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EAN : 9782070426737
120 pages
Gallimard (02/01/2003)
3.57/5   162 notes
Résumé :
Quoi qu'il puisse arriver, Jonas, peintre au talent reconnu, croit en sa bonne étoile — jamais elle ne cessera de l'aider et de le guider. Pourtant la vie, ses proches, ses amis, ses disciples l'acculent peu à peu à la stérilité artistique…
Un ingénieur français, en mission au Brésil, est confronté aux superstitions et au mysticisme des indigènes. Mais l'amitié qu'il éprouve pour l'un d'entre eux aura raison de son scepticisme.
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
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Deux nouvelles extraites de " L'exil et le royaume" qui m'ont bien plu et m'incitent à lire le recueil complet...

La première est ma préférée. Quel singulier personnage, cet artiste, Jonas! Depuis toujours, il s'en remet à sa bonne étoile et laisse passer le temps, dans une sorte d'indifférence heureuse, de fatalisme déconcertant. Les réflexions faites sur le monde artistique, avec ses disciples en tous genres, qui savent mieux que vous juger de vos oeuvres, ses faux amis qui viennent vous voir ou plutot vous déranger tant que vous avez du succès, est fort bien rendu, sur un ton cruel et léger qui m'a personnellement ravie. La fin est assez inattendue...

La deuxième se déroule au Brésil et on pourrait la présenter en disant simplement que la rationalité peut parfois s'imprégner de superstitions... J'y ai surtout goûté les descriptions puissantes et poétiques du fleuve et les portraits hauts en couleurs des personnages.

Une intrusion rapide mais intéressante dans les nouvelles de l'auteur, où il se révèle également brillant. A découvrir!
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Cette nouvelle fait partie du recueil l'Exil et le Royaume publié en 1957, dernier ouvrage publié du vivant d'Albert Camus (prix Nobel de littérature, décédé en 1960).

Dans cette nouvelle il n'est pas à proprement parler d'une oeuvre mais des conditions de travail de création et comment celui-ci évolue dans le temps avec les contingences domestiques et familiales d'un peintre, Gilbert Jonas, qui croyait en sa bonne étoile…. Mais cela suffit-il ?

Incipit :

Gilbert Jonas, artiste peintre, croyait en son étoile. Il ne croyait d'ailleurs qu'en elle (…) Sa propre foi, pourtant, n'était pas sans vertus puisqu'elle consistait à admettre, de façon obscure, qu'il obtiendrait beaucoup sans jamais rien mériter. (p13)

Tout ce qu'il désire il l'obtient : femme, enfants, logement, amis, célébrité et cela sans avoir le sentiment de fournir, tout du moins dans les premiers temps, d'efforts. Mais comme dans tout art, il y a le revers de la médaille : la célébrité amène des parasites en tout genre et pour créer il faut de l'espace, avoir l'esprit libéré de toutes entraves. Peu à peu, après avoir été reconnu, fêté, admiré la source se tarit d'autant qu'il pense que cela lui est arrivé sans effort. Il va tenter de trouver « son lieu à soi », l'endroit où son inspiration ressurgira pense-t-il et peu à peu se replier sur lui même sans travailler pour autant son art. Il va croire jusqu'au bout à sa bonne étoile, dépérissant et se posant se résumant en un mot, impossible à déchiffrer : Solitaire ou solidaire ?

Une nouvelle aux accents de fable sur le thème des choix de la vie : peut-on être artiste et avoir les obligations d'une famille, du relationnel indispensable à la notoriété, un espace pour créer (je retrouve ici le thème du merveilleux texte de Virginia Woolf : Un lieu (ou une chambre) à soi) mais également sur l'artiste qui se croit doter d'un talent inné, se reposant sur celui-ci sans voir que celui-ci, tel un jardin, doit être entretenu. En effet, au fur et à mesure que grandit la notoriété son pouvoir créatif diminue comme diminue son atelier qui finira par devenir un espace sombre, un réduit, une soupente, dans laquelle il se sent protéger de toute intervention extérieure, reportant sur les autres et son environnement son manque de créativité, s'enfonçant peu à peu dans la dépression.

C'est une évocation qui pourrait avoir comme toile de fond tous les domaines de notoriété créatrice, comment celle-ci vous contraint à des choix Jonas étant partagé entre sa famille (sa femme et ses 3 enfants) et son art, son atelier se situant dans l'appartement familial. Prend-il ce prétexte comme alibi à sa perte d'inspiration ? Faut-il choisir entre vie créatrice et vie familiale ? Faut-il vivre en ermite pour créer ? Et n'est-il pas dangereux que le succès arrive trop vite, trop facilement sans avoir d'efforts à fournir ?

