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ISBN : 2246630118
Éditeur : Grasset (08/09/2004)

Note moyenne : 4/5 (sur 19 notes)
Résumé :

A la question : " Quel serait votre plus grand malheur ? ", Marcel Proust avait répondu : " Etre séparé de maman "... Jeanne Proust, née Weil en 1849 dans une famille juive venue d'Alsace et d'Allemagne, est la mère du plus célèbre des écrivains.

Possessive, aimante, omniprésente de son vivant mais aussi après sa mort dans l'œuvre de son fils, elle l'a protégé, éduqué, influencé, bien au-delà de l'image pieuse du baiser nocturne au narrateu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
palamede
  12 février 2019
En 1870, le mariage de la jeune Jeanne Weil avec le chef de clinique agrégé et catholique de 36 ans, Adrien Proust, est dicté par la raison. Mariage arrangé et de raison parce qu'Adrien apporte un passeport pour la bonne société à Jeanne issue de la bourgeoisie juive, et que la fortune et l'éducation de celle-ci sont idéales pour un médecin ambitieux.
Dès la naissance de Marcel, à Paris en pleine débâcle de la Commune, Jeanne est absorbée par cet enfant fragile et nerveux. Et si par la suite elle ne néglige ni son mari ni son second fils Robert, il se noue avec son fils aîné des liens indéfectibles, une relation exclusive qui durera toute leur vie. Femme du monde attachée à sa famille, et maîtresse de maison parfaite, Jeanne est aussi un esprit éclairé. Elle lit beaucoup, pratique plusieurs langues et le piano, plus tard s'implique dans la vie intellectuelle de Marcel, notamment en travaillant avec lui sur la traduction de la Bible d'Amiens de John Ruskin.
Jeanne ne se livrait pas et même si elle écrivait il n'en reste que peu de choses. L'auteure s'est donc souvent appuyée sur les œuvres de Marcel Proust, la Recherche et Jean Santeuil, pour tracer son portrait. Un portrait tout en nuances et précis (on se perd même un peu dans les détails de filiation) d'une femme qui jusqu'à son dernier souffle aimera avec passion et soutiendra son fils, fils qui n'aura de cesse de lui rendre hommage dans une oeuvre exceptionnelle.
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madameduberry
  12 février 2014
Cet essai biographique possède un double intérêt: très bien documenté et solidement construit, il est remarquablement écrit.
Ses qualités littéraires le rendent digne du monument qu'est l'oeuvre de Proust, car l'auteur ne craint pas de commenter dans un style parfait les scènes les plus célèbres de la Recherche, à travers le regard de Jeanne, la mère de Marcel Proust.
Ce personnage, considérable dans la vie et la destinée littéraire de Proust, fut d'abord une jeune fille extrêmement instruite, qui ne fut pas simplement "engraissée comme une oie en vue du mariage".
Parlant couramment l'anglais et l'allemand, elle savait le latin et jouait , ainsi que sa propre mère, extrèmement bien du piano. Fille respectueuse et aimante d'un patriarche juif, elle accepta l'union , proposée par celui-ci, à un non-juif, sans fortune, mais sommité médicale de l'époque, et capable de lui ouvrir les portes de la haute société, la mettant ainsi à l'abri des infortunes, des vicissitudes d'une époque troublée, et enfin de l'ostracisme encore manifesté vis à vis des juifs.
Bien qu'appartenant à la grande bourgeoisie juive , Jeanne Weil ne pouvait en effet prétendre fréquenter la plus haute société sans être introduite par une célébrité du monde des gentils, qu'elle soit scientifique, artistique, ou politique. Le couple Weil-Proust était un "ticket gagnant": l'un possèdant le prestige moral et honorifique, l'autre la fortune lui permettant de mener un train de vie élévé et de recevoir les plus hauts personnages de l'époque.
