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EAN : 9782070421596
376 pages
Éditeur : Gallimard (30/05/2002)
3.34/5   98 notes
Résumé :
L'espoir est une denrée qu'Annie Ernaux délivre avec la plus rigoureuse parcimonie. Dans "Se perdre," journal intime où "Passion simple" (1992) prit sa source, elle se montre particulièrement avare. On pense à certains maîtres japonais, tel Kawabata, sorciers du genre : neige et ciel de cendre. Mais Annie Ernaux y apporte sa révolte : elle griffe la neige. Et laisse quelques lambeaux de chair collés au métal froid des lignes. Car jamais on ne saurait parler de chale... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
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Herve-Lionel
  23 octobre 2016
La Feuille Volante n°1078 – Octobre 2016
Se perdreAnnie Ernaux – Gallimard.
Depuis que je connais Annie Ernaux (par la seule lecture de ses textes, cela va sans dire, mais puisqu'elle a fait de sa vie la nourriture de ses romans e que j'en suis le lecteur attentif, je peux parler d'une véritable fréquentation quasi-personnelle), il me semble que le sexe et la recherche du plaisir ont tenu une grande place dans sa vie. D'emblée, elle nous parle de S. 35 ans, un homme marié, Russe, vaguement diplomate, apparatchik et peut-être membre du KGB, dont elle fut très éprise au point de ne rien écrire de création littéraire pendant tout le temps qu'a duré leur relation en pointillés à cause de la présence épisodique de l'épouse de S., hors mis la rédaction de son journal intime. C'est en effet à partir de ce document qu'elle va refaire le chemin à l'envers. Nous somme en 1988, elle a 48 Ans, elle est apparemment déjà divorcée, femme de Lettres, libre et mère de deux enfants. Sa rencontre avec S. est le prélude à une liaison torride pour elle mais qui est vécue par lui comme une passade sans lendemain et alors qu'elle recherche avec lui une véritable perfection dans la répétition de l'acte charnel, lui au contraire ne recherche que la jouissance, ne pense qu'à la baiser, elle, la femme de lettres, célèbre de surcroît … et à boire de la vodka ou du whisky ! C'est une situation d'autant plus cruelle pour elle qu'il ne l'aime pas et elle le sait (« je suis une parenthèse érotique dans sa vie, rien de plus »), qu'il la délaisse volontiers mais qu'elle l'attend quand même. Il semble apprécier seulement d être l'amant d'une femme plus vieille que lui, peut-être d'une Française, expérimentée dans l'art de faire l'amour et, qui plus est, est connue. A l'évidence et quelles que soient les marques de passion qu'elle pourra lui témoigner, il ne quittera pas sa femme pour elle, la préférant comme maîtresse que comme future épouse. Il me semble aussi qu'il y a aussi une ambiguïté dans l'attachement qu'elle a pour lui. Elle avoue que certes elle en est amoureuse mais corrige aussitôt cet aveu en ajoutant qu'elle est surtout fascinée par « l'âme russe », par l'URSS, comme elle l'est par la littérature slave, mais redoute d'être enceinte de lui. Elle souhaite aussi, parce que « la sexualité a toujours été une angoisse dans (sa) vie », maintenir seule cette liaison, « à bout de bras » avec cet homme, même si elle l'épuise, même si leur rupture est de plus en plus prévisible.
