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EAN : 9782070723867
168 pages
Gallimard (10/10/1991)
3.69/5   117 notes
Résumé :
C'est l'histoire d'un amour, vécu aux Indes, dans les années 30, dans une ville surpeuplée des bords du Gange. Deux jours de cette histoire sont ici évoqués. La saison est celle de la mousson d'été. Quatre voix sans visage parlent de cette histoire. L'histoire de cet amour, les voix l'ont sue, ou lue, il y a longtemps. Certaines s'en souviennent mieux que d'autres. Mais aucune ne s'en souvient tout à fait et aucune, non plus, ne l'a tout à fait oubliée. L'histoire é... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
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Musa_aka_Cthulie
  05 novembre 2017
India Song a la particularité d'être une transposition théâtrale du roman le Vice-consul, publié sept ans plus tôt. Mais c'est aussi la pièce d'un puzzle plus vaste, d'une part celui du cycle indien, auquel se rattache le ravissement de Lol V. Stein, d'autre part d'un ensemble encore plus large, qui comprend la version cinématographique d'India Song et un autre film de Duras, La femme du Gange.
J'ai relu le Vice-consul juste après India Song afin de pouvoir resituer la pièce, au moins en partie, dans son contexte d'origine, mais il n'y aucune obligation en la matière ; l'une ou l'autre oeuvre s'appréhende aussi bien seule. Je dirais même que, s'il faut choisir, autant ne lire qu'India Song. Il y a, au centre du roman le Vice-consul, l'obsession de la reconstitution d'une histoire (celle de la mendiante, celle du Vice-consul, celle, dans une moindre mesure, d'Anne-Marie Stretter), qui donne naissance à une recherche narrative. Dans India Song, les préoccupations de Marguerite Duras ont pris pour ainsi dire de l'ampleur, pour aboutir à une exploration liée à la question de la mémoire - mémoire de l'auteure autant que mémoire des personnages, ou, plutôt, des voix qui tentent de reconstituer l'histoire d'Anne-Marie Stretter.
Difficile de résumer donc l'intrigue - pour autant qu'on puisse parler d'intrigue dans le cas d'India Song. Comme décor, le milieu clos et protégé des habitués de l'Ambassade de France, cernés par la misère, la lèpre, la chaleur, la mousson, dans une une Calcutta fantasmée, jamais visible. Des voix se font entendre. Féminines d'abord, masculines par la suite, toutes se mêlant plus ou moins sur la fin, ces voix cherchant à se souvenir. La femme de l'ambassadeur de France, Anne-Marie Stretter avait, lors d'une réception, invité l'ex-vice-consul de Lahore, sur lequel courait des rumeurs désagréables, et qui suscitait l'aversion générale. Anne-Marie Stretter était connue pour avoir des amants anglais, et, surtout, pour vivre une histoire d'amour avec un dénommé Michael Richardson. Mais que savait-on de l'histoire du vice-consul, de cette histoire d'amour, de l'histoire d'Anne-Marie Stretter, surtout ? Cette histoire, cette femme, captivent les voix qui ont connu Anne-Marie Stretter, il y a des années. À l'instant où les voix prennent la parole, Anne-Marie Stretter est morte depuis longtemps déjà.
Vous l'aurez compris, loin de s'apparenter à un théâtre conventionnel, India Song s'appuie constamment sur le hors-champ. On entend des voix, dont on ne saura jamais à qui elles appartiennent. On voit des personnages (Anne-Marie Stretter, le Vice-consul, le jeune attaché d'ambassade, Michael Richardson, et bien d'autres) qui ne prendront jamais la parole sur scène. Si leurs conversations sont parfois audibles, elles sont prononcées par des voix désincarnées. D'autres voix surgissent ça et là (comme dans le roman). Les didascalies sont pléthore, mais elles n'ont pas grand-chose à voir avec des indications scéniques - au point qu'on ne sait plus très bien s'il faut encore les appeler "didascalies". Elles constituent le corps du texte tout aussi bien que les dialogues, ce qui fait de la pièce une oeuvre tout aussi intéressante à la lecture qu'à la mise en scène - peut-être plus encore. D'ailleurs, Duras se soucie tout autant du lecteur que du spectateur.
India Song joue évidemment sur une forme très lacunaire, puisqu'il s'agit de la mémoire d'une histoire perdue. Mais c'est aussi une pièce qui révèle les fantasmes, Anne-Marie Stretter et le Vice-consul en constituant les deux pôles, l'une attisant le désir, l'autre provoquant la répulsion. Et plus que tout, elle joue sur une ambiance fantomatique extrêmement prégnante. Duras insiste aussi beaucoup sur le bruit de cauchemar du ventilateur présent dans le décor. C'est un fait, le son (et la musique !) est au centre d'India Song. de l'atmosphère moite du roman le Vice-consul, qui est moins sensible ici, on est passé à une atmosphère onirique, spectrale et envoûtante, marquée par la désincarnation.

