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Claire Hauchard (Traducteur)Jacques Catteau (Préfacier, etc.)
EAN : 9782253083986
544 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (12/03/2008)
4.32/5   44 notes
Résumé :
A travers le personnage d'Arséniev, Ivan Bounine décrit sa jeunesse russe passée à la campagne dans la région des steppes. Roman du destin, de l'émotion et de la quête du bonheur, La Vie d'Arséniev nous plonge d'emblée dans l'univers intime d'un enfant solitaire élevé dans une nature nue et sans bornes. L'immensité du domaine familial, la terre, les animaux, les premières expériences de la mort façonneront une intelligence intuitive, comme habitée par une prescience... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
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enjie77
  23 avril 2018
Au cours de votre vie de lecteur ou de lectrice, n'avez-vous jamais ressenti cette impression d'avoir découvert, dès les premières pages d'un livre, l'auteur qu'aucun autre écrivain ne pourrait surpasser tant sa plume portait notre langue française à son apothéose. Vous avez ressenti une grande jouissance à voir défiler sous vos yeux des phrases, d'une telle poésie, d'une telle fluidité, d'une telle perfection, qu'il vous est apparu impossible de trouver mieux. C'était la rencontre, l'ultime rencontre.
La première de ces rencontres remonte, pour moi, à la sortie de mon adolescence lorsque j'ai entamé la lecture de « La Recherche » de Marcel Proust. Ce fut un coup de foudre dès les premières pages et je ne l'ai jamais désavoué. Je suis toujours restée marquée par l'émotion ressentie un peu comme une impression photographique.
Bien sur, il y a eu d'autres rencontres mais elles n'ont pas été si nombreuses que cela. Nous connaissons tous des écrivains dont nous apprécions le style, la création, mais l'éblouissement se fait plus rare.
La lecture de « La Vie d'Arseniev » d'Ivan Bounine a été pour moi l'occasion de retrouver ce choc émotionnel avec de surcroit, une admiration pour le travail accompli par la traductrice Claire Hauchard.
Si les phrases de Bounine sont plus courtes et plus accessibles que celles de Proust, il y a avec « La Vie d'Arseniev », le même travail de mémoire afin de recréer une période qui n'est plus, avec ce même soin du détail, cette poésie, ce lyrisme si mélodieux. L'un et l'autre éprouvent la nécessité de coucher sur le papier la trame d'un monde disparu afin d'en transmettre, peut-être, une image à la postérité.
Lorsqu'Yvan Bounine écrit « La Vie d'Arseniev », il est exilé en France. Pressent-il qu'il ne retournera plus en Russie ? La plume de Bounine est à la fois sublime, envoutante, mais elle porte en elle une grande mélancolie : se remémorer ses jeunes années certainement accompagnées de regrets, loin de son pays natal, il y a en cela quelque chose de douloureux.
« Alexis Arseniev » lui a valu le Prix Nobel de Littérature en 1933. Ce n'est pas une véritable autobiographie au sens strict du terme mais une fiction inspirée de son histoire : Alexis alias Aliocha est certainement le frère jumeau d'Ivan Bounine, ils ont beaucoup de points communs.
Ouvrir « La Vie d'Arseniev » c'est ouvrir une porte sur la Russie, c'est ressentir l'âme de ce pays façonnée par la foi orthodoxe et empreinte de mystique,
«Je me signais comme d'habitude devant l'icône suspendue près de mon misérable petit lit de fer. Curieusement cette icône ne m'a jamais quitté et se trouve encore maintenant dans ma chambre à coucher. C'est une planchette lisse d'un vert olive sombre, durcie par le temps, le dessin est recouvert d'une châsse en argent de facture grossière » Page 359.
C'est sentir le froid neigeux de la campagne souffler dans le tambour de l'entrée d'un manoir, c'est admirer la blancheur des champs, c'est découvrir la lumière qui annonce le printemps, c'est se réveiller un beau matin et regarder le soleil briller par la fenêtre, c'est se promener dans un parc qui embaume, c'est imaginer les champs de blés et de seigle à perte de vue et les jambes nues des paysannes qui travaillent aux champs, c'est chevaucher dans l'immensité de la steppe, c'est regarder l'encolure de sa jument, sa crinière rejetée de côté et secouée régulièrement au rythme de la course, c'est aller à la rencontre des moujiks, prendre une télégue, côtoyer des intellectuels provinciaux de la fin du 19ème siècle. Bounine sent, observe, enregistre, respire la Russie et le lecteur avec lui.