Elle nous confie, presque au jour le jour et sans omettre aucun détail ni aucune précision (le langage cru ne me gêne pas), ce qui pourrait être érotique mais qui à la longue devient lassant, ce besoin d'amour, cette passion qu'elle ressent pour lui cette histoire d'amours clandestines et qui lui rappelle ses précédentes liaisons. C'est un peu comme si S. rachetait par sa seule présence, même épisodique, toutes ses anciennes expériences décevantes, et ce malgré l'attente qu'il impose à Annie, le désir qu'il fait naître chez elle, malgré sa passion dévorante. L'attente chez elle est dévastatrice et s'apparente à la mort, pire peut-être, elle ne peut vivre sans écrire et cette espérance de lui annihile toute possibilité créatrice qui est le propre d'un écrivain. Est-ce que cette liaison avec un homme plus jeune qu'elle, signifie, même inconsciemment pour elle la peur de vieillir ? le temps qui passe, elle le voit pourtant dans son corps qui s'enlaidit et dans cette assemblée de femmes qu'est ce colloque d'auteures dont beaucoup sont plus jeunes (et plus belles) qu'elle, dont elle est jalouse et craint qu'il ne les croise et ainsi ne l'oublie pour l'un d'entre elles. Avec le temps sa confiance en lui s'émousse même au point qu'elle craint d'avoir une remplaçante ou pire, que S. à cause des frasques et des infidélités qu'elle lui prête ne lui transmette le sida. Quant au temps qu'elle passe avec lui, il file plus vite et, de ce fait, leurs rencontres, même passionnées, sont génératrices d'absence d'autant plus que, elle le sait, leurs rêves et leurs désirs sont différents et que la rupture laisse planer sur eux son ombre. Elle finit par se faire une raison, avec lui elle a perdu son temps.
J'en reviens au phénomène de l'écriture, ce besoin de confier au papier ses moindres sentiments, ses envies les plus intimes, ses expériences et ses fantasmes les plus débridés. L'auteure l'a fait en tenant un journal intime et c'est sans doute là une libération, une manière d'exorciser ses tourments en les nommant. Mettre des mots sur ses maux est une activité plutôt saine et libératrice. Annie Ernaux est une femme de Lettres qui a délibérément choisi de faire des moindres événements de sa vie la nourriture de sa démarche d'écrivain en refusant la fiction. Soit ! Dès lors un auteur peut tout dire de lui-même et bien peu s'en sont privé, racontant leur histoire qui parfois a été passionnante. Il n'y a pas en ce domaine d'interdit à part ceux qu'on s'impose à soi-même et apparemment elle ne s'en impose pas et se lâche dans la confidence. Je ne suis pas sûr pour autant que l'intérêt du lecteur soit au rendez-vous.
Je n'ai pas retrouvé ici, à cause dans doute du parti-pris de l'auteur d'adopter la forme d'un éphéméride, le style fluide que j'apprécie tant chez Annie Ernaux. En outre, l'aspect répétitif du thème choisi m'a, je l'avoue, un peu lassé, de même d'ailleurs que la fréquente allusion aux rêves. Bref, cette histoire d'une femme follement amoureuse d'un homme qui ne l'aime pas, qui n'est finalement qu'un amant parmi tant d'autres et qui va s'éclipser de sa vie sur la pointe des pieds, ne m'a que très modérément intéressé.
© Hervé GAUTIER – Octobre 2016. [http://hervegautier.e-monsite.com
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paulotlet
  27 juin 2018
En 2001, Annie Ernaux décide de publier les pages de son journal intime concernant sa passion avec S., attaché culturel de l'ambassade d'URSS. Cette liaison, elle l'a décrite dans un ouvrage publié presque dix ans plus tôt, "Passion simple". On est frappé par la différence de ton, l'absence de distance qui caractérise forcément les écrits contemporains des faits relatés. Cette perte du sens commun décrite, disséquée, analysée dans "Passion simple" nous est ici livrée brute, sans le regard un peu extérieur qu'offre le temps qui passe. Malheureusement, la sauce ne prend pas. Les chroniques intimes sont faites pour le rester et on finit par s'ennuyer. D'autant que tout cela s'étale sur plus de 370 pages. Le ton est souvent cru, explicite. Ce n'est pas la première fois que cela m'apparaît mais ici, c'est encore plus marqué: lorsqu'elle parle de sexe, Annie Ernaux a tendance à perdre le côté neutre, blanc qui caractérise son écriture. Elle est dans l'exhibition, comme si elle avait quelque chose à prouver. Elle se complaît manifestement dans l'utilisation de tournures salaces, de termes vulgaires ou inutilement explicites. Qu'on me comprenne bien, je ne joue pas l'oie blanche ou le Père la Morale, je constate juste une différence de traitement marquée dans les descriptions liées à la sexualité. Je ne suis pas sûr qu'il y ait vraiment un intérêt à savoir qu'elle l'a sucé dans le hall ou qu'enfin il l'a sodomisée.
