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EAN : 9782070398218
176 pages
Éditeur : Gallimard (15/10/2009)
4.27/5   54 notes
Résumé :

Un homme que je ne connaissais pas est entré dans ma tête et a tout balayé. Je ne trouve plus mes mots, j'ai perdu mon métier. N'importe qui peut entrer dans votre tête à tout moment et vous dévorer le cerveau... Avec comme seule arme la plume qu'il rêve de planter dans l'œil de son ennemi intime, René Frégni nous fait le récit de l'incroyable engrenage de sa relation avec un truand du grand band... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
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babounette
  23 juin 2019
Tu tomberas avec la nuit - René Frégni - Éditions Folio - lu en juin 2019.
Mon neuvième René Frégni !!!
Dédié à : "A celle qui m'a donné la force d'oublier la fatigue, la violence et l'effroi."
M A G N I F I Q U E !!!
Après "Je me souviens de tous vos rêves", je ne sais pas lequel je préfère.
René dans ce livre est un cri de colère, de rage, envers ceux qui font du mal à sa petite Marilou, un cri de révolte contre la Justice et ses dysfonctionnements.
Et ça commence par cette terrible phrase : page 15 -" le 17 octobre à trois heures de l'après-midi j'ai plaqué mes mains sur mon visage et je suis resté de longues minutes derrière le velours noir de mes paupières. Quand j'ai ouvert les yeux j'avais pris une décision, j'allais tuer le juge"
L'histoire commence par la fin, quelques pages pour introduire le fil des événements qui suivront. Elle a commencé 15 ans auparavant, sa petite Marilou était encore à la maternelle.
Après la parution de son premier roman, René Frégni est sollicité par le ministère de la culture qui lui demande s'il veut bien animer un atelier d"écriture avec des détenus dans une maison d'arrêt. René accepte sans trop savoir à quoi s'attendre. Il débute ainsi son nouveau métier par la prison Sainte-Anne à Avignon. Il visitera bien d'autres prisons, transformant la vie des prisonniers qui avaient des rêves à n'en plus finir, des aspirations impossibles, par la seule voie des mots et de l'écriture.
Il s'y fera des amis aussi.
Tout allait bien pour René et Marilou qu'il avait la semaine et qui rejoignait sa maman les week-ends.
Jusqu'au jour où il croise sur son chemin Karine, une tigresse "Qu'avait vécu cette femme pour être à ce point gorgée de venin et de haine ?"
Elle lui impose de la prendre avec lui les jeudis pour aller à la prison de Luynes où son copain est détenu, mais les heures de visites sont courtes, vingt minutes seulement et l'atelier d'écriture dure trois heures, et René, gentil, propose à Karine de l'attendre dans sa voiture plutôt que sur le parking jusqu'à la fin de l'atelier. Karine en profite pour utiliser la voiture, sans permis. René s'en rend compte et lui dit qu'elle ne doit plus, compter sur lui pour le jeudi suivant et les autres.
Et là, c'est la descente en enfer pour René et Marilou, la peur et l'insécurité s'installent dans leur vie.
René en vient à faire appel à Max, ancien détenu pour l'aider à se sortir de cet enfer. Page 50 - "C'est alors que j'ai pensé à Max. Max venait de faire douze ans de prison pour un double règlement de comptes dans le milieu des boîtes de nuit et des machines à sous... la justice l'avait acquitté faute de preuve". "Il m'avait laissé son numéro de portable: Si tu as besoin de quoi que ce soit, René, n'hésite pas à m'appeler, même au milieu de la nuit. Tu m'as tellement apporté".
Tout est calme à présent, et il y a "l'institutrice" qu'il ne nomme pas dans ce livre-ci, mais que les lecteurs/trices de René Frégni connaissent bien !
Avec l'aide de Max, René ouvre un restaurant "Côté Place" et il est heureux entre son resto, Marilou, l'institutrice, et son cahier rouge où il écrit.
C'est trop beau !
Il y a le juge Second plus tard qui va le harceler, lui rendre la vie intenable : page 17 - "Un jour j'ai dit au juge : "Vous avez traumatisé ma fille et ça je ne vous le pardonnerai jamais".
Je ne vous divulgâcherai pas plus les événements ce cette tranche de vie de René Frégni et de Marilou.
C'est superbe. Superbe allez-vous me dire ? Avec l'enfer en toile de fond ?
Oui, c'est là toute la subtilité de l'écriture de René Frégni, il laisse entrer la lumière partout, jusque dans les sordides cachots des prisons plein d'humidité. Il décrit les choses telles qu'elles sont, mais il y met tant de poésie, de tendresse, d'humanité, que même la noirceur s'éclaire.