Jeanne Proust eut deux garçons, dont l'aîné Marcel, né juste après le siège de 70 et la répression de la Commune, lui inspira dès la naissance les plus fortes inquiétudes, de par sa fragilité et son émotivité. Aussi lui consacra-t-elle sûrement beaucoup plus de son attention qu'au jeune Robert, qui dut se développer à l'inverse, en manifestant tôt une nature forte et sûre d'elle-même. Ainsi juste avant un retour de vacances, séparé d'un agneau qui lui tenait lieu de compagnon, le jeune Robert cite d'abord un auteur classique (à 5 ans!) puis éclate en une colère clastique, cassant ses jouets et déchirant ses vêtements, tout en défiant son père qui, tout de même, lui a administré deux gifles pour mettre fin à cette scène ! On a là un autre caractère et les deux garçons, s'ils s'entendirent toujours bien, n'étaient certes pas semblables. L'auteur insiste beaucoup sur la relation fusionnelle entre Marcel et Jeanne, et rappelle que Jeanne et sa propre mère furent aussi dans une très grande proximité affective toute leur vie.
Les conséquences de ces liens très forts sont finement analysés, parfois à travers un lapsus de Proust écrivant à sa mère, parfois à travers le récit qui est fait d'une même scène dans Jean Santeuil, Les plaisirs et les jours, ou la Recherche.
Par contraste, la figure d'Adrien Proust est en retrait, ou plutôt extérieure au drame qui se constitue quand il s'avère que Marcel est doublement malade: malade nerveusement, d'où son apparente incapacité, enfant, à se séparer de sa mère, et malade de ses "étouffements", soit de son athsme dont la première crise se déclenche après une longue promenade sous les marronniers en fleurs.
La célèbre scène du coucher où Adrien Proust renonce à guider son fils vers le chemin de l'autonomie, en suggérant à sa femme de dormir dans la chambre de Marcel, est commentée par lla biographe en rapprochant à juste titre cet épisode du thème de François le Champi.
Ce livre que Jeanne lira ce soir-là à son fils est l'histoire d'une relation incestueuse entre un garçon et sa mère adoptive.
Pour Proust, le plus grand malheur qu'il puisse imaginer était d'être séparé de sa mère.
Le portrait tout en finesse fait par Evelyne Bloch-Dano nous montre à l'évidence que dans la vie comme en littérature, ces deux êtres furent et demeurent inséparables.
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andras
  03 décembre 2017
Madame Proust, née Jeanne Weil, est sans aucun doute la personne qui aura le plus compté dans la vie de Marcel Proust. le livre que lui consacre Evelyne Bloch-Dano (également biographe de George Sand et de Mme Zola) est remarquable par les éclairages qu'il apporte sur la famille de Proust mais aussi sur l'enfance de l'écrivain, sa formation morale, artistique, intellectuelle à laquelle sa maman a amplement participé, et sur le milieu dans lequel évoluait cette famille, haute bourgeoisie côtoyant aussi bien l'aristocratie que les cercles politiques républicains (Zola, Faure, Crémieux, ...) ou les élites artistiques (les Bizet, Daudet, George Sand, Mallarmé ...), tout cela fournissant les modèles des personnages de la Recherche.
Evelyne Bloch-Dano s'emploie longuement au début de l'ouvrage (mais très utilement à mon avis) à nous décrire les familles des deux parents de Marcel. Celle de Jeanne est une famille juive originaire d'Alsace et au delà de l'Allemagne (j'ai appris ainsi que Proust et Karl Marx sont cousins au 5ème degré) qui a bénéficié du décret promulgué par la Révolution française en 1791 accordant aux juifs de France la citoyenneté française et qui a peu à peu gagné pignon sur rue, notamment dans la fabrication de la porcelaine. A la génération de Jeanne, les Weil sont devenus des bourgeois très aisés mais ils ne sont pas encore acceptés dans les salons les plus huppés de la monarchie de Juillet ou du IIIe empire.
Adrien Proust, le père de Marcel et de son frère cadet Robert, est lui issu d'une famille catholique très modeste, installée dans la petite ville d'Illiers qui deviendra "Combray" dans la Recherche. Brillant élève, boursier, Adrien devient médecin et professeur à la chaire d'hygiène à la faculté de médecine de Paris. Il devient vite une des sommités de son art, publie des ouvrages très réputés, est reçu par d'éminents personnages dans de nombreux pays.