Ivan Bounine incarne merveilleusement cette Russie impériale qui connait ses derniers soubresauts, le monde de l'aristocratie terrienne désargentée qui sera englouti par la révolution « d'Octobre »
Ce roman comporte cinq livres qui nous comptent les différentes étapes de la vie d'Aliocha, ses prises de conscience au fur et à mesure qu'il passe de l'enfance à la jeunesse dans le domaine familial de Kamenka puis de Batourino dans l'immensité de la région des steppes.
« Issu de la lignée des Arséniev, de ses origines, il n'en connaît presque rien, il sait seulement que dans l'Armorial sa famille figure parmi celles dont l'origine se perd dans la nuit des temps, qu'elle est glorieuse bien que désargentée ».Page 9.
Sa vie se partage entre un père aimant, cultivé mais oisif, dilapidant sa fortune au jeu ; les dettes s'accumulant, la pauvreté se fait sentir. Sa mère est triste, très investie dans la religion.
Page 21, il écrit « A ma mère se rattache l'amour le plus douloureux de ma vie, les choses et les êtres que nous aimons sont pour nous une souffrance ne serait-ce que par la crainte perpétuelle de les perdre et plus loin, il écrira « Dans la lointaine terre natale, puisse-t-elle reposer en paix, solitaire et oubliée de tous à jamais et que soit béni son nom cher entre tous ! Se peut-il que celle dont le crâne sans yeux, les ossements gris, sont enterrés quelque part là-bas, dans le bosquet d'un cimetière de petite ville de province russe, au fond d'une tombe désormais anonyme, se peut-il que ce soit elle qui jadis m'a bercé dans ses bras ? ».
Il a deux frères plus âgés que lui et deux petites soeurs.
Aliocha partage avec le lecteur ses interrogations existentielles : sur la mort dont il a pris conscience très tôt surtout au décès de Senka (un domestique ?) tombé dans la Crevasse du domaine. Il médite sur la fragilité de l'existence et son monde se fissure avec la mort de sa petite soeur Nadia, et celle de son oncle Pissarev.
J'ai particulièrement aimé la jeunesse d'Alexis. Cet enfant solitaire qui va explorer un domaine trop grand pour lui mais qui rêve néanmoins d'évasion au-delà de la ligne d'horizon.
C'est cette immensité, ces paysages, qui feront de lui un poète et un esthète.
Il évoque ses années au lycée, la découverte du socialisme qui va mener son frère Georges en prison. Il fait part de ses interrogations sur le sens de l'écriture, il évoque Tolstoï, Gogol, Lermontov mais la merveille à mes yeux, ce sont les vers de Pouchkine qui parsèment cet ouvrage. Et puis il y a le grand amour de sa vie, Lika, qui à force de douter de l'amour que lui-même lui porte, le quittera, épuisée de se tourmenter.
Andréï Makine dira d'Ivan Bounine :
La Russie de Bounine, sans qu'aucun effort d'idéalisation n'intervienne, devient l'objet esthétique par excellence – arraché au temps, à l'utile, au fonctionnel. La Tradition russe retrouve dans l'oeuvre de Bounine, cette aspiration vers l'éternel qui animait tant de personnages des grands classiques russes.
En 2015, son dossier était étudié par Yad Vashem pour avoir caché trois juifs chez lui au péril de sa vie, à Grasse où une statue lui a été érigée en juin 2017.
Je finis avec un clin d'oeil à une amie sur Babélio : Bookycooky qui m'avait dit « tu vas fondre », tu ne t'es pas trompée et Annette55 qui parlait « du miracle de l'écriture », je confirme.
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Annette55
  08 mars 2018
Quel beau livre, prenant , infiniment poétique, séduisant , à la langue magnifique oú nous pénétrons dans l'univers intime d'un enfant solitaire très observateur, un mélange absolument unique, à mon avis, de tendresse et de sensualité, d'idéalisme , au coeur d'une Russie oubliée, au confins des steppes , vers 1880......1890..au sein d'une nature immense,sans bornes ni frontières!
L'oeil du merveilleux conteur : Ivan Bounine , qui recevra le premier prix Nobel de littérature Russe en 1933 nous plonge avec grâce dans son enfance, sa jeunesse et son adolescence , une autobiographie quoiqu'il ne veuille pas le reconnaître ...
