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EAN : 9782246630111
382 pages
Grasset (08/09/2004)
3.66/5   48 notes
Résumé :

A la question : " Quel serait votre plus grand malheur ? ", Marcel Proust avait répondu : " Etre séparé de maman "... Jeanne Proust, née Weil en 1849 dans une famille juive venue d'Alsace et d'Allemagne, est la mère du plus célèbre des écrivains.

Possessive, aimante, omniprésente de son vivant mais aussi après sa mort dans l'œuvre de son fils, elle l'a protégé, éduqué, influencé, bien au-delà de l'image pieuse du baiser nocturne au narrateu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
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« Ma vie a désormais perdu son seul but, sa seule douceur, son seul amour, sa seule consolation » écrivit Marcel. La descente aux enfers durât deux ans avec des rémissions, des rechutes, des crises. Maman en mourant a emporté le petit Marcel, confia-t-il aussi.

Le petit Marcel était bien mort mais il avait donné naissance à l'écrivain. Un Marcel Proust qui passerait le reste de ses jours à élaborer une oeuvre dont sa mère aurait été fière. le plus beau témoignage de sa reconnaissance en est peut-être, tout simplement, la première phrase : « Longtemps, je me suis couché de bonne heure. »

Oui, Maman aurait aimé cette phrase.

C'est sur cet épilogue que je referme ce livre les larmes aux yeux. Evelyne Bloch-Dano a écrit un très beau récit sur Jeanne Weil-Proust qui peut être lu par tout un chacun tant c'est fluide, vivant, intéressant, nul besoin de s'être penché sur La Recherche. Elle est présidente du jury du Cercle littéraire proustien de Cabourg-Balbec , c'est dire à quel point, elle est imprégné de son sujet qu'elle sait si bien nous illustrer.

Jeanne est issue d'une famille juive très aisée et parfaitement assimilée, d'origine alsacienne, pénétrée du Siècle des Lumières. Elle a vingt et un ans lorsqu'elle rencontre Adrien Proust de quinze ans son ainé. La famille Proust est originaire d'Illiers en Eure-et-Loir. Madame Virginie Proust tient l'épicerie du centre bourg. Famille modeste, de religion catholique et très pieuse, le grand-père d'Adrien fournissait même les cierges de la paroisse, peut-on imaginer une Weil épouser un descendant d'un marchand de cierges ? Adrien est bel homme. A 36 ans, il est chef de clinique et agrégé de médecine. Il est considéré comme l'un des espoirs français de la médecine et il est libre-penseur. Jeanne sait qu'elle restera fidèle à ses origines, jamais elle ne se convertira. La jeune fille juive et le fils d'épicier s'unissent au seuil d'une bourgeoisie laïque que la Troisième République va porter au pinacle. le mariage a lieu le samedi 3 septembre 1870, le lendemain de la défaite de Sedan. La famille Weil est au grand complet mais aucun des Proust ne sera présent ?

Marcel nait le 10 juillet 1871, après la semaine sanglante, et Robert le 24 mai 1873. On imagine aisément la grossesse de Jeanne pour Marcel étant donné la période. Peu d'écart entre les deux frères dont l'éducation incombera à Jeanne. Comme dans toute fratrie, une certaine rivalité se faufilera dans les rapports entre les deux frères mais leur amour fraternel ne sera jamais altéré.

Les Weil sont très unis, solidaires et fusionnels, il y a énormément d'amour qui circule entre les membres de cette famille comme une abondante correspondance en fait foi. Adrien va s'y intégrer très facilement. L'auteure fait revivre les beaux jours d'Auteuil sous nos yeux. C'est l'oncle Louis qui achète la maison d'Auteuil. La maison bruisse des éclats de voix, du bonheur des retrouvailles, le souvenir des cousins qui courent partout, ça pleure, ça rit. Et c'est ainsi en pénétrant l'intimité de cette famille, rendue si concrète sous la plume d'Evelyne Bloch-Dano, que l'on discerne page après page, l'impact qu'a eu cette parentèle sur l'imaginaire de Marcel dans La Recherche. C'est une très belle promenade que cette biographie. le style de l'auteure suggère aisément les scènes qui se déroulent sous nos yeux notamment les bains de mer de Jeanne, ses séjours en cure où ses garçons vont l'accompagner.