Dans ce livre, René Frégni remet en question la Justice, les procédures, les dysfonctionnements, les magistrats.
Un conseil, lisez-le, vous comprendrez toute la colère et la rage de l'auteur.
J'ai entamé mon 10ème livre de lui : Les vivants au prix des morts. Je dois encore m'en procurer quatre. Que ferai-je après ? Attendre qu'il en écrive un autre.

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Kawane
  29 juillet 2021
Oh joie ! Je suis tombée sur ce livre avant la nuit...aujourd'hui lors de l'une de mes virées "chineries"..ayant hâte d'arriver chez moi pour me précipiter dessus et le dévorer !..
Déjà ralliée à la plume Frégnienne,je succombe une fois de plus à cette histoire autobiographique où l'ombre et la lumière se frôlent constamment dans l'écriture et le récit de cette drôle d'amitié entre un " voyou" Max, fiché au grand banditisme et un écrivain qui anime des ateliers d'écriture en milieu carcéral et qui élève sa fille.
Ce fameux "Max"va proposer de s'associer avec l'écrivain pour monter un restaurant...et tout va basculer : arrêté et déféré l'écrivain est placé en garde à vue....la machine judiciaire est en route, redoutable et sans pitié servi par un juge retors, et sans explication ira jusqu'au harcèlement....
Incroyable histoire..l'écrivain qui fréquente les détenus pour les ateliers d'écriture...passe de l'autre côté de la barrière..se traduit alors toute la violence et les sentiments exacerbés que peut ressentir un homme privé de liberté face à des situations d'injustice et ubuesques et qui auront de lourdes conséquences dans sa vie quotidienne....l'auteur nous dépeint le milieu carcéral comme la palette d'un peintre: les odeurs, les couleurs,..le désespoir qui suinte et la folie qui rôde.
.....c'est dense, intense, le lecteur est pris à parti dans cette situation presque kafkaïenne..où la vie peut basculer en une fraction de seconde..
Et dans tout cette obscurité, toujours une touche de lumière dans les tourments ..se remémorer la nature, l'amour de ses proches, l'amitié...
Sublime roman.
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berni_29
  17 mars 2019
Dans « Tu tomberas avec la nuit », René Frégni nous tend la main et nous invite à venir et revenir avec lui dans le milieu des prisons. J'évoque le fait de revenir car nous sommes plusieurs lecteurs à aimer cheminer dans le monde de cet auteur sensible, attachant et que nous commençons à connaître peu à peu, de récits autobiographiques en romans et parfois les deux se mélangent avec harmonie dans une écriture fraternelle.
Ici il est question des rencontres au parloir dont le temps est effroyablement minuté, des cris des prisonniers dans la nuit carcérale, de l'écriture qui chemine comme une faille dans un mur...
Nous retrouvons cet univers que l'auteur connaît bien, il l'a fréquenté des deux côtés. Quand il était jeune il a été emprisonné pour avoir déserté de l'armée. Plus tard, il a franchi de nouveau les portes de quelques prisons pour animer des ateliers d'écriture : celle d'Avignon qui n'existe plus, Les Baumettes à Marseille et celle de Luynes qui est le théâtre du livre dont je viens de terminer la lecture.
René Frégni sait nous parler de ce milieu carcéral avec une rage et une sensibilité à fleur de peau, les mots qu'ils convoquent pour nous les offrir sont écorchés, saignent du dedans. Il est proche de ces hommes qu'il a côtoyé autour des livres, le temps d'un rayon de soleil parmi les geôles et les matons, le temps de déplier quelques phrases et d'y poser un fardeau, une douleur, un manque, un abîme. Il sait nous en parler comme des frères. Peu importe ce que ces hommes ont commis comme crimes affreux, il n'est pas là pour juger, et nous non plus, ces hommes ont déjà été jugé par la justice, ils purgent désormais leur peine, parfois depuis vingt ans et plus... Ici il est juste question d'apporter un peu d'humanité par les livres, un cahier, des stylos...
« Tu tomberas avec la nuit » est un récit autobiographique.
Lors d'un atelier d'écriture qu'il anime à la prison de Luynes, René Frégni se lie d'amitié avec Max, un truand marseillais. Plus tard, Max sort de prison, l'occasion lui est donné de venir en aide au narrateur qui est sans cesse harcelé par une famille malveillante de son quartier, Pour sceller leur amitié, les deux hommes décident d'ouvrir un restaurant ensemble...