Il décrit à merveille ce champ nu , infini, ce manoir solitaire, au sein d'un océan de blé, d'herbes et de fleurs , dont aucun européen ne peut se faire aucune idée ! Mais aussi l'âme Russe, languide et nonchalante,----mais jouisseuse -------, au continuel besoin de fête, sensuelle, attirée par l'intempérance , la fièvre de l'étourdissement , la gaité par la vodka et l'oisiveté , tellement rebutée par le quotidien et le travail régulier ......
La Russie de son temps menait une existence d'une opulence et d'un dynamisme exceptionnel dans un monde -------en toile de fond-------destiné à disparaître .......
En noble de vieille souche, fier de sa lignée, même appauvrie, il bâtit le canevas précis de la noblesse russe , mais il reste très lucide et indulgent envers l'impéritie des siens .......
Son écriture enchanteresse , à la fois complexe et lumineuse , limpide, lyrique et concise, chante l'immensité des paysages, les sensations fortes de la vie et les odeurs puissantes qui mobilisent les sens , ces bouquets de senteur à l'image de "ce bleu Lilas à travers le feuillage " . Sa mémoire recrée et ressuscite le passé . N'oublions pas sa "référence à la mort" dès les premières pages de l' oeuvre . .......
Un ouvrage délicieux et inoubliable au charme infini que l'on peut relire pour le savourer!
Il mêle l'éclat du soleil et le velours de l'ombre, les paysages immenses de terre et de ciel , les périples au coeur d'une Russie chaleureuse, la rencontre avec des personnages insolites , un intense travail de mémoire, la vie sentimentale de l'auteur !
Sublime !
Je ne peux pas le qualifier autrement , le miracle du travail de l'écriture !
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Bookycooky
  20 janvier 2015
Je quitte à regret Alexis Arseniev alias Ivan Bounine,premier écrivain russe à recevoir le prix Nobel de Litterature en 1933.
Dans ce roman autobiographique ,bien que l'auteur ne voulait pas qu'on le qualifie de tel,il raconte les vingt premières années de sa vie,passées en majorité dans le domaine familial,à 400 km environ au sud de Moscou,aux confins d'une vaste région de steppes.C'est un solitaire qui vit dans son monde intérieur trés riche,et son extrême sensibilité lui permet de capter et de profiter de tout ce qui l'entoure,y comprit ce qui est négatif et dérangeant.
Avec une prose magnifique et fluide,il nous plonge dans cette Russie d'antan,fin XIXème siècle.Les descriptions trés poétiques de la campagne russe,les figures insolites qu'il nous croque avec beaucoup de sensualité,les nombreuses références à la Littérature russe,sa vie amoureuse,son excellent autocritique du mâle amoureux possessif,,et sa quête d'inspiration en tant qu'écrivain en herbe("Eh bien pensais-je pourquoi ne pas écrire tout simplement un récit sur moi-même ?mais comment procéder?...),en font un roman plein de charme et que j'ai adoré!
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Mimeko
  31 décembre 2017
La Vie d'Arseniev est la biographie, bien qu'il s'en défende, d'Ivan Bounine
et dans les cinq livres qui composent son récit, il évoque ses souvenirs, de l'enfance jusqu'à ses débuts d'écrivain. Une enfance heureuse dans une famille noble mais qui se retrouvera désargentée suite au comportement dispendieux d'un père bon, généreux et quelquefois fantasque pour lequel le jeune Arseniev déborde d'amour. Une enfance heureuse qu'Ivan Bounine décrit avec énormément de lyrisme et de poésie, une vie à la campagne, simple qui offre au jeune garçon un émerveillement sur la nature, une nature à la fois belle et terrible. Il arrive à sublimer cette nature et son enfance sans oublier les tristesses et les chagrins éprouvés lors des pertes de sa jeune soeur et de sa grand-mère. Vient ensuite l'évocation de sa séparation pour aller seul, étudier au lycée dans la ville proche de Ielets, sa découverte des grands auteurs et poètes russes, fondateurs de sa vocation d'écrivain qui n'est pas découragée par son père. Peu sensible aux bouillonnements politiques qui s'emparent d'un de ses frères, c'est vers la recherche et la défense de sa patrie avec ses traditions, sa grandeur et sa tyrannie parfois qu'il se sent attiré et qu'il consacre ses efforts. Puis devenu jeune adulte et se cherchant, il trouvera un emploi dans un journal local où il connaîtra sa première histoire d'amour marquante.