Marcel n'est pas un enfant comme les autres. Doté d'une hyper sensibilité, d'un tempérament anxieux, il ne peut courir, sauter, sans le risque de déclencher une crise d'asthme. Cette maladie lui rend la vie difficile sans parler de la méconnaissance de cette maladie qui ne fait qu'alimenter les angoisses existantes de ses parents. Jeanne a peur, elle ne cesse de prodiguer soins et recommandations à son enfant. Un cercle vertueux qui devient un cercle vicieux, les liens se resserrent, l'angoisse de la séparation se fait plus douloureuse.

Un proverbe touareg dit que la mère préfère le petit tant qu'il n'a pas grandi, l'enfant malade tant qu'il n'a pas guéri et celui qui voyage tant qu'il n'est pas revenu « j'avais toujours quatre ans pour elle » dira Marcel.

Evelyne Bloch-Dano nous éclaire sur cette relation fusionnelle entre Marcel et Jeanne, elle dépeint avec force l'intensité de leur attachement. Mais Jeanne est aussi une femme cultivée, active, que j'ai beaucoup aimé accompagner jusqu'à son décès. Cette biographie est aussi une très jolie carte postale d'une époque disparue malgré les conflits qui ont jalonné cette période. Marcel est présent, on peut le suivre en Normandie, à Cabourg, au Grand Hôtel, à Trouville-sur-Mer, au Père-Lachaise. Lire des passages de ses lettres suscite beaucoup d'émoi comme la présence de ces photographies qui sont annexées au livre. Toute cette jolie construction donne un sentiment d'intimité avec Jeanne et sa famille et contribue à une très belle lecture qui nous les rend tellement proche ; quant à moi, l'émotion ne m'a pas quittée.

L'exposition du musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme consacrée à « Proust du côté de sa mère » m'a incitée à faire connaissance avec Jeanne mais c'est une biographie que j'avais noté depuis un moment à la suite du commentaire de Patricia @palamède que je remercie.

« Toute notre vie n'avait été qu'un entraînement, elle à me passer d'elle pour le jour où elle me quitterait, et cela depuis mon enfance quand elle refusait de revenir dix fois me dire bonsoir avant d'aller en soirée, quand je voyais le train l'emporter, quand elle allait à la campagne, quand plus tard à Fontainebleau et cet été même, je lui téléphonais à chaque heure. Ces anxiétés qui finissaient par quelques mots dits au téléphone ou sa visite à Paris, ou un baiser, avec quelle force je les éprouve maintenant que je sais que rien ne pourra plus les calmer. Et moi de mon côté, je lui persuadais que je pouvais très bien vivre sans elle. »

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En 1870, le mariage de la jeune Jeanne Weil avec le chef de clinique agrégé et catholique de 36 ans, Adrien Proust, est dicté par la raison, parce qu'Adrien apporte un passeport pour la bonne société à Jeanne issue de la bourgeoisie juive, et que la fortune et l'éducation de celle-ci sont idéales pour un médecin ambitieux.

Dès la naissance de Marcel, à Paris en pleine débâcle de la Commune, Jeanne est absorbée par cet enfant fragile et nerveux. Et si par la suite elle ne néglige ni son mari ni son second fils Robert, il se noue avec Marcel des liens indéfectibles, une relation exclusive qui durera toute leur vie.

Femme du monde attachée à sa famille, et maîtresse de maison parfaite, Jeanne est aussi un esprit éclairé. Elle lit beaucoup, pratique plusieurs langues et le piano, plus tard s'implique dans la vie intellectuelle de Marcel, notamment en travaillant avec lui sur la traduction de la Bible d'Amiens de John Ruskin.