Bref, un avis plus mitigé que d'habitude pour ce bouquin d'une auteure qui reste, malgré tout, parmi mes préférées.
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zabeth55
  31 janvier 2012
Journal intime d'Annie Ernaux lors de sa liaison avec un diplomate. Mort, écriture et sexe fusionnent. Un ressenti très bien traduit par une écriture juste et précise.
C'est très bien écrit mais impudique et dérangeant. Un journal intime est fait pour soi pour exprimer des sentiments, des émotions, des réflexions hors du regard des autres. Je comprends sa nécessité vitale d'écrire ce jorunal, mais les liaisons d'Annie Ernaux ne nous regardent pas. Son rôle d'écrivain était de transposer cette histoire dans un roman fictif afin de préserver son intimité et de ne pas nous rendre indiscrets et voyeurs.
J'ai été plusieurs fois tentée de ne pas continuer à lire cette "nappe de souffrance égocentrique" comme elle dit elle même.
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cindyabouchacra
  01 avril 2021
« Suis-je amoureux ? Oui, puisque j'attends. », Roland Barthes
________________
Annie attend. Elle est dans le manque, la dépendance et c'est pour quoi elle écrit. Elle écrit pour revivre le moment vécu et « redoubler la jouissance des rencontres », mais surtout pour supporter l'attente, pour supporter l'absence de l'autre. Grâce à ce journal, elle arrive à verbaliser ses émotions et crier, en silence, sa déception, sa douleur, sa rage.
C'est à travers une écriture simple, concise, sans effet littéraire qu'Ernaux nous raconte sa passion pour un diplomate russe, marié, avec qui elle entretiendra une relation secrète d'à peu près un an. Elle parle d'un « bonheur douloureux », d'une passion-obsession dans laquelle elle se perd de jour en jour. le rythme de ses phrases est saccadé, comme une respiration haletante et l'on ressent parfaitement son trouble par le biais de son écriture orale et authentique. Ses expressions sont coupées, incomplètes et illustrent son mal tout comme la noirceur des mots qu'elle choisit pour traduire la puissance de cet amour destructeur. L'écriture a un aspect salvateur pour elle et remplace ses idées noires, morbides : « J'écris à la place de l'amour, pour remplir cette place vide, et au-dessus de la mort. » Elle tente, en écrivant, de se comprendre ; ses questionnements sont nombreux et rendent le rôle de ce journal thérapeutique – une manière d'exorciser ses tourments en les racontant.
Ernaux est une écrivaine à la recherche de la perfection, de l'absolu, de la beauté et de l'esthétique. La sincérité est ce qu'il y a de plus touchant dans son Oeuvre. Elle avait d'abord écrit un roman : "Passion simple", dans lequel elle raconte son idylle avec le diplomate russe mais elle a trouvé le roman un peu loin de vérité, embelli, moins cru, d'où sa décision de publier Se perdre où elle nous dit tout. Elle a décidé de faire entièrement confiance à son lecteur en lui confiant ses secrets, ses peines, ses envies les plus intimes, en détail, sans peur du jugement.
• « Je me suis aperçue qu'il y avait dans ces pages une "vérité" autre que celle contenue dans Passion simple. Quelque chose de cru et de noir, sans salut, quelque chose de l'oblation. »
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Nayac
  12 juin 2016
En un mot: déçu.
Certes l'accumulation , la répétition dit clairement l'attente sans cesse recommencée, renaissant dès la fin de chaque rencontre. de même la noirceur brute des propos traduit bien la puissance de la passion.
Mais déception quand même, peut être liée au fait d'avoir lu "Passion simple" (un titre superbe!) avant. Je pensais trouver dans ce journal des clefs nouvelles de lecture de cette passion: espoir vain.