Le mariage de Jeanne et d'Adrien, en associant la notoriété du Dr Proust et la fortune ainsi que l'art des relations mondaines que possède sa femme, éprise de littérature, de musique et de beaux-arts, propulsera le couple parmi la haute société de l'époque. Mais, pour autant, tout ne fut pas simple pour le couple, et en premier lieu la naissance de Marcel, juste après la "semaine sanglante" de la Commune de Paris (Marcel a bien failli ne pas venir au monde), puis l'enfance souffreteuse de Marcel et son hypersensibilité.
Outre l'intérêt sociologique évident, par l'éclairage qu'apporte le livre à certains passages de la Recherche (le salon des Verdurin, le personnage de la "cocotte" Odette de Crécy, ...), c'est avant tout ce qui concerne le rapport entre Jeanne et Marcel (duo auquel il faut aussi adjoindre le jeune frère Robert) qui rend le livre vraiment passionnant. Evelyne Bloch-Dano nous conduit patiemment à travers l'écheveau de fils qui s'est noué entre la mère et son fils, mêlant amour, maladie, soins, éducation, autorité, chantage, émancipation, sexualité, déviance, fidélité, excès, tempérance... Et tout cela se joue, se dénoue, se rejoue, s'amplifie à travers la correspondance qu'ils s'échangent quotidiennement dès qu'ils sont éloignés géographiquement l'un de l'autre. Car, en pensée, ils ne seront jamais séparés, si ce n'est par le sommeil, et l'on sait à quel point le moment du coucher est une torture, aussi bien pour Marcel que pour le narrateur de "Du côté de chez Swann". C'est donc sans étonnement que l'on apprend que la correspondance entre Mme de Sévigné et sa fille, la comtesse de Grignan est l'oeuvre littéraire de prédilection de Jeanne.
Mille autres choses sont à lire dans cet ouvrage d'une grande finesse, très agréable à lire et qui peut intéresser aussi bien les familiers de l'oeuvre proustienne que ceux qui espèrent en découvrir un jour tous les charmes.
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Vermeer
  17 octobre 2018
Une biographie de Jeanne Weil-Proust, la maman de Marcel. En arrière plan, au début de l'essai, l'émancipation des Juifs français à la Révolution au décret Crémieux ( Adolphe Crémieux appartient à la famille de Jeanne), leur intégration à la société remise en cause de temps à autres par l'antisémitisme, véritable idéologie fin XIXème siècle, par l'Affaire Dreyfus.
Peinture de la haute bourgeoisie du XIXème siècle, de la place des femmes, de l'éducation, du milieu politique et intellectuel, des mondanités, des quartiers de Paris, des bains de mer de la haute société.
Jeanne Weil, femme juive très cultivée et riche, épouse le Dr Proust, catholique qui fera une brillante carrière. Elle sera une parfaite maîtresse de maison sans aucun esprit de sacrifice. Elle aura deux enfants dont Marcel avec qui elle entretiendra un rapport fusionnel et une correspondance en grande partie perdue. Sa santé fragile, sa vie déréglée ( homosexualité, horaires décalés, frivolité, incapacité à avoir une vie professionnelle stable) l'inquiètent mais n'altère en rien son amour.
A la fin de sa vie, elle aide Marcel Proust à traduire Ruskin.
Une biographie-essai passionnants autant pour le portrait d'une femme exceptionnelle mais discrète que par la peinture d'une époque et d'une société que décrira Marcel Proust. Sa mère ne verra jamais le succès littéraire de son fils.