Prix Nobel 1933, Ivan Bounine avec La Vie d'Arseniev nous convie à partager ses souvenirs d'enfance au long de cinq livres, les quatre premiers étant consacrés à son enfance et le dernier (ajouté bien plus tard) plus orienté vers ses débuts de jeune écrivain. La césure est d'ailleurs visible avec un changement d'écriture, autant les quatre premiers sont lyriques et d'une poésie à couper le souffle, autant la dernière partie est plus dépouillée et plus critique avec des descriptions psychologiques quelquefois cinglantes mais toujours magnifiquement écrites, reflétant une maturité et peut-être un recul dû à l'exil en France après la révolution bolchevique qu'il condamnait.
La Vie d'Arseniev est un récit magnifique qui permet de mieux connaître l'âme russe et Ivan Bounine, un auteur dont la plume est magnifique.
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AnnaDulac
  28 juin 2016
Très rares sont les livres comme celui-ci : inoubliables. Ils s'insinuent dans une part mystérieuse de l'être-lecteur, où ils habitent et d'où ils rayonnent, à jamais.
C'est dans un paysage méditerranéen, palmiers, eau bleu marine, aridité qu'Ivan Bounine a fait ressurgir, par la puissance de l'écriture, les steppes, les bouleaux blancs, les neiges de sa Russie natale. Son enfance dans une campagne perdue et « un manoir isolé ». Ses études. Ses visites dans des villes dont le seul nom le faisait rêver. Ses parents. Les courses folles à cheval. L'amour de Lika.
Exilé à Grasse, après la Révolution d'Octobre, Ivan Bounine, aristocrate de vieille souche « glorieuse, bien que désargentée »,
Prix Nobel en 1933, a écrit cette « Vie d'Arseniev », non pas comme une autobiographie, mais comme un manifeste de son existence.
Les mots sont capables de susciter des épiphanies, des apparitions, aussi bien chez celui qui écrit que chez le lecteur.
Les mots créent et recréent le monde, racontent le bruit des traîneaux sur la glace, saisissent la lumière diffuse dans les feuillages, et finalement terrassent la mort.
Le récit commence très simplement : « Je suis né il y a un demi-siècle, en Russie centrale, dans le domaine paternel. »
Et immédiatement, Bounine parle du sentiment de finitude : « Sans cette conscience de ma condition mortelle, aurais-je pu aimer la vie comme je l'ai aimée et l'aime encore ? »
Tout est dit. La mémoire et les mots qui l'incarnent sont les seuls remparts contre la disparition.

Bounine-Arséniev raconte de manière très émouvante et dans une langue extraordinairement poétique comment il s'est éveillé à la vie et aux sensations.
« Mon premier souvenir est quelque chose d'assez ténu, qui me laisse perplexe. Je me souviens d'une grande pièce éclairée par un soleil d'arrière-saison, dont l'éclat sec illuminait le flanc de la colline que l'on apercevait de la fenêtre donnant au midi. »
« En grandissant, j'ai commencé à m'intéresser au spectacle de la vie, à enregistrer dans ma mémoire des visages, des tableaux de notre existence au manoir et certains événements. »
Il y a aussi les premières bottes rouges, une petite boîte de cirage en écorce de saule, de « petites joies humaines… »
« Tout doucement les gens entraient dans ma vie, pour en faire partie à jamais. »
Le père qui vit dans une « heureuse oisiveté, si répandue chez les hobereaux », « gai à table », « versatile », « chasseur », « flambeur »…
Et la mère « inséparable de ma propre personne », riche de tant d'amour qu'elle ne peut être que triste, parce que « les choses et les êtres que nous aimons sont pour nous une souffrance, ne serait-ce que par la crainte perpétuelle de les perdre. » ou « Elle suffoquait d'un trop-plein d'amour pour son entourage. »
Pourtant la « Vie d'Arseniev » n'est nullement un texte amer ou tissé de regrets. Il est l'existence même.
On y trouve « les confins de la steppe », l'immensité des paysages, l'amour, l'ouragan, les grêlons, un radis croqué dans le jardin potager, le cocher en chemise de soie jaune et gilet de velours…

Bounine est un auteur dans la lignée de Tolstoï. Il parle d'un monde révolu, d'avant la Révolution, doux-amer.
On peut trouver la « Vie d'Arseniev » en collection de poche.
Il faut le découvrir absolument.

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Citations et extraits (33) Voir plus Ajouter une citation
enjie77enjie77   07 avril 2018
Par la fenêtre latérale de gauche qui donne aussi sur le nord, on voit s'allonger les branches noires d'un énorme tilleul et par les vitres ensoleillées qui sont en face de la porte, on aperçoit le parc et ses amoncellements de neige. Le très haut sapin, celui qui dépasse le toit entre les deux cheminées de la maison, occupe entièrement la fenêtre du milieu, il y suspend les rangées opulentes de ses blancs manchons..
