AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2070398218
Éditeur : Gallimard (15/10/2009)

Note moyenne : 4.14/5 (sur 35 notes)
Résumé :

Un homme que je ne connaissais pas est entré dans ma tête et a tout balayé. Je ne trouve plus mes mots, j'ai perdu mon métier. N'importe qui peut entrer dans votre tête à tout moment et vous dévorer le cerveau... Avec comme seule arme la plume qu'il rêve de planter dans l'œil de son ennemi intime, René Frégni nous fait le récit de l'incroyable engrenage de sa relation avec un truand du grand band... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr
Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
berni_29
  17 mars 2019
Dans « Tu tomberas avec la nuit », René Frégni nous tend la main et nous invite à venir et revenir avec lui dans le milieu des prisons. J'évoque le fait de revenir car nous sommes plusieurs lecteurs à aimer cheminer dans le monde de cet auteur sensible, attachant et que nous commençons à connaître peu à peu, de récits autobiographiques en romans et parfois les deux se mélangent avec harmonie dans une écriture fraternelle.
Ici il est question des rencontres au parloir dont le temps est effroyablement minuté, des cris des prisonniers dans la nuit carcérale, de l'écriture qui chemine comme une faille dans un mur...
Nous retrouvons cet univers que l'auteur connaît bien, il l'a fréquenté des deux côtés. Quand il était jeune il a été emprisonné pour avoir déserté de l'armée. Plus tard, il a franchi de nouveau les portes de quelques prisons pour animer des ateliers d'écriture : celle d'Avignon qui n'existe plus, Les Baumettes à Marseille et celle de Luynes qui est le théâtre du livre dont je viens de terminer la lecture.
René Frégni sait nous parler de ce milieu carcéral avec une rage et une sensibilité à fleur de peau, les mots qu'ils convoquent pour nous les offrir sont écorchés, saignent du dedans. Il est proche de ces hommes qu'il a côtoyé autour des livres, le temps d'un rayon de soleil parmi les geôles et les matons, le temps de déplier quelques phrases et d'y poser un fardeau, une douleur, un manque, un abîme. Il sait nous en parler comme des frères. Peu importe ce que ces hommes ont commis comme crimes affreux, il n'est pas là pour juger, et nous non plus, ces hommes ont déjà été jugé par la justice, ils purgent désormais leur peine, parfois depuis vingt ans et plus... Ici il est juste question d'apporter un peu d'humanité par les livres, un cahier, des stylos...
« Tu tomberas avec la nuit » est un récit autobiographique.
Lors d'un atelier d'écriture qu'il anime à la prison de Luynes, René Frégni se lie d'amitié avec Max, un truand marseillais. Plus tard, Max sort de prison, l'occasion lui est donné de venir en aide au narrateur qui est sans cesse harcelé par une famille malveillante de son quartier, Pour sceller leur amitié, les deux hommes décident d'ouvrir un restaurant ensemble...
C'est à partir de ce moment-là qu'un engrenage effroyable va se déclencher : son arrestation à l'aube, la perquisition de son appartement, une terrible garde à vue, l'acharnement du juge, la présomption d'innocence piétinée bafouée, de nouveau des perquisitions décidées par des motifs absurdes et sous les yeux effarés de sa fille Marilou qui ne comprend rien...
Pourtant nous étions prévenus dès la première phrase du récit : « le 17 octobre à trois heures de l'après-midi, j'ai plaqué mes mains sur mon visage et je suis resté de longues minutes derrière le velours noir de mes paupières. Quand j'ai ouvert les yeux j'avais pris une décision, j'allais tuer le juge ».
Dès lors, c'est une descente aux enfers qu'il nous est donné de partager avec ce récit à vif de l'auteur, sans doute autobiographique pour une très large part. Une grande humanité est là aussi, au détour de la phrase, le sourire qui court sur le visage d'un ami, la beauté d'un visage aimé, l'envie de protéger une enfant affolée par la cruauté des grandes personnes.
L'écriture est comme un coup de poing. le rythme est mené jusqu'au bout avec beaucoup de vivacité, il ne nous laisse à aucun moment sans répit. À coup de canif, René Frégni dénonce l'innommable : l'insalubrité des lieux de détentions français, la justice qui dérape avec des juges qui se croient au-dessus des lois et qui s'octroient tous les pouvoirs, la vie qui peut brusquement trébucher et chuter dans un vide sidéral sans qu'on n'y prenne garde...
L'humanité est là comme un cri de désespoir jeté depuis le silence humide d'une cellule. On voudrait lancer derrière les barreaux une corde tissée avec des phrases. On voudrait serrer contre notre coeur ces enfants qui ont peur de grandir dans ce monde inconnu et parfois hostile.
J'ai aimé la fin puissante de ce récit, ces mots criés à la lumière, au vent et à la mer.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          4311
absolu
  01 août 2012
"Il faudrait que je puisse écrire ce qui m'est arrivé depuis dix-huit mois, raconter ce qu'un homme m'a fait subir chaque jour, trouver les mots pour dire son acharnement, peut-être sa haine. [...] Il a passé sa vie à juger des gens sans oser regarder leurs yeux."
René Frégni a été appelé pour "animer" des ateliers d'écriture, dans la prison d'Avignon, entre autres, prison humide, pourrie, rongée par la vermine, par l'ennui, par le manque d'intérêt des autorités. Il ne sait pas trop ce que cela signifie vraiment, mais il le fait. Il emmène son cartable empli d'histoires, empli de ciel, de femmes, de rêves, et chaque semaine, permet à chaque détenu participant une certaine évasion.
Un jour, il se retrouve à emmener Karine, une hyène au corps de déesse, chaque jeudi, prison de Luynes. Elle va retrouauer son homme au parloir, il va élargir l'espace entre les barreaux de quelques cellules. Jamais un merci, juste de la haine crachée durant le trajet. Contre tout et n'importe quoi. Elle profite de la voiture à son insu. Il met fin au p'tit manège, ne l'emmène plus. Il met le pied dans un terrible engrenage.