Une lecture qui soulève bien des questions dont nous n'obtenons pas forcément les réponses, laissant le lecteur à sa propre interprétation avec le dernier message de Gilbert Jonas : « Solitaire ou Solidaire ». Croire en sa bonne étoile et se laisser porter par les événements, la réussite est-elle suffisante pour réussir ou faut-il travailler, sacrifier sa vie personnelle pour se vouer corps et âme à son oeuvre ? Dans bien des domaines artistiques la question s'est posée à bon nombre d'artistes !

J'ai aimé mais j'ai préféré mes précédentes lectures de cet auteur comme La peste lu avant la création du blog), L'étranger ou le premier homme . Ici Albert Camus explore l'homme dans sa créativité et il réussit à bien planter le décor de ce foyer (très bohème), le caractère de Jonas, qui accepte et se plie à toutes les concessions nécessaires à sa vie familiale mais également à ses besoins artistiques, à l'abnégation de son épouse, Louise, se dévouant corps et âme à son talentueux mari et à ses enfants, acceptant toutes les concessions pour que celui-ci puisse créer.

Ce texte est suivi de la pierre qui pousse qui figure également dans L'Exil et le Royaume contant les aventures d'un ingénieur, d'Arrast, intervenant au Brésil pour l'édification d'une digue (encore une création) qui se lie avec une communauté villageoise et assiste à une procession vaudou consistant à porter une énorme pierre, procession à laquelle il acceptera de participer et même d'en être le héros, ensorceler par l'ambiance, l'environnement et se fondra parmi eux devenant l'un d'eux convaincu qu'il a trouvé un sens à sa vie.

Une deuxième nouvelle contrastant par l'ambiance plus rythmée, presque oppressante mais qui reprend le thème de la solitude d'un être dans sa vie créatrice, dans les choix qu'il doit faire pour y donner un sens même si celui-ci sont loin de ce qu'il avait imaginé.

Comme souvent les nouvelles font partie d'un tout et il faut peut-être lire L'Exil et le Royaume dans sa totalité, celui-ci traitant du sentiment d'insatisfaction et d'échec, pour en apprécier toute la portée…
Lien : https://mumudanslebocage.wor..
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J'ai toujours autant de difficulté à me laisser séduire par les nouvelles. Même le merveilleux Albert Camus peine à me convaincre dans cette exercice. Jonas montre l'ascension, le succès puis le déclin d'un artiste peintre. J'ai eût l'impression d'assister à la reproduction de la théorie du cycle de vie des produits ! D'abord Jonas se découvre un talent facile pour la peinture, phase de développement, puis sans grand effort il parvient à se faire une place, phase de pénétration du marché et avec le bouche à oreille son atelier devient une référence qui compte, phase de croissance, alors tout le monde se précipite à cet atelier pour faire parti du cercle de l'artiste, phase de maturité, puis toute cet agitation va finir par le perturber notre artiste, l'inspiration sera brisée par toutes les sollicitations auxquelles il doit faire face, phase de déclin.
On peut aussi voir ce texte comme une critique de l'excès de travail, Jonas est tellement absorbé par sa tache qu'il délaisse sa femme et il finira par s'enfermer dans un espace minuscule jusqu'à l'épuisement...

La pierre qui pousse évoque le thème des traditions, de l'intégration à d'autres cultures. Ce texte m'a fait ni chaud ni froid, de toute façon tout ce qui touche de près ou de loin à une religion me passe par dessus la tête !

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Ce sont deux nouvelles à lire absolument:
D'abord "Jonas ou l'artiste au travail" ; l'histoire d'un peintre talentueux mais qui croit un peu "beaucoup" à sa bonne étoile, mais cela ne durera pas!!!!
Ensuite, il y a "la pierre qui pousse"; qui raconte l'histoire d'un ingénieur français en mission en Brésil et qui plonge en plein uses et coutumes (trop bizarre à son goût).
Ma préférée reste de loin la première nouvelle (qui parle de sentiments et de relations compliquées d'amour et de loyauté), mais la deuxième est aussi riche en découverte. J'ai ADORE.
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Deux nouvelles composent ce court livre.