Qu'il était beau, ce sapin, par les nuits froides de pleine lune! On entre dans la salle ; aucun feu, seul l'éclat de la lune en haut, derrière les carreaux. La salle est vide, imposante, comme remplie d'un léger voile de fumée et le sapin, en son épais surplis d'aiguilles endeuillé de neige, se dresse majestueusement derrière les vitres, monte en fine pointe dans la coupole bleu foncé, pure, transparente, infinie, où s'argente, largement étalée, la blanche constellation d'Orion tandis que, plus bas, dans le vide lumineux de l'horizon, scintille d'un éclat piquant, palpite de ses diamants azurés la magnifique Sirius, l'étoile préférée de maman...
Que de fois j'ai erré dans cette vapeur lunaire, sur les longs traits d'ombre quadrillée dessinés par les fenêtres sur le parquet, que de fois je me suis laissé aller à mes rêveries de jeunesse, que de fois je me suis récité ces vers de Derjavine, empreints d'une haute satisfaction :

"Dans le bleu sombre de l'éther
Voguait une lune dorée....
A travers les vitres elle illuminait ma demeure
Et d'un rais de sa flamme jaune
Elle dessinait des vitraux dorés
Sur mon parquet vernis ...."


Page 150
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tamara29tamara29   08 juillet 2018
Je pressentais enfin, sous-jacent à la vie, quelque chose qui semblait contenir l'essence de cette vie, sa signification et sa finalité, quelque chose d'important que l'on ne pouvait ni saisir ni exprimer, objet d'une attente perpétuelle : l'attente du bonheur, certes, et de sa plénitude particulière, mais plus profondément encore l'attente de ce qui pourrait nous révéler soudain (quand l'heure serait venue) cette essence, cette signification. "Comme disent les oracles, vous visez trop haut…"
Et en effet, j'étais secrètement tendu vers ces vastes interrogations. Pourquoi ? Peut-être afin d'y trouver un sens à la vie ?
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PatriceGPatriceG   20 novembre 2020
Dès mon enfance, je m'attachais peu à peu à la vie, et mes souvenirs laissent apparaître quelques visages, quelques tableaux de la vie dans notre manoir, quelques évènements ..
Parmi ces évènements, celui qui occupe le premier plan, comme le plus éloigné et, peut-être, le plus considérable, fut le premier voyage que j'aie fait dans ma vie, le plus long, et le plus extraordinaire voyage que j'aie jamais entrepris sur mer ou sur terre. Mes parents allaient dans ce pays mystérieux qui s'appelait la Ville, et m'emmenèrent avec eux. Ce n'est qu'un rêve, un rêve qui se perd dans le passé, dont ma mémoire n'a gardé que quelques instants isolés ; mais quels furent ces instants ! C'est alors que je connus la douceur du désir qui se réalise, et en même temps la crainte qu'il ne se réalise pas. Je me rappelle encore aujourd'hui avec quelle émotion je contemplais la voiture qu'on venait de sortir du hangar et de faire avancer au milieu de la cour, inondée de soleil. "Quand est-ce qu'ils finiront d'atteler, quand est-ce que se termineront tous ces préparatifs de départ ? me demandais-je, Je me souviens même de la réponse nonchalante et incompréhensible du cocher que j'accablais de mes questions : "sera-ce bientôt fini ?"
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Annette55Annette55   07 mars 2018
" Des nuages blancs voguent dans le ciel bleu, le vent souffle, tantôt tiède, tantôt torride, charriant en lui l'ardeur solaire et les arômes des blés et des herbes surchauffés.
Et, lá- bas , dans le champ, derrière nos vieux greniers, là- bas, c'est la touffeur du jour, l'éclat, la splendeur de la lumiére, là- bas, avec un mat reflet d'argent courent sans fin, courent par les collines, les vagues d'une mer de seigle infinie .......
Celles- ci luisent, miroitent dans l'allégresse d'être si fournies, si impétueuses , et sur elles s'élancent , bondissent les ombres des nuages....".
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enjie77enjie77   05 avril 2018
Sans aucun doute, ce fut précisément ce soir là que je pris conscience d'être russe et de vivre en Russie et non pas seulement à Kamenka, dans tel district ou dans tel canton, et je sentis soudain cette Russie, je sentis son passé et son présent, ses particularités sauvages, effrayantes et pourtant captivantes, je sentis le lien de sang qui m'unissait à elle....

page 84
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