C'est à partir de ce moment-là qu'un engrenage effroyable va se déclencher : son arrestation à l'aube, la perquisition de son appartement, une terrible garde à vue, l'acharnement du juge, la présomption d'innocence piétinée bafouée, de nouveau des perquisitions décidées par des motifs absurdes et sous les yeux effarés de sa fille Marilou qui ne comprend rien...
Pourtant nous étions prévenus dès la première phrase du récit : « le 17 octobre à trois heures de l'après-midi, j'ai plaqué mes mains sur mon visage et je suis resté de longues minutes derrière le velours noir de mes paupières. Quand j'ai ouvert les yeux j'avais pris une décision, j'allais tuer le juge ».
Dès lors, c'est une descente aux enfers qu'il nous est donné de partager avec ce récit à vif de l'auteur, sans doute autobiographique pour une très large part. Une grande humanité est là aussi, au détour de la phrase, le sourire qui court sur le visage d'un ami, la beauté d'un visage aimé, l'envie de protéger une enfant affolée par la cruauté des grandes personnes.
L'écriture est comme un coup de poing. le rythme est mené jusqu'au bout avec beaucoup de vivacité, il ne nous laisse à aucun moment sans répit. À coup de canif, René Frégni dénonce l'innommable : l'insalubrité des lieux de détentions français, la justice qui dérape avec des juges qui se croient au-dessus des lois et qui s'octroient tous les pouvoirs, la vie qui peut brusquement trébucher et chuter dans un vide sidéral sans qu'on n'y prenne garde...
L'humanité est là comme un cri de désespoir jeté depuis le silence humide d'une cellule. On voudrait lancer derrière les barreaux une corde tissée avec des phrases. On voudrait serrer contre notre coeur ces enfants qui ont peur de grandir dans ce monde inconnu et parfois hostile.
J'ai aimé la fin puissante de ce récit, ces mots criés à la lumière, au vent et à la mer.
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TerrainsVagues
  23 mars 2019
« le 17 octobre à trois heures de l'après-midi, j'ai plaqué mes mains sur mon visage et je suis resté de longues minutes derrière le velours noir de mes paupières. Quand j'ai ouvert les yeux j'avais pris une décision, j'allais tuer le juge ».
Voici les deux premières phrases de « Tu tomberas avec la nuit ». Ca met tout de suite dans le bain.
Sitôt terminé le bouquin j'ai foncé sur Ecosia (moteur de recherches « bio » qui ne rapporte rien à google) pour faire la part de la biographie et de la fiction. Je suis tombé sur un article du Parisien qui raconte ce pan de l'histoire de René Frégni, article daté de 2005 soit trois ans avant la parution du livre. Seuls les noms du juge et d'un truand ont été changés.
« Tu tomberas avec la nuit » m'a fait penser à un film terrible que j'ai vu la première fois quand je devais avoir 7 ou 8 ans et qui m'a marqué au fer rouge. « Deux hommes dans la ville » de José Giovanni avec Gabin, Delon et un Michel Bouquet exceptionnel encore une fois. Oui, à 7 ou 8 ans j'étais bien loin des intempéries du monde mais j'avais déjà une conviction, j'étais contre la peine de mort. La scène finale avec les regards de Delon et Gabin, impossible de les oublier.
René Frégni a croisé un jour un juge d'instruction au pouvoir illimité ayant « droit de vie et de mort » sur le premier enchaîné qu'on introduit dans son bureau. Quand ce juge est un psychopathe qui croit tenir la gloire en se payant un écrivain, le harcèlement ne s'arrête plus. Entre des policiers gênés pendant les différentes gardes à vue et autres perquisitions et la fille de Frégni, traumatisée par la vue de son père menotté, on en arrive peut être un jour après quelques années (18 mois en fait, déjà très long) aux deux premières phrases du livre quand le dossier est vide de chez vide et qu'un tordu veut de toutes façons vous enfermer.
Le tort de Frégni pour le juge ? Avoir ouvert, par amitié, un restau avec un ancien truand qui vient de sortir de 12 ans de prison.
Après l'affaire d'Outreau, une loi est venue retirer les pleins pouvoirs d'incarcération au juge d'instruction au profit du juge des libertés et de la détention. Deux avis valent mieux qu'un. C'est ce qui a sauvé Frégni.
Pour tout dire, c'est la première fois que je lis un bouquin de la première à la dernière page sans pause. Je crois pouvoir dire que j'étais bien dedans.
Pas mon préféré au niveau émotion poétique même si pour masquer l'odeur de la peur, l'odeur des geôles enfouies dans les entrailles de la ville, Frégni n'oublie jamais de parsemer ses lignes de couleurs chaudes et de parfums provenceaux.
Ps : Si vous êtes intéressés par Ecosia c'est ici que ça se passe :
https://www.ecosia.org/?c=fr
80% des recettes servent à replanter des arbres un peu partout sur la planète.