Toute la famille de Karine, meute de charognards enragés, à la haine trapue et viscérale, va lui faire vivre l'enfer, à lui et à sa fille, faisant de chaque journée un champ de mines à traverser. Une haine contagieuse, qui envahit le corps de René, petit à petit, en cherchant le sourire de Marylou. Un jeudi, il raconte son histoire à l'atelier d'écriture. Ils l'écoutent. Ils lui disent qu'il n'a pas le choix. Il cogne, ou se fait dévorer. Il va cogner. Humilier la fratrie. Qui voudra se venger, définitivement, de cet affront, de cet orgueil bafoué. Il appelle Max, un ancien détenu. L'insouciance reviendra, sous l'aile protectrice de ce "parrain" sans neveu, du moins apparent. Douze ans de tôle ont sculpté le gaillard, physiquement, moralement. Mais pas tout à fait. Max reviendra sans cesse vers ces ateliers, dans leurs conversations, vers l'écriture, "comme si les millies d'heures qu'il avait passées là-bas, penché sur son cahier dans le silence de sa cellule ou à écouter d'autres détenus lire leurs textes dans notre petite salle du bâtiment d'juste au-dessus de l'ancien quartier des condamnés ç mort, comme si ces heures demeuraient dans le secret de sa mémoire les plus précieuses, oserais-je dire les plus lumineuses".
René retombera, sans le vouloir, dans un autre engrenage, dans une autre violence. Les histoires d'elfes et de fées chuchotées au creux d'une cabane vont laisser place à la folie d'un petit homme en noir, un petit homme à la tête et aux mains molles, d'un banal affligeant, d'une cruauté insatiable. Un petit homme qui se délecte d'être du bon côté du bureau, qui rêva toute sa vie d'une seconde affaire Dominici, et qui n'eut en face de lui que René Frégni, écrivain, et homme naïf, tout au plus. Un innocent. Ce que lui fera payer le juge Second. Droits de l'homme malmenés, "condamné à mourir de faim avec sa fille, interdit de travailler". le vendredi, jour du poison, du contrôle judiciaire. Justice à l'odeur de poisson pas très frais. Sa petite sirène n'en peut plus de tous ces requins. Les éléments naturels semblent s'être parés du gris métallique des prisons, des nuits de garde à vue, de garde à vous. Et, comme le soleil parvient à percer les nuages de ma Picardie, la poésie pointe le bout de de sa prosodie, dans l'éclat, l'or, les odeurs, la douceur de la Provence, décor de ce sinistre scénario qui semble si réel, qui semble dépasser la fiction. La liberté de la mer scintille toujours un peu, dans toute cette merde. La beauté éclate, par-ci, par-là, malgré l'horreur, malgré ce juge-tumeur. C'est l'écriture, encore, et toujours, qui permet cela. René répondra à une lettre de Max : "écris comme tu boxes, entre dans ton cahier comme sur le ring, cogne avec chaque mot. Ecris comme le mur qui te fait face".
Car ce roman n'est qu'un combat de mots, à pages nues, ce roman n'est qu'une histoire lancée au galop, à la crinière de laquelle on s'accroche, à laquelle on ne peut que s'agripper, sous peine de finir piétiné.
Monsieur Frégni, vous m'avez fait grâce d'une soirée sans maux d'estomac, une soirée et une fin de matinée sans penser à lui. Merci.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
liratouva2
  26 mars 2010
L'auteur raconte ici sa propre histoire ou comment sa vie d'homme honnête, d'écrivain célèbre, de père attentionné a sombré pour avoir accordé sa confiance à des gens dangereux !
Un jour on est venu l'arrêter et sa vie a basculé dans l'enfer de la garde à vue, des prisons sordides et surtout de l'entêtement d'un juge type Outreau.
Quatre ans d'enfermement avant qu'enfin on reconnaisse que son dossier est vide, ce que tout le monde savait depuis longtemps, y compris les policiers.
Le juge qui l'a harcelé d'une manière toute kafkaïenne, après avoir violé la présomption d'innocence et alerté la presse, s'est acharné sur lui durant ces quatre années sans jamais lâcher prise un instant !
L'accusation : blanchiment d'argent sale
(...)
J'ai beaucoup aimé ce livre que j'ai trouvé très prenant ! Difficile de ne pas le lire d'une traite tant les faits s'enchaînent de façon implacable et déraisonnable ! J'en frémis encore en pensant que de telles erreurs judiciaires peuvent se reproduire et détruire à nouveau si facilement tant de vies innocentes !
J'ai également beaucoup apprécié la belle, calme et sereine écriture de l'auteur. Il ne crie pas, ne vitupère pas, ne moralise pas à outrance non plus. Il dit sa peine, son effarement, sa solitude aussi !
L'écriture le sauve qui est la seule arme qu'il possède pour dénoncer ce crime judiciaire.
Au départ, il voulait tuer le juge. A la fin , il s'est contenté de terminer son roman ! Il avait retrouvé une certaine forme de sérénité !

