « Il n'a jamais fait de doute pour personne que la vérité et la politique sont en assez mauvais termes, et nul, autant que je sache n'a jamais compté la bonne foi au nombre des vertus politiques. »
J'ai été assez fasciné par l'intelligence et la culture de cette dame.
La façon éclairante qu'elle a de faire référence aux penseurs anciens pour comprendre le présent et appréhender l'avenir.
C'est un des livres les plus passionnant et « nourrissant » qu'il m'ait été donné de lire.

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Citations et extraits (29) Voir plus Ajouter une citation
magirevemagireve   12 juillet 2020
La scène où Ulysse écoute l'histoire de sa propre vie est paradigmatique à la fois pour l'histoire et pour la poésie; la "réconciliation avec la réalité", la catharsis, qui, selon Aristote, était l'essence de la tragédie, et, selon Hegel, le but ultime de l'histoire, se produisait grâce aux larmes du souvenirs.
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kilitoukilitou   14 août 2010
C'est également avec l'éducation que nous décidons si nous aimons assez nos enfants pour ne pas les rejeter de notre monde, ni les abandonner à eux-mêmes, ni leur enlever leur chance d'entreprendre quelque chose de neuf, quelque chose que nous n'avions pas prévu, mais les préparer d'avance à la tâche de renouveler un monde commun.
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moklosmoklos   19 septembre 2007
Puisque l’autorité requiert toujours l’obéissance, on la prend souvent pour une forme de pouvoir ou de violence. Pourtant l’autorité exclut l’usage de moyens extérieurs de coercition ; la où la force est employée, l’autorité proprement dite a échoué. L’autorité, d’autre part, est incompatible avec la persuasion qui présuppose l’égalité et opère par un processus d’argumentation… Historiquement nous pouvons dire que la disparition de l’autorité est simplement la phase finale d’une évolution qui a sapé principalement la religion et la tradition.
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blanchenoirblanchenoir   01 juillet 2016
La culture, mot et concept, est d'origine romaine. Le mot "culture" dérive de colere - cultiver, demeurer, prendre soin, entretenir, préserver - et renvoie primitivement au commerce de l'homme avec la nature, au sens de culture et d'entretien de la nature en vue de la rendre propre à l'habitation humaine (...) Il semble que le premier à utiliser le mot pour les choses de l'esprit et de l'intelligence soit Ciceron. Il parle de excolere animum, de cultiver l'esprit, et de cultura animi au sens où nous parlons aujourd'hui encore d'un esprit cultivé, avec cette différence que nous avons oublié le contenu complètement métaphorique de cet usage.
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LuniverLuniver   05 juillet 2018
[L]a naissance de l'idée moderne d'histoire n'a pas seulement coïncidé avec la mise en question à l'époque moderne de la réalité d'un monde extérieur « objectivement » donné à la perception humaine comme stimulé par ce doute. Dans notre contexte, la plus importante conséquence de ce doute fut l'accent mis sur la sensation qua sensation comme plus « réelle » que l'objet « senti » et, en tout cas, comme seul fondement sûr de l'expérience. Contre cette subjectivisation, qui n'est qu'un aspect de l'aliénation du monde toujours croissante de l'homme à l'époque moderne, aucun jugement ne pouvait résister : ils étaient tous réduits au niveau des sensations et finissaient au niveau de la plus basse de toutes les sensations, la sensation du goût. Notre vocabulaire est un témoignage parlant de cette dégradation. Tous les jugements qui ne sont pas inspirés par un principe moral (considéré comme démodé) ou qui ne sont pas dictés par quelque intérêt personnel sont considérés comme une affaire de « goût », et cela dans un sens peu différent que celui qu'on a en tête quand on dit que c'est une affaire de goût de préférer la bouillabaisse à la soupe aux pois.
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Videos de Hannah Arendt (23) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Hannah Arendt
Olivia Tapiero nous propose une lecture-performance autour des textes de Jacques Derrida et de Hannah Arendt.
''Auto-immunités, suicides réels et symboliques'' de Jacques Derrida ''Idéologie et terreur'' dans ''Les origines du totalitarisme'' de Hannah Arendt
>Histoire : généralités>Histoire générale du monde>A partir de 1450. Histoire moderne (10)
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