Challenge Théâtre 2017-2018
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MakeSomeoneHappy
  26 octobre 2019
Je suis à peu près persuadé que Duras doit se lire à haute voix. Sinon, on passe à côté, on regarde le bus s'en aller et on reste là sans comprendre.
C'est une langue qui ne se comprend qu'à voix haute (d'où le théâtre).
A défaut, elle reste comme une langue étrangère. Elle doit l'être pour beaucoup, j'imagine.
C'est une langue à entendre et à sentir, plus encore qu'à comprendre. Plutôt, c'est une langue que l'on ne comprend que et seulement quand, on se met à simplement l'entendre.
Bien sûr il y a toute cette formidable intelligence dans ses interviews. Ces phrases qu'il faut relire 2 ou 3 fois pour en saisir le sens et parfois même sans en saisir le sens. Une intelligence supérieure à la nôtre, c'est évident, une intelligence extravagante, mais qui ne nous repousse pas, non, qui nous entraîne plutôt.
On part avec elle et on la suit même sans savoir où elle nous entraîne. Vaguement fascinante. Carrément bluffante parfois.
Et puis, au-delà des interviews, restent bien sûr les textes. Les paroles des acteurs et les indications de mise en scène lorsqu'il s'agit de théâtre.
Et donc, ce besoin irrépressible, après 10 pages d'India Song, de prendre mon stylo et d'écrire. Sans peur, avec élan. Plongée de mots. L'effet Duras. Rien à comprendre, tout à sentir. Degré de sensibilité profondément humain. Ultra humain. Pas de jours monotones, pas de ces jours qui fuient. Retour à Duras pour 10 minutes, même pas et déjà mes mots qui renaissent, cette lumière qui s'éclaire en moi, ce souffle de vie.
Sans jugement, sans crainte. Dire simplement et écrire simplement. le mot fera sens quel que soit le mot. le mot sera cet instant de vie. Ce souffle chaud. Ce corps qui existe par cette âme qui vibre.
Rien à comprendre, tout à sentir. Et à écrire, presque les yeux fermés. Curieux de ce que ça donnera à la relecture demain matin.
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Gwen85
  20 mai 2012
"India Song" est l'un des tout grands chefs-d'oeuvre de Marguerite Duras: un livre à lire mais aussi (et surtout) un film à voir. Afin de bien en goûter toute la saveur, l'idéal est d'avoir également en mémoire les autres oeuvres du cycle indien dans lequel il s'inscrit, principalement "Le Ravissement de Lol V. Stein" et "Le Vice-Consul".
En effet, "India Song" prolonge ces deux histoires, ou plutôt, propose un nouveau point de vue sur certains événements qui y sont relatés, et les fait résonner au travers de voix plurielles, incertaines, aux souvenirs fragmentaires, parfois viciés par la rumeur. Comme souvent, Duras convie des thèmes qui lui sont chers comme la Folie, l'Oubli, la Passion et l'Indicible et les allie en une oeuvre douloureuse et hypnotique, où la vérité des sentiments se fait jour avec force cris et pleurs...
Lisez le livre, regardez le film, écoutez ces voix, vous comprendrez alors ce qu'on appelle une oeuvre envoûtante...
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Marti94
  11 décembre 2014
"India song", c'est le premier film de Marguerite Duras que j'ai vu. J'avais 16 ans et ma prof de français nous avait emmenés au cinéma. Quelle claque ! On ne peut pas dire que j'ai été complétement emballée à la première écoute mais le film, donc le texte, m'a intriguée et quelque peu envoutée au point que je le considère comme prémices de ma passion littéraire pour l'auteure.
L'histoire se déroule dans les années 30 aux Indes et c'est une histoire où la musique à une grande importance d'où ce merveilleux titre « India song » : on retrouve la musique du piano de l'ambassade, la musique des mots de la passion, la musique des mots de l'horreur, de la famine et de la lèpre, au bord du Gange.
Pourtant on ne voit rien de l'Inde, il n'y a que les mots, en huis clos, pour dire les choses. C'est pour cela que Marguerite Duras a choisi la « voix off » et non les dialogues pour donner toute sa place au texte.
Et puis, il y a l'histoire, celle du souvenir de l'amour, de la passion, et de l'impossibilité de la vivre.
L'univers de Duras est fascinant !
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charlottelit
  06 juillet 2012
chant pas du tout envoûtant. quel ennui ! il ne suffit pas de s'appeler Duras pour écrire un chef d'oeuvre.
Si l'on écoute les voix, l'impression est peut-être différente ... emporté en vacances : funeste erreur.
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
Musa_aka_CthulieMusa_aka_Cthulie   23 octobre 2017
NOIR

Au piano, un air d'entre les deux guerres, nommé India Song.
Il est joué tout entier et occupe ainsi le temps - toujours long - qu'il faut au spectateur, au lecteur, pour sortir de l'endroit commun où il se trouve quand commence le spectacle, la lecture.
Encore India Song.
Encore.
Voilà, India Song se termine.
Reprend. De plus "loin" que la première fois, comme s'il était joué loin du lieu présent.
India Song joué cette fois, à son rythme habituel, de blues. Le noir commence à se dissiper.
Tandis que très lentement le noir se dissipe, voici, tout à coup, des voix. D'autres que nous regardaient, entendaient ce que nous croyions être seuls à regarder, entendre. Ce sont des femmes. Les voix sont lentes, douces. Très proches, enfermées comme nous dans le lieu. Et intangibles, inaccessibles.
(Entendre et prononcer : Voix une, Voix deuxième.)