Lien : http://liratouva2.blogspot.c..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
LaetitiaMimie
  31 juillet 2016
Passionnant ... C'est le premier mot qui me vient aux lèvres lorsque l'on me parle désormais de René Frégni. Je suis littéralement sous le charme de cet auteur. Prise dans le tourbillon de son roman "l'été", j'ai immédiatement enchaîné avec Tu tomberas avec la nuit.
Poignant de sincérité, je n'ai pu que le lire d'une traite.
Entre une histoire d'amitié, un lien père-fille bouleversant, des gardes à vues qui font froid dans le dos et la description des paysages du Sud de la France, je suis conquise. Il ne manque rien.
Sans prétention, René Frégni décrit, explique, raconte, narre à la perfection.
Vous l'aurez sans doute compris, j'ai hâte d'en lire un autre et je vous conseille déjà celui-ci sans l'ombre d'une hésitation...
Commenter  J’apprécie          20
sylire
  19 février 2012
Après « la fiancée des corbeaux », j'ai souhaité replonger dans l'univers de Réné Fregni avec ce récit autobiographique dans lequel il évoque un épisode très pénible de sa vie. Ceux qui connaissent un peu l'écrivain savent qu'il anime depuis de nombreuses années des ateliers d'écriture dans les prisons. Homme sans préjugés, il lui arrive d'établir des relations d'amitié avec les prisonniers. Il y a quelques années, l'une d'entre elle a mal tourné et par la faute d'un juge qui s'est acharné contre lui alors qu'il était innocent, il a vécu un véritable cauchemar qu'il raconte dans ce livre : « Un homme que je ne connaissais pas est entré dans ma tête et à tout balayé. Je ne trouve plus mes mots, j'ai perdu mon métier. N'importe qui peut entrer dans votre tête à tout moment et vous dévorer le cerveau »
Un exemple parlant des dérapages de la justice