La première, Jonas ou l'artiste au travail, m'a fait penser à l'Ecume des jours : un amour dans un appartement qui rétrécit (là, c'est parce qu'il se remplit de gens, la famille qui s'agrandit et les nombreux visiteurs), des notations vachardes sur la petite société artistique parisienne... En faisant de son protagoniste un peintre plutôt qu'un écrivain, Camus a pu se lâcher sur ce que lui inspirait le petit monde (éventuellement germanopratin, d'où encore Vian) qui gravitait autour des artistes ayant réussi et qu'il décrit comme une nuée de parasites. Au point de contribuer largement à assécher lesdits artistes, situation apparemment plutôt autobiographique pour Camus au moment où il écrit ses nouvelles. A dire vrai, à part cet aspect, je n'ai pas bien compris où allait cette nouvelle.

Je préfère largement la seconde, La pierre qui pousse, une sorte d'Etranger qui finit bien. D'abord, le protagoniste l'est réellement, étranger, puisque c'est un ingénieur français qui va construire un ouvrage au Brésil. Ensuite, il se promène dans l'histoire avec ce même détachement, cette même conscience de l'absurde de l'existence. Mais peu à peu, il se rapproche de la société des hommes (en fait pour parvenir jusqu'à une femme), et finit par s'y faire admettre. Ajoutez à cela des "impressions du Brésil", Sertao et Amazonie, petite société des notables et peuple, candomblé et religion officielle, et le tout fait une nouvelle très dense. Et aussi très prenante pour qui a aimé cette sensation d'absurde et le détachement de l'Etranger.
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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
Oui. Tout le monde est gentil avec moi. - Non, dit Rateau. Méfie-toi. Ils ne sont pas tous bons. - Qui ? - Tes amis peintres, par exemple. - Je sais, dit Jonas. Mais beaucoup d'artistes sont comme ça. Ils ne sont pas sûrs d'exister, même les plus grands. Alors, ils cherchent des preuves, ils jugent, ils condamnent. ça les fortifie, c'est un commencement d'existence. Ils sont seuls!
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Premier éditeur de France, le père de Jonas était d'avis que le livre, plus que jamais, et en raison même de la crise de la culture, était l'avenir. "L'histoire montre, disait-il, que moins on lit et plus on achète de livres." Partant, il ne lisait que rarement les manuscrits qu'on lui soumettait, ne se décidait à les publier que sur la personnalité de l'auteur ou l'actualité de son sujet (de ce point de vue, le seul sujet actuel étant le sexe, l'éditeur avait fini par se spécialiser) et s'occupait seulement de trouver des présentations curieuses et de la publicité gratuite.
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Les disciples avaient d'ailleurs un autre mérite : ils obligeaient Jonas à une plus grande rigueur envers lui-même. Ils le mettaient si haut dans leurs discours, et particulièrement en ce qui concernait sa conscience et sa force de travail, qu'après cela aucune faiblesse ne lui était plus permise. Il perdit ainsi sa vieille habitude de croquer un bout de sucre ou de chocolat quand il avait terminé un passage difficile, et avant de se remettre au travail. Dans la solitude, malgré tout, il eût cédé clandestinement à cette faiblesse. Mais il fut aidé dans ce progrès moral par la présence presque constante de ses disciples et amis devant lesquels il se trouvait un peu gêné de grignoter du chocolat et dont il ne pouvait d'ailleurs, pour une si petite manie, interrompre l'intéressante conversation.
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Gilbert Jonas, artiste peintre, croyait en son étoile. Il ne croyait d’ailleurs qu’en elle (…) Sa propre foi, pourtant, n’était pas sans vertus puisqu’elle consistait à admettre, de façon obscure, qu’il obtiendrait beaucoup sans jamais rien mériter. (p13)
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"Il avait découvert que l'alcool lui donnait la même exaltation que les journées de grand travail, au temps où il pensait à son tableau avec cette tendresse et cette chaleur qu'il n'avait ressentie que devant ces enfants... il retrouvait en lui cette émotion poignante qui le faisait à la fois maître et serviteur du monde."
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Rencontre avec Denis Salas autour de le déni du viol. Essai de justice narrative paru aux éditions Michalon.
-- avec l'Université Toulouse Capitole


Denis Salas, ancien juge, enseigne à l'École nationale de la magistrature et dirige la revue Les Cahiers de la Justice. Il préside l'Association française pour l'histoire de la justice. Il a publié aux éditions Michalon Albert Camus. La justice révolte, Kafka. le combat avec la loi et, avec Antoine Garapon, Imaginer la loi. le droit dans la littérature.


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02/02/2024 - Réalisation et mise en ondes Radio Radio, RR+, Radio TER
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