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Colchik
  03 septembre 2017
Qui était Jeanne Weil, la mère de Proust ? Évelyne Bloch-Toledano essaie de répondre à cette question en dépeignant le contexte familial de Jeanne, en s'attachant à la destinée de la famille Weil-Berncastel et, plus largement, à l'intégration des Juifs dans la France de la seconde moitié du 19e siècle. J'ai trouvé toute cette partie passionnante, car elle explique comment Jeanne Weil, fille richement dotée de Nathan Weil, a pu épouser le docteur Adrien Proust, figure montante de la médecine hygiéniste, mais de condition modeste. Une jeune femme éduquée, musicienne, parfaitement rompue aux usages du milieu bourgeois, accepte de se lier à un homme qui a quinze ans de plus qu'elle, voyage beaucoup et fait une carrière publique, mais possède une culture somme toute assez limitée en dehors de son terrain d'élection, la médecine.
le livre d'Évelyne Bloch-Toledano s'attache également à éclairer les rapports qui se nouent très étroitement entre la mère et son aîné, Marcel, dès la prime enfance. Bien avant ses crises d'asthme, Marcel est atteint de « nervosisme ». Il ne faut pas oublier que Jeanne a mené sa grossesse pendant l'épisode tragique du siège de Paris par les Prussiens, puis de la Commune. Dans la relation très forte qui unit Jeanne à son fils se mêlent un souci de protection, mais aussi une volonté de pousser l'enfant à s'aguerrir, à dominer ses angoisses. Si la vie de Jeanne est très tôt marquée par le souci que lui cause Marcel, elle ne se résume pas seulement à Marcel. Adrien Proust, pourtant souvent absent, conserve la place centrale qu'occupe l'époux dans le foyer bourgeois, et qui n'est pas contradictoire avec celle du père et patriarche dans la tradition juive. Par ailleurs, le cadet de Jeanne, Robert, vigoureux et plein d'énergie, ne se laisse pas oublier malgré l'attention obligée que requièrent les problèmes de santé de Marcel.
Certainement l'homosexualité que va révéler Marcel à son adolescence a été un sujet très douloureux pour Jeanne Proust, au-delà de l'opprobre qu'elle faisait peser sur la population des « invertis ». Dans un premier temps, Jeanne a tout fait pour corriger Marcel et lui éviter des relations qu'elle jugeait dangereuses pour lui. Mais, quand il ne lui a plus été possible de s'illusionner sur la nature de ses rapports avec les hommes, elle a non pas accepté son homosexualité, mais s'en est accommodé avec d'autant plus de facilité qu'elle était la seule qui pouvait comprendre la souffrance de son fils.
Les dernières années de Jeanne sont assez tristes. Elle perd sa mère adorée, son cher oncle Louis Weil, son père, puis son mari. le fait de vivre avec Marcel ne comble sans doute pas le vide laissé par toutes ses disparitions car Jeanne existe dans sa famille quels que soient les liens qui l'unissent à Marcel. Les crises d'urémie qui ont emporté sa mère Adèle auront aussi raison d'elle. Elle affronte la mort avec le courage qu'elle a mis dans sa vie.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
palamedepalamede   16 février 2019
« Ma vie a désormais perdu son seul but, sa seule douceur, son seul amour, sa seule consolation » écrivit Marcel. La descente aux enfers dura deux ans, avec des rémissions, des rechutes, des crises. Maman en mourant a emporté le petit Marcel, confia-t-il aussi.
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palamedepalamede   14 février 2019
Les médecins sont unanimes. La masturbation épuise la substance de celui qui s’y livre ; elle menace la descendance saine, elle est un vice et un danger pour l’individu et pour l’espèce. La consomption, la sénilité précoce et la mort sont les étapes d’un dépérissement que rien ne peut freiner.
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palamedepalamede   13 février 2019
Jeanne [Proust] a entendu des jeunes filles dire ... d'un ton pincé : " on ne me permet pas de jouer avec des israélites. " Son mariage avec Adrien Proust a pu lui donner l'illusion qu'elle était une Française comme les autres. Mais l'affaire Dreyfus a levé le voile ...
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palamedepalamede   12 février 2019
« Nous élevons nos filles comme des saintes et nous les livrons comme des pouliches » : cette phrase de George Sand vaut pour bien des jeunes filles du XIXe siècle.
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palamedepalamede   13 février 2019
La réalité est un formidable tuteur.
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