Lien : http://sylire.over-blog.com/..
Commenter  J’apprécie          50
Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
berni_29berni_29   15 mars 2019
Combien de détenus m'ont dit : " J'avais oublié toutes les odeurs, un jour j'ai écrit par hasard le mot figuier, le mot septembre et brusquement tout est remonté : l'herbe mouillée des matins d'automne, la brune qui accompagne une rivière, le bruit de l'eau, celui des chiens de chasse, la saveur extraordinaire d'une figue encore couverte de rosée..."
Toute l'écriture et là. Elle nous permet de retrouver, de découvrir les régions les plus écartées de nous-mêmes. Au fil des saisons, dans ces petits groupes, chacun par l'écriture s'approche de ses monstres, les désigne, les apprivoise. Pour descendre dans ces puits sans fond ils attendent souvent le dimanche et la nuit. Durant ces longues heures pas de parloirs, d'avocats, de courrier, rien que le silence intemporel des miradors.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          160
patatarte2001patatarte2001   05 septembre 2016
Nous lisons à haute voix des textes que chaque détenu élabore dans le silence de sa cellule. Ces hommes sont pour la plupart des longues peines. Après cinq ans passés derrière des murs et des barreaux, tout homme se met à ressembler, à penser, comme un mur ou un barreau. Ceux qui s'arment un jour d'un stylo sont peut-être sauvés. Par les passages secrets que dessine l'encre, ils retrouvent les voies qui mènent vers les rumeurs du monde.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          110
patatarte2001patatarte2001   04 septembre 2016
Ateliers d'écriture.... Je n'ai jamais vraiment cru aux écritures collectives pour la bonne raison que je ne peux écrire que seul, dans un silence parfait, face à un mur blanc où la moindre tâche me gêne....L'écriture est un acte solitaire, monacal, une lente progression vers nos propres abîmes.
Commenter  J’apprécie          90
patatarte2001patatarte2001   07 septembre 2016
L'homme s'est écroulé près de moi et j'ai bondi tant la puanteur que dégageait ce corps était insupportable. Pourtant cet homme n'était pas vêtu comme un clochard ni mal rasé. Cette épouvantable odeur n'était pas celle de la crasse, c'était l'odeur de la peur......une sueur forte, épaisse, irrespirable.
Commenter  J’apprécie          60
patatarte2001patatarte2001   06 septembre 2016
il avait du mal à trouver (une liberté) sur les tapis verts, les pistes de danse fouettées de lumière et dans chaque virage où il jouait sa vie. Max était sorti de prison, il restait prisonnier de ses propres fantômes.
Commenter  J’apprécie          50
Videos de René Frégni (15) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de René Frégni
Rencontre avec René Fregni pour son livre "Les Vivants au prix des morts" (Gallimard)
autres livres classés : roman biographiqueVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr





Quiz Voir plus

Les écrivains et le suicide

En 1941, cette immense écrivaine, pensant devenir folle, va se jeter dans une rivière les poches pleine de pierres. Avant de mourir, elle écrit à son mari une lettre où elle dit prendre la meilleure décision qui soit.

Virginia Woolf
Marguerite Duras
Sylvia Plath
Victoria Ocampo

8 questions
716 lecteurs ont répondu
Thèmes : suicide , biographie , littératureCréer un quiz sur ce livre