Jeanne ne se livrait pas et même si elle écrivait il n'en reste que peu de choses. L'auteure s'est donc souvent appuyée sur les œuvres de Marcel, la Recherche et Jean Santeuil, pour tracer un portrait nuancé et précis d'une femme qui jusqu'à son dernier souffle aimera avec passion et soutiendra son fils, fils qui n'aura de cesse de lui rendre hommage dans une oeuvre exceptionnelle.
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Cet essai biographique possède un double intérêt: très bien documenté et solidement construit, il est remarquablement écrit.
Ses qualités littéraires le rendent digne du monument qu'est l'oeuvre de Proust, car l'auteur ne craint pas de commenter dans un style parfait les scènes les plus célèbres de la Recherche, à travers le regard de Jeanne, la mère de Marcel Proust.
Ce personnage, considérable dans la vie et la destinée littéraire de Proust, fut d'abord une jeune fille extrêmement instruite, qui ne fut pas simplement "engraissée comme une oie en vue du mariage".
Parlant couramment l'anglais et l'allemand, elle savait le latin et jouait , ainsi que sa propre mère, extrèmement bien du piano. Fille respectueuse et aimante d'un patriarche juif, elle accepta l'union , proposée par celui-ci, à un non-juif, sans fortune, mais sommité médicale de l'époque, et capable de lui ouvrir les portes de la haute société, la mettant ainsi à l'abri des infortunes, des vicissitudes d'une époque troublée, et enfin de l'ostracisme encore manifesté vis à vis des juifs.
Bien qu'appartenant à la grande bourgeoisie juive , Jeanne Weil ne pouvait en effet prétendre fréquenter la plus haute société sans être introduite par une célébrité du monde des gentils, qu'elle soit scientifique, artistique, ou politique. Le couple Weil-Proust était un "ticket gagnant": l'un possèdant le prestige moral et honorifique, l'autre la fortune lui permettant de mener un train de vie élévé et de recevoir les plus hauts personnages de l'époque.
Jeanne Proust eut deux garçons, dont l'aîné Marcel, né juste après le siège de 70 et la répression de la Commune, lui inspira dès la naissance les plus fortes inquiétudes, de par sa fragilité et son émotivité. Aussi lui consacra-t-elle sûrement beaucoup plus de son attention qu'au jeune Robert, qui dut se développer à l'inverse, en manifestant tôt une nature forte et sûre d'elle-même. Ainsi juste avant un retour de vacances, séparé d'un agneau qui lui tenait lieu de compagnon, le jeune Robert cite d'abord un auteur classique (à 5 ans!) puis éclate en une colère clastique, cassant ses jouets et déchirant ses vêtements, tout en défiant son père qui, tout de même, lui a administré deux gifles pour mettre fin à cette scène ! On a là un autre caractère et les deux garçons, s'ils s'entendirent toujours bien, n'étaient certes pas semblables. L'auteur insiste beaucoup sur la relation fusionnelle entre Marcel et Jeanne, et rappelle que Jeanne et sa propre mère furent aussi dans une très grande proximité affective toute leur vie.
Les conséquences de ces liens très forts sont finement analysés, parfois à travers un lapsus de Proust écrivant à sa mère, parfois à travers le récit qui est fait d'une même scène dans Jean Santeuil, Les plaisirs et les jours, ou la Recherche.
Par contraste, la figure d'Adrien Proust est en retrait, ou plutôt extérieure au drame qui se constitue quand il s'avère que Marcel est doublement malade: malade nerveusement, d'où son apparente incapacité, enfant, à se séparer de sa mère, et malade de ses "étouffements", soit de son athsme dont la première crise se déclenche après une longue promenade sous les marronniers en fleurs.
La célèbre scène du coucher où Adrien Proust renonce à guider son fils vers le chemin de l'autonomie, en suggérant à sa femme de dormir dans la chambre de Marcel, est commentée par lla biographe en rapprochant à juste titre cet épisode du thème de François le Champi.
Ce livre que Jeanne lira ce soir-là à son fils est l'histoire d'une relation incestueuse entre un garçon et sa mère adoptive.
Pour Proust, le plus grand malheur qu'il puisse imaginer était d'être séparé de sa mère.
Le portrait tout en finesse fait par Evelyne Bloch-Dano nous montre à l'évidence que dans la vie comme en littérature, ces deux êtres furent et demeurent inséparables.
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J'ai finalement été très intéressée par ce livre qu'une abonnée de la bibliothèque m'avait chaudement recommandé et que j'avais commencé un peu à reculons, poussée par son enthousiasme. Je ne suis pas une lectrice assidue de Proust, mais j'ai trouvé certains aspects de la biographie que nous livre Evelyne Bloch-Dano très éclairants. L'autrice divise son ouvrage en trois parties correspondant chacune à une époque particulière de la vie de Madame Proust. La biographie commence comme un roman en prêtant des pensées au personnage de Jeanne Weil à propos du médecin déjà très connu qu'elle s'apprête à épouser : Adrien Proust, de 15 ans son aîné. Suivent des considérations sur les motifs de ce mariage « mixte » très révélatrices des mentalités de l'époque. Adrien est un médecin reconnu et respecté, voire célèbre, mais fils d'épicier. Pour sa part, la famille de Jeanne est riche, mais juive. Ce mariage de raison avantage l'un et l'autre des partis. Les deux arbres généalogiques des ascendants paternels (les Weil) et maternels (les Berncastel) de Jeanne se révèlent indispensables pour ne pas se perdre dans les liens familiaux. Un autre arbre explicite la lointaine parenté de Proust avec Karl Marx. On comprend vite que Jeanne Weil est une femme remarquable. Son niveau d'instruction dépasse de loin celui de la plupart des femmes de l'époque (et de beaucoup d'hommes !) : elle parle couramment plusieurs langues, joue du piano avec talent, possède une solide culture littéraire et s'ouvre volontiers aux nouveautés. Bien sûr, la biographie s'attachera particulièrement aux relations de Jeanne avec son fils aîné Marcel et le soutien sans faille qu'elle lui apporte, mais l'autrice développe aussi plusieurs autres personnages de la famille dont l'influence dans l'oeuvre de Proust s'avère évidente. Je me bornerai à citer Adèle, la mère de Jeanne, la grand-mère de Marcel. Les fréquents séjours à Illiers et à Auteuil inspireront Combray, et on les retrouve dans La Recherche et dans Jean Santeuil. Pour Jeanne, la vie quotidienne à Illiers n'est pas une partie de plaisir. Elle s'y sent isolée et s'estime tenue de fréquenter l'église… Plus tard, l'éducation de Marcel, son asthme et ses pratiques particulières causeront beaucoup d'inquiétude au docteur Proust qui tentera d'y remédier par les moyens en vogue à l'époque, sans beaucoup de succès. Les nombreuses anecdotes qui renvoient à l'oeuvre de Proust permettent un éclairage totalement nouveau pour moi, et la relation fusionnelle entre Jeanne et Marcel revient comme un motif qui prend tout son sens dans les détails de la biographie tout en éclairant l'oeuvre.
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Madame Proust, née Jeanne Weil, est sans aucun doute la personne qui aura le plus compté dans la vie de Marcel Proust. le livre que lui consacre Evelyne Bloch-Dano (également biographe de George Sand et de Mme Zola) est remarquable par les éclairages qu'il apporte sur la famille de Proust mais aussi sur l'enfance de l'écrivain, sa formation morale, artistique, intellectuelle à laquelle sa maman a amplement participé, et sur le milieu dans lequel évoluait cette famille, haute bourgeoisie côtoyant aussi bien l'aristocratie que les cercles politiques républicains (Zola, Faure, Crémieux, ...) ou les élites artistiques (les Bizet, Daudet, George Sand, Mallarmé ...), tout cela fournissant les modèles des personnages de la Recherche.