Pour autant, on retrouve bien cette passion omnipotente: "quelque chose de cru et noir, sans salut".
Passion qui balaye les barrières qui devraient la condamner: "il aime les grosses voitures, le luxe, les relations, très peu intellectuel. Et cela même ,est un retour en arrière, image de mon mari, détestée..."
La violence de cette passion ne laisse place qu'à quelques brefs espaces de bonheur, vite contrecarrés par jalousie, sentiment de vieillesse, attente sans fin amplifiée par l'appréhension de la rupture.
Malgré tout cela, comment résister à la douleur de cette passion?
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Citations et extraits (41) Voir plus Ajouter une citation
charlottelitcharlottelit   30 décembre 2012
Tout est difficile. Me dire, il est insignifiant intellectuellement,
personnalité conformiste, etc ... ne sert à rien
puisque ce n'est pas pour cela que je suis attachée à lui,
mais par ce lien de peau indéfinissable,
dont le manque est à crever.
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marina53marina53   07 juin 2012
Je n'ai jamais rien su de ses activités qui, officiellement, étaient d'ordre culturel. Je m'étonne aujourd'hui de ne pas lui avoir posé plus de questions. Je ne saurai jamais non plus ce que j'ai été pour lui. Son désir de moi est la seule chose dont je sois assurée. C'était, dans tous les sens du terme, l'amant de l'ombre.
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HebephrenieHebephrenie   09 avril 2012
L'attendre avec plein de scénarios dans la tête (où faire l'amour, comment, etc.) et ne pas savoir s'il viendra. Ce gouffre - entre l'imaginaire, le désir et le réel - est invivable.
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paulotletpaulotlet   27 juin 2018
Horreur l'an dernier, tristesse sans forme, cette année, où est le lieu? la formule? Juste dans ces moments où j'attendais S., où il était là, et nous faisions l'amour. Guérirai-je de cela? De cette disparition sans traces. Je corrige La Place en anglais. Le jour où il est parti, je faisais la même chose pour Une femme. Quatre mois. Je pleure, toujours aux souvenirs. Ce que je fais, encore, c'est pour lui, et je n'ai même pas le cœur à le faire: une préface sur le Tour de France, Apostrophe.
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Herve-LionelHerve-Lionel   22 octobre 2016
Moi, je suis l'écrivain, la pute, l'étrangère, la femme libre aussi. Je ne suis pas le "bien" qu'on possède et qu'on exhibe, qui console. Je ne sais pas consoler.
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Videos de Annie Ernaux (52) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Annie Ernaux
Retrouvez l'intégralité de l'entretien ici : https://www.telerama.fr/cinema/audrey-diwan-realisatrice-de-l-evenement-l-intime-et-le-politique-sont-lies-7007403.php
Dans l'Événement, elle aborde la réalité de l'avortement clandestin, à une époque où les femmes, prisonnières des carcans des années 60, subissaient le poid du danger, de la honte, de la solitude… En adaptant le récit autobiographique d'Annie Ernaux, Audrey Diwan réussit une oeuvre frontale, intimiste, mais aussi très politique, qui lui a valu de décrocher le lion d'Or à la dernière Mostra de Venise. Un film aux allures de coup d'éclat, qui résonne avec le premier: Dans Mais vous êtes fous, sur un père cocaïnomane qui contaminait involontairement sa famille, la cinéaste interrogeait déjà un tabou - celui de la drogue, et questionnait le corps comme « lieu du secret »… Egalement scénariste, notamment pour les films de Cédric Jimenez (La French, Bac Nord), cette ex-éditrice et journaliste, qui a confondé le magazine Stylist, a eu déjà plusieurs carrières, avec, pour fil rouge, un rapport viscéral à l'écriture, au choix, à la liberté d'expérimenter. Au milieu d'un marathon d'interviews, elle est venue nous parler de l'Événement, de sa relation à Annie Ernaux, et du parcours, éclectique mais cohérent, qui l'a menée à la réalisation.
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