VOIX I
Il l'avait suivie aux Indes.
VOIX 2.
Oui.

Temps.

VOIX 2
Pour elle il avait tout quitté.
En une nuit.
VOIX 1
La nuit du bal... ?

Montée de la lumière, toujours. India Song, toujours.
Les voix se taisent longtemps. Puis reprennent :

VOIX 1
C'était elle qui jouait du piano ?
VOIX 2 (hésite)
Oui... mais lui aussi...
C'était lui qui, parfois, le soir, jouait au piano cet air de S.Thala...

Silence.

Acte I
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Musa_aka_CthulieMusa_aka_Cthulie   29 octobre 2017
Remarques sur les voix 3 et 4

Les voix 3 et 4 sont des voix d'hommes. Rien ne les lie que la fascination qu'exerce sur elles l'histoire des amants du Gange, surtout, encore une fois, celle d'Anne-Marie Stretter.
La voix 3 ne sait presque plus rien de la chronologie des faits de l'histoire. Elle questionne la voix 4 qui la renseigne.
La voix 4 est, de toutes les voix, celle qui a le moins oublié l'histoire. Elle la sait presque tout entière.
Mais la voix 3, si elle a presque tout oublié, RECONNAIT tout à mesure que la voix 4 la renseigne. La voix 4 ne lui APPREND RIEN qu'elle n'ait su avant, quand elle savait , elle aussi, très bien, l'histoire des amants du Gange. La différence entre les voix 3 et 4, entre l'oubli, ici, et la mémoire, là, relève d'une même cause : cette fascination dite plus haut qu'exerce l'histoire sur ces deux voix. La voix 3 a rejeté cette fascination. La voix 4 l'a tolérée.

Acte III
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Musa_aka_CthulieMusa_aka_Cthulie   25 octobre 2017
Le Jeune Attaché (J. Attaché) et le Vice-consul (V.-consul) parlent :

V.-CONSUL : C'est difficile évidemment, mais quoi pour vous, précisément ?
J. ATTACHE : La chaleur, bien sûr... mais aussi cette monotonie... cette lumière... aucune couleur...
Je ne sais pas si je m'habituerai...
V.-CONSUL : A ce point ?
J. ATTACHE : C'est-à-dire... J'étais sans a priori à mon départ de France... mais vous... ? avant Lahore ? auriez-vous préféré autre chose... ?
V.-CONSUL : Rien. Lahore était ce que je voulais.

Silence.
Puis, India Song.

Un homme et une femme parlent (bas) :
- Vous avez entendu ?
- Mal. J'ai compris : "Lahore était ce que je désirais"...
- J'ai entendu : "...ce que je... ce que j'avais..."
- (D'une traite :) Dans le rapport on dit qu'on le voyait, la nuit, par la fenêtre de sa chambre, marcher, comme en plein jour... parler... seul... toujours...
- ... La nuit comme en plein jour...
- Oui...

Silence.

Acte II
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aleatoirealeatoire   18 octobre 2020
On la dirait... prisonnière d'une sorte de souffrance.
Mais... très ancienne... trop ancienne pour encore l'attrister...
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Marti94Marti94   24 mars 2014
L’histoire est une histoire d’amour immobilisée dans la culminance de la passion. Autour d’elle, une autre histoire, celle de l’horreur – famine et lèpre mêlées dans l’humidité pestilentielle de la mousson – immobilisée elle aussi dans un paroxysme quotidien.
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Vidéo de Marguerite Duras
“De Helga Reidemeister, nous retiendrons toutes ses réalisations, depuis son film de fin d'études jusqu'à la « série » consacrée à l'Afghanistan. Le FIFF, qui l'a accueillie de nombreuses fois, loue son talent et cette acuité qui cisèle le réel, que Duras qualifiait ainsi : «rien n'arrive dans ce film excepté le cinéma». Cette rétrospective est l'occasion d'éclairer son oeuvre à la fois clairvoyante et émouvante.” – Jackie Buet, directrice du Festival International de Films de Femmes de Créteil
Retrouvez sur notre webmagazine Balises, le dossier "Helga Reidemeister, destins documentaires" en lien avec la rencontre : https://balises.bpi.fr/dossier/reidemeister/
Suivre la bibliothèque : SITE http://www.bpi.fr/bpi BALISES http://balises.bpi.fr FACEBOOK https://www.facebook.com/bpi.pompidou TWITTER https://twitter.com/bpi_pompidou
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