Evelyne Bloch-Dano s'emploie longuement au début de l'ouvrage (mais très utilement à mon avis) à nous décrire les familles des deux parents de Marcel. Celle de Jeanne est une famille juive originaire d'Alsace et au delà de l'Allemagne (j'ai appris ainsi que Proust et Karl Marx sont cousins au 5ème degré) qui a bénéficié du décret promulgué par la Révolution française en 1791 accordant aux juifs de France la citoyenneté française et qui a peu à peu gagné pignon sur rue, notamment dans la fabrication de la porcelaine. A la génération de Jeanne, les Weil sont devenus des bourgeois très aisés mais ils ne sont pas encore acceptés dans les salons les plus huppés de la monarchie de Juillet ou du IIIe empire.

Adrien Proust, le père de Marcel et de son frère cadet Robert, est lui issu d'une famille catholique très modeste, installée dans la petite ville d'Illiers qui deviendra "Combray" dans la Recherche. Brillant élève, boursier, Adrien devient médecin et professeur à la chaire d'hygiène à la faculté de médecine de Paris. Il devient vite une des sommités de son art, publie des ouvrages très réputés, est reçu par d'éminents personnages dans de nombreux pays.

Le mariage de Jeanne et d'Adrien, en associant la notoriété du Dr Proust et la fortune ainsi que l'art des relations mondaines que possède sa femme, éprise de littérature, de musique et de beaux-arts, propulsera le couple parmi la haute société de l'époque. Mais, pour autant, tout ne fut pas simple pour le couple, et en premier lieu la naissance de Marcel, juste après la "semaine sanglante" de la Commune de Paris (Marcel a bien failli ne pas venir au monde), puis l'enfance souffreteuse de Marcel et son hypersensibilité.