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absolu
  01 août 2012
"Il faudrait que je puisse écrire ce qui m'est arrivé depuis dix-huit mois, raconter ce qu'un homme m'a fait subir chaque jour, trouver les mots pour dire son acharnement, peut-être sa haine. [...] Il a passé sa vie à juger des gens sans oser regarder leurs yeux."
René Frégni a été appelé pour "animer" des ateliers d'écriture, dans la prison d'Avignon, entre autres, prison humide, pourrie, rongée par la vermine, par l'ennui, par le manque d'intérêt des autorités. Il ne sait pas trop ce que cela signifie vraiment, mais il le fait. Il emmène son cartable empli d'histoires, empli de ciel, de femmes, de rêves, et chaque semaine, permet à chaque détenu participant une certaine évasion.
Un jour, il se retrouve à emmener Karine, une hyène au corps de déesse, chaque jeudi, prison de Luynes. Elle va retrouauer son homme au parloir, il va élargir l'espace entre les barreaux de quelques cellules. Jamais un merci, juste de la haine crachée durant le trajet. Contre tout et n'importe quoi. Elle profite de la voiture à son insu. Il met fin au p'tit manège, ne l'emmène plus. Il met le pied dans un terrible engrenage.

Toute la famille de Karine, meute de charognards enragés, à la haine trapue et viscérale, va lui faire vivre l'enfer, à lui et à sa fille, faisant de chaque journée un champ de mines à traverser. Une haine contagieuse, qui envahit le corps de René, petit à petit, en cherchant le sourire de Marylou. Un jeudi, il raconte son histoire à l'atelier d'écriture. Ils l'écoutent. Ils lui disent qu'il n'a pas le choix. Il cogne, ou se fait dévorer. Il va cogner. Humilier la fratrie. Qui voudra se venger, définitivement, de cet affront, de cet orgueil bafoué. Il appelle Max, un ancien détenu. L'insouciance reviendra, sous l'aile protectrice de ce "parrain" sans neveu, du moins apparent. Douze ans de tôle ont sculpté le gaillard, physiquement, moralement. Mais pas tout à fait. Max reviendra sans cesse vers ces ateliers, dans leurs conversations, vers l'écriture, "comme si les millies d'heures qu'il avait passées là-bas, penché sur son cahier dans le silence de sa cellule ou à écouter d'autres détenus lire leurs textes dans notre petite salle du bâtiment d'juste au-dessus de l'ancien quartier des condamnés ç mort, comme si ces heures demeuraient dans le secret de sa mémoire les plus précieuses, oserais-je dire les plus lumineuses".
René retombera, sans le vouloir, dans un autre engrenage, dans une autre violence. Les histoires d'elfes et de fées chuchotées au creux d'une cabane vont laisser place à la folie d'un petit homme en noir, un petit homme à la tête et aux mains molles, d'un banal affligeant, d'une cruauté insatiable. Un petit homme qui se délecte d'être du bon côté du bureau, qui rêva toute sa vie d'une seconde affaire Dominici, et qui n'eut en face de lui que René Frégni, écrivain, et homme naïf, tout au plus. Un innocent. Ce que lui fera payer le juge Second. Droits de l'homme malmenés, "condamné à mourir de faim avec sa fille, interdit de travailler". le vendredi, jour du poison, du contrôle judiciaire. Justice à l'odeur de poisson pas très frais. Sa petite sirène n'en peut plus de tous ces requins. Les éléments naturels semblent s'être parés du gris métallique des prisons, des nuits de garde à vue, de garde à vous. Et, comme le soleil parvient à percer les nuages de ma Picardie, la poésie pointe le bout de de sa prosodie, dans l'éclat, l'or, les odeurs, la douceur de la Provence, décor de ce sinistre scénario qui semble si réel, qui semble dépasser la fiction. La liberté de la mer scintille toujours un peu, dans toute cette merde. La beauté éclate, par-ci, par-là, malgré l'horreur, malgré ce juge-tumeur. C'est l'écriture, encore, et toujours, qui permet cela. René répondra à une lettre de Max : "écris comme tu boxes, entre dans ton cahier comme sur le ring, cogne avec chaque mot. Ecris comme le mur qui te fait face".
Car ce roman n'est qu'un combat de mots, à pages nues, ce roman n'est qu'une histoire lancée au galop, à la crinière de laquelle on s'accroche, à laquelle on ne peut que s'agripper, sous peine de finir piétiné.
Monsieur Frégni, vous m'avez fait grâce d'une soirée sans maux d'estomac, une soirée et une fin de matinée sans penser à lui. Merci.
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
babounettebabounette   23 juin 2019
Préambule
Ni pamphlet ni réquisitoire contre la justice, ceci est le simple récit d'un homme qui eut la naïveté ou commit l'imprudence de rester parfois humain. C'est l'histoire simple de chacun de nous et cependant c'est une histoire de ténèbres. Un voyage ou le bien et le mal ont le même visage. Plus vous croyez bien faire et plus vous vous enfoncez dans la nuit. Telle est la malice de ceux qui ont construit le labyrinthe : le diable, le bon dieu et sans doute chacun de nous.
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LutvicLutvic   19 mai 2019
Yves avait […] fait le tour des centrales et des maisons d'arrêt. Seul depuis la mort de sa mère, sans parloir, il avait tellement désiré recevoir une lettre de femme qu'un soir il s'était écrit : « Mon cher Yves... » et il avait signé « Mathilde ». Chaque jour par la suite il écrivait à Mathilde qui lui répondait. La lettre faisait le tour de la prison et un surveillant la lui rapportait. Chaque lettre illuminait sa cellule, Mathilde lui racontait sa vie, ses voyages, ses rencontres... Yves était tombé amoureux d'un rêve, d'une hallucination. Il nous en parlait comme d'autres évoquaient leur maîtresse, leur épouse. Il était sans doute de tous le plus fou d'amour. Mathilde, tout le monde avait fini par la voir et sans oser l'avouer chacun enviait un peu Yves de vivre une aussi folle passion. Et moi qui pouvais faire dehors les plus troublantes rencontres, il m'arrivait de l'envier aussi (p. 66).
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berni_29berni_29   15 mars 2019
Combien de détenus m'ont dit : " J'avais oublié toutes les odeurs, un jour j'ai écrit par hasard le mot figuier, le mot septembre et brusquement tout est remonté : l'herbe mouillée des matins d'automne, la brune qui accompagne une rivière, le bruit de l'eau, celui des chiens de chasse, la saveur extraordinaire d'une figue encore couverte de rosée..."
Toute l'écriture et là. Elle nous permet de retrouver, de découvrir les régions les plus écartées de nous-mêmes. Au fil des saisons, dans ces petits groupes, chacun par l'écriture s'approche de ses monstres, les désigne, les apprivoise. Pour descendre dans ces puits sans fond ils attendent souvent le dimanche et la nuit. Durant ces longues heures pas de parloirs, d'avocats, de courrier, rien que le silence intemporel des miradors.
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TerrainsVaguesTerrainsVagues   23 mars 2019
Il faudrait que je puisse écrire ce qui m'est arrivé depuis dix-huit mois, raconter ce qu'un homme m'a fait subir chaque jour, trouver les mots pour dire son acharnement, peut être sa haine. Chaque jour cet homme se lève pour juger des femmes et des hommes que l'on traîne enchaînés devant lui et chaque soir sans les regarder dans les yeux il envoie des femmes et des hommes vieillir dans de vieilles prisons. Moi non plus il ne m'a jamais regardé dans les yeux, le doute lui fait peur. Penché sur son bureau, il récite des articles de loi en tournant les pages de ses petites mains blanches de prêtre. Il a passé sa vie à juger des gens sans oser les regarder dans les yeux.
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patatarte2001patatarte2001   05 septembre 2016
Nous lisons à haute voix des textes que chaque détenu élabore dans le silence de sa cellule. Ces hommes sont pour la plupart des longues peines. Après cinq ans passés derrière des murs et des barreaux, tout homme se met à ressembler, à penser, comme un mur ou un barreau. Ceux qui s'arment un jour d'un stylo sont peut-être sauvés. Par les passages secrets que dessine l'encre, ils retrouvent les voies qui mènent vers les rumeurs du monde.
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Videos de René Frégni (16) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de René Frégni
LE FESTIVAL AUQUEL VOUS AVEZ [HÉLAS] ÉCHAPPÉ !
Nous avions eu envie de réunir l'écrivain René Frégni et le magistrat et auteur Serge Portelli. Nul doute que ces deux-là auraient pu trouver des points communs dans leurs parcours humanistes, évoquant notamment le métier de juger et les prisons. Ils nous adressent quelques mots rédigés pendant leur confinement, en attendant que reviennent des jours meilleurs.
À lire : René Frégni, Carnets de prison ou l'oubli des rivières, coll. « Tracts », Gallimard, 2019. Serge Portelli, Qui suis-je pour juger l'autre ?, coll. « Ce que la vie signifie pour moi », Éditions du Sonneur, 2019.
http://www.ohlesbeauxjours.fr
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