Outre l'intérêt sociologique évident, par l'éclairage qu'apporte le livre à certains passages de la Recherche (le salon des Verdurin, le personnage de la "cocotte" Odette de Crécy, ...), c'est avant tout ce qui concerne le rapport entre Jeanne et Marcel (duo auquel il faut aussi adjoindre le jeune frère Robert) qui rend le livre vraiment passionnant. Evelyne Bloch-Dano nous conduit patiemment à travers l'écheveau de fils qui s'est noué entre la mère et son fils, mêlant amour, maladie, soins, éducation, autorité, chantage, émancipation, sexualité, déviance, fidélité, excès, tempérance... Et tout cela se joue, se dénoue, se rejoue, s'amplifie à travers la correspondance qu'ils s'échangent quotidiennement dès qu'ils sont éloignés géographiquement l'un de l'autre. Car, en pensée, ils ne seront jamais séparés, si ce n'est par le sommeil, et l'on sait à quel point le moment du coucher est une torture, aussi bien pour Marcel que pour le narrateur de "Du côté de chez Swann". C'est donc sans étonnement que l'on apprend que la correspondance entre Mme de Sévigné et sa fille, la comtesse de Grignan est l'oeuvre littéraire de prédilection de Jeanne.

Mille autres choses sont à lire dans cet ouvrage d'une grande finesse, très agréable à lire et qui peut intéresser aussi bien les familiers de l'oeuvre proustienne que ceux qui espèrent en découvrir un jour tous les charmes.
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
- Après le décès d'Angèle Weil, maman de Jeanne


Tous les jours, à Cabourg, Jeanne est descendue s'asseoir sur la plage comme sa mère l'avait fait avant elle et a lu ses deux livres préférés, les Mémoires de Madame de Rémusat et les Lettres de Mme de Sévigné. Confite dans sa tristesse, endossant l'ombre de sa mère, elle ne sort de son rêve éveillé que pour exiger que son fils se promène un peu. Triste souvenir que ce séjour à Cabourg venue trop tôt après la mort d'Adèle ...

Marcel écrit : "Non seulement ma mère ne pouvait se séparer du sac de ma grand-mère, devenu plus précieux que s'il eût été de saphirs et de diamants, de son manchon, de tous ces vêtements qui accentuaient encore la ressemblance entre elles deux, mais même des volumes de Mme de Sévigné que ma grand-mère avait toujours avec elle, exemplaires que ma mère n'eût pas changés contre le manuscrit même des Lettres .... Tenant à la main l'"en-tout-cas" de sa mère, je la vis de sa fenêtre s'avancer toute noire, à pas timides, pieux, sur le sable que des pieds chéris avaient foulé avant elle et elle avait l'air d'aller à la recherche d'une morte que les flots devaient ramener."

page 241
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Plutôt que de ressusciter un lieu qui avait disparu. il (Marcel) préféra réinventer une maison qui existait encore : celle d'Illiers. Mais une partie de la magie de Combray venait d'Auteuil : le parfum des jours à jamais enfuis, le souvenir de Maman rayonnante
dans sa toilette d'été. les bandes de cousins, les charmilles, le peuplier de la rue des Perchamps, les marronniers roses, les aubépines en cercle autour de la pièce d'eau et et à jamais, les soirs d'orage "l'odeur d'invisibles et persistants lilas".
Et surtout, la tristesse infinie d'un baiser du soir......

,NdL : La maison d'Auteuil, vendue en 1897, disparut sous les coups de pioche et la percée de l'avenue Mozart allait eventrer le jardin.
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"Il n'y a plus personne, pas même moi, puisque je ne puis me lever, qui aille visiter. Le long de la rue du Repos, le petit cimetière juif où mon grand-père, suivant le rite qu'il n'avait jamais compris, allait tous les ans poser un caillou sur la tombe de ses parents. "

Marcel Proust

Cette phrase de Marcel Proust me touche beaucoup. Elle est tellement caractéristique de l'assimilation. J'ai écouté la conférence d'Antoine Compagnon à Bruxelles qui avait cette phrase comme repère.
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Jeanne [Proust] a entendu des jeunes filles dire ... d'un ton pincé : " on ne me permet pas de jouer avec des israélites. " Son mariage avec Adrien Proust a pu lui donner l'illusion qu'elle était une Française comme les autres. Mais l'affaire Dreyfus a levé le voile ...
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« Ma vie a désormais perdu son seul but, sa seule douceur, son seul amour, sa seule consolation » écrivit Marcel. La descente aux enfers dura deux ans, avec des rémissions, des rechutes, des crises. Maman en mourant a emporté le petit Marcel, confia-t